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LES GRAMINÉES

Caractères des graminées. — Les céréales : Froment, Seigle, Orge, Avoine, Riz, Maïs. — La Canne à sucre. — Fabrication du sucre à 14 Réumon.

Les graminées forment une des familles les mieux caractérisées du règne végétal et l’un de ses groupes les plus naturels. Ce sont des plantes annuelles ou vivaces, qui fournissent à nos pays la plus grande partie de leurs herbes, tandis que dans l’Asie tropicale elles deviennent quelquefois de véritables arbres. Leurs racines sont fibreuses; la tige, qu’on appelle chaume, est cylindrique, à nœuds annulaires. Les feuilles, alternes, naissent des nœuds; le pétiole est dilaté et enroulé en une gaine qui entoure la tige et dont les bords sont libres. Les fleurs, pourvues chacune de deux bractées, sont disposées le long d’un axe (rachis) en petits épis (épillets), tantôt sessiles sur le rachis (épis), comme dans le Froment, tantôt portés sur des pédoncules rameux (panicule), comme dans l’Avoine. Les étamines, hypogynes, sont ordinairement au nombre de trois. Le fruit est un caryopse.

Nous choisirons, pour en parler, dans cette grande famille : les céréales et la Canne à sucre.

Les céréales précieuses par leur graine riche en fécule, en matière azotée et en phosphate sont : le Froment, le Seigle, l’'Orge, V'Avoine, le Riz, le Maïs, ete. Leur nom leur vient de Cérès, la déesse de l’agriculture pour les Grecs, et qui enseigna

MONDE VÉGÉTAL, ÿ

à Triptolème, l'inventeur de la charrue, l’art de cultiver le Blé. Selon une autre version, l’agriculture fut importée d'Égypte par Cécrops.

Le Blé, en effet, était connu dans la vallée du Nil dès une bien haute antiquité, car les prêtres prétendaient rapporter son introduction à [sis et à Osiris. Il y eut longtemps à Nipsa, dans la vallée du Jourdain, une inscription en caractères sacrés, que Diodore explique ainsi : « Je suis la reine de toute cette contrée; je suis la femme et la sœur d’Osiris; je suis celle qui a fait la première connaître le grain aux mortels. Je suis celle qui se lève dans la constellation du Chien. Réjouis-toi, Égypte, ma nourrice! »

Les Chinois ont aussi conservé dans leurs annales l’histoire de la découverte des céréales : « Dans lantiquité, le peuple mangeait crus les fruits des plantes et des arbres; il se nourrissait de la chair des animaux; il ne savait pas encore labourer ni semer. Chin-Nong se conforma aux saisons du ciel, il observa les propriétés des terrains, il tailla du bois et fit une herse, il le courba et fit une charrue. Cet empereur commença à enseigner au peuple la manière de cultiver les cinq grains‘ et l’agriculture devint florissante *. »

C’est en souvenir de cet empereur bienfaisant que tous les ans le Fils du Ciel, à une certaine fête, ensemence lui-même un champ.

Le Froment (Trilicum sativum) se place parmi la tribu des triticées, ainsi que l’Orge et le Seigle. On ne le rencontre nulle part à l’état sauvage. Buffon pense que l’homme a agisur lui et l’a fait ce qu’il est maintenant; mais il est probable que le Blé n’a jamais changé. Les graines trouvées dans les tombeaux avec les momies égyptiennes n’offrent pas avec celles d’où nous tirons notre pain la plus petite différence.

Il existe plus de neuf cents variétés de Blé, On distingue : le

1. Le Blé, le Riz, les Fèves et deux sortes de Millet. 9, Traduction de M. Stanislas Julien.

LES GRAMINÉES. 35 Blé dur et le Blé tendre, d’après leurs proportions de fécule et de gluten; le Blé d'hiver et le Blé de printemps, selon l’époque des semailles ; les Blés blancs, rouges, saumons, d’après les nuances des grains. Citons le Blé de miracle, ainsi nommé à cause de sa prodigieuse fertilité, qui réunit et agglomère sur une seule tige quatre ou cinq épis. L'Épeautre est une espèce de Blé dans laquelle la glume adhère au grain.

En France, le Froment occupe plus de cinq millions d’hectares. Il rend, en moyenne, onze hectolitres à l’hectare, ou à peu près cinq ou six au grain.

C’est le grain par excellence des peuples de l’Europe et de Asie occidentale. On a dit, avec beaucoup de raison, qu'il est comme l’attribut de la race caucasique : il l’a suivie partout où elle s’est établie. Au Mexique, il est arrivé avec Fernand Cortez. Ce fut un des nègres du brutal conquérant qui en sema {rois grains trouvés par lui au milieu de son Riz.

Le Riz est aux races mongolique et nègre, le Maïs à la race américaine, comme le Froment à la race caucasique.

Le Riz (Oryza) est originaire de l’Inde; mais, transporté en Amérique, ils’y est si bien acclimaté, qu'aujourd'hui l’on consomme en Europe autant de Riz de la Caroline que de Riz de l'Inde.

Le Riz demande un climat plus chaud que les autres céréales; il ne vient pas bien en France. D'ailleurs il coûte moins, importé d'Amérique, qu'il ne coûterait cultivé chez nous, où nous n’avons pas les marais nécessaires à sa production.

En Chine, dans l’Inde, il fait l’assaisonnement de tous les mets, sur toutes les tables; et bien souvent, cuit à l’eau, il forme l’unique nourriture du pauvre.

Il donne son nom à sa tribu : celle des Oryzées.

Tout porte à croire que le Maïs (Zea) vient d'Amérique, où les Européens le virent pour la première fois. C’était pour eux un Blé gigantesque, aux feuilles longues et lisses, à la tige élégante, aux grains énormes et dorés. Les Mexicains en fai-

saient une plante sacrée ; on célébrait sa récolte par des fêtes religieuses, et la loi punissait de mort quiconque en dérobait sept grains. [l servait de monnaie.

On cultive beaucoup de Maïs dans le nord de l'Italie, dans le midi de la France et dans la Bresse. L’épi donne une grande quantité de grains : il y a communément huit rangées de grains sur un épi, et au moins trente grains dans une rangée. La farine se mange en bouillie, sous le nom de polenta en ftalie, de cassole ou millause dans le midi de la France, et de gaude dans l’ancienne Bourgogne. On en fait aussi des gâteaux. La plus grande partie des tiges et des panicules que l’on coupe avant la maturité de l’épi donne un excellent fourrage pour les vaches; les balles peuvent aussi recevoir cette destination, lorsqu'on n’en fait pas des paillasses, ainsi que les rafles qui ne servent pas à chauffer les fours.

Au Pérou, on extrait du Maïs une espèce de bière très appréciée des indigènes, mais qui a dû régaler peu d'Européens. La fabrication est, en effet, des plus étranges. Plusieurs vieillards, hommes ou femmes (qui ne sont plus bons à d'autre emploi) s’asseyent en rond autour d’un tas de Maïs. Ils s’emplissent la bouche d’une poignée de graines prises dans le tas, mâchent plus ou moins longtemps, selon le plus ou moins de dents qui leur restent, recrachent le maïs suffisamment broyé dans le creux de leurs mains et le déposentsur des morceaux de cuir placés devant eux, et où la cabaretière vient le prendre pour le jeter dans la chaudière. Les qualités particulières de cette bière ou chicha viennent de la quantité notable de sues salivaires et de sécrétions pituitaires ajoutés par les vieillards au Maïs.

Le Maïs se place dans la tribu des Phaluridées.

L'Orge (Hordeum) estoriginaire de la haute Asie. Elle comporte plusieurs espèces qui se distinguent par le nombre des rangs de grains placéssurles épis. Onen fait du pain, de la bière; en Espagne et en Italie elle tient lieu d’Avoine aux chevaux.

RIZ, À GOCONG.

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