‹ Le monoplan du PapeChapitre 5 sur 40 · LES RÉSERVOIRS DU ROMANTISME · texte numérisé non relu

LES RÉSERVOIRS DU ROMANTISME

Enfin, enfin nous respirons, et je file à tire d’aile

sur un grand fleuve de kohl et de fard!... Oh ! merveilleux couchants,

aurores riches en couleurs, venez donc rccolorer ici vos joues et vos pesantes paupières!

Poètes romantiques, revenez donc en foule retrouver sur les bords de ce fleuve les phts fantastiques lanternes vénitiennes que vous avez rêvées !

Elles sont enguirlandées de roses et maculées de sang. . . Vous trouverez sur les bords de ce grand fleuve de fard tout le fastueux bric-à-brac de votre rêve théâtral !...

Montagnes de beau velours grenat, mobilier flamboyant de lupanar tragique, devantures arabes gorgées de feu.

On trouve tout, ici !

Car ce volcan est la synthèse et la genèse de toute poésie.

Amusons-nous, cœur moteur, en volant

sur ces nombreux théâtres en plein vent... Est-ce la nuit, le jour, on ne sait plus! Théâtres en plein vent hérissés de lumières et de barrissements, car la ménagerie est proche qui mêle la voix des fauves à la voix forcenée des comédiens!...

I.ong boyau de la foire fangeuse, oii pataugent rudement les lampes électriques, éclaboussant d’horreur blanche le firmament où je vole, le firmament, foire manquée, dédaignée qui s’éteint très loin, incalculablement...

Le grand fleuve de kolil oriental et de fard romantique

s’élargit peu a peu en formant un beau lac,

et sur ses bords, à droite, à gauche,

s’avancent en dansant des flammes espagnoles

excitées par le vin, par les rires,

mordues par le désir

de donner en spectacle

le prurit de leur chair qui crépite.

Les flammes dansent

coquetant, minaudant des yeux, des lèvres et des mains...

Elles s’éventent et m’éventent tour à tour.

Page 1