LES MOUCHERONS POLITICIENS
Voyons! ne tremble pas, Saint-Père!
Ali! vraiment, je sais bien, tu n’as guère l’habitude
de voler ainsi suspendu
sur le cruel hérissement des toits,
leurs colossales dents de scie,
leurs pentes énergiques aux bras tendus
vers le gouffre des rues,
ces pêcheries
où frétillent les lampes électriques prises dans les fils criards du téléphone.
11 y a de tout, là-dedans!...
Amuse-toi donc à regarder...
Tiens, voilà les vastes chapeaux écumants des cocottes,
grandes chopes de bière fraîche et ruisselante
dans la lumière crue,
sur la nappe blanche de cette place...
Tu sanglottes d’angoisse, et la soif empouacre ta gorge!
Et pourtant ce vent aère et rajeunit le cœur, tandis qu’il fait très chaud au fond des rues... Sans doute, il y fait sale, et puant, et graisseux!...
Tu trembles encore?... Pardon, mon vieux!...
La nuit est si foncée que j'ai failli t’enfiler sur la pointe de ce clocher sournois.
Je voudrais déchiffrer ces hurlements lancés d’on ne sait où, qui vont rebondissant
entre les façades des maisons.
Tous les balcons sont gonflés ainsi que des boutons de chaleur!...
Ils vont crever et ruisseler de pus dans la rue... Ces formes noires, papillons affolés par les lampes...
Ht ces rats fureteurs alléchés
par le fromage à mille trous de cette maison...
Ce sont des camelots courants
et dont le flanc accouche de journaux.
Plus loin, au fond de cette place, tu vois cet éventail frénétique de silhouettes noires... Ce sont des camelots qui vendent des ailes blanches aux passants!...