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Ces monologues sont idiots

je les ai lus : comment peut-

on faire rire avec cela? » Ah! c'est qu'ils sont bien faits au point de vue théâtral : ils ont une idiotie de théâtre, ils ont la vie, le je ne sais quoi qui entre dans la salle et qui fait dire au spectateur : « Qu'est-ce que c'est que ça, donc? je n'ai jamais rien entendu de pareil ! »

Maintenant, on se tromperait en croyant qu'il ne s'agit que de se mettre à table devant du papier pour écrire un monologue. — Grave erreur! — Et la preuve, c'est qu'on a ouvert un concours de monologues, et que, sur une centaine de récits qui nous ont été envoyés ( j'avais l'honneur d'être Président du Monologue , et j'ai rendu la justice comme sous un chêne), un seul a mérité la palme, et

encore ce monologue palmé n'était pas sans défauts.

Il faut une idée d'abord, une idée biscornue si l'on veut, mais présentant un côté humain ; ensuite, il faut traduire cette idée dans une forme rapide où le trait parte et porte le plus souvent possible ; — il faut que le monologue ^^ ait un com- ^m mencement, 1 ''O^un milieu et une fin; on ne >

Técoutera pas s'il est autrement ; il faut... Je fais joliment mon président pour des choses en apparence futiles , pour des riens qui ne doivent leur existence qu'à Factualité et qu'attend peut-être un rapide oubli; mais j'estime que ce qui a l'honneur de captiver le public, même pendant quelques minutes, vaut la peine d'être analysé.

Donc, ce n'est pas si commode de faire un bon monologue plein de heurts et de soubresauts inattendus, qui paraisse le plus naturel du monde. Il faut y mettre (étant donnée l'idée première prise dans la nature toute la fantaisie dont on se sent capable ; toute la fantaisie, entendez-vous ? Et à propos de fantaisie, je demande la permis- K ^ion d'ouvrir ici une parenthèse.

Je connais beaucoup d'esprits sérieux qui s'insurgent quand on préconise avec ardeur la fantaisie : « Mais non, disent-ils, rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable ! »

— Chers Boileaux démon cœur ! oui, le vrai est aimable, mais la fantaisie me paraît l'être plus encore, car elle est plus rare. C'est une des pages les plus délicieuses du Livre de l'Art que la Fantaisie ! Elle nous console de toutes les bosses, de toutes les verrues qui nous assassinent les yeux; elle nous emmène loin du monde des pianistes;

elle nous fait oublier le naturalisme, qui veut

engloutir l'univers ; elle nous ouvre un idéal chimérique où les choses s'appellent d'un autre nom, où leurs formes et leurs couleurs sont changées, où la belle-mère

devient papillon, où l'orgueil des comédiens a la violette pour symbole ; dans un monde qui nous donne l'oubli de toutes les vulgarités stupides dans lesquelles nous pataugeons tous les jours, dans ce monde pseudojaponais où le rêve est frère d'une réalité

charmante, et où les délicats se croient en paradis !

Le monologue moderne sera donc fantaisiste ou il ne sera pas... avec des finesses qui révèlent le poète, parce qu'on pourrait croire que les monologuistes sont des gens dont la seule profession est de faire des monologues; non pas ! Ce sont des artistes,

des peintres, des lettrés, qui les fabriquent ; et, de temps en temps, à l'expression coloriste, à la délicatesse du procédé, on sent, comme disait Sainte-Beuve de Charles Monselet, qu'ils ont touché à la rose. Oui, les

poètes s'amusent à ces babioles en se délassant, et plus d'un, qui a fait des monologues, est l'auteur de volumes de vers qui ont été vendus... oui, vendus!

Victor Hugo a dit quelque part que le monologue est le propre de l'homme, et c'est positif; toute la vie on se récite des mono-

logues à soi-même. Les ivrognes, les amoureux, les diplomates, les dévotes, les que-

mandeurs, les cochers, les avocats, les

cuisinières, ne font que cela. Vous causez avec un ami : vous croyez qu'il vous écoute? Pas du tout! Il pense à ce qu'il va vous dire ; vous faites chacun votre monologue.

Le monologue est partout. Il remonte à la création du monde, ^

car on peut affirmer ,

qu'Adam (avant la ' '''\'"'\^1^^|SI^

côte) devait se parler à

lui-même et se dire des monologues bien curieux dans le Paradis Terrestre.

En Angleterre, Shakespeare est surtout connu par le monologue d'Hamlet: To le or not to le.

En France, Sganarelle, Sosie, Figaro, Charles Quint, Chatterton, ont merveilleusement soliloqué, et tous les comiques monologuants de Duvert et Lauzanne et de Labiche ont fait la fortune des Arnal, des Numa, des Ravel et des Saint-Germain.

Malheureusement, il y a le monologue tragique, et, l'autre soir, dans un salon,

j'eus grand'peur en voyant s'avancer sur le devant de la cheminée un monsieur en habit noir, cravate blanche, cheveux ébouriffés, air fatal, souffrant même. Je me dis

mu

en tremblant : « C'est un comique : c'est un rival! » Le monsieur ouvre la bouche et laisse tomber, d'une voix profonde, ce titre : Les Catacombes de Rome. J'étais

sauvé !... Ça a ennuyé tout le monde ; et en ,• songeant aux Catacombes de Rome, à la Deroiière Nuit d'André Chénier, à Gilbert N sur son grabat, à toutes ces machines pompeuses et somnifères du vieux jeu, je me suis épris plus que jamais du récit drolatique qui est l'amusement des enfants avec le Hareng Saw\ et la tranquillité des parents avec le Bilboquet, car il n'y a pas l'ombre d'amour ni dans le Hareng ni dans le Bilboquet.

* Et pour prouver que le mono-

logue est partout, je terminerai cette es-

quisse en l'appelant, si vous le permettez, monologue, car c'est bien un monologue,

puisque j'ai parlé

tout le temps

et que vous

ne m'avez

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