‹ Le mondecamelotte comedievaudeville en trois actesChapitre 42 sur 52 · SCÈNE VIO · texte numérisé non relu

SCÈNE VIO

CORNALINE, ADHÉMAR** (Adhémar arpente le théâtre dan* tous Us sens, avec une grande agitation.) cornaline. Qu'avez-vous donc, mon ami, à arpemor ain9i ? (Adhémar s'arrête et la regarde fixement.) Vous me toisez, maintenant?

adiiémar. Il ne s'agit, madame, ni d’un toiseur, ni d'un arpenteur... mais d’un verilicateur.

cornaline. Quelle aigreur!

adiiémar. Cornaline, vous Aies, savez-vous, 1 une grande comédienne!

cornaline. On a eu lu bonté do tno le dire quelquefois.

adiilmar , tirant le journal de sa poche.

Cadet -Roussel est bon entant; mais il n’eai pas de cet avis-là... sur vos talents dramatiques... par compensation, il paris avec beaucoup d’éloges de vos mollets.

cornaline, à pari. Ciel!

adiiémar. Tenez, voyez vous- mémo !

Cornaline, prenant le journal arec un grand aplomb. Oui, il m’éreinte !.. Kh bien! qu’y-at-il là -dedans qui vous choque si fort?

adhémar. Mais vous m’avez dit que vous alliez débuter à la Comédie- Française... Et \ous jouez...

cornalinr.*** Aux Pelasses.. C’est vrai, j’ai consenti à paraître sur ce petit théâtre, pour obliger le directeur, d'abord, puis pour ne pas perdre l'habitude de la scène, en attendant mes débuts aux Prançais-.-Où est le mal?

adhkbab Mais il paraît que vous jouez en sauvage, madame... en sauvage !

cornaline. Oui, monsieur , mais arec un maillot.

ADiiûun, rassuré. Ah !

cornaline. Commo je rendais un service, j'ai trouvé do bon goût de me taire; mais du moment que je li ai plus voiro conliance , monsieur lo marquis... N’allons pasptus loin...

adiiémar, riremrnl. Jo ne dis pas cela... j’ai tort, peut être... mais j'ai dû être surpris... cornaline. Est-ce tout?

adii émail Oui... non'... vous m'avez parle* de cci tains contrats de rentes...

cornaline. Eh bien ?

au hlm An. montrant Us reconnaissances du mout-dc- piété. Sont-ils semblables à ceux-ci?

cornaline, arec degoilt. Ah ! je vous croyais grand, mou&iour le marquis... mais vous Otes petit !

adiiémar. Madame, il ne s'agit pos de ma taille, mais de votre sincérité. l'eu m'importe votre plus ou moins do fortune, maisjouo veux pas qu'on se glose do moi !

cornaline- Eh! quoi, vous uo comprenez pas qu'il en coûte à uae femme d’avouer qu’elle a eu des hauts et des Las... dus bas, surtout...

* Cornaline, Jolibois, Adhémar.

•* Cornaline, Adhémar.

•** Adhémar, Cornaline.

adiiémar. Je ne dis pas... mais...

cornaline.* Kh bien, oui, monsieur; j'avais répondu pour une amie, la baronne de l'ulkbour, dont l’homme d'affaires avait fait un pouf, en lui enlevant trente-six mille francs. Mo trouvant nu dépourvu, quand sa débino fut venue, je n’ai pas hésité, j’ai mis quelques bibelots en gage pour la sauver... Voila mon crime l .Mais du moment que je n’ai plus votre confiance, monsieur le marquis... n'allons pas plus loin.

adhémar. Ah! Cornaline, pardon!... Ah!

Cornaline I je suis un butor, un grossier, j'ai eu tort I...

CORNALINE. Est-C6 lOUt?

adhémar. Oui... non !... cette lettre...

cornaline. Quelle lettre ?

adhémar, la montrant. A monsieur Loulou, cornet à piston...

cornaline, à part. Aïe! (Jftntf.) Eh bien !

quoi ? que signifie cette lettre? de qui esi-olle? ADHÉMAR. De TOUS.

cornaline. Do moi?... ce serait curieux I ADHEMAR. Je nu l’ai pas décachetée ; maisjo liens à savoir...

cornaline. Ce qu’elle contient?... Eh bien !

lisez-la cette leitro.

adhémar. Vous permettez?

cornaline. Mieux que ça, je l’exige... Puisque vous tenez à me donner la preuve d’uno méfiance aussi mesquine, ouvrez 1 adhémar, même jeu. Oh ! merci !

cornaline, r arrêtant. Comment! vous allez l'ouvrib?

adhémar. Mais puisque vous m’y autorisez?

cornaline. Mais je vous dis do la lire, afin que vous ne la lisiez pas.

adhémar. Mais moi, je veux la lire, parce que vous ne le voulez pas.

cornaline. Ah ! c'est commo ça!

adhémar. C'est commo çat cornaline. Eh bien ! je vous défends d'ouvrir celU» lettre.

CORNALINE, £IU veut lui arracher la lettre gui tombe à terre, Cornaline met le pied dessus. Vous ne viendrez pas l’arracher de là , j’espère ! adhémar. Levez le pied, madame !

cornaline. Jamais!

adhémar. Levez le pied, ou jo me porte à dos violences !

cornaline. Je vous en defiel (Adhémar lui m arche sur le pied et s’empare de la lettre.) Ah! écraser ie pied d'une fenimo! goujat!

adhémar. 1 4i passion justifie tout!... Et puis, ça se fait. (Cornaline ra s'asseoir accablée , tf lit.) «Cher Loulou... (A part.) cher » Loulou! (Il poursuit.) Notre amour craque » de tous les tûtes... nos projets étaient des a bêtises qui ne pouvaient nous mener qu’à a une débino OtfOCO* J'ai trouvé un jeune can- » talon qui m'épuuse... p (S'interrompant.) Un jeune cantalou ! c‘e»t moi! ( Continuant. ) a Adieu, Loulou! fais toi une raison. Si j écris » mes mémoires, je t’y réserve un fier cbau pitre. Celle qui te pl.mto là pour la vie, Cor- « iialine. » (// tombe dans un fauteuil en sanglotant. Cornaline fui répond par des gémissements.)

cornaline, se levant et allant s'agenouiller devant Adhémar. Tu m’eu veux, n’es l- ce pas? adhémar- Ah ! oui !

cornaline. Tu as tort.. . si tu savais comme je t’aimo!

adhémar. Mais lui? le cornet?

cornaline. Je ne te connaissais pas encore. .. et puisque je l'abandonne pour toi ; c'est que je te préféré à lui T

* Cornaline, Adhémar.

adhémar. C’est vrai; mais vous l’avez aimé,

co cornet !

cornaline. Non, parolo!... jo le lui ai fait croire, voila tout!... il voulait se jeter dans le canal, et j’ai eu l’air dt* l’écouter pour lui sauver la vie... C’est quelque chose , va , que de sauver un homme!

adiiémar. Oui. c'est une belle action... nuis vous m'avez appelé cantalou.

cornaline. Moi?... non !

adhémar, montrant la lettre. Si fait, il y a cantalou. ,

cornaline. Ahl j'ai voulu mettre Andal<> j ADHÉMAR. Pourquoi?

cornaline. Parce que je l’aime comme un Espagnol 1 ... je l’aime trop!... jo le vou bien... cl tu m’as brisé le cœur. Tu m’as marché sur le corps !

adiiémar. Ah! oui, je suis un misérable:

Cornaline, pardonne-moi! Cornaline!...

cornaline. Tu me r'aimes donc?

adhémar. Oht je t'adore cent fois plus!

cornaline. Alors, marions-nous bien vite.

adiiémar. Oui, et nous fuirons ensuite ce monde jaloux I

cornaline. Nous irons vivrodans notre château do ta Kortte-Aigue.

aduémar. En passant par U Normande , pour recevoir la bénédiction de ta digne et respectable mère... Cornaliuel cornalie. Adhémar!...

adhémar. Dans mes bras.

cornaline. Sur ton cœurl (Ils ê'embratsent.)

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