I.E LABORATOIRE DE SVALOF
Vraiment, qui aurait pu imaginer, en 1878, que les recherches de ce brave Katsmann norvégien seraient l’origine du Laboratoire fondé plus tard à Svalof, chez les Suédois?
Qu’avait montré Schübeler? Ce fait général très intéressant, que les céréales cultivées dans les régions septentrionales pendant le court été où le soleil reste presque continuellement au-dessus de l’horizon, donnent une récolte plus hâtive, plus abondante et plus vigoureuse. En outre, ces caractères demeurent acquis pendant quelques années chez les graines provenant du nord de la presqu’île Scandinave, et semées plus au Sud. C’est ainsi que les graines d’orge recueillies dans les provinces norvégiennes septentrionales donnent d’excellentes moissons lorsqu’on les sème au sud de la presqu’île Scandinave; que les graines de blé provenant de cette dernière région produisent, semées dans l’Europe centrale, une récolte plus abondante. En somme, il y avait dans ces expériences de culture la démonstration d’une certaine hérédité des caractères acquis par l’adaptation.
Mais les variétés de céréales, non contrôlées, souvent mélangées et cultivées en Scandinavie, dans le but d’appliquer les résultats obtenus par Schübeler, donnèrent des récoltes inégales, et c’est pour régulariser ces cultures qu’en 1886 le Laboratoire de Svalof fut fondé sur l’initiative de propriétaires éclairés.
Braun de Neegard, nommé directeur du Laboratoire, fit des recherches de sélection de 1886 à 1890. Les sélections, par lesquelles étaient rejetés tous les échantillons médiocres ou anormaux, ne donnèrent pas lieu à des races fixes. Au bout d’un
CRÉATION ACTUELLE DES ESPECES
certain temps, en général au bout de peu de temps, les races sélectionnées perdaient leurs caractères ou subissaient profondément les influences extérieures. Toutefois, en suivant attentivement les cultures de sélection, de Neegard remarqua que les graines provenant de certains types aberrants pouvaient produire des « sortes » dont les caractères, très minutieux à observer, se maintenaient avec une constance extraordinaire. Un être dont la descendance conserve des caractères constants est une espèce , autant que le mot espèce peut être défini. Pendant la période plus ou moins longue où ces caractères diffèrent de ceux qu’on observe chez tout autre être analogue, cet être et sa postérité constituent une espèce, au même titre que tout autre espèce dont les caractéristiques sont plus importantes ou plus faciles à apercevoir. Quels que soient les caractères, le seul fait qu’ils se maintiennent par hérédité, malgré les changements de milieux, leur donne une valeur spécifique.
Ainsi donc, en cherchant à produire, d’après Schübeler, des grains sélectionnés s’adaptant au changement de climat, on trouva tout autre chose; on mit en évidence chez les céréales l’existence d’espèces élémentaires, tout aussi constantes que celles observées par Jordan ou que celles créées par De Vries.
Le nouveau Directeur, Nilsson, se rendant compte des résultats peu encourageants fournis par la sélection, fit bientôt l'inverse de ce que faisait son prédécesseur. Au lieu de rejeter les échantillons anormaux ou aberrants, il les conserva tout au contraire avec soin, et il se mit à étudier la descendance de chacune de ces plantes par la méthode à