INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL
grand nombre d’assises de cellules à chlorophylle, d’où l’épaississement des feuilles des plantes maritimes. Mais ces assises vertes surnuméraires arrivent-elles à compenser complètement l’insuffisance de chlorophylle? C’est ce que s’est demandé Griffon, qui a comparé par des expériences physiologiques l’assimilation chlorophyllienne des mêmes espèces chez un échantillon croissant dans le sol salé et chez un échantillon qui s’était développé dans les environs de Paris. Malgré l’épaississement de leurs feuilles, les plantes maritimes assimilent toujours beaucoup moins que les plantes continentales.
Il résulte de là que, d’une manière générale, . cette forte proportion de sel est nuisible aux végétaux. Comment se fait-il donc que certaines espèces soient spéciales aux terrains salés? Ces plantes sont-elles tellement adaptées qu’elles préfèrent se trouver dans des conditions nuisibles? Il n’en est rien, et Joseph Yallot, l’alpiniste bien connu, en cultivant isolément ces plantes maritimes spéciales dans un sol ordinaire, a trouvé qu’elles y prospéraient beaucoup mieux que dans un sol salé ou que dans leur station naturelle, au bord de la mer.
Il faut donc faire intervenir ici la lutte pour l’existence : ces plantes, adaptées plus que les autres au sol salé, sont devenues incapables de lutter contre les espèces continentales, et si on les cultive à l’intérieur des terres en même temps que d’autres plantes ordinaires, elles ne tardent pas à disparaître au bout de peu d’années. Ce ne sont pas des plantes qui recherchent les sols salés, ce sont des plantes qui le supportent mieux que les autres, voilà tout.
LE TRANSFORMISME EXPÉRIMENTAL
Bien d’autres sels que le sel marin exercent une influence considérable sur la croissance et la structure des végétaux. Jumelle, dans des études physiologiques sur les plantes annuelles, avait déjà comparé des sujets, croissant, les uns dans l’eau distillée, les autres dans diverses solutions salines, et il avait mis en évidence le retentissement de ces changements de nutrition sur la constitution anatomique. Dassonville a repris cette question et a institué un nombre considérable de cultures de diverses espèces intéressant l’agriculture, dont les racines s’allongeaient, soit dans l’eau pure, soit dans l’eau additionnée de sels variés. La forme extérieure, la teinte verte des feuilles, le développement des racines, sont profondément modifiés suivant les divers milieux salins où puise la plante; la nature intime des tissus l’est encore davantage. Il suffira de dire qu’une feuille d’ Avoine ressemble plus par sa structure à une feuille de Blé lorsque ces deux céréales ont été nourries par les mêmes sels, qu’une feuille de Blé ne ressemble à une feuille de Blé lorsqu’on les prend dans des cultures où se rencontrent des sels différents. 11 faut encore signaler dans les importantes recherches de Dassonville, l’effet souvent très opposé, ou tout au moins très inégal, que peuvent produire deux substances fort voisines au point de vue chimique. Ainsi, la potasse et la soude n’ont pas du tout la môme action sur la transformation de la structure.
Ces changements dans la teneur des sels du sol sont réalisés dans la nature suivant la composition minéralogique des divers terrains, et cela joue un rôle assez important dans la distribution des plantes à la surface du sol. On a même réparti un grand nombre d’espèces en calcicoles et en calcifuges: les
INFLUENCE DE LA LUMIERE
premières surtout localisées dans les terrains calcaires, les secondes dans les terrains siliceux. En France, les Châtaigniers, les Bruyères, les Genêts à balai, caractérisent assez bien les sols sans calcaire. Bien que cette distinction n’ait rien d’absolu, il est évident qu’il y a une préférence marquée de certaines plantes pour certains sols, et, ce qui est plus intéressant, certaines espèces se correspondent dans les deux catégories de plantes; parfois ce ne sont que des variétés. En cultivant sur un sol dépourvu de calcaire quelques plantes calcicoles, telle que la Bugrane jaune (Ononis ATatrix), j’ai fait voir que des modifications anatomiques correspondent au changement de terrain, et il est probable que beaucoup d’espèces nommées par les botanistes descripteurs, n’ont pas d’autre origine que cette différence dans la constitution chimique du sol.