‹ Le monde végétalChapitre 72 sur 88 · MÉCANISME DE LA TRANSFORMATION · texte numérisé non relu

MÉCANISME DE LA TRANSFORMATION

d’induire des transformations que l’on peut obtenir l’origine des changements de forme qui résistent à notre action, le vieux dicton natura non fecit saltus devra être pris à la lettre. Ce ne sera plus une vue de l’esprit, mais un fait général démontré par la méthode expérimentale.

Et cependant, dira-t-on, les mutations de Hugo de Vries, les expériences de Nilsson en Suède, de Blaringhem en France ne donnent-elles pas des exemples très nets de sauts brusques, de transformations immédiates d’une espèce à une autre?

Ce n’est pas la manière de voir de De Vries luimême, ni de bien d’autres naturalistes. Ivlebs ou Giard par exemple, au sujet des mutations.

Pour ces savants, les caractères que nous voyons habituellement chez les organismes, plus ou moins bien définis comme espèces, sont toujours les mêmes, parce que nous voyons le plus souvent ces organismes dans les mêmes conditions de vie et de nutrition. Mais ils possèdent d’autres caractères qu’on peut appeler des caractères latents. Qu’une circonstance particulière se présente, que ce soit un changement brusque de milieu, l’attaque par un parasite ou un traumatisme, ou tout autre cause, certains de ces caractères latents deviendront tangibles, et il nous semblera qu’ils sont brusquement créés.

Si. sur l’un des côtés d’une bascule sensible, on ajoute peu à peu du sable pour conlre-balancer un poids plus fort placé sur l’autre côté de la bascule, en ajoutant ce sable d’une manière continue grain à grain, il suffira, à un certain moment, d’un grain de sable ajouté pour faire brusquement mouvoir tout l’appareil en soulevant le poids placé primitivement sur l’un de ses côtés. C’est de la même

LE TRANSFORMISME EXPERIMENTAL

manière que les naturalistes que je viens de citer supposent qu’une cause interne de variation, agissant continuellement, mais d’une manière invisible, peut, tout à coup , rompre l’équilibre de l’organisme et donner l’apparence d’un changement brusque, alors qu’en réalité la variation est continue.

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