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DATTIERS

Il est l’objet de l’amour et des soins de l’Africain, ne donnant ses fruits qu’à la condition d’être fécondé artificiellement, car ses fleurs sont dioïques. Selon une expression du pays, il veut avoir les pieds dans l’eau et la tête au feu, et un horticulteur le prétend très friand d'engrais. Dans les oasis, en effet, près de chaque Palmier est placée une fosse qui recoit l’eau des irrigations et toutes les déjections de l’étable et de la maison.

Les Dattiers précoces donnent leurs fruits vers la mi-septembre, les tardifs ne mürissent que dans les localités les plus chaudes, et seulement vers la fin d'octobre. Les dattes précoces ont le défaut de ne pouvoir être conservées. Parmi les espèces tardives, on compte le Deglat Nour, qui fournit de délicieuses dattes translucides, à la robe dorée, onclueuses au toucher, et comme confites par les ardeurs du soleil. Ces fruits se gardent d’une année à l’autre, et font l’ornement et les délices de nos desserts d'hiver. Les Arabes n’en mangent pas souvent d’aussi bons. Certains Dattiers d’une merveilleuse fertilité donnent des fruits secs et sans parfum qui entrent, pour la plus grande part, dans lalimentation des habitants du Sahara.

Le Dattier fournit aussi le lait ou vin de Palmier.

Ce vin est la sève de l'arbre, qui doit avoir, Quand on la recueille, au moins quarante ans, c’est-à-dire son maximum de vigueur. Si le Palmier est très vieux et sur le point d’être sacrifié, on coupe le bouquet terminal, en ménageant les palmes implantées au-dessous; mais si l’arbre doit être conservé, comme c’est le cas général, on creuse une incision circulaire au-dessous du bouquet terminal, qu’on respecte soigneusement. Le liquide est amené, à l’aide d’un roseau, dans un pot en terre fixé au sommet du Palmier. On recueille ainsi, au début, de sept à huit litres’ de vin par jour; au bout d’un mois, et l’on dépasse rarement ce terme, pour ne pas trop alfaiblir le palmier, on n'obtient guère que trois à quatre litres.

La récolte terminée, l’incision est recouverte avec de la terre.

Le Palmier ainsi traité, et suffisamment arrosé, peut donner des dattes deux ans après, souvent l’année suivante, quelquefois même pendant l’année courante.

Les Arabes du sud font grand cas du vin de Palmier. Ils le recueillent chaque jour pour le consommer tout de suite,

Le stipe du Dattier procure aux indigènes leur combustible et leur bois de construction. Ses feuilles couvrent les maisons, et les nègres fabriquent avec ses folioles des chapeaux, des nattes, des paniers.

Le Dattier a été introduit par les Maures dans le midi de l'Europe, où il sert surtout de plante d'ornement. Cependant on récolte des dattes assez bonnes aux alentours de la ville d’Elche, en Espagne, entre le 38° et le 39° degré de latitude; mais c’est l'extrême limite où le Dattier puisse produire des fruits.

Le Cocotier est un arbre monoïque qui habite le voisinage des mers dans toute la région intertropicale. C’est lui qui dans les Indes fournit le {oddy, le fameux vin des Anglais. Voici quelques détails sur la récolte de ce liquide.

Dès qu’un arbre montre ses premières fleurs, on s'assure, en coupant un pédoncule jeune, s’il est apte ou non à donner du vin. Quand la plaie laisse échapper un liquide, l'arbre est vinifère.

Les pieds vinifères sont loués à des industriels qui en extraient le suc, le concentrent par l’ébullition de manière à en retirer une espèce de sucre, ou le distillent pour en fabriquer de l’arack, sorte d’eau-de-vie de sucre. Dans une bonne terre, les arbres fournissent du vin toute l’année, mais dans un sol maigre ils sont épuisés après six mois. Un travailleur habile peut en exploiter de trente à quarante à la fois. Dès que le spadice ou pédoncule floral est à moitié développé, tandis que le spathe reste encore fermé, l’ouvrier coupe la pointe de ce

dernier organe, serre le bout amputé au moyen d’une ligature faite avec la feuille du Palmier, et frappe avec un petit bâton la surface de la portion restante du spadice. L'opération se répète quinze jours durant, et chaque Jour on enlève une tranche mince du moignon. Alors la blessure commence à saigner, et l’on en reçoit le suc dans un petit vase fixé au-dessous d’elle : ce suc, ou callu des indigènes, est le vin de palme. Chacun des jours suivants on rafraichit la coupure, mais, une fois l'écoulement établi, on cesse de battre le spadice.

Le Cocotier, durant sa période de fertilité, développe un spadice par mois, et comme chaque spadice pleure abondamment pendant trente jours, au bout de ce temps il s'en trouve juste un nouveau qui le remplace; cependant il continue à larmoyer un mois encore avant de se dessécher; en sorte qu’on voit d'ordinaire sur le même arbre deux vases collecteurs, et Jamais plus.

Le toddy, dans son état de fraicheur parfaite, possède une saveur douce et agréable, même pour un Européen; mais il ne tarde pas à devenir aigre et enivrant, et afin d’exalter plus encore cette dernière propriété, les gens qui débitent le toddy jettent dans les vases qui le contiennent des feuilles et des fruits broyés de Datura stramonium ; c’est dans cet état que l’aiment avec fureur les indigènes.

Des voyageurs ont appelé le Cocotier le roi des végétaux. Aucune de ses parties qui ne puisse servir à l’homme; et rien ne le prouvera mieux que quelques détails sur un arbre qui a sa place dans les légendes des Asiatiques et des navigateurs. Nous voulons parler du Lodoicea Sechellarum.

Le stipe du Lodoicea Sechellarum ou Gocotier des Séchelles a une hauteur moyenne d'environ quinze à dix-huit mètres et atteint parfois vingt-cinq ou trente mètres. Son diamètre, de 0",30 ou à peu près, reste sensiblement le mème de sa base à son sommet, que couronne une touffe de douze à vingt feuilles.

LES PALMIERS. 49 Ces feuilles peuvent avoir six mètres de longueur sur trois mètres de largeur. Leur texture est mince et sèche; leur couleur, d’un vert jaunâtre brillant. Les fleurs mâles et les fleurs femelles sont portées sur des pieds différents. Les fruits, égaux en volume à nos melons les plus gros, présentent une longueur de 0,45 et un poids moyen de douze kilogrammes !. Ils sont de forme ovale, arrondie ou comprimée sur un côté, et plus ou moins acuminée. Avant le terme de leur maturité parfaite, ils contiennent une espèce de gelée ferme, transparente et d’une saveur douce. Une seule noix fournit environ un litre et demi de cette substance, qui malheureusement ne saurait être conservée quelques jours sans passer à l’aigre.

Chaque fruit renferme une ou deux noix.

Ces noix sont lesgraines enveloppées par l’endocarpe osseux ou noyau du fruit.

L'histoire du Cocotier des Séchelles emprunte un intérêt particulier aux erreurs traditionnelles qui l'ont précédée. Bien longtemps, en effet, les fruits de ce beau Palmier, portés par les flots sur les rivages des îles de la mer des Indes, firent travailler l'imagination des habitants. Les colons européens les nommaient cocos de mer, d’après l'élément qui les apportait, doubles cocos, à cause de leur forme souvent biloculaire, cocos de Salomon, sans doute par quelque allusion mystique à de prétendues vertus médicales, enfin cocos des Maldives, du nom des îles où on les recueillait. On prétendait que le double coco était un fruit tombé par hasard dans la mer et qui s’y était pétrifié, ou, mieux encore, que c’était le produit d’un animal sous-marin caché à l’œil de l’homme. Les navigateurs chinois et malais disaient que l'arbre, assez semblable au Cocotier ordinaire, croissait sous l’onde à de grandes profondeurs, et qu’on l’apercevait parfois dans les baies tranquilles, le long des côtes de Sumatra. Renchérissant sur cette donnée, les prêtres

1. Ce qui prouve que dans la fable de la Fontaine : le Gland et la Citrouille la moralité est joliment bien trouvée.

de la population noire des Moluques parlaient d’un arbre de Java dont les branches, en partie émergées, servaient de repaire à un griffon monstrueux qui portait dans son nid la chair des éléphants, des ligres, des rhinocéros, produit de ses rapines nocturnes. D'ailleurs, les vagues à l’entour de l'arbre attiraient puissamment les vaisseaux et livraient à la voracité du monstre les infortunés mariniers; aussi les habitants de l'archipel évitaient-ils d'approcher une localité si dangereuse, partant, d'aller vérifier l’histoire.

Les fruits de cet arbre merveilleux se vendaient cher, on le pense bien: jusqu’à un prix équivalant à 450 francs de notre monnaie.

Aujourd'hui le Cocotier des Séchelles, dépouillé de ses légendes, rend des services réels : la sommité du stipe, qui fait l'axe d'insertion aux feuilles, se mange confite dans du vinaigre; le stipe sert à fabriquer des conduits pour l’eau et des palissades; avec le feuillage, on construit la toiture et même les murs des maisons. Cent feuilles suffisent pour une habitation commode, y compris les cloisons, les portes et les fenêtres. Du duvet qui recouvre les jeunes feuilles, on garnit des matelas et des coussins. Les côtes des feuilles adultes et les fibres de leurs pétioles sont travaillées en balais. Avec les jeunes feuilles découpées en longues bandelettes on tresse des chapeaux. Les noix font des assiettes, des plats, des coupes, des vases (d’une capacité de trois à quatre litres) où l’on conserve l’eau, etc.

L'ile heureuse de Taïti possède des Cocotiers, et ces beaux arbres ont fait dire au docteur Karl Müller dans son remarquable livre les Merveilles du monde végélal :

« Un sentiment bien profond se trouve dans cette croyance de l’ancien Taïtien que son dieu suprème, Oro, habitait le Cocotier, dans le bois duquel fut aussi ciselée sa statue. Cet arbre est, en effet, le véritable arbre de vie de la Polynésie. L'insulaire se repose sous son ombrage, il tire de ses fruits des

mets et des boissons, couvre sa hutte de ses feuilles, dont il tresse également des corbeilles, et se sert des jeunes feuilles en guise d’éventail et de chapeau contre l'ardeur du soleil; souvent il se tisse des vêtements au moyen de la masse feutrée qui se trouve à la base du pétiole, ou bien il s’en fabrique des torches à la lueur desquelles 1l va nuitamment harponner les poissons de la mer, quand l'Océan pousse ses vagues écumantes par-dessus les récifs de corail. Quand elles sont travaillées, les plus grosses noix fournissent de charmants récipients, et Les plus petites des têtes de pipe. Les écales sèches entretiennent son feu, leurs fibres lui servent de cordes à hamecçon et de câbles. Du suc de ses noix suinte un baume pour ses plaies ; avec l’huile de coco ilembaume ses morts. Sous forme de pieu, le tronc consolide ses habitations, cuit ses mets, enclôt ses terres, lui fournit des avirons, des tomahawks et des lances. Aussi est-ce pour cela qu’autrelois le rameau de Cocotier étiat le symbole de la majesté royale, et pourquoi le sacrifice du temple était tabou (consacré) quand on le posait par-dessus. Et vers tout cela la main de la nature seule le dirige; l’homme n’a autre chose à faire qu’à planter en terre la noix mûre, pour en voir surgir, au bout de quelques jours, une allègre jeune tigelle qui, à quatre ou cinq ans, produira déjà ses premiers fruits, ét qui à un âge double élèvera, en véritable arbre d’importance, sa tête vers le haut, pour s’y développer en beauté et en utilité pendant tout un siècle. »

Le Cocos australis est une espèce qu’on cherche à acclimater en France et qui promet d’y réussir, car il a fructifié dans l'ile d'Hyères. La chair de ses fruits est jaunâtre, succulente, parfois un peu fibreuse, d’une saveur fraîche très agréable, qui rappelle celle de l’ananas unie à l'odeur de la pomme de reinette.

€ La rusticité du Cocos australis, dit M. Carrière, la facilité avec laquelle il fructifie sur tout le littoral, aux environs d'Hyères, fait supposer que cette espèce est appelée à jouer un rôle important dans toute celle partie de la France et à

constituer un arbre fruitier d’un nouveau genre, remplaçant ainsi le Phœnix daclylifera, ou Dattier, qui, bien que croissant à merveille dans cette région, n’y donne pas de fruits comestibles. »

Au point de vue de l’ornementation, l'arbre a un mérite incontestable. Celui qui est planté au Muséum, en pleine terre, dans le pavillon tempéré, mesure cinq mètres de hauteur; sa base près du sol n’a pas moins de 0",40 de diamètre.

L’Arec cachou, grand Palmier de l’Inde, de Cevlan et des Moluques, produit un fruit nommé noix d'arec, dont la graine sert à préparer un suc astringent très estimé, c’est avec cette amande, mêlée à la chaux vive et aux feuilles du poivre bétel, que les habitants de PAsie tropicale fabriquent la pâte masticatoire dont ils ne peuvent plus se passer et qui donne à leurs dents la couleur de ébène.

Les Palmiers à cire du Pérou (Ceroxylon andicola) forment des forêts de colonnes qui paraissent de loin blanches comme de l’ivoire, et sont couronnés par une gerbe d’admirables feuilles longues de cinq à six mètres et plus. On trouve ces beaux arbres, qui atteignent de soixante à quatre-vingts mêtres de hauteur, à une altitude variant entre 1900 et 3000 mètres. La cire, exsudée à l'extérieur du tronc et des feuilles, est srattée, recueillie, mise en sacs et envoyée à Bogota pour la fabrication des allumettes-bougies.

Le Brésil possède aussi des Palmiers à cire : tels sont les Copernicea cerifera ou Corypha cerifera. L’exsudation cireuse s’opère à la surface des feuilles. Pour obtenir le produit, on les secoue, et l’on fait ainsi tomber une poudre écailleuse, d’un gris jaunâtre, qu’on fond à une assez forte chaleur.

L'Avoira est un grand Palmier monoïque de l’Afrique oceidentale transporté en Amérique.

Le fruit contient une huile jaune, odorante, nommée huile de palme, que l’on emploie en Afrique et à la Guyane à tous les usages de l’huile d'olive ; Pamande fournit en outre une huile

blanche, solide, servant aux mêmes usages que le beurre, et qui est consommée sur place; mais l'huile jaune est importée en France et en Angleterre, où on l’utilise surtout dans la fabrication des savons.

On appelle ivoire végétal une substance rivale, pour la blancheur et pour la dureté, de l’ivoire fourni par l'éléphant et par l’hippopotame, et qui, beaucoup moins chère, peut néanmoins être employée à peu près aux mêmes usages, c’est-à-dire à la fabrication des bijoux et de la tabletterie.

Le Phytelephas,ou Palmieràivoire, estoriginaire des chaudes et profondes vallées du Pérou. Ses belles frondes servent à couvrir les cabanes des indigènes. Son fruit contient d’abord un liquide clair et sans saveur, qui est une ressource précieuse pour le voyageur altéré ; plus tard, cette liqueur devient laiteuse et sucrée, et, sa consistance se modifiant avec son goût, elle se. solidifie progressivement jusqu’au point d'atteindre presque la dureté de l'ivoire. La liqueur des jeunes fruits tourne à l’aigre dès qu'ils sont restés quelques jours séparés de l'arbre. L'amande des graines est façonnée par les Indiens en têtes de canne et autres objets de fantaisie, tous parfaitement blancs. Les ours sont très friands des jeunes fruits, qui font du reste la pâture favorite de la plupart des animaux sauvages, surtout des sangliers et des coqs d’Inde. Les Palmiers à ivoire forment des forêts épaisses et, à l’époque de la floraison, embaument le pays.

Le tronc de la plante, si tronc il y a, est réduit à un court caudex presque horizontal et en partie souterrain ; du sommet de ce caudex s'élève avec grâce une touffe de feuilles longues de six mètres dans leur plus grand développement, d’un vert clair délicat, et pennées ou divisées à la manière des barbes de plume.

Dans une famille voisine de celle des Palmiers, les Cyclanthées, se trouve le Carludovica palmata, dont les feuilles fournissent la matière des fameux chapeaux de Panama. Cette

plante croît dans les forêts humides de l’'Équateur, du Pérou, de la Bolivie et de la Nouvelle-Grenade. On en récolte les

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