‹ Le monde végétalChapitre 71 sur 88 · MÉCANISME DE LA TRANSFORMATION · texte numérisé non relu

MÉCANISME DE LA TRANSFORMATION

conditions les plus diverses du milieu ambiant, au sujet de la dispute entre les deux Écoles transformistes? Certains savants, on s’en souvient, soutiennent que toute la transformation se fait dans le germe, comme au hasard ; les autres admettent que toute variation est due à l’influence du milieu. Au lieu de s’entre-déchirer, les partisans de ces deux Écoles devraient se donner la main; car les deux principes sont également vrais et môme ils se combinent admirablement l’un avec l’autre.

En effet, les modifications dans le germe ne peuvent être niées. Nous avons vu que les graines ne sont pas toutes pareilles et ne fournissent pas des individus exactement semblables. Je citerai encore à ce sujet le mémoire de Gauchery, qui d’un même semis obtient dans le même milieu des plantes naines et des plantes relativement géantes. Or, l’auteur en comparant la forme et la structure de ces divers individus, de meme origine, cultivés dans les mêmes conditions, a trouvé que les nains ne sont pas la miniature des géants. Les tissus ne présentent pas dans les échantillons nains une réduction proportionnelle, et leur constitution intime est parfois toute différente.

Quant à soutenir, avec Wallace et Weismann, que le milieu n’a aucune influence, tous les travaux dont j’ai rendu compte viennent s’opposer à cette opinion. Ces darwinistes purs admettent que rien ne peut modifier un être s’il n’y a passage par le germe, et ils citent à l’appui de leur dire les faits bien connus du maintien des variétés d’arbres fruitiers par la greffe.

Daniel s’est entièrement consacré depuis un certain nombre d’années à des recherches expérimentales sur la greffe, et il a démontré que le sujet a

LE TRANSFORMISME EXPERIMENTAL

souvent une influence plus ou moins marquée sur le greffon. S’il s’agit de greffes herbacées, cette action peut être telle que les graines produites par le grelTon participent à la fois des caractères de ce dernier et des caractères du sujet sur lequel on l’a grelïe. C’est ainsi, par exemple, qu’en greffant une variété de Chou fourrager sur une autre, Daniel a obtenu des graines qui ont à la fois les qualités de fourrage du premier et les qualités de résistance an froid du second.

Ainsi donc, des faits bien constatés prouvent que la variation est dite à l’adaptation au milieu d’une part, et à la formation des germes reproducteurs d’autre part. Il y a plus, la première cause indue sur la seconde, et c’est ce qui résulte de plusieurs des recherches expérimentales que je viens d’énumérer. Si un être a pu s’adapter à un nouveau milieu, cette adaptation finit par retentir sur la production même des cellules reproductrices, et parmi ses descendants, non semblables entre eux, il y en aura de plus en plus qui seront, dès l’origine, prêts à supporter le nouveau milieu.

Ce que je viens de dire suffit, je pense, pour montrer que le transformisme expérimental vient d’ouvrir une nouvelle voie aux investigations sur l’évolution. Les expériences prolongées et multipliées permettront sans aucun doute d’établir une distinction entre les caractères des êtres: ceux qui sont dus à une accommodation rapide et qu’on peut modifier facilement; ceux qui sont dus à une très lente adaptation, que nous appelons fixés par l'hérédité, et qui ne nous semblent immuables que parce que nous ne disposons pas du temps nécessaire pour les modifier.

Et s’il est possible, par l’anatomie comparée,

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