COLORATIONS. VITALES
Ce sont Aschoff et Kiyono qui, les premiers, ont mis en évidence le pouvoir phagocytaire des monocytes vis-à-vis de certaines substances injectées « in vivo » et la faculté qu'ont les monocytes d’emmagasiner ces substances dans leur cytoplasme. Les substances injectées sont multiples : le lithium-carmin, le bleu de toluidine, l’encre de Chine ont été surtout employés. On a rapproché cette faculté de la même faculté qu'ont les ‘éléments histiocytaires et cette similitude fonctionnelle a permis aux auteurs qui l’ont mise en évidence de rapprocher ces deux variétés cellulaires l’une de l’autre et d'élaborer une théorie génétique bien plus qu’à déterminer un moyen de reconnaitre les monocytes. (Aschoff et Kiyono, Nakanoïn, Mori et Sakai, Hamazaki et Watanabe, Schittenhelm et Erhardt, Pieraerts, Mas y Magro, etc.)
Cette propriété d’emmagasinage vital a d’ailleurs été éritiquée; sinon dans son existence, du moins quant aux conclusions qu’on en pouvait tirer d’un point de vue génétique. Naegeli, en particulier, a fait remarquer que cet emmagasinage n'apparaît que lorsqu'on injecte des doses importantes de substances colorantes et qu’on n’observe jamais d’emmagasinage exclusif des monocytes. On peut voir, avec
les doses nécessaires pour injecter les monocytes, des
neutrophiles fixer également le colorant. Pachkis a fait observer que la fixation des substances colorantes s’observe davantage après splénectomie, et Hirchfeld et Sumi que l’emmagasinage aux doses qu’on est obligé d’injecter coïncide avec l’apparition de macrophages dans le sang. Certains auteurs (Simpson, Paschkis) ont enfin prétendu que les cellules qui emmagasinent ces substances ne sont pas des mono-
cytes mais des histiocytes.
D'ailleurs, les auteurs qui ont étudié le phénomène ont noté son inconstance et sont même partis de là pour établir une différenciation embryogénique entre les divers monocytes. Ainsi Kiyono a distingué les. monocytes histiocytaires qui fixent le lithium-carmin et les monocytes myéloïdes et lymphoïdes non carminophiles ; Uyeyonihara admet à peu près la même classification, les monocytes carminophiles ou histiocytaires représentent 80 % des monocytes. Mas y Magro, par injection intra-péritonéale de sodium-carmin, trouve 85 % de monocytes carminophiles et affirme, sur l’analyse des éléments cellulaires, qu’il ne s’agit pas là d’histiocytes.
Nous ne saurions, ici, insister sur cette question — sur laquelle nous revenons ailleurs. En fait, toutes ces constatations ont été établies au cours de monocytoses expérimentales (après injections répétées d’hydroxylamine, dans les expériences de Mas y Magro) et ne permettent peut-être pas d’en tirer des
conclusions en ce qui concerne les monocytes habi-
tuels, ayant conservé leur physiologie normale, tels
que ceux que nous envisageons ici.
On peut, en tous cas, affirmer que cette méthode
ne peut servir à reconnaître les monocytes, mais #
qu'elle constitue, au contraire, un excellent moyen
de diagnostic des histiocytes.
D'ailleurs, une méthode plus répandue à présent, plus simple et qui n’affecte en rien la physiologie normale des monocytes, est celle des colorations supra-vitales.