Pour et contre la sexualité de la fleur
L'histoire de la fleur se confond, jusqu’à une époque récente, avec l’histoire de la sexualité chez les végétaux. Ce sont, en effet, les plantes à fleurs ou Phanérogames, qui, par leurs organes de reproduction apparents, ont attiré pendant longtemps l’attention des naturalistes et des philosophes.
La difficulté très grande que présente l’observation de$ organes sexuels chez les plantes sans fleurs les avait éliminées de cette étude, comme l'exprime le nom de Cryptogames, sous lequel on les a désignées.
Bien que cela semble au premier abord paradoxal, nous verrons que, dans l'état actuel de la science, c’est au contraire chez les Cryptogames que l'on connaît le mieux la production des cellules sexuelles et la formation de l’œuf, tandis que bien des questions restent à résoudre dans l’étude
HISTOIRE DE LA FLEUR
véritable de la sexualité des Phanérogames et, en général, au sujet du rôle des diverses parties de la fleur.
Tout le monde sait qu’une fleur complète renferme, au milieu d’enveloppes protectrices formées de pièces souvent colorées, les organes considérés comme essentiels à la production du fruit et des graines. Ces organes sont : au centre, les carpelles, dont l’ensemble constitue le pistil, organe femelle dans lequel les œufs prendront naissance; autour du pistil, les étamines, dont l’ensemble forme Tandrocée, organe mâle produisant une fine poussière de cellules vivantes, le pollen.
On sait aussi que c’est seulement lorsque cette fine poussière a été amenée sur le pistil que les œufs peuvent se produire et se transformer chacun en embryon ou plantule, future plante qui sera semblable à celle qui a formé l’œuf dont elle sort.
Ce rôle du pistil et des étamines est maintenant si connu qu’il semblerait avoir dû être toujours admis par les naturalistes. Aussi n’est-ce pas sans étonnement qu’on trouve dans l’ouvrage de Tournefort, paru au commencement du xvmc siècle, la négation de toute sexualité chez les fleurs. L’illustre botaniste descripteur considérait les étamines comme des organes d’excrétion et le pollen comme une substance inutile rejetée par le végétal. Il enseignait, en outre, que les pétales colorés de la fleur sont des organes destinés à épurer la sève par une sorte de digestion interne.
La surprise est encore plus grande lorsqu’on apprend que l’Académie d’Amsterdam a décerné, en 1850, un prix au mémoire présenté par Schacht, (qui était d’ailleurs un naturaliste de grand mérite), et dans lequel la sexualité de la fleur se trouve