Le mont Hor, le tombeau d'Aaron, Cadès [Texte imprimé]
En publiant aujourcthui un travail qui a eu t honneur détre présenté à t Académie des inscriptions et belles-lettres par M. Charles Lenormant , je ne saurais ni empêcher d offrir un tribut de tendre et respectueuse reconnaissance à la mémoire de F éminent homme de bien dont la perte a été si douloureusement ressentie dans les rangs des amis de F Eglise, de la science, des arts et des lettres.
Savant et voyageur, U. l.enormant avait beaücoup appris et beaucoup vu; mais licjrigeant pas d autrui ce qu'il s’était imposé à lui-même, il accueillait avec indulgence toutes les bonnes volontés, et pour peu quelles apportassent à la science quelques matériaux utiles, elles étaient assurées de trouver en lui un guide et un appui.
En encourageant la publication de mes recherches sur F Itinéraire suivi par les Israélites depuis le Sinai jusqu'au Jourdain, M. Lenormant désirait que ce travail fût précédé
d une notice sur la sortie d Eÿjpte, et comme il avait luimême traité cette question dans son cours à la Sorbonne, it avait bien voulu se charger de la rédaction de cette notice dont il devait s'occuper au retour du funeste voyage qu'il était alors sur le point d entreprendre .
j'iftn de rester fidèle au conseil de mon illustre ami, j essaierai de compléter mon travail en donnant ici un aperçu rapide de la route suivie par Moïse, depuis Ramesscs jusqu'au S inaï.
A défaut de critique savante. Je suivrai fidèlement les textes sacres sans chercher ii justifier les faits miraculeux par des probabilités physiques plus ou moins contestables. (Jue les commentateurs rationalistes cherchent à expliquer les miracles de la Providence par des circonstances naturelles, il n' y a pas lieu den être surpris ; mais pour nous, catholique, qui croyons à t inspiration divine des Écritures, une telle préoccupation serait inconséquente .
La situation des Hébreux en Égypte, leur délivrance, la route qu'ils suivirent pour se rendre en Canaan, le nom des étapes, les plus grands événements comme les moindres circonstances de ce long voyage de quarante ans, tout nous est
révélé par la Bible ; c'est notre seul guide ; mais comme c'est un guide inspiré, infaillible, nous le suivrons avec une confiance absolue et sans aucune restriction '.
' L'Itiniraire décrit dans le Pentaieuque a été tracé, sur la carte placée i la fm de cet opuscule, en tenant compte des trataux publiés par les voya-
Ouvrant la Bible au livre de TExode, nous lisons i/ue Dieu, ayant apparu à Moise en la montagne d Horeb, t envoya vers Pharaon pour préparer la délivrance des enfants de Jacob.
Après de longues hésitations et des promesses toujours vaines, le mi d Égypte , accablé sous le poids des épreuves qui frappaient son pays et son peuple, cède enfin aux instances lie Moïse et lui permet d emmener les Israélites dans le désert, pour y offrir un sacrifice au Dieu de leurs pères.
Les enfants d Israël partirent donc de Ramessès et vinrent à Socoth. ‘
De la position de Ramessès et de Socoth dépend, en grande partie, le tracé de la route suivie par les Israélites, du moins jusqu au point où ils tmversèrent la mer Rouge.
Ramessès était dans la terre de Gessen (Genèse, xlvii, i i ). La terre de Gessen est désignée convnc la contrée la plus fertile de I Égypte (ibid.) et en même temps comme située à L entrée du pays du côté de la terre de Canaan (ibid., i) Ces traits caractéristiques se retmuvent dans f ouadi Tomilat, formant vers le milieu de [isthme de Suez un sillon transversal qui reçoit encore aujourdhui les débordements du Nil et dans lequel un système d irrigation bien combiné devait pmdui/v infailliblement une grande fertilité.
gours fl les coiiinienialcui-s les plus accrédités , en tête desciuels il siiHira de iiumincr Mebuhr, l'ocucke, le I’. Sicard, d’AiirilIc, Uurckliardt , le cuiute de l.alxirde, (di. l.enoiniaiil, llulùiisoii, Le|)sius, (lad ililler, KL Qualreuière, \l. I.olliii de Laval, elc. , elc.
Si l’ouiuU Tomilat répond à ta terre de Gessen , et si tes ruines de Tel-el-Masrouta qui s'y rencontrent marquent t emplacement de la ville de Itatnessès, comme il y a lieu de le croire, le point de départ imliqué par la Bible se trouverait entre Belbèis et le lac Timsah, à 8 myriamètres environ au N. -N. -O. de Suez . Cette position et cette distance admettraient facilement les trois étapes qui conduisirent les Israélites sur le bord de la mer Rouge.
liamessès, plus anciennement nommée Abaris, est décrite par Manéthon ' comme une place fortifiée par le premier roi des llyhsos , qui y avait laissé une garnison de 240,000 hommes pour défendre la frontière orientale de F Égypte contre les invasions des Assyriens.
Au temps de t Exode, cette ville immense était la capitale de la colonie israélite, et Moïse y avait sans doute réuni une partie de la nation pendant qu'il sollicitait de Pharaon la liberté d aller au désert, avec tous les siens, offrir un sacrifice au Dieu de ses pères.
Socolh, c'est-à-dire les (entes, était probablement ti proximité de Ramessès dans la vallée de Gessen, et ceux qui menaient des troupeaux allèrent sans doute y camper pour être réunis quand arriverait la permission du départ toujours promise et toujours différée. C'est d'ailleurs ainsi que les grandes caravanes se sont formées dans tous les temps et
' Jusi'plic cüiilic Api»n, I, Ui.
qu’on les voit encore s’organiser nujourd' Imi. Un point et une date sont indiqués , chacun arrivant de son côté vu dresser sa tente au lieu du rendezs'ous et demeure là jusqu'au moment où le chef de la caravane donne le signal du départ.
Ainsi, les enfants d Israël sortis d Égypte en diverses bandes (Ex., xii, 5 i), au nombre de six cent mille hommes de pied, sans compter les enfants, partirent pétulant la nuit de Hamessès et vinrent à Socoth, étant suivis d une multitude innombrable de petit peuple et menant avec eux une infinité de brebis, de troupeaux et de bêtes de toutes sortes ( Ex., xii, 37 et siiiv.).
Dieu ne conduisit pas les Israélites par le chemin du pays des Philistins, qui est voisin, de peur qu'ils ne vinssent l'i se repentir s'ils voyaient lu guerre s'élever contre eux, et qu’ils ne retourmissent en Egypte (Ex., xiii, 17).
Au lieu donc de se diriger par le chemin des Philistins, c'est-êi-dire au nord-est, par la route qui se. rapproche de la Méditerranée à El-Arisch et passe successivement par Gaza et Asculon, ou même par celle qui va directement à Bersabé (le puits du serment), les Israélites, d après tordre de Dieu, inclinant vers le sud-est, Jirent un long circuit par le chemin du désert qui est près de la mer Bouge, et allèrent camjfer à Etham, à t extrémité de la solitude (Ex., xiii, 18 et suiv.).
l'oulant fuir sans retour et arracher le peuple à la se/vifude. Moïse ne s' arrête pas même pendant la nuit : le Seigneur
marchaü devant eux en une colonne de nuée pendant le jour, et pendant la nuit en une colonne de feu, pour leur servir de ^uide jyendant le jour et la nuit » (Ex., xiii, 21, 22).
Le Seigneur parla à Moïse et lui ordonna, de dire aux enjants d Israël « qu’ils retournent et qu’ils campent devant Phihaliiroth , qui est entre Magdala et la mer, vis-à-vis de Bcclséphon, et ils campèrent vis-à-vis de ce lieu sur le bord de la mer • (Ex., xiv, 1 , 2).
Si J entends bien ce texte , Moïse était sur le point de contourner le fond du golfe 'de Suez au moment ou Dieu, qui avait ses desseins sur Pharaon, lui ordonna de retourner. Il conduisit alors les Israélites dans une direction tout à fait méridionale, les arrêta devant Phihahiroth et les fit camper vis-à-vis de Beelséphon, au sud de la rade de Suez, au pied de la montagne de Magdala (R;is-Attaka), là ou le contour du golfe présente une sorte cF étranglement produit par le rapprochement des deux rives qui sont à 5 kilomètres environ F une de F autre.
C'est bien cette situation entre la mer et le cap Attaka qui faisait dire à Pharaon : a Ils sont embarmssés en des lieux étroits » (Ex., xiv, 3 ).
Les Égyptiens poursuivirent donc les Israélites et les trouvè/ent dans leur camp sur le bord de la mer (ibid., 9). Toute F armée de Pharaon était à Phihahiroth , vis-à-vis de Beelséphon ( ibid., 9); ceci prouve surabondamment que les Israélites étaient un peu en avant, vers le sud, c’est-à-dire
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au Ras-Attaka, car il est superjlu de dire que les deux armées UC pouvaient occuper le meme terrain.
Lange du Seigneur et la nuée qid précédaient d ordinaire les Israélites passèrent derrière eux , se placèrent entre les deux camps, et les deux armées ne purent s'approcher de toute la nuit (ibid., ao).
Moïse ayant étendu sa main sur la mer, le Seigneur f cntr' ouvrit en faisant souffler un vent violent et brûlant pendant toute la nuit ; il en dessécha le fond et f eau fut divisée en deux (ibid., ai).
Les enfants d Israël passèrent à sec au rnilieu de la mer, ayant les eaux à droite et à gauche qui leur senuiest de mur (ibid., 29). Foilà comment ils abordèrent sur la rive asiatique, vers le point où sont les sources dites de Mo'ise.
A la pointe du jour, le Seigneurfit périr P armée égyptienne; il donna tordre à Moïse détendre sa main sur la mer; afin que les eaux retournassent à leur place ; il le fit, et dès le point du jour, toute t armée de PJiaraon, qui s'était lancée dans le lit de la mer à la poursuite des Israélites, fut engloutie dans les fots et il n'en échappa point un seul ( Ex., XIV, a7 et siiiv.).
Alors Moïse et les enfants d Israël chantèrent au Seigneurie cantique dont t impérissable poésie débute ainsi :a Cantemus Domino : gloriosc enim maguificatus est, equum et ascensorem dejecit in mare. » (Ex-, xv, i et suiv.).
L'anéantissement complet de t armée égyptienne laissant à
vin —
Moïse t entière liberté de ses mouvements , le mandataire du Dieu tout-puissant dut se souvenir qu'il avait ordre de conduire le peuple au mont Horeb pour y offrir un sacrifice
K CFXUI QCI EST (Ex., III, 12 Ct SIliV.).
Partis de la mer Rou"e, les Israélites entrèrent au désert de Sur, et ayant marché trois jours dans la solitude, ils arrivèrent à Mara dont les eaux étaient amères (Ex., xv, 22, 23 ).
Le peuple, souffrant de la soif et ne pouvant faire usage de cette eau à cause de son amertume, éclata en murmures contre ses chefs. Moïse se tourna vers le Seigneur, sa prièie fut exaucée. Dieu hii indiqua un certain bois qu'il lui dit de Jeter dans I eau, et d amères quelles étaient les eaux deiùnrent douces (ibid., 23 et siiiv.). Cette station de Mara paru t convenablement placée à F issue de Fouadi Ouara ou Ilovara, où se trouve en effet une source d'eau saumâtre.
De là, les enfants iFlsraid allèrent à Élirn, où il y avait douze fontaines et soixante-dix palmiers (Ex.,xv, 27). Cette oasis e.it évidemment F ouadi Ousit.
Toute la nmltitude étant partie cF Élini, vint au désert de Sin, qui est entre Elim et le S inaï, le quinzième Jour du second mois depuis la sortie <F Égypte (Ex., xvi, i).
Un mois s'était écoulé depuis que le peuple avait quitté F Égypte, et cependant F Itinéraire ne fournit que dix canqjements, cF où il résulte qu'il y avait eu des jours de repos et au.isi que les campements dont les noms ont été conservés sont peut-être les principaux, ceux où le peuple a séjourné.
et qu'il peut se tromvr des stations intermédiaires dont le récit ne fait pas mention. En voici un exemple : le seizième chapitre de t Exode se borne à dire que la multitude étant partie ttÈlim, vint au désert de Sin, et le trente-troisième chapitre du livre des Nombres nous apprend qu avant de se rendre au désert de Sin , le peuple descendit vers la mer et dressa ses tentes sur la plage, probablement dans le vaste et riant hémiejele où vient déboucher t ouadi Clùbeké, et auquel le tombeau nwderne d un Santon arabe a donne le nom d ylbou-Zéminé.
Du bord de la mer, les Israélites se rendirent au désert de Sin. La position de ce désert a soulevé des contradictions ; mais comme le texte sacré dit positivement qu'il se trouvait entre Élim et le mont Sinaî, il faut le chercher vers le Djebel- Mokateb , dans la plaine qui s'étend au sud-est de cette montagne et qu'un voyageur moderne ' a si justement nommée plaine des quatre ouadis, à cause des vallées qui la limitent.
Pendant leur séjour au désert de Sin, les enfants d Israël souffrirent de grandes privations. L’Éternel leur envoya des cailles en abondance et la manne, ce pain du ciel qui allait servir à leur nourriture pendant quarante ans , jusqu'à ce qu 'ils entrassent dans la terre où ils devaient habiter (ibid . , 3 5) .
Du désert de Sin , le peuple se rendit à Raphidim , après
' M. Lottin de Laval, Voyage dam la péninsule Arabique du Sùuii, c(c.
at’oir demeuré, dans les lieux que le Seigneur lui avait marqués f Ex., xvii, i).
V Exode ne donne pas le nom de ces lieux dans lesquels les Israélites avaient campé; mais cette fois encore, F Itinéraire général du livre des Nombres y supplée en fournissant les noms de Daphca et Alus, deux stations à placer dans les vallées à travers lesquelles se développe la rvute directe qui conduit au Sinaî.
Arrivé à Raphidim oit il ne trouva pas d'eau à boire, le peuple murmura de nouveau. Le Seigneur dit à Moïse : Marchez de\<ant le peuple en vous faisant accompagner par les anciens cF Israël, allez jusqu'à la pierre cF H oreb , frappez le mcher et il en sortira de F eau, afin que le peuple ait à boire (ibicl., 3 et suiv.). Moïse fit devant les anciens ce que le Seigneur lui avait ordonné et il appela ce lieu Tentation et Murmuré et (ibid., G, 7 ).
Cependant Amalee vint à Raphidim combattre contre Israël; Josué, qui avait le commandement de F armée, culbuta F ennemi, et Moïse éleva en cet endroit un autel qu’il nomma « le Seigneur est ma gloire » (ibid., 8 et suiv.).
Étant partis de Raphidim, le troisième jour du troisième mois depuis lu sortie d'Égypte, les enjants cF Israël vinrent au désert de Sinaî et dressèrent leurs tentes vis-ct-vïs de la montagne sur laquelle Dieu allait faire éclater sa gloire et promulguer le Décalogue (Ex., xix jusqu’à la fin). Pendant près de deux ans, le peuple demeura non loin du Sinaî, conduisant
sans doute ses troupeaux dans les vallées enviixmnantes , usant des ressources abondantes de la riche oasis de Pliamn et peut-être aussi de celles que pouvait offrir la proximité des établissements égyptiens existant alors dans la péninsule, pour r exploitation des mines de cuiv/e.
Après que la multitude eut reru F organisation dont le plan avait été donné à Moïse par son beau-père Jetliro, que le Décalogue fut promulgué, le tabernacle érigé et le dénombrement du peuple terminé, alors le vingtième jour du second mois de la seconde année, la nuée se leva de dessus le tabernacle de r alliance, les enfants cT Israël partirent du désert de Sinai.... et la nuée se reposa dans la solitude de Pliaran (Nombres, x, ii, 12).
Le départ annoncé dans ces termes marque le début du voyage de trente-huit années dont nous allons étudier F Itinéraire.