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Influence du milieu organique

Je pourrais citer un grand nombre d’autres travaux, tels que celui de Jaccard, qui a montré que de grands changements de pression de l’air qui entoure la plante la restreignent ou l’agrandissent sans changer notablement sa structure ; celui de Molliard, qui fait voir que l’action des parasites, insectes ou champignons, peut changer l’aspect des fleurs au point de les faire classer dans des variétés ou des espèces différentes, etc. Mais toutes ces recherches ne se rattachent qu’indirectement à la question traitée, et je terminerai rénumération des expériences par l’exposé rapide de cultures entreprises à ce point de vue au sujet de végétaux cultivés dans un milieu organique.

Dans toutes les expériences précédentes, où l’on a pris pour sujet des plantes supérieures, il faudrait un temps très long pour suivre l’effet du changement de milieu sur les générations successives, une génération exigeant au moins un an pour évoluer et fournir de nouvelles graines. Mais,

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en s’adressant à des organismes analogues aux moisissures, qu’on peut obtenir en culture pure par les procédés Pasteur, on y donne en très peu de temps le développement complet du Champignon avec formation de nouveaux germes (spores ou œufs) ; on resème ces germes sur une nouvelle culture de composition déterminée : on obtient ainsi une nouvelle génération qui produit de nouveaux germes, et ainsi de suite. Comme, pour beaucoup d’espèces, cette succession est très rapide, on peut suivre, en peu de temps, un grand nombre de générations successives.

L’un des faits importants que ces cultures ont mis en relief, c’est qu’on peut arriver à avoir des organismes semblables comme forme et comme structure et qui, cependant, n’ont pas les mêmes propriétés. Cela explique comment, dans toutes les expériences que j’ai citées plus haut, les résultats ont toujours été plus précis lorsqu’on s’est adressé à la même plante pour changer son milieu, ou, ce qui revient au même, à des boutures ou des marcottes prises sur le môme pied. Lorsqu’on se contente de prendre des plantes semblables ou des graines différentes de la même espèce, il y a toujours dans les comparaisons quelque résultat aberrant.

Dans un mémoire de Matruchot, fait dans un autre but, on trouve ce résultat curieux : l’auteur, par des cultures appropriées, est arrivé à obtenir deux variétés d’une même espèce absolument identiques jusque dans le dernier détail de leur organisation. mais qui ne se reproduisent pas de la même manière: l’une forme certaines spores que l’autre ne forme jamais, bien qu’on la cultive exactement dans le même milieu.

LE TRANSFORMISME EXPERIMENTAL

Un des exemples les plus nets du déterminisme absolu dans le changement de structure des végétaux sous l’action directe du milieu nous est fourni

Fig. 209. - Radis rond rose à bout blanc, normal (grandeur naturelle).

par les belles recherches de Molliard qui ont été publiées en 1907.

Molliard a réussi à obtenir des cultures pures de Phanérogames; c’est-à-dire qu’il est parvenu à faire développer les plantes supérieures dans un

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milieu absolument dépourvu de tout germe, en semant des graines stérilisées, et de telle façon qu’aucun microorganisme ne soit venu les altérer.

Cette méthode rigoureuse a permis à l’auteur de faire absorber par une même espèce de plante les substances les plus diverses , non seulement minérales, mais organiques. On peut, par exemple, obtenir le développement complet d’une Phanérogame jusques et y compris sa floraison, en la nourrissant avec de la glucose, et sans qu’aucun organisme étranger puisse intervenir dans les phases successives de l’évolution de la plante.

Alors s’est révélé un fait important : c’est qu’une plante quelconque, si différenciée et si compliquée qu’elle soit, possède une variabilité de structure dont on ne se doute pas lorsqu’on la voit végéter dans la nature.

Je prendrai pour exemple le Radis ordinaire, celui connu sous le nom de Radis rond rose à bout blanc. C’est l’une des plantes étudiées avec grand détail par Molliard, dont il a fait germer des milliers de graines et au sujet de laquelle il a établi des centaines de cultures pures.

Tout d’abord, bien que ce ne soit pas là le plus important, on remarque des différences extérieures entre les Radis , suivant qu’ils sont alimentés de telle ou telle façon. La figure 209 représente un pied normal, nourri avec des substances minérales et à l’air libre. La figure 210 représente un plant issu d’une graine semblable à celle qui a produit le pied normal, mais ayant germé en culture pure sur un milieu gélosé contenant 10 0/0 de sucre ordinaire ou saccharose, et en communication avec l’atmosphère à travers une bourre de coton roussi. On voit que le tubercule formé par la

Fig. 210. — Radis rond rose, en culture pure, avec 10 0/0 de saccharose, en communication avec l’air libre, c est-à-dire pouvant assimiler le carbone du gaz carbonique de l’air (grandeur naturelle) [d’après Molliard).

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Fie. 211. — Radis rond rose, en culture pure, avec 10 0/0 de saccharose, en atmosphère confinée, c’est-à-dire ne pouvant pas assimiler le carbone du gaz carbonique de l’air (grandeur naturelle) [d’après Molliard].

racine est allongé au lieu d’être arrondi et porte de nombreuses radicelles ( comparez les figures 209 et 210).

La figure 211 représente un autre plant issu aussi d’une graine semblable, et nourri aussi avec du sucre; mais le flacon contenant la culture pure a été hermétiquement bouché, de telle sorte que le Radis s’est développé dans une atmosphère confinée, ce qui supprime l’assimilation par les feuilles vertes du carbone contenu dans le gaz carbonique de l’air. On voit que chez ce plant, toute tubérisation a disparu dans la racine; celle-ci est très allongée et porte de nombreuses radicelles.

Dans les conditions normales, le Radis ne contient pas trace d’amidon (fig. 212); il ne renferme que du sucre. Dans les cultures de Molliard, en pré-

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sence d’une solution concentrée de sucre, il s’est formé dans le Radis une quantité considérable d’amidon. Les cellules du tubercule, qui naturellement n’en renferment pas du tout, étaient abso-

Fig. 212. — Coupe en travers de la racine renflée du Radis rond rose normal (fig. 209). — 11 n’y a pas trace d'amidon; la réserve est naturellement formée de sucres; les taches noires que l’on voit sur la figure correspondent aux vaisseaux du bois (grossi 6 fois) [d’après Molliard).

lument bourrées de fécule. On a mêmé dit que ce savant transformait les radis en pommes de terre. Ce n’est là qu’une manière plaisante d’exprimer clairement la transformation complète au point de vue chimique obtenue par Molliard.

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Il résulte de cette remarque générale que la plante, qui fabrique du sucre lorsqu’elle a une nourriture minérale, n’en fabrique pour ainsi dire

Fie. 213. — Coupe en travers de la racine renflée du Radis rond r03e, en culture pure et en communication avec l’air (fig. 210). — L’amidon est très abondant; il est presque exclusivement indiqué sur cette figure par les parties d’un gris foncé (d'après Molliard).

plus lorsqu’on lui fournit du sucre; elle absorbe ce sucre extérieur et, au lieu de l’emmagasiner sous forme de sucre, elle le transforme en amidon qu’elle met en provision.

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Il y a plus, des modifications considérables peuvent être produites aussi dans la structure interne de tous les organes de la plante, sous la seule influence d’un changement de régime nutritif ou encore lorsqu’on supprime l’assimilation chlorophyllienne en cultivant les plantes dans de l’air dépourvu de gaz carbonique. C’est ainsi que Molliard a pu transporter dans les tiges aériennes la structure et l’organisation des tiges souterraines, provoquer la production de tubercules ou empêcher cette production, changer la localisation des cristaux d’oxalate de calcium dans les tissus de la même plante, etc., etc.

Aucune recherche ne montre mieux que ce remarquable mémoire de Molliard l’extrême plasticité des végétaux, même des plus élevés en organisation. Ces expériences font voir que leur structure est sous la dépendance étroite de leur chimisme, celui-ci étant lui-même influencé par les conditions extérieures. C'est donc une confirmation nouvelle apportée à la théorie Lamarckienne.

Nous pouvons maintenant donner une solution positive à la double question que j’ai posée au début. Oui, la variation du milieu extérieur peut modifier réellement les êtres qui y sont soumis. Oui, ces modifications produites peuvent devenir héréditaires.

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