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LE DÉBARQUEMENT DES VOLONTAIRES

Lumière crue de Juillet, odeurs irritées de la mer... Tout cela bondit pêle-mêle,

avec la brusque canonnade dans la rade gorgée de feu.

Les échos broyés s’écroulent

par pans sonores, interminablement...

Dans le goulet surgissent trois paquebots portant droit le drapeau tricolore à la poupe!...

Qui donc les décapite? Ils s’avancent quand-même semant leurs cheminées, gibus inutiles, et leurs manteaux de voilure... (Il fait si chaud!...) sous les obus sifflants d’un croiseur autrichien qui n’a pu les couler ni leur barrer la route.

Hourrah! La bienvenue, Garibaldiens!

Vos chemises rouges flamboient

avec le rouge hennissement de vos chevaux!

Grues métalliques, videz la cale des vaisseaux et donnez vite la becquée aux mahonnes!

Le quai ruisselle de barils, gouttes noirâtres.

Elles crèvent parfois, rouges. Griserie des vendanges!

Folles beuveries des victoires prochaines!...

Les maisons des pêcheurs

vacillent de chaleur et semblent entraînées

par le poids de leur ombre.

Bizarrement au large se promènent

quatre pontons matelassés de foin et de crottin

qui portent des chevaux hennissants.

On dirait des morceaux de prairie arrachée par la violence d’un torrent et qui dérivent.

Sur la plage, plus loin,

voici les abattoirs sanguinolents,

vastes radeaux violâtres et pourprés

qui tanguent sous le poids écrasant

et les flasques soubresauts

des bêtes éventrées qu’on écartelle,

parmi le flux et le reflux du sang.

L’odeur chaude et sucrée

enivre les chevaux trottants,

qui ressemblent à des machines à vapeur...

Leurs pattes-pistons jaillissent de la croupe,

alternativement.

Ils tournent tous la tête vers ces ballots de foin en pyramides.

A bientôt le plaisir de mourir côte à côte, ô rouges volontaires!

J’emporte dans mon cœur tout ce port frémissant d’héroïsme, treillis de vergues et de nerfs enthousiastes, extirpé de la béante poitrine de 1* Aurore!...

Je vois un torpilleur qui vient mouiller devant la barre mugissante du fleuve.

II accouche d’un canot

qui fait force de rames vers la plage

pour relever les fonds de la voie fluviale.

Tout bouge sans bruit dans ce village...

Va-et-vient de troupes grises :

c’est le génie de Parmée régulière.

Ordre et silence, et j’entends seulement

crier les ressorts des carrioles.

les paysans attellent leurs chevaux :

chacun a sa provende d’avoine et son seau d’eau.

Ces gabarres qui tanguent dans la baie aux eaux bleues portent chacune en pyramide

trois cents cageots de poules qui gloussent un peu trop. Et sur l’embarcadère,

voici l’équipement complet d'un bataillon, avec ces sacs de grains et ces mannes de fruits.

Les automobiles des généraux, tels des torpilleurs dans le brouillard, filent en cornant sur les routes, sillages de poussière soulevée.

O longs chemins crayeux, ô monstrueux serpents, je vois passer dans vos corps annelés les automobiles avalées

ainsi que des bouchées véloces qui descendent!...

Tenez! En voilà une qui presse durement cette route noirâtre et pareille aux boudins, entre les doigts frénétiques de ses roues, pour en faire gicler

cette farce de poussière crémeuse et bouclée.

La bataille peut durer plus de trois semaines.

C’est pourquoi on prépare un grand réseau ferré

comme on dispose un beau tapis tissé d’argent sur le passage d’un Sultan-Locomotive!...

Le voilà qui s’avance avec solennité, asthmatique et gâteux, agacé du retard, en poussant son gros ventre pointu avec de longs crachats gutturaux de vapeur.

Debout sur les saccades de leurs automobiles,

les soldats du Génie, Petits-Poucets fiévreux,

vont dévidant au bout

de leurs très longues tiges,

les pelotes des fils téléphoniques

qu'ils accrochent au hasard

sur les haies, les rochers et les murs des villages.

La campagne rayée de longs rangs militaires, comme une lyre immense aux cordes polychromes, vibre aux pizzicati de mille automobiles I...

Voilà les grands renvois automobiles à très gros rendement...

Us s’en vont éventrant les vallées de leurs roues d’avalanche...

Pareils à des trains ivres déraillés par caprice,

ils s’amusent parfois à grimper

cornant de haut leur dégoût des tunnels!.,.

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