‹ Le monde végétalChapitre 20 sur 97 · MOULIN A · texte numérisé non relu

MOULIN A

Le Seigle (Secale) a la même patrie que l’Orge. On le cultive beaucoup dansles pays septentrionaux de l'Europe : en Suède, en Prusse, dans le nord de la Russie, dans les parties de l’Allemagne voisines de l’Elbeet du Weser, dans quelques provinces de la France, notamment en Champagne. Il pousse très bien jusque dans le cercle polaire.

Le Seigle est sujet à une maladie qu’on appelle l’ergot et qui le rend très dangereux pour les personnes qui le consomment dans cet état,

L’Avoine (Avena), de la tribu des Avenées, était, suivant Pline, la principale nourriture des Germains; maintenant elle sert surtout à celle des chevaux. En Pologne, en Allemagne, en Hollande, en Angleterre on en fait une bière que l’on dit préférable à celle de l’'Orge. En France, l’Avoine mondée et réduite en bouillie est employée dans le régime des personnes délicates.

La Canne à sucre appartient à la tribu des A ndropogonées, dont les épillets sont fertiles et polygames. Elle est originaire de l’Asie tropicale, et on la cultivait dans l’Inde et dans les îles adjacentes dès la plus haute antiquité. Elle fut connue en Europe à la suite des conquêtes d'Alexandre.

C’est vers la fin du xmr° siècle qu’elle passa de l'Inde en Arabie. Deux cents ans plus tard, les Portugais l’introduisirent à Madère, où elle prospéra. Plantée à Saint-Domingue en 1506, elle se répandit de là dans toute l'Amérique tropicale.

C’est surtout la partie inférieure de son chaume qui fournit la sève dont on extrait le sucre. Rien ne vous donnera une meilleure idée de la récolte de ce précieux roseau et de la fabrication du sucre que les passages suivants extraits, dans le Tour du Monde, du voyage de M. Simonin à l’île de la Réunion :

« Je profitai de mon séjour à Saint-Louis pour étudier plus en détail que je ne l'avais fait jusque-là la culture de la Canne et le travail des sucreries. Le mois de juin était venu, et avec lui le précieux roseau arrivait à maturité. Certaines variétés

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commençaient même à se couronner d’une aigrette violette qui indique au planteur que le moment de la coupe est proche. Alors les sucreries, jusque-là inactives, entrent en mouvement; on visite, on répare toutes les machines, et bientôt la coupe commence. La Canne est taillée à son pied, débarrassée de ses feuilles et jetée sur des charrettestraînées par des mules ou par des bœufs. Elles prennent le chemin de l’usine, où bientôt une nouvelle charrette arrive, remplaçant celle qui s’en va. Il n’y a dans le travail ni trêve ni repos, hormis aux heures de repas. La coupe est la vendange des tropiques, et du temps des noirs c'était l'époque des fêtes champêtres et des danses échevelées.

€ Aujourd’hui qu? les immigrants de l’Inde ont presque partout remplacé le noir, les cris et les jeux ont disparu, car l’Hindou, sombre et mélancolique, est loin d’êtreaussi expansif que le joyeux enfant de Afrique.

€ À mesure que la coupe se poursuit dans les plantations, la roulaison commence dans les sucreries. Le roseau, jeté entre des cylindres de fonte (le moulin), donne un jus aqueux et sucré qu’on nomme vesou. La partie ligneuse de la canne, appelée bagasse, est mise à part et desséchée; elle forme le combustible qui sert à dessécher les chaudières. Le vesou tombe dans de vastes bassines en cuivre ou défécateurs. On le purifie au moyen de la chaux, qui précipite les sels terreux renfermés dans la liqueur sucrée et coagule l’albumine. Le liquide, écumé et décanté, prend alors le nom de sirop, et descend dans des chaudières étagées, en tôle de fer, que l’on appelle les batteries. Elles sont chauffées par le feu ou par la vapeur. Le sirop s’y concentre au degré voulu, et passe enfin dans d'énormes chaudières en cuivre rouge et de forme sphérique, où l’on produit le vide. C’est là qu’ont lieu la cuite et la cristallisation. Une dernière opération, celle du turbinage, consiste à décolorer et à dessécher les cristaux par le moyen de toupies métailiques mues par la vapeur et faisant plusieurs milliers de tours par minute. |

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