‹ Le monoplan du PapeChapitre 4 sur 40 · LES THÉÂTRES VOLCANIQUES · texte numérisé non relu

LES THÉÂTRES VOLCANIQUES

Le Volcan grand seigneur est prodigue en spectacles.

Vous ne me voyez pas, belles flammes écuyères,

et vous, tisons, qui basculez

sur de très hauts trapèzes soudain mangés

par le tourbillon des acteurs survenants!

Ce sont des femmes nues, entièrement vêtues de leurs éclatantes chevelures d’or...

Blondeurs suaves et modulées

de chairs et de toisons, et çà et là crinières

de lionceaux traînés en laisse avec paresse,..

Brusquement dans toutes les loges crues

de ce cirque fastueux se penchent chastement

des femmes-flammes vertes intolérablement acides...

Je ne vous aime pas car vous crevez d’envie

en contemplant la joie éclaboussante

et Pi m pudeur écorchée vive

de ces nudités qui chantent.

Votre stupide jalousie a fait crouler le grand théâtre.

Plus rien! Je ne vois rien, puis lentement à travers la brume s’ébauche une rougeur, là-bas. comme une immense plaie rose sous de molles charpies de fumée violette.

Tout s’est rapetissé et je contemple devant moi des trous, bouches informes de grottes mafflues.

filles se défendent avec leurs broussailles comme avec de longues mains,

qui tricotent de la laine ardente

ou tressent l’osier des beaux reflets indigo!...

Hourrah! l’horizon se déchire.

Adieu, chères hirondelles

au corps mi-parti braise et charbon

qui volez en frisant de l’aile ces lointains

lacs de feu... Adieu! essaims pesants d’abeilles

qui vous grillez en butinant

dans cette serre tropicale,

je vais rêver longtemps à votre cortège mordoré

qui tourbillonne maintenant

sur la ruche immensurable des flammes!

Votre bourdonnement voudrait encore me retenir. Tu vois, bon moteur, le grand peuple des flammes me caresse et m’enchaîne avec suavité.

Belles flammes amoureuses, je ne puis qu’obéir à ce cœur indomptable qui bondit en avant.

Entendez-vous sa volonté qui s'exalte dans la rose ronflante de l’hélice?

C’est lui qui vous tiraille ainsi,

longues flammes agiles,

jeunes mécaniciennes échevelées,

tandis que vous me retenez

par mon long fuselage en raidissant

vos muscles scintillants.

Entendez-vous sa faim, sa soif qui se déchaînent en abois?...

Mon cœur-moteur m’entraîne avec l’élan de trois cents fox-terriers tenus en laisse.

Mon cœur-moteur, quel renard flaires-tu dans le vent?

Lâchez tout. Je m’envole

vers la reverbération de ce lointain Sahara...

O maudite forêt de flammes inextricables qui montes brusquement pour me barrer la route.

feuillage énorme de métal noirâtre avec des crissements de pie et d’étranges gazouillis d’oiseaux!...

Plus loin, comment éviterai-je

cette grappe d’aigles furibonds qui s’acharnent

sur les mamelles sanguinolentes de ce dattier flexueux ?

Mais l’oasis s’effondre et les cris déchirants

de la chair végétale s’éparpillent en étincelles.

Je ne vois plus que des rochers de part et d’autre, paysages de granit et d’ardoise, blocs fumants percés de trous rougeâtres ou de fenêtres pensives qui regardent!...

Et ce sont maintenant

des villages africains foudroyés de soleil...

Mais les fumées donnent l’assaut, hordes de nègres, boutant le feu partout sous de grisâtres nuages pansus de moustiques!...

Maudit rempart rocheux qui surplombe ce -gouffre où la pourriture se déploie vert-dorée!... j 'ai failli broyer mon aile et tomber sur les sinistres bouffissures de cette pâte immonde...

La carcasse géante — sans doute — cfune armée arabe jetée bas des remparts!...

Que de cahots! Mon monoplan, mon monoplan, je te loue de donner avec audace l’escalade à un chaos de rochers...

D’une part l’océan de feu liquide du volcan, de l’autre une insurrection

de pics empanachés de fumées claires

qui me regardent impassibles, parmi la dégringolade de cent vallées marron à l’haleine ammoniacale.

Pour ne plus vous sentir je me rue en avant,

au risque de buter sur Phorizon de fer qu’on dirait impénétrable tant il est de-ci de-là clouté partout d’énormes boulons jaunes.

Un remous d’air moite m’oblige à replonger dans le trou d’un ravin

par des senteurs d’étuve et de corps surchauffés. Mon cœur moteur qui me devance se révolte parmi les buissons épineux de gaz polichrômes. Passe donc au travers!...

Que t’importe si mes ailes fourragent la broussaille de ces exhalaisons vertes?

Admire plutôt la splendeur de ce cortège de flammèches qui fusent plus belles que des hirondelles sous les pinceaux du soleil couchant.

Nous volons parmi la violente germination du feu.

jamais plus tu n’auras la joie, mon cœur, # de contempler d’aussi sombres grouillements de formes irritées et de couleurs torrides I D’un vol plané je glisse jusqu’au bas de ce nouvel abîme.

Quel est ce bruit de pierres derrière moi ? Mes ailes ont balayé l’arête vive des falaises. De plus en plus le paysage se tourmente.

Montagnes qui se creusent!

Gouffres éventrés! Par des pentes roidies je descends, je descends et tout à coup une montagne frauduleusement haute m’arrête !

Allons-y! Saute donc en avant!

Allons-v, monoplan ! Tu vois bien qu’il t’est facile d’escalader ainsi tous ces talus géants.

Tiens-toi en équilibre et glisse avec adresse.

Oh! je t’entends pester...

Maudit chemin de couleuvres 1

Tu étouffes presque, entre ces deux parois,

et tu ne veux pas donner du nez dans la montagne.

Par cette fumée, comment pourrons-nous calculer

exactement l’espace qu’il nous faut?

Pas moyen de courir! Et je vais dénichant avec mes ailes des paquets de chauves-souris qui me crachent leur suie pêle-mêle avec ton huile de ricin!

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