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LE LABORATOIRE DE SVALOF

tères propres. Beaucoup de ces espèces présentent une utilité capitale pour l’agriculture, et les avantages pratiques qui résultent de l’emploi de ces formes nouvelles sont déjà considérables. Ainsi donc, à côté du résultat théorique, il faut placer l’application.

Un mot d’abord sur la fondation de ce Laboratoire de Svalüf, qui est considéré à l’heure actuelle comme le modèle des Laboratoires agricoles.

Autre souvenir personnel à ce sujet. La première fois que je suis allé à Christiania, j’avais une lettre de recommandation que m’avait donnée Broch, le savant Norvégien qui s’occupait alors du mètre international au Laboratoire de Henri Sainte- Claire Deville : cette lettre était adressée au docteur Schübeler, professeur de botanique à l’Université.

J’étais accompagné dans ce voyage par mon ami Flahault, qui est maintenant professeur à la Faculté des Sciences de Montpellier. Nous nous présentons au domicile du professeur Schübeler, qui, au vu de la lettre de recommandation, nous fait entrer immédiatement. Nous sommes reçus par un petit homme gros et gai, un vieillard allègre coiffé d’une perruque noire ressemblant à une calotte frangée, un personnage des caricatures de Toppfer. Dès qu’il eut compris que nous étions Français et que nous venions faire des études botaniques en Norvège, il nous montra, au-dessus de sa cheminée, un texte découpé dans une publication scientifique, soigneusement encadré et attaché au mur. «Regardez cela, nous dit-il, et lisez surtout la dernière ligne. Si c’est pour faire comme ce Français que vous êtes venus ici, vous pouvez retourner tout de suite dans votre pays. » Et le professeur Schübeler

CRÉATION ACTUELLE DES ESPÈCES

nous regardait joyeusement au travers de ses grosses lunettes.

Je lus à haute voix cette dernière phrase, soulignée à l’encre par Schübeler sur le morceau découpé : « d’après mes propres observations »; puis, au-dessous, la signature d’un professeur de Paris. «Oui, reprit le botaniste norvégien, vous voyez; il y a bien d’après mes propres observations. Et ce qui précède dans cette publication française, est le compte rendu pur et simple de mes expériences et de mes cultures faites en divers points de la Norvège,depuis Christiania jusqu’au Cap Nord. Or, ce monsieur est arrivé ici par le paquebot de Gotheborg. Il a eu tout juste le temps de venir me voir; je lui ai communiqué le résultat de mes recherches; il est reparti le lendemain de son arrivée. Un mois après, votre compatriote publiait un rapport et le terminait par ces mots que vous venez de lire : « d’après mes propres observations ». Voilà comment agissent les Français! Qu’est-ce que vous en pensez? »

J’ai toujours cru que l’excellent docteur Schübeler avait un peu exagéré, et que cet auteur avait dû faire, en réalité, un séjour de plus de vingt-quatre heures en Norvège. Quoi qu’il en soit, nous convainquons facilement notre hôte que nous n'avons pas l’intention de procéder de cette façon un peu cavalière, et il nous met au courant de ses travaux avec la plus grande amabilité. Il nous avait averti qu’on l’appelait «Katsmann»; c’est qu’en effet, il nous donnait toutes ses explications scientifiques au milieu d’un grand nombre de chats qui répondaient chacun à l’appel de son nom, et dans une galerie voisine se trouvaient les portraits des chats défunts, avec leurs noms aussi.

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