MICELLES ET RAD10BES
concevoir l’apparition spontanée d’une cellule que celle d’un être vivant tout entier.
Étant donnée la présence de noyau dans presque toutes les monères, on s’était rabattu, pour trouver des formes primitives, sur les cellules sans noyau de certains autres êtres inférieurs : algues bleues, bactéries; mais des recherches récentes prouvent que les cellules de ces êtres sont aussi très différenciées dans leur substance intime. L’existence du noyau vient d’être démontrée chez les algues bleues qui en semblaient dépourvues, et l’étude détaillée des bactéries y révèle une complication nucléaire qu’on ne soupçonnait pas. D’autre part, l’organisation de la substance vivante de toutes les cellules se montre, bien qu’on ne la connaisse encore que très imparfaitement, comme étonnamment compliquée.
La substance vivante générale ou protoplasma peut présenter un aspect réticulaire, alvéolaire, fîbrillaire, granulaire. Altmann et d’autres auteurs considèrent même les granules protoplasmiques comme les seules parties vivantes de la substance. Quant à la matière qui forme le noyau, cette partie essentielle de la cellule vivante, elle est encore bien plus complexe, et présente, au moment de la division d’une cellule en deux autres, des aspects successifs variés, mais dont la succession est toujours à peu près identique chez toutes les cellules des animaux et des végétaux. Là encore, l'existence de granules vivants doués de propriétés spéciales est tout à fait manifeste.
On est allé plus loin dans les hypothèses relatives aux parcelles qui forment la matière vivante : jusqu’à supposer que toutes les parties d’une cel-
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Iule sont constituées par des éléments extrêmement petits et capables de se multiplier par eux-mêmes. Ces éléments, auxquels on donne, d’une manière générale, le nom de « micelles », seraient les cellules de la cellule, si l’on peut s’exprimer ainsi, les éléments des éléments. A la théorie cellulaire, on substitue la théorie micellaire.
C’est revenir, et par une tout autre voie, aux célèbres molécules organiques de Bulîon. Mais les cellules, dans la plupart des cas, sont visibles, tandis que les molécules organiques, les vraies micelles, ne se voient pas, sont, comme on dit, ultra-microscopiques, précieux avantage pour les combiner dans l’esprit, de la manière la plus favorable !
Quel est le principal argument en faveur de la réalité des micelles? C’est ce fait si remarquable, auquel j’ai fait allusion plus haut, de l’existence de microbes invisibles. Pour n’en citer qu’un exemple, parfaitement étudié dans sa propagation d’après les procédés de Pasteur, je dirai un mot de cet organisme tellement petit que sa forme échappe à tout microscope, et qui, cependant, est capable de tuer un bœuf. C’est la bactérie de la péripneumonie bovine.
Si l’on extrait une goutte de la sérosité prise dans les poumons d’un bœuf atteint de la péripneumonie, et qu’on sème cette goutte dans un bouillon de culture, on obtient un liquide à peine différent d’un bouillon stérile et pur, capable d’inoculer la maladie. Tout se passe, en un mot, comme si l’on opérait avec la cülture d’un organisme visible au microscope et qui se développerait dans le
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bouillon, ainsi que cela se produit pour la plupart des microbes infectieux. Il est vrai que, par une disposition nouvelle des appareils microscopiques, on a pu entrevoir, dans ce bouillon altéré par la bactérie de la péripneumonie, de petits points brillants et mobiles dont il était impossible de distinguer la forme. Si on l’avait distinguée, si on avait réellement vu quelque chose, remarquons que cet organisme infime n’aurait plus eu aucun intérêt pour la théorie micellaire.
Mais c’est une erreur de croire que les êtres sont très simples parce qu’ils sont très petits. Un Champignon gigantesque comme le Bovista gigantea , gros comme une Citrouille, est d’une organisation beaucoup plus simple qu’un de ces très petits insectes qu’on distingue à peine, lorsqu’ils courent sur une feuille de papier. Il y a des cellules énormes visibles à l’œil nu, dont la structure est moins compliquée que celle d’autres cellules beaucoup plus petites.
Pourquoi ces microbes invisibles seraientils des micelles ou seulement, composés de quelques micelles?
Rien ne le prouve, et l’on peut citer le fait suivant en faveur de l’opinion contraire.
Gallaud a tout récemment découvert des Champignons qui présentent des suçoirs formés de ramifications se divisant en branches de plus en plus fines. Lorsqu’on examine ces suçoirs arborescents, il subsiste dans
Fig. 230. — Suçoirs de champignon se ramifiant indéfiniment dans une cellule de racine (grossi 600 fois) [d’après Gallaud],
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toute la périphérie une masse en apparence floconneuse, formée par des ramuscules de plus en plus minces, car ceux-ci apparaissent plus nombreux à mesure qu’on agrandit l’image au microscope; mais, en définitive, on ne peut apercevoir, au plus fort grossissement, la terminaison des ramuscules. Or, la partie visible de ces rameaux possède partout la même organisation : que le rameau soit gros ou extrêmement fin, c’est toujours de la matière vivante entourée d’une membrane de cellulose; l’arborescence entière, qui n’est que l’expansion d’une cellule ordinaire, est donc toujours constituée de même. Donc, ces terminaisons des filaments ramifiés, si extrêmement ténues qu'elles sont invisibles, ne sont pas pour cela des micelles et sont tout aussi compliquées que le reste de la cellule dont elles font partie. Cela fait penser au microcosme de Gœthe.
Je ne m’étendrai pas longuement sur les théories micellaires, si ce n’est pour dire qu’on a tenté de s’en servir pour étayer une résurrection de la génération spontanée.
L’argument typique est tiré de la curieuse découverte du platine colloïdal. Lorsqu’on plonge dans de l’eau deux baguettes de platine et qu’on fait passer l’arc électrique entre ces deux baguettes, les fines particules du platine se détachent et restent suspendues dans l’eau à l’état visqueux et insoluble ou, comme on dit, à l’état colloïdal. Et comme le liquide, qui contient ces particules ultra-microscopiques, a quelques propriétés, qu’ont aussi des substances sécrétées par les êtres vivants, qu’il peut changer la nature des sucres ou transformer le vin en vinaigre, on en conclut qu’avec du platine
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et de l’eau on a fabriqué des micelles à volonté.
Si on fabrique des micelles, et si la cellule vivante ne se compose que d’une agglomération de micelles, on a pour ainsi dire fabriqué de la matière vivante.
Ces expériences sur les corps colloïdaux métalliques sont évidemment des plus intéressantes à divers points de vue, mais il paraît bien difficile d’admettre qu’elles donnent une preuve quelconque en faveur de la possibilité pour l’homme de créer des êtres vivants. 11 faut citer encore l’expérience sensationnelle exécutée récemment par Burke. Ce jeune savant anglais aurait découvert la génération spontanée, en faisant agir le radium sur un bouillon de culture stérilisé. 11 dit avoir vu se produire des points sphériques qui se subdivisent, et ce sont là des êtres vivants, créés par génération spontanée, qu’il a baptisés du nom de radiobes. Raphaël Dubois avait d’ailleurs décrit sous le nom d ’Èobes, des particules obtenues par des procédés du même ordre.
Malgré le « bluff » qui a été fait autour du nom de Stéphane Leduc, en 1906 et 1907, je ne parlerai pas des publications de cet auteur qui a cru trouver tous les caractères de la vie dans les précipités chimiques obtenus par Traube en 1865. Il n’y a dans ces arborescences bien connues, répétées dans les cours sous le nom de paysages chimiques, aucune assimilation possible avec des plantes vivantes.
Créer la substance vivante! Comment l’espérer un instant dans l’état actuel de la science? Lorsqu’on pense à ce qu’il y a de caractères accumulés,
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d’hérédité, de devenir compliqué dans un fragment de protoplasma vivant.
Si l’on songe que le développement d’un animal supérieur, ses transformations successives à l’état embryonnaire en protozoaire, en vers, en poisson muni de branchies, arrivant à produire un mammifère, un homme, cet ensemble de formes futures se trouve en puissance dans un fragment microscopique de substance vivante initial! Si l’on réfléchit que cette réminiscence des ancêtres lointains, cette hérédité acquise pendant des milliards de siècles, tout cela existe dans cette minuscule gouttelette de protoplasma! on comprend alors le sens de cette vérité : Il n’est pas plus difficile de créer d’emblée un éléphant que de créer une parcelle de matière vivante.
Lorsque l’homme aura résolu ce dernier problème, il sera devenu plus créateur que le Créateur, plus fort que la Nature entière, plus puissant que l’Univers infini.