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ché sur le char funèbre et nccompagné de la famille en pleurs : l'iaétitable joueur de flûte marche, comme toujours, derrière la procession funèbre. Dans la scène de Bacchus chez Icarius {6g. 504) nous ToyoDS l'arrivée d'un convive dans une salle de banquet. Bacchus, qui esl l'invité, présente son pied à un jeune garçon qiii lui défait sa chaussure. Deux personnages du sexe masculin sont à demi couchés sur le ht de
Fig &05 — Lfdi (torrecuiW].
festin, tandis que la femme, suivant l'usage grec, esl simplement assise. Il existe un grand nombre de variantes de ce joli bas-relief. Les bas-reliefs en terre cuite ne servaient pas uniquement dans les
rig. 5W. — Panée (terre cuiie).
habitations, on les employait également dans les petites chapelles rustiques, qui, dans la Grèce et dans l'Italie ancienne, étaient répandues à profusion dans les campagnes. Aussi les sujets mythologiques y sont très fréquemment représentés. Beaucoup de ces plaques de terre sont munies de trous pratiqués pour laisser pénétrer les attaches ; ce sont
des montants, des métopes, qu'on faisait glisser dans les coulisses des triglyphes, des chéneaux, qui conduisaient l'eau des toits k l'extérieur et à l'intérieur des cours; des tuiles avec leur couvre-joints, des acrotères et des antéûxes. Les figures qui tes décorent sont presque toutes de style grec, mais l'usage même de ces terres cuites parait avoir été moins fréquent en Grèce qu'en Etrurie et dans l'Italie centrale (lig. 505 et 506).
Nous n'avons parlé que des bas-reliefs à sujets, mais nos artistes de l'industrie connaissent bien les charmants motifs d'ornement que fournissent tes terres cuites antiques.
Les chimères, les griffons, les dieux marins terminés en enlacements d'acanthes et de dauphins, les enroulements de feuillage les plus variés, les plus gracîeui, les plus imprévus, forment de cette série de basreliefs le plus admirable ensemble qu'on connaisse pour l'étude de l'ornement antique.
L'idée de faire une médaille pour consacrer l'expression d'une
Fig, Ml. — Monniie primiiivo.
croyance religieuse, le souvenir d'un événement glorieux ou l'image d'un personnage éminent, se confondait autrefois avec le besoin des populations d'avoir une monnaie ayant un type, un poids et un titre qui en faisaient une valeur destinée à circuler. Ce n'est que par suite d'uD usage établi depuis fort longtemps qu'on donne indistinctement le nom de médailles à toutes les monnaies antiques.
La première manière dont on se servit du métal, comme moyen d'échange, fut de le donnerau poids. C'étaient d'abord des pièces informes et grossièrement travaillées, sur lesquelles on imprima ensuite une marque pour en indiquer le poids et la valeur. Le poids est la base et le fondement de toute espèce de monnaie; mais l'histoire de l'art ne commence pour les monnaies qu'à partir du moment oîi on Qgura, comme signe, un emblème ou une effigie.
La monnaie, étant une mesure qui sert à établir la valeur de toutes choses, a dû être connue très anciennement ; mais il est impossible de iixcr une date à son origine. Rien dans les poèmes d'Homère ne donne à penser que la monnaie existât de son temps. De très anciennes traditions rapportent que Lycurguc a substitué, à Sparte, la monnaie
de fer à celle d'or et d'argent; mais ce qu'on appelait monnaie à cette époque pouvait bien être du métal pesé, et rien ne prouve que ce fût du métal monnayé. Quelques historiens ont attribué à Phidon, roi d'Argos, Finvention de la monnaie. Mais ce sont là des questions qui intéressent beaucoup plus Tarchéologie que Tart.
Une fois que Tusage fut venu de placer sur les monnaies Tirnage des dieux et des rois, ou la représentation figurée d'une action héroïque destinée à rappeler un souTenir glorieux, Tart grec n'eut besoin, pour produire des chefs-d'œuvre, que d'appliquer à la gravure en médailles les merveilleux principes d'élégance et de simplicité dont témoignent tous les ouvrages qui nous sont parvenus de l'antiquité. Les médailles des villes grecques sont comparables aux plus belles productions de l'art antique.
Longtemps la peinture ne fut qu'un coloriage de statues et de basreliefs en argile et en bois. Il est probable également que les premiers tableaux qui méritent tant soit peu ce nom, n'étaient pas des ouvrages du pinceau, mais de l'aiguille. On sait que dans les temps les plus reculés les Babyloniens avaient des tapisseries brodées; il en était de même parmi les Grecs. Homère parle de la tapisserie de Pénélope et de celle où Hélène avait représenté ses propres aventures. La tapisserie doit avoir une origine fort ancienne ; mais ce n'est qu'assez tard que la peinture est devenue un art indépendant, et rien ne prouve que, dans les âges héroïques, elle fût autre chose qu'un accompagnement obligé de la sculpture ou de la fabrication des tissus.
Antérieurement à Périclès de grands travaux de peinture avaient été exécutés dans les monuments publics, et, jusqu'à la fin. de l'Empire romain, la peinture décorative ne cessa d'être employée pour orner les nouveaux monuments qui s'élevaient. Aucune n'est restée, et les descriptions de Pausanias, si intéressantes qu'elles soient pour l'archéologue, sont insuffisantes pour nous faire apprécier la valeur d'ouvrages qui ont fait l'admiration de l'antiquité, mais sur lesquelles nous ne pouvons émettre que des hypothèses. A défaut de la peinture monumentale, que nous sommes obligés, faute de documents, de passer sous silence, nous pouvons du moins nous occuper de la peinture des vases, la seule qui soit parvenue jusqu'à nous, et donner en même temps, quelques détails sur leur forme et leur fabrication.
La fabrication des vases en Grèce existait déjà au temps d'Homère, puisqu'il compare la vélocité des jeunes filles formant une ronde, à la rapidité des mouvements que le potier imprime à la roue de son tour. La peinture sur vase parait avoir été pratiquée très anciennement à Corinthe, la ville des potiers, et c'est de là que cette industrie, si importante dans l'antiquité, s'est répandue en Italie. Il est reconnu aujourd'hui que la plupart des vases réputés étrusques sont de fabri-
cation grecque. Les plus anciens vases qu'on connaisse paraissent remonter à dix ou douze siècles avant l'ère chrétienne. Us sont d'une terre blanch&tre ou jaun&tre et portent en brun des zones, des damiers et quelquefois des serpents ou des oiseaux tracés au trait. Dans ceux qu^on nomme de style asiatique, on voit des animaux naturels ou fantastiques (fig. 508), des oiseaux à tête humaine, des déesses ailées portant des animaux et des plantes ou des fleurs semées sur le fond. Quelquefois des scènes mythologiques sont figurées dans les zones. La plupart des
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Fig. 50S. — Vue de style orienul.
vases primitifs donnent par la grossièreté de leurs figures l'idée des degrés que l'art dut franchir avant d'arriver à la grande période.
Des noms écrits en caractères de l'ancien alphabet employé à Corinthe ont fait donner le nom de vases corinthiens à toute une catégorie de vases grecs dont la fabrication parait remonter au septième ou au sixième siècle avant notre ère. Quelques-uns de ces vases ont été trouvés à Corinthe même, mais la, plus grande partie provient des fouilles de l'Italie centrale. On sait que parmi les colons qui, vers l'an 655, furent chassés de Corinthe et vinrent s'établir en Étrurie sous la conduite de Démarate, ii y avait plusieurs artistes, et c'est à eux ou h leurs élèves qu'on attribue généralement l'extension de l'industrie céramique en Italie.
La forme des Tases peints est estrèmement variée : il y en a dont le goulot est mince et allongé, d'autres où il est évasé. Quelques-uns soDt très longs, tandis que d'autres ont une panse de forme ovoïde, ou même tout h. fait ronde (fig. 509, 510 et 51 1). La place des anses est aussi différente, et certains vases n'en ont pas du tout. Une catégorie fort nom-
breuse comprend ceux qu'on désigne sous le nom de vases de forme singulière ; dans ce nombre il faut comprendre les rhytons.
La couleur des vases grecs est assez monotone et ne présente pas du tout la richesse qui donne tant de charme à la céramique orientale. Les uns montrent des ligures noires sur un fond rouge ou jaune, li'$ autres, qui passent pour être de date moins ancienne, ont au contraire des figures rouges sur un fond noir. Les vases à figures noires de la
fabrique de Nicosthènes- sont particulièrement célèbres. Le musée du Louvre en possède plusieurs.
Dans les vases d'ancien style, les principaux muscles et les plis des draperies sont généralement gravés avec la pointe.
Une catégorie assez intéressante de vases a reçu le nom A'amphores
panathétiaïques. Les prix décernés aux vainqueurs des jeux donnés en l'honneur de Minerve dans la grande fête des Panatbénécs consistaient ordinairement en amphores pleines d'huile. On rappelait ainsi que la
déesse avait plante l'olivier dont i'.Attique tirait sa plus grande richesse- Le musée du Louvre possède plusieurs de ces vases qui sont appelés panathénaïques. Leur décoration est assez curieuse : on y voit Minerve debout, brandissant sa lance et portant son bouclier. La figure est conçue dans le style traditionnel des anciens monuments archaïques.
Elle est placée entre deux colonnes supportant chacune un coq. Le coq, en effet, était consacré à Minerve ouyrière.
Les sujets peints sur les vases se rapportent la plupart du temps à la mythologie. Gomme exemple du style archaïque des figures, nous donnons (fig. 512) un Prométhée, placé au fond d'une coupe, et comme exemple du style de la grande époque, une scène de la vie de Bacchus, peinte sur la panse d'un vase (fig. 513).
Les vases peints servaient aux différents usages de la vie. Quelquesuns étaient employés simplement comme meubles décoratifs, et un très grand nombre ont eu une destination purement funéraire. Tous d'ailleurs ont été trouvés dans les tombeaux. Quoiqu'ils soient généralement considérés comme de fabrication grecque, on en a trouvé jusqu'à ce jour un nombre beaucoup plus considérable en Italie que dans la Grèce propre. Dans les caveaux funéraires des Etrusques, les vases étaient habituellement disposés autour de la salle, mais, en Grèce, ils sont quelquefois placés dans la boîte même où repose le mort, comme ils sont présentés sur la figure 514.
Population. — « La Grèce, c'est Athènes, » ainsi que l'a dit Thucydide ; nous trouverons donc dans un portrait du peuple d'Athènes le type des Grecs anciens.
« L'histoire, écrit Barthélemi, nous le présente, tantôt comme un vieillard qu'on peut tromper sans crainte ; tantôt comme un enfant qu'il faut amuser sans cesse ; quelquefois déployant les lumières et les sentiments des grandes âmes ; aimant à l'excès les plaisirs et la liberté, le repos et la gloire, s'enivrant des éloges qu'il reçoit, applaudissant aux reproches qu'il mérite ; assez pénétrant pour saisir aux premiers mots les projets qu'on lui communique, trop impatient pour en écouter les détails et en prévoir les suites ; faisant trembler ses magistrats dans le moment même qu'il pardonne à ses plus cruels ennemis ; passant, avec la rapidité d'un éclair, de la fureur à la pitié, du découragement à l'insolence, de l'injustice au repentir ; mobile surtout et frivole, au point que, dans les affaires les plus graves, et quelquefois les plus désespérées, une parole dite au hasard, une saillie heureuse, le moindre objet, le moindre accident, pourvu qu'il soit inopiné, suffit pour le distraire de ses crainte? ou le détourner de son intérêt. »
La Grèce moderne contient trois genres de population bien distincts : les Phanariotes, les Pallicares et les insulaires proprement dits. Les Phanariotes sont des familles grecques venues de Gonstantinople, après la guerre de l'indépendance. Ils s'habillent à la française, leurs femmes font venir leurs costumes de Paris. En somme, ils sont en Grèce les représentants des mœurs européennes. « C'est aussi après la guerre de l'indépendance, dit Edmond About, qu'un grand nombre de Grecs
du nord, l'élite de ces montagnards qui aTaient commencé la révolte, s'arrachèrent à leur pays natal , que la diplomatie avait laissé aux mains des Turcs, et s'établirent dans ce royaume qu'ils avaient fondé au prix de leur sang. Ces montagnards, ces anciens chefs de révoltés ou de brigands (car le brigandage était une des formes de la guerre], ont apporté jusque dans Athènes les moeurs étranges de leur pays. Avec les autres chefs qui habitaient autrefois la Morée, ils forment la
Fig. il5. — Grèce conliaenUle (tntlquité).
partie la plus originale et la plus colorée du peuple grec. Ils se donnent à eux-mêmes le titre de Pallicares, c'est-à-dire de braves. Ils sont restés fidèles au costume national, et portent fièrement le bonnet rouge, la veste d'or et la jupe blanche ; ils sortent armés, suivis d'un cortège d'hommes armés. Leurs maisons ressemblent un peu à des forteresses, et leurs domestiques, choisis parmi leurs anciens soldats ou leurs fermiers, forment une petite armée Il est de bon goût chez les Palli-
cares de se serrer la taille outre mesure. Ce sont les hommes qui portent le corset ; et, comme la race grecque est maigre et nerveuse autant que la race turque est lourde et puissante, en voyant le peuple assemblé sur une place, on croit être au milieu des guêpes d'Aristophane. » Les insulaires eux ont le bonnet rouge avec un pli particulier, le pantalon turc et la veste. Tous se livrent au commerce ou à la navigation. La culture du sol appartient aux Albanais, et la garde des troupeaux aux Valaques. On peut diviser la Grèce en trois régions distinctes : la Grèce continentale, le Péloponèse et les lies.
Grège continentale. — Les ramifications du Pinde enfantent dans la Grèce continentale, ou Hellade, deux grands bassins principaux, dont Tun regarde la mer Ionienne et l'autre TArchipel. Le bassin de Fouest, qui comprend TAcarnanie et TÉtolie, présente un sol d'un relief des plus confus où les montagnes et les vallées forment à chaque pas de véritables labyrinthes. Dans certaines parties de la contrée, les versants des monts sont couverts de forêts inextricables et de landes broussailleuses ; ailleurs, le roc se montre à nu, souvent à pic comme une falaise. Le mont le plus important est TOËta. Les fonds de vallées sont fréquemment envahis par des nappes lacustres. La ville de Missolonghi doit son nom (Milieu des marais) aux dunes au sein desquelles elle est construite. Les principales eaux courantes sont TAspro-Potamo, l'ancien Acheloûs, et le Fidaris, l'ancien Evenus traversé par le centaure Nessus.
Le bassin qui regarde l'Archipel, et qui comprend la Phthiotide, la Phocide, la Béotie etl'Attique, offre des monts dont les noms sont célèbres, comme tout ce qui touche à cette partie de l'Hellade ; ce sont le Parnasse, rHélicon,leCithéron, l'Hymette, le Pentélique,le Laurion,etc. (fig. 513).
Taine nous donne la description suivante de ce sol : « Le squelette de la terre, l'ossature géologique, le marbre gris violacé affleure en rocs saillants, s'allonge en escarpements nus, découpe sur le ciel ses profils tranchés, enferme les vallées de ses pitons et de ses crêtes, en sorte que le paysage, labouré de vives cassures, tout tailladé de brèches et d'angles inattendus, semble le dessin d'une main vigoureuse à qui ses caprices et sa fantaisie n'ôtent rien de sa sûreté et de sa précision. La qualité de l'air accroît encore la saillie des choses. »
La Thessalie et l'Epire étaient autrefois comprises dans la Grèce propre ; nous avons parlé de ces provinces à propos de la Turquie d'Europe. Au sud de l'Epire, on trouvait l'Acarnanie et l'Etolie, contrées sauvages, qui nous intéressent par leurs légendes, mais qui n'ont eu qu'une part très indirecte à la civilisation des Grecs. Missohtighi (7,500 hab.), célèbre par son rôle dans la guerre de l'Indépendance, est la ville la plus importante de cette contrée. Lépante, l'ancienne Naupacte, dans la Locride, n'a laissé aucune ruine importante.
Delphes, ancienne capitale de la Phocide, était la ville sainte des Grecs. Le temple d'Apollon, situé sur le penchant du Parnasse, marquait le centre de Tunivers. On n'en pouvait douter puisque Jupiter, ayant lâché au même moment deux colombes aux deux extrémités de Tiinivers, elles se rencontrèrent juste à l'endroit où la Pythie rend ses oracles. L'oracle de Delphes était le plus fameux de l'antiquité, et il ne se faisait rien d'important sans qu'il eût été consulté. Il n'est rien resté de .ce temple si fameux : la fontaine Castalie, qui servait aux ablutions, fournit aujourd'hui ses eaux à un monastère élevé
Fig. 516. 1» 1 1 j P •
jj j jj ^ sur 1 emplacement de 1 ancien gymnase.
La Béotie n'a conservé que ses souvenirs, car elle ne possède aucune ruine importante. De Thèbes, de Platée, de Thespies, il n'est resté que des fragments de murailles qui indiquent l'emplacement où furent ces villes. A défaut de monuments, les statuettes découvertes dans les fouilles de Tanagra ont da moins servi à nous révéler un côté intime de l'art antique, demeuré inconnu jusqu'alors.
L'Attique, contrée aride et pierreuse, est peut-être sous le rapport agricole le pays le plus mal pourvu de la Grèce , mais TAttique a Athènes, et cela suffit pour lui assurer la suprématie sur les autres provinces.
Théophile Gautier décrit ainsi l'aspect du Pirée, le port d'Athènes. « Au fond de ce golfe, Munychie et Phalère composaient avec le Pirée la trilogie des ports d'Athènes. Le Pirée, dans lequel nous ne tardâmes pas à entrer, est un bassin arrondi en coupe, suffisant pour les birèmes et les trirèmes antiques, mais où une flotte moderne serait singulièrement à l'étroit, quoique cependant il soit assez profond pour admettre des frégates et des vaisseaux de haut bord. Ce port se fermait autrefois par une. chaîne reliée aux piédestaux des deux lions de grandeur colossale emportés comme trophée par le doge Morosini, et placés maintenant en vedette près de la porte de l'arsenal de Venise. Sur la droite, près d'un phare, on nous fit remarquer une espèce de tombeau ruiné où entrent les vagues de la mer; c'est le tombeau de Thémistocle
« Le port était presque désert, à part quelques légers bâtiments à la flamme verte et blanche, couleurs du pavillon de Grèce, car Syra détourne à elle tout le mouvement et tout le commerce. La pure lumière du matin éclairait le quai de pierre, les maisons blanches et les toits de tuiles quadrillés de bandes symétriques du Pirée, bourgade complètement moderne, malgré son nom antique. Ces bâtisses d'un aspect plus suisse qu'athénien contrarient l'œil et l'imagination ; mais si l'on néglige le premier plan un peu vulgaire, on est amplement dédommagé, et la magie du passé renaît tout entière.
« La roule du Pirée à Athènes est rectiligne : elle raye de sa chaussée poussiéreuse uae plaine aride couverte d'herbes desséchées assez semblables à des joncs marins. Au loio, à droite et à gauche, s'étageot des coltines montagneuses, brûlées par le soleil et revêtues de ces teintes splendides que prend la terre, sous la lumière des pavs chauds,
lorsqu'elle est dépouillée de végétation Enfin, on se trouve dans une
espèce de plaine bosselée, cerclée de montagnes, au milieu de laquelle se dresse, solitaire, le grand rocher de l'Acropole : tous ces lerraîos sont fauves, arides, pulvérulents, dévorés de lumière et de soleil ; les ombres que projettent leurs rugosités sont bleuâtres et tranchent fortement avec le ton jaune général. La ville moderne ne se montre pas encore : on n'aperçoit que les escarpements décharnés de TAcropole couronnée d'une muraille turque à fondations grecques et cyclopéennes. »
AiBÈHEs {35,000 hab.), capitale de la Grèce, est située à environ six kilomètres de la mer : un chemin de fer ta relie au Pirée, son port. Pour se faire une idée un peu complète de cette ville célèbre, il faut étudier successivement l'Acropole (fig. 517), la ville elle-même et le port. La ville primitive s'élevait Honaaië d'AthËnei. S"!* '^ plateau même de l'Acropole, et ce n'est qu'aune époque postérieure que les habitations se sont élevées dans la plaine. A partir des guerres médiques, aucun citoyen ne fut autorisé à bâtir sa maison sur l'Acropole, qui fut considérée uniquement comme une citadelle, en même temps qu'un lieu vénéré où on honorait les dieux protecteurs de la cité (fig. 518).
Lorsqu'on monte à l'Acropole par le côté occidental, on se trouve en face du grand escalier des Propylées. On appelait ainsi une construction avancée en forme de portique qui décorait l'entrée d'une enceinte sacrée. Les Propylées d'Athènes s'annonçaient par six colonnes d'ordre dorique élevées sur une plate-forme découverte : les entre-colonnemenls répondaient à cinq portes pratiquées dans un mur transversal. L'escalier qui monte h cette plate-forme comprenait toute la largeur de l'édifice. Un double rang de colonnes ioniques soutenait le plafond du vestibule antérieur regardant vers la ville. A droite et à gauche il y avait deux ailes dont les portiques encadraient la face principale. Les propylées, bâties en marbre pentélique l'an 437 avant Jésus- Christ par l'architecte Mnésiclès, ont excité l'admiration universelle dans l'antiquité.
En avant des Propylées, sur une terrasse haute de huit mètres, se trouve le temple de la Victoire sam ailes. « Les Athéniens, dit Pausanias, pensent que la Victoire restera toujours parmi eux, puis-
qu'elle n'a plus d'ailes. » Ce petit temple, qui est d'ordre ionique et d'une rare élégance, a été en partie détruit par les Turcs, qui y avaient établi une batterie. Tout autour régnait une frise ornée de sculptures, mais le fronton et le toit n'existent plus.
Au centre même du plateau de l'Acropole, s'élève le Parthénon, dont le nom veut dire temple de la Vierge : il était en effet dédié à la déesse prolectrice d'Athènes. Le Parthénon, élevé par Périclès, pour remplacer l'ancien temple brûlé par les Perses, est considéré comme le chef-d'œuvre de l'architecture grecque. 11 est d'ordre dorique ; « le corps principal, dit Beulé, est un grand rectangle divisé en deux salles inégales. La plus grande, ouverte à l'orient, est proprement le temple : elle contenait la statue de Minerve. La plus petite est l'opisthodome. Tout autour de la cella ainsi disposée, règne un péristyle qui compte huit colonnes sur les façades et dix-sept sur les côtés, les colonnes d'angle deux fois comptées. L'édifice entier est élevé sur un soubassement de trois hauts degrés; deux degrés un peu plus petits haussent encore le sol de la cella au-dessus du niveau du portique. »
Les deux frontons du Parthénon, les métopes de l'extérieur, et les frises de la cella étaient décorés d'ouvrages de Phidias et de son école, qui ont été enlevés de l'édifice et transportés au Musée britannique à Londres. La fameuse Minerve en or et en ivoire, exécutée par Phidias, était placée dans l'intérieur du temple.
Si le Parthénon était le monument le plus important de l'Acropole, rÉrechthéion en était le plus vénéré. C'est là que se trouvait la plus ancienne statue de Minerve, celle qui était tombée du ciel. C'est là que Neptune et Minerve s'étaient disputés pour la possession d'Athènes ; on y montrait la source sacrée produite par le trident de Neptune, dont la marque se voyait sur le rocher, et le fameux olivier, source féconde de la richesse publique, puisqu'il était la souche de tous les oliviers del'Attique, l'olivier saint, que Minerve avait fait surgir en frappant la terre de sa lance et que les flammes de Xerxès n'avaient pas pu détruire. Là aussi était Tautel de l'Oubli que les Athéniens élevèrent pour réconcilier les deux divinités, et le tombeau d'Érechthée. Enfin ce temple racontait l'origine même d'Athènes, puisqu'il était bâti sur l'emplacement de la maison de Cécrops. Aussi l'Érechthéion était le centre de la grande fête des Panathénées, qui est représentée sur la frise du Parthénon.
Les reliques précieuses dont la conservation était indispensable expliquent, autant que l'inégalité du terrain, les irrégularités du plan de cet édifice, qui en réalité en forme plusieurs. L'Erechthéion est un rectangle précédé par un portique ionique de six colonnes , et accompagné sur les longs côtés de deux autres portiques, dont l'un, qui est le Pandrosion, présente un entablement supporté par des jeuues filles en place de colonnes.
Outre ces édifices, l'Acropole renfermait plusieurs autels dédiés à différentes divinités, et une multitude de statues, entre autres la Minerve colossale coulée en bronze par Phidias, que les navigateurs apercevaient en approchant du rivage d'Athènes.
La ville était, comme nous Tavons dit plus haut, disposée dans la plaine qui entoure TAcropole ; cette disposition est visible sur le plan que nous en donnons (fig. 519).
On a pu déterminer remplacement de l'ancien Aréopage, et celui du
Fig. 510. — Plan de l'Athènes antique.
Piiyx où se tenaient les assemblées populaires : il en reste quelques Tt races. L'édifice le mieux conservé parmi ceux qui sont encore debout en dehors de l'Acropole, c'est le temple de Thésée, monument funéraire construit pour recevoir les restes de ce héros, que Cimon, fils de Miltiade, avait, sur la foi d'un oracle, retrouvé dans Tîle de Scyros. Ce temple, qui est d'ordre dorique, a été élevé par l'architecte Micon, trente ans avant le Parthénon.
La rue des Trépieds, à Athènes, était une voie sur les côtés de laquelle les vainqueurs dans les jeux scéniques avaient élevé de petits monuments destinés à porter le trépied qu'ils avaient gagné par leur victoire dans ces luttes, et où on inscrivait le nom du triomphateur. De tous ces monuments, autrefois nombreux et variés, il n'en reste plus qu'un, le monument choragique de Lysicrate. Il se compose de trois parties : un soubassement quadrangulaire, une colonnade circulaire, et une coupole avec un ornement en forme de grand fleuron qui est placé des-
sus. Ses entre-colonncmenls étaient entièrement fermés avec des pan-
neaux en marbre blanc, dont trois sont mainlenant^brisés. Le grand
fleuron qui surmonte la coupole offre une gracieuse composition de feuillages. Il était destiné à porter le trépied, et on distingue encore les traces du scellement.
Le joli bas-relief qui décore la frise du monument de Lysicrate représente l'aventure de Bacchusavec les pirates tyrrhéniens. Au centre de cette composition, qui dans Foriginal forme une bande circulaire, on Toit Bacchus assis sur un rocher et tenant en main une coupe, dans laquelle un lion, symbole de victoire, vient se désaltérer. Les satyres sont à ses côtés, et on les retrouve, sur les autres bandes, qui luttent avec les pirates tyrrhéniens ; ceux-ci, qui sont transformés en dauphins, se précipitent dans la mer (fig. 520).
La tour d'Andronicus, plus connue sous le nom de tour des Vents, a huit faces, dont chacune regarde les points de la terre d'où partent les huit vents principaux. Chacune de ces faces porte la figure d'un de ces vents personnifié sous les traits d'hommes ailés et planant dans les airs, tous vêtus et chaussés de brodequins. Au-dessus de la coupole, un triton mobile montrait avec son sceptre quelle était la direction du vent (fig. 521).
Outre ces monuments, il faut citer à Athènes le théâtre d'Hérode Alticus, qui a laissé des ruines très vastes, mais dont la construction accuse une époque de décadence ; le théâtre de Bacchus où ont été représentés les chefs-d'œuvre des grands tragiques, mais dont il ne reste que quelques gradins, et l'arc d'Adrien, qui donnait accès à un quartier nouveau élevé sous cet empereur. Enfin, à quelque distance de la ville, était le temple de Jupiter Olympien, qui fut commencé sous Pisistrate, détruit par Sylla, et reconstruit par Adrien. Il en reste quelques colonnes corinthiennes ; elles sont indiquées sur la figure 522 qui représente l'Acropole vue de la campagne.
Nous avons vu ce qui restait de l'ancienne ville : voici comment Théophile Gautier décrit la cité moderne :
« L'ancienne Athènes se développait entre l'Acropole et le Pirée ; l'Athènes actuelle semble se cacher derrière la citadelle, comme par une espèce de pudeur de cité déchue. L'œil ne la découvre que lorsqu'on a contourné l'Acropole et longé le temple de Thésée, situé non loin de la route et remarquable par l'intégrité de sa conservation. Une grande rue se présente, bordée de maisons blanches à toits de tuiles, à contrevents verts, de l'aspect le plus bourgeoisement moderne, et qui ressemble, à faire peur, à une rue des BatignoUes. Les constructions démontrent, de la part des maçons qui les ont bâties, une envie naïve de faire une Athènes à timiar de Paris, Comme tous les peuples récemment sortis de la barbarie, les Grecs actuels copient la civilisation par son côté -prosaïque et rêvent la rue de Rivoli à deux pas du Parthénon... Une foule bigarrée se promenait dans cette rue, coupée à angles droits
de plusieurs autres moins importantes; les femmes étaient en très petit nombre. Lesmœiifsdes Turcs, longtemps possesseurs du pays, ont influé sur celles des Grecs, qui n'a\'aicnt besoin, du reste, que de continuer les traditions du gynécée pour trouver le harem naturel. Ce n'est pas qu'aucune loi astreigne les femmes à la réclusion; mais elles sortent peu, et toutes les alTaircs c\féricures, même les emplettes du iriénagc.
Fig. S2I. — Toar des Venu.
sont faites par les bommes. Parmi les fracs européens, modelés sur ceux de Londres ou de Paris, étincelait, de loin en loin, un beau costume d'Albanais, de Maïnote ou de Palikare, d'une élégance IhéAtrale, et tranchant bizarrement sur le fond prosaïque d'une devanture de magasin remplie d'articles de Paris. »
Les environs d'Athènes sont plus riches en paysages qu'en moDuments. 11 n'est rien resté du fameux temple de Cérès à Eleusis. Le temple de
.Minerve, qui s'élevait au cap Sunium, a conservé neuf colonnes du côté du nord el deux du côté du sud. En se rapprochant du Péloponèse, on trouTcrempIacement de l'ancienne Mégare, qui n'a pas laissé de ruines.
Le Péloponèse. — Le Pétoponèse forme une presqu'île rattachée à la Grèce propre par l'isthme de Corinihe ; c'est uoe contrée hérissée de
Fig. &!1. ~ Ctrte du P<51oponèse.
montagnes, parmi lesquelles on remarque surtout la chaîne du Taygèle oii Diane chassait avec ses n^^mphes. Elle est arrosée de nombreux cours d'eau : l'Alphée et t'Eurotas sont les plus importants (flg. 523).
Quand on parle du Péloponèse, on pense tout d'ahord à Sparte et on voudrait établir un point de comparaison avec Athènes. Malheureusement cette ville célèbre n'a pas laissé de ruines.
« La plaine de Sparte, dit Edmond About, fertile et entièrement couverte de beaux arbres, s'étend entre un rang de jolies collioes et la
chaîne énorme du Taygète, hérissée de sapins et coiffée de nôîge. C'est l'horizon le plus majestueux que j'ai tu, après la plaine de Rome, qui sera toujours au-dessus de toutes les comparaisons. Au premier aspect du pays, lorsque du haut d'une montagne on voit se dérouler la Laconie, on est saisi. Il fallait que Paris fût bien beau pour qu Hélène ait consenti à quitter un pareil domaine.
« L'ancienne Sparte a péri tout entière. Tandis que les débris d'Athènes brillent encore de jeunesse et de beauté, et attirent de loin les regards du voyageur, il faut chercher sous les champs d'orge un théâtre enseveli, un tombeau, et quelques pans de muraille qui marquent la place où fut sa rivale. Après un duel de plus de vingt siècles, Athènes a vaincu Sparte, et le champ de bataille lui est resté. La Sparte du moyen âge, Mistra, est une montagne escarpée, couverte du haut en bas de mosquées, de châteaux et de maisons écroulées : ruines étrangement pittoresques, au milieu desquelles on est tenté de regretter, pour l'harmonie, les Turcs, cette ruine rigoureuse d'une grande nation. La Sparte nouvelle est une création du roi Othon, qui a formé le vain projet de ressusciter tous les grands noms de la Grèce. C'est une ville d'administration et de commerce, toute en boutiques, en casernes et en bureaux. »
La Messénie n'est guère plus riche en ruines que la Laconie, mais nous allons être plus heureux dans l'ancienne Argolide. Non loin de Nauplie (8,000 hab.), assez jolie ville moderne qui est aujourd'hui le chef-lieu de la province, on trouve Argos, Tyrinthe et Mycènes. Argos, la ville de Junon, a conservé son théâtre taillé dans le flanc de la montagne et qui pouvait contenir vingt mille personnes. Tyrinthe, qui a compté parmi ses rois'Amphitrion et Hercule, était déjà dans l'état où nous la voyons aujourd'hui, lorsque Pausanias l'a visitée, u II ne reste de Tyrinthe, ditil, que les murs, qui sont l'ouvrage des cyclopes. Ils sont construits de pierres brutes, toutes d'une telle dimension que deux mulets attelés n'ébranleraient pas la plus petite. Les interstices sont remplis de petites pierres qui servent de liaison aux grosses. » Les antiques constructions connues sous le nom de galeries de Tyrinthe offrent cela de particulier que leur voûte présente la forme d'une ogive.
« Mycènes, écrit Edmond About, a eu le bonheur d'être abandonnée à une époque très ancienne : c'est ce qui l'a conservée. On n'a pas démoli ses vieux murs cyclopéens pour construire des bicoques turques ou vénitiennes. Tous les remparts sont encore debout, le milieu est comblé par quelques maigres champs d'orge qui poussent sur le palais d'Agamemnon. La ville du roi des rois a bien pu contenir jusqu'à cinq cents maisons. On voit encore ses deux portes, en pierres monstrueuses, taillées par quelque rude ciseau. La plus grande, la porte d'honneur,
est surmontée de deux lions sculptés peut-être par Dédale (fig. 524)
Mycènes a tout l'air de ce qu'elle a été, im nid d'horribles sacripants. Au