POUR ET CONTRE LA SEXUALITÉ
niée d’après des considérations différentes de celles invoquées de Tournefort.
Ces exemples font déjà comprendre que l’histoire de la fleur a passé par des phases diverses et que beaucoup d’opinions contradictoires ont été successivement soutenues avant qu’on soit arrivé, tout récemment, à la découverte du mode de la formation de l’œuf dans la fleur.
Les philosophes grecs avaient déjà acquis quelques notions sur la constitution et le rôle de la fleur. Empédocle (444 av. J.-C.) admettait que la plupart des fleurs sont hermaphrodites, ayant à la fois des organes femelles et des organes mâles. Environ un siècle plus tard, Aristote cite plusieurs arbres ayant des pieds de deux sortes : sur les uns, les fleurs se transforment en fruits, et sur les autres, appartenant à la même espèce, les fleurs servent à préparer les fruits des pieds fructifères.
Tout cela est un peu vague. Mais Théophraste, disciple d’Aristote, apporta plus de précision sur cette question, car il était non seulement philosophe, mais encore observateur et presque expérimentateur. Sur une étendue de terrain assez grande, il cultivait un certain nombre de plantes et d’arbres, soit d’Europe, soit d’Asie ou d’Afrique.
Théophraste remarque, entre autres faits, que les Pistachiers ont des plants de deux formes : les premiers qu’il nomme femelles ne portent que des fleurs à pistil et sans étamines, les seconds qu’il désigne sous le nom de mâles produisent uniquement des fleurs à étamines et sans pistil. Il rapporte que les premiers seuls sont fertiles ; les autres restent toujours stériles, ne formant aucun fruit. Cette observation est complétée d’une manière très
HISTOIRE DE LA FLEUR
heureuse par philosophe grec, qui étudie les Palmiers dioïques, c’est-à-dire, comme on sait, ayant aussi des pieds à fleurs femelles et des pieds à fleurs mâles. 11 constate que les fleurs des pieds femelles de ces Palmiers ne donnent de fruits que si l’on a saupoudré les fleurs femelles avec la poussière jaune des fleurs mâles.
Depuis ces remarquables observations de Théophraste, fondées sur les plantes à fleurs de deux sortes, rien n’est venu s’ajouter à nos connaissances sur le rôle de la fleur jusqu’à l’époque de la Renaissance.
Virgile, Ovide, Claudien, Pline l’Ancien admettent bien l'existence des deux sexes chez les fleurs, mais à côté d'observations justes, ils commettent de nombreuses erreurs, et, en somme, ces auteurs ne donnent aucune preuve appuyant leur manière de voir.
Au commencement de la Renaissance, c’est d’abord la négation complète de toute sexualité chez les plantes, ainsi qu’il résulte du célèbre ouvrage : De Planlis , publié en 1583 par Andrea Cesalpini, d’Arezzo (Toscane), plus connu sous le nom de Césalpin. Cet auteur émet en effet la singulière idée que les graines sont produites directement parla moelle de la tige; pour lui, les sépales du calice, les pétales de la corolle, les étamines, les carpelles ne sont que les feuilles de bourgeons spéciaux, ayant pour fonctions de protéger les graines pendant leur développement aux dépens de la tige. Le mérite de Césalpin, dans ses études de classification, fit adopter cette manière de voir par la plupart des botanistes.
Vers 1700. Malpighi, le fondateur de l’anatomie, et, comme je l’ai dit plus haut, Tournefort, sui-
PREMIÈRES EXPÉRIENCES
vaient encore les idées de Césalpin, sans les modifier sensiblement.