LES STRYCHNOS
Le curare. — Comment les Indiens le préparent. — Les fourmis de feu. — Mode d'action du curare. — Genre de mort qu'il détermine. — Les expériences de C1. Bernard. — Comment on peut se guérir du curare.
Les Strychnos sont des plantes grimpantes de la famille des Loganiacées, qui est étroitement liée à celle des Rubiacées. Leur écorce est la base du curare, poison violent utilisé par les Indiens de l'Amérique du Sud pour empoisonner leurs flèches, dont la plus légère blessure suffit alors à déterminer la mort.
Ce fut La Condamine qui donna les premiers renseignements exacts sur le curare, dont il avait pu observer les terribles effets pendant son voyage aux régions équinoxiales de l'Amérique.
Voici ce que rapporte un voyageur, Charles Waterson, sur la préparation du curare par les Indiens dans leurs forêts.
Le sauvage chargé de le préparer commence par recueillir une certaine quantité d’une liane très toxique, le Strychnos toxifera, d’où la chimie retire la strychnine et qui joue un rôle important dans le mélange vénéneux. Ensuite il arrache une certaine racine très amère, qu'il y réunit, et il cherche deux sortes de plantes buibeuses qui contiennent un jus vert et gluant. Il remplit de tiges de ces plantes un petit vase qu’il porte sur son dos, et il se met enfin à rechercher deux espèces de fourmis. L'une est très grosse, noire, et tellement
venimeuse, que sa piqüre donne la fièvre; on la trouve le plus souvent sur la terre. L'autre est une petite fourmi rouge qui pique comme une ortie et qui place ordinairement son nid sur la feuille d’un arbrisseau. L'Indien ramasse encore une certaine quantité de poivre de Cayenne; il ajoute enfin les crochets broyés du serpent labarri et du counacouchi, qu’il tient ordinairement en réserve; car, lorsqu'il tue un serpent, il a soin d’en arracher les crochets et de les conserver.
Quand il a recueilli les ingrédients nécessaires à la préparation du curare, Indien réduit en petits morceaux la liane du Strychnos loxifera et la racine amère, et il les fait bouilliravec de l’eau. Il ajoute ensuite les crochets du serpent, les fourmis et le poivre. La liqueur est placée sur un feu modéré. Lors= qu’elle est en ébullition, on enlève l'écume avec une feuille, et la liqueur reste sur le feu jusqu'à ce qu’elle soit réduite en sirop épais, d’un brun foncé. Dans cet état, on la versel/dans une calebasse, petit pot de la facon des Indiens, et.on la Li serve dans l'endroit le plus sec de la cabane, Ne
M. Paul Marcoy, danslesforéts del Amértee:E A vit préparer sinon le curare, du moins un poison bien änalogue. Les détails de fabrication sont exactement ceux que nous venons d'indiquer : feuilles et bois de deux sortes de lianes, glandes et crochets de serpents venimeux, milliers decadavres de fourmis de feu. À propos de ces dernières, le voyageur dit ceci : « Durant mon séjour à Nauta, j'avais fait connaissance avec ce charmant petit monstre, et je gardais un souve= nir très net des crampes et des douleurs folles qui étarent résultées de mes rapports indirects avec lui; pour cela, il m'avait suffi de marcher nu-pieds sur des troncs d’arbres renversés à l'endroit où des tasnapira! étaient passées, laissant après elles une glu caustique dont l’action sur la peau peut être