Ils ont été dédiés au Dr Laboulbène
DÉMEMBREMENT DES THALLOPHYTES
On classe les Laboulbéniacées parmi les Champignons ; on pourrait aussi bien les classer parmi les Algues. Enfin leur développement général est encore très analogue à celui des Muscinées, car elles
Fig rn à 177. - Développement du gamétophyte chez une Laboulbéniacée {Stigmatmyces) - 1, spore. - 2, début de la germination de la spore
sanf HpeUn^thl!an 4’, 3 P'ante 3 déveloPPé des anthéridies A produisant de anthérozoïdes tels que a; l’oogone proviendra de la cellule co ~
5, plante adulte : /m, filament mâle; A, anthéridies; a, anthérozoïdesdament femeMe ; O, oogone; o, oosphère; i, cellule intermédiaire’
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présentent une alternance de formes absolue et sont dépourvues de spores secondaires permettant au gametophyte de se reproduire sans passer par 1 œuf. De plus, comme chez les Muscinées, le spo-
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rophyte S p (2, fig. 178) reste toujours greffé sur le gamétophyte (en i, fig. 178).
Arrêtons-nous un instant pour examiner ces êtres singuliers, qui ne sauraient être placés dans aucun groupe de la classification actuelle. Les Laboulbéniacées offrent d’ailleurs un très grand intérêt au point de vue de la Biologie générale; ce sont des végétaux presque exclusivement réduits à leurs organes reproducteurs et ceux-ci sont d’une organisation très particulière.
Partons du développement de la spore (1, fig. 173), nous la verrons grossir (en 2), puis se cloisonner (en 3, 4, 5) et produire presque directement un filament mâle fin à anthéridies et un filament femelle avec une oogone, surmontée d’un trichogyne en massue (tr, en 5, fig. 173), enduit d’une matière visqueuse où viennent s’attacher les anthérozoïdes La formation de l’œuf se produit dans l’eau. Il suffit qu’un anthérozoïde se soit conjugué avec le trichogyne, celui-ci avec la cellule intermédiaire et enfin celle-ci avec l’oosphère (o, en 5, fig. 173) pour que l’œuf soit formé.
L’œuf se développe immédiatement pour produire un sporophyte très simple (s, a, i, en 1, fig. 178; puis Sp , en 2). De même que le gamétophyte était presque réduit aux organes reproducteurs et aux quelques éléments qui les supportent ou les protègent, le sporophyte est presque exclusivement formé de sporanges (tels que S, S", en 2, fig. 178) dans chacun desquels s’organisent quatre spores (s, en 3, fig. 178) semblables à celle qui nous a servi de point de départ.
Les anthéridies des Laboulbéniacées sont tout à fait spéciales. On n’en rencontre de cette forme chez aucun autre végétal. Chaque anthéridie
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(3.fîg. 181) ressemble à une bouteille dont le contenu se débiterait par le col sous forme de bouchons successifs, et c’est chacun de ces bouchons qui produira un anthérozoïde sans cils vibratiles. Cer-
Fig. 178 à 180. — Développement du sporophyte d'une Laboulbéniacée ( Stig ■ matomyces). — 1, développement de i’œnl' w (qui a été formé dans l'oogone) en trois cellules s, a, i; on voit en Ir le reste du trichogyne flétri — 2, développement du sporophyte Sp issu de l’œuf : i, partie végétative ou pied du sporophyte, qui reste greffé sur le gamétophyte ; S, S", sporanges. — 3, un sporange mûr, isolé S, renfermant quatre spores bicellulaires s semblables à celle figurée en 1, 11g. 175 (très grossi) (d'après Thaxter'.
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taines espèces (en 1, fig. 181) possèdent des anthéridies composées dont les anthérozoïdes débouchent dans un col commun C.
Fig. 181 à 183. — Anthéridie composée d’une Laboulbéniacée ( Dimeromyces ) : A,, As, A3. anihéridies simples déversant leurs anthérozoïdes fl dans le col commun C de l’anthéridie composée. — 2, deux individus adu tes asso^ ciés, l’un femelle F, l’autre mâle M, provenant d’une paire de spores s s d’une Laboulbéniacée ( Amorphomyces ) : tr, trichogyne rameux ; i, ce u e intermédiaire; 0, oogone; o, oosphère; A, anthéridie; fl, anthérozoï es. — 3, une anthéridie A de Stigmatomijces produisant successivement des anthérozoïdes a (très grossi) [d’après Thaxter]»
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D’autres Laboulbéniacées présentent ce fait très curieux que les spores germent par paire (en s, s', 2, fig. 181), et l’une de ces spores appariées donne un filament mâle M, tandis que l’autre donne un filament femelle F. Or, ces spores s et s' sont en apparence semblables. Il y a donc là une différenciation virtuelle des spores, comme chez les Prêles, mais dans une forme plus définie.
On voit, en somme, que ces êtres singuliers sont bien faits pour embarrasser les classificateurs; car ils présentent le développement des Muscinées avec un gamétophyte en forme d’ Algue et un sporophyte en forme de Champignon.
Après ces diverses réflexions, quels caractères généraux pouvons-nous attribuer aux Thallophytes? Beaucoup d’entre elles se rapprochent des Muscinées, mais elles n’ont pas, comme les plantes de ce dernier embranchement, un archégone différencié ; de plus, les cellules qui produisent les spores ont une origine superficielle et non profonde comme les cellules sporifères des Mousses.
Ce n’est pas beaucoup, pensera-t-on, pour caractériser ce vaste embranchement du Règne végétal. Mais aussi les Thallophytes sont si dissemblables entres elles, qu’il est bien difficile de leur trouver des caractères communs, fussent-ils négatifs.
Les Basidiomycètes, par exemple, qui comprennent les Champignons à chapeau les plus connus, sont certainement bien plus différents des Algues rouges que celles-ci ne le sont des Muscinées.
Ce qui est à prévoir, c’est que dans l’avenir, quand l’évolution des divers groupes de Thallophytes sera mieux connue, cet embranchement du Règne végétal se trouvera démembré, comme on a
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démembré l’ancien embranchement des Mollusques dans le Règne animal.
Seraient-ce les Algues qu’il faudrait séparer plus complètement des Champignons? Non pas; car le caractère unique qui distingue ces deux groupes est fort contestable. C’est en effet un caractère physiologique. Les Algues assimilent le carbone à la lumière, grâce à la chlorophylle qu’elles possèdent. Les Champignons sont, au contraire, privés d’assimilation chlorophyllienne.
Nous avons d’ailleurs vu qu’on peut établir des passages entre ces deux groupes, notamment par la présence de zoospores, ou même d’anthérozoïdes mobiles, chez certains Champignons.
Toute la classification de ces Thallophytes esta remanier. Mais comment? C’est ce qu’on n’a pas encore trouvé.
Et les Lichens, ces associations d'Algue et de Champignon, où les placer? Parmi les Algues? Ce n’est pas possible, puisque les Algues qu’ils renferment peuvent vivre à l’état isolé. Parmi les Champignons? C’est peut-être excessif.
Une première tentative dans le sens du démembrement des Thallophytes avait été faite par Sachs, qui avait distrait des Thallophytes le groupe des Characées pour l’élever au'rang d’embranchement. Sachs en faisait un groupe aussi important que celui des Phanérogames.
Les Characées, vulgairement Charaignes (fig. 184), sont des végétaux verts, aquatiques, habitant les eaux douces et dont les anthéridies ou les oogones ont une forme très particulière (fig. 185), qui ne possèdent pas de spores et qui sont réduites à un gamétophyte dont l’évolution et l’organisation sont
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tout à fait spéciales. Pas plus chez les Characées fossiles que chez leurs espèces actuelles, on ne trouve de forme établissant un passage vers d’autres végétaux. C’est un groupe homogène, dont toutes
Fig. 185. — Fragment de feuille de Cltara fragilis portant des anthéridies A et des oogones O ; on voit, par transparence, l'oosphère o dans l’oogone (grossi 35 fois).
Fig. 184. — Exemple de Charaigne ( Chara fragilis), montrant des tiges portant des feuilles en verticilles (réduit 3 fois).
les espèces se ressemblent beaucoup et qu’on dirait avoirkévolué à part depuis les époques géologiques les plus reculées, sans que leur origine apparaisse clairement.
Les Characées ont été ballottées dans la classification de la manière la plus variée et, ne sachant qu’en faire, les classificateurs les ont placées tour à tour dans trois embranchements différents. Autant
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valait en faire un embranchement spécial, comme le proposait Sachs.
Une autre catégorie de Thallophytes aberrante dans l’état actuel de nos connaissances, c’est l’immense groupe des Bactériacées, encore si mal connu au point de vue morphologique.
Certains auteurs ont voulu les ranger dans une catégorie de Champignons ; mais les espèces dont on les rapprochait ainsi sont, on le sait maintenant, tout à fait différentes par l'organisation de leurs éléments cellulaires. D’autres les rangent parmi les Algues, malgré leur absence de chlorophylle, à cause de certaines analogies entre leur mode d’évolution et celui des Algues bleues. Mais cellesci n’ont pas de spores, tandis que les Bactéries en possèdent; les Algues bleues ont une masse nucléaire très caractérisée dans leurs cellules, comme Guilliermont l’a récemment démontré ; le peu qu’on soupçonne de partie nucléaire dans les Bactéries n’aurait aucune analogie avec ce noyau des Algues bleues.
Des Bactéries vertes qu’on avait observées semblaient former un argument en faveur du rapprochement des Bactéries et de ces Algues ; toutefois, ces organismes n’étaient pas d’un vert bleu, et d’ailleurs on sait maintenant que ces organismes sont des Algues vertes et non pas des Bactériacées.
Alors? il est bien difficile de ne pas penser, que ce grand groupe, si peu élucidé aujourd’hui, est peut-être destiné à occuper un rang plus important dans la classification future.