‹ Le mont Hor, le tombeau d'Aaron, Cadès [Texte imprimé]Chapitre 6 sur 8 · GO · texte numérisé non relu

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parmi lesquels on frouvc des fûts de colonne, des fragments de marbre, des pierres taillées portant le cachet d’origines diverses et d’époques très-dilTérentes.

L’inhospitalité des Arabes fréquentant parfois les montagnes désertes de Seir ' ayant permis bien rarement aux voyageurs de visiter le tombeau d’Aaron et encore moins de le dessiner on no verra pas sans quelque intérêt les planches représentant ce monument vénérable. Pour suppléer à l’impciTcction de croquis faits à la bâte, j’aurai recours à In description écrite sur place, telle qu’elle est consignée sur mon journal do voyage, en prenant le récitai! moment où je quittai Pétra.

En sortant de Pétra par l’issue tournée vers l’ouest le chemin s’inclincdoucoment au fond d’une étroite crevasse dont les escarpements perpendiculaires ont de cinq â six mètres d’élévation. De droite et de gaucho, les parois du défilé sont couvertes de bas-reliefs représentant des pyramides et des obélisques variant entre quarante et soixante centimètres de hauteur.

Ces petits monuments, sculptés sur un grès rougeâtre

‘ DjcbvI-csli-Slicraa.

^ .1111. liiiy et Mangics sont, h ma caiinaissancc du luoiiis, les seuls Européens ayant fait l'ascension du moût Ilor ; ils ont laissé du tombeau d'Aaron une description inléressanle, quoique uu peu rapide, mais u'uot publié aucun dessin (voy. Irby and MangUi Travels, ch. vin).

• C'est devant celte entrée que Moî<c se présenta pour traverser la vallée d'Edom ( Ouadi-Moussa ), et fut arrêté par le roi marchant à la tête d'une multiltulc armée.

cl assez friable, ont beaucoup souffert de l’adion du temps A droite et à gauche du chemin, on reneontre aussi quelques tombeaux creusés dans les rochers latéraux; mais plus on s’éloigne de la ville, moins les sculptures sont ornées et plus elles deviennent rares.

En avançant vers l’ouest, le défilé s’élargit de plus en plus; scs escarpements s’abaissent, puis disparaissent complètement, et la route circule à découvert au milieu de rochers dont la plaine, connue des Arabes sous le nom de Satouh-Aaroun, est toute hérissée.

On chercherait vainement sur ce vaste plateau une source tant soit peu abondante; à peine y trouve-t-on quelques mares alimentées par les pluies de l’hiver, mais promptement desséchées par l’évaporation, dès que les chaleurs du printemps se font sentir. Du milieu de cette plaine s'élève une montagne isolée, ayant la forme d’un cône tronqué, haute de quatre cents mètres sur une circonférence, à la base, de trois kilomètres environ; c’est le mont Ilor, au sommet duquel on aperçoit le tombeau d’Aaron.

' rlusicurs (le ces bas-reliefs sont si frustes qn'oii pourr.nit facilement se méprendre sur leur forme ou même passer prés d'eux sans les aperccv(dr. Ces sculptures presque ellacécs ont, au premier asjKCt, quelque ressemblance avec de grandes lettres coufiques, et c’est peut-être une illusion de ce genre qui aura trompé M. Bankes quand il a cru voir l’êtra une insci iptiuii ( il caractères semblables à ceux du DJebel-Mokalteb {Irby and Mangics’ Travels, di. vitl, p. 12G).

Il n’y a sur les lianes escarpés de celle montagne aucun chemin, aucun sentier; il faut s’y frayer un passage, tantôt à Iravcre d’épaisses touffes de ronces, tantôt en cherchant un point d’appui dans les anfractuosités des . rochers, au risque, à chaque instant, de rouler jusqu’au Las de la pente. Après trois quarts d’heure d’une ascension très-laborieuse, nous arriv&mes enfin au sommet du mont Ilor

La vue qui s’offrit alors à nos yeux nous indemnisa largement des fatigues du chemin; mais qui pourrait décrire la beauté majestueuse de cette scène si profondément mélancolique? La plume d’un Chàteaubriand y suffirait à peine!!

De quelque côté qu’il sc dirige, l’œil ne rencontre autour du mont Ilor que les cimes dénudées des montagnes de Seir sc détachant sur le bleu du ciel en déchirures fantastiques. Vers le nord-est, cependant, un pic s’élève au-dessus des autres, portant au front le cachet de l’activité humaine. Ce rocher, magnifiquement sculpté, forme le couronnement de l’un des principaux monuments de Pétra’; partout ailleurs l’immense panorama est comme l’image du chaos.

A la première impression de surprise produite par l’as-

’ J'avais alors pour cotn])aguoii de voyage M. Momfort , peintre disliogo£ et bien connu.

® te inonuiucnt, nommé £d-Dcir (le couvent] par les Arabes, est im-

pect de cetlenaturc bouleversée, succède bientôt un sentiment de terreur : le silence de cette solitude, plus éloquent que tous les échos de la terre, fait retentir au fond de Tiimo du spectateur la parole adressée par le Tout- Puissant au prophète Ezéchiel quand il lui dit: « Fils de l’homme, tourne la face contre la montagne de Seir, prophétise contre elle et dis-lui : Je réduirai la montagne de Seir en désolation et en désert, et j’en éloignerai tous ceux qui la fréquentaient'. »

Au temps où les prophètes’ tenaient ce langage, Seir, c’est-à-dire l’Iduméo, l’Arabie-Pétrée, était dans un état de splendeur et de puissance raconté par les historiens’, chanté par les poètes ’ et constaté par la grandeur, le nombre et la magnificence des monuments de Pétra Mais, dira-l-on peut-être, les sociétés de l’Asie ont toutes disparu les unes après les autres; la corruption de leurs mœurs était l’indice fatal de leur ruine. Ceux que

moiibe. Cnminc ions les antres, il est monolithe. La rampe qui y coiuluil, taillée dans le rocher, rst elle-même un ou\rage gigantesque.

' Ezéchiel, XXXV, 1 et suiv. jusqu'à la Tin du chapitre.

’ Ezéch. , XXV, 1 2 ; xxxtl, 29 ; xxxv, 2 jusqu’à la On. Voy. au.ssi Jérémie, Isaie, Amos et .Malachie.

’ Vide Plinii Hist. nat., lib. VI, c. xxviii ; Diod. Sic. ,t. VIII, p. 016; Fl. Jos. Ant., c. Il, 1; Strabo, p. 779.

* Primus Idumitas referam tiOi, Alantiia, palmas (Virg., Georg., lit, 12). Arbustis pidmantn dives Iditme (Encan., Pharsal., III, 216).

‘ Voy. les belles planches du Voyage en Arabic-Priric par .MM. Léon de Ijborde et Liiian'.

vous nommez des prophètes inspirés n’étaient que des hommes d’un jugement sain; en voyant le fait, ils annonçaient ses conséquences logiques, voilà tout; pour expliquer leur clairvoyance, il n’y a pas besoin de faire appel à l’inspiration divine, la raison humaine y sulTit parfaitement.

L’objection paraîtrait spécieuse si les prophètes s’étaient bornés à prédire sommairement la ruine des nations contre lesquelles ils fulminaient les jugements de la justice cternclle; mais loin de rester dans les généralités banales qui peuvent s’appliquer à tous les lieux, ils sont, au contraire, entrés dans des détails dont la prévision défie la sagacité humaine et démontre surabondamment l'inspiration divine.

Pour justifier cette assertion, il suffirait de rapprocher les prophéties annonçant à la postérité des fils jumeaux d’Isaac les destinées si différentes qui les attendaient dans la suite des siècles.

Aux enfants d’Esaii, établis dans cette portion de l’Arabie qui entoure le mont Ilor, la voix prophétique annonçait une condamnation radicale, une destruction complète, définitive: « Je vous réduirai en désolation éternelle,» dit-elle de la part du Tout-Puissant, « vos villes ne seront plus habitées '. »

‘ Ezich.,xxv,8, 12 cl suiv.j xxxv, 1 jusrjn'i lann. haie, xxxiv, 5 cl suiv.

Aux enfants de Jacob, l’Eternel fait entendre une menace toute différente: • A cause de vos prévarications, disent les prophètes à ceux-ci, vous serez dispersés parmi les nations de la terre, moqués, bafoués par les étrangers et jusque par les petits enfants'; mais vous ne vous confondrez pas avec les autres peuples, vous subsisterez ^jusqu’à la fin des temps et l’Eternel se souviendra de vous »

La lignée d’Esau n’existe plus; les villes qu’elle habitait sont désortes; la prophétie en ce qui la concerne est littéralement accomplie.

Quant aux enfants de Jacob, ils errent toujours au milieu des nations, accumulant l’or et l’argent ne se confondant avec aucun peuple, et offrant ainsi au monde, depuis dix -huit siècles, un spectacle unique dans les fastes de l’humanité.

Malgré l’attrait de ces rapprochements qui multiplieraient à l’infini les preuves de l’inspiration divine

' La dispersion d’IsraCl est prédite en cent endroits des saintes lettres ; j'en indiquerai scnlcnient quelques-uns pour ne pas surcharger ces i»ges de rencois trop uoinbrcui. (Voy. Lcvilique, x\si , 33 et suiv.; Deut., iv, 27; xxviii, 25 et suie.; Jérémie, xv, U; xvi, 13; xxtx, 18; Ezéchiel, xxit, 15; Isaïe, tu, U, 12, etc., etc.)

’ Lévitique, xxvi, 55; Deul., iv, SO et suiv.; Jérémie, xxx, xxxt; Isaïe, XLtx, 7 et suiv.; Ltx, 20; LXI, ixu.

' Isaïe, LX, 9 et suiv.

(les saillies Ecritures, il faut metlro un terme à cette digression et reprendre le fécit un moment intoprompu.

Le petit monument recouvrant le tombeau d’Aaron est, disions-nous, de fabrique arabe : il forme un carré allongé, couvert d’une terrasse à l’extrémité de laquelle s’appuie une coupole revêtue d’un enduit de chaux mélangée de gros sable. L’appareil des murs présente des matériaux variés : à C(!»lé de morceaux de marbre, de pierres bien taillées et même sculptées, de tronçons de colonnes enchâssés dans la maçonnerie avec une certaine symétrie, on voit des moellons tout à fait bruts, évidemment empruntés aux rochers environnants, par les ouvriers qui ont élevé la fabrique moderne.

porte donnant accès dans l’intérieur s’ouvre près de l’angle sud-ouest de l’oualy; en la franchissant, on descend par deux marches dans une salle mesurant six mètres sur neuf, dont la voûte ogivale s’appuie d’un C(»lé sur les murs, de l’autre sur deux piliers disposés de façon à diviser le monument en deux nefs d’égales dimensions. Le sol est recouvert de grandes dalles polies et bien ajustées, mais dont plusieurs ont été soulevées et brisées probablement par les chercheurs de trésors. Vers l’angle nord-est do la chambre s’élève un beau sarcophage de pierre, de trois mètres de longueur sur un mètre de hauteur et quatre-vingts centimètres de lar-

{jour. Les parois latérales de ce sarcophage présentent trois compartiments divisés par des colonnettcs sur les chapiteaux desquelles s’appuient des ogives ornées de cordonsilélicatcmcnt fouillés. Du côté de la tète, se dresse un fût de colonne semblable à ceux qui ont été employés dans la construction des murailles; du coté opposé, le panneau est occupé par un cartel couvert de beaux caractères coufiques'. Le sarcophage est un monolithe calcaire d’un grain fin, serré et n’ayant aucune analogie avec la roche du mont llor; l’inscription ainsi que les ornements sont sculptés en relief dans la masse.

Une double draperie couvre le monument: l’une est verte en l’honneur du prophète; l’autre, destinée sans doute à protéger la première, est en indienne rouge et jaune; toutes deux tombent en lambeaux et sont couvertes d’une épaisse couche de poussière.

Au-dessus, comme tout autour du sarcophage pendent, accrochés aux murailles ou A la voûte de l’oualy, une foule d’ex-volo déposés là par les visiteurs pieux. Ce sont dos œufs d’autruche ornés do glands do différentes couleurs, dos objets en verroterie, des fragments de

* MAL Irby et Mangics ont pris ces caractères counques i>our des caractères hébreux, et, ce qui paraîtra encore plus extraordinaire, ces voyageurs, ayant copié l’inscription, la firent traduire 4 Saint-Jean-d’Acre, où on leur dit qu’elle contenait le nom d'un juif et de sa famille. {Tracels, ch. viii, p. 13£i.)

harnais, plus particulièrement ceux dont les Arabes enrichissent 1a bride ou le poitrail de leurs chevaux, dos glands de poil de chameau et une foule d’autres menus objets du même genre.

Tant de témoignages rendus à cette sculpture sembleraient indiquer que c’est celle du Nebi (du prophète) lui-même; -il n’en n’est rien cependant, et nos guides affirmèrent que ce tombeau était celui de la jument d’Aaron.

Deux grandes marmites de cuivre sont déposées là pour l’usage des vrais croyants qui viennent offrir des sacrifices sur le tombeau du IS'ebi. L’une, destinée aux holocaustes de chameaux, est immense; l’autre, réservée aux petites gens ne sacrifiant qu’une chèvre ou un mouton, a une capacité en rapport avec cette modeste destination. Le mobilier de l’oualy est complété par un gros lampion alimenté de mèche et de graisse par la muniGcence dos visiteurs. Nos ciccrone improvisés allumèrent ce luminaire infect, donnant plus de fumée que de clarté, et offrirent de nous montrée le véritable tombeau du prophète.

En les suivant, nous trouvâmes dans l’angle nord-ouest de la chambre un escalier descendant par quatorze marches dans un souterrain large d’un mètre sur doux et demi de longueur, absolument privé d’air et de lumière. Au fond de ce corridor s’élève un petit autel dont

la tablette supporte une sorte d’urne ayant à peu près in forme d’un quart de sphère L’urne et toute la partie évidée formant nidio audessus de la table de l’autel étaient garanties, aulrcfois, par un grillage de lames de cuivre; mais les gonds rongés par la rouille ayant cessé de soutenir cette clôture, les Arabes ont suspendu les grilles à une barre de bois fixée dans les parois du caveau ^

Telle est la sépulture du grand-prêtre, de celui à qui l’entrée de la terre promise fut interdite en punition de sa prévarication aux Eaux de contradiction où il avait manqué de confiance en Dieu \

Avant de quitter le souterrain, nous nous assurâmes par un examen minutieux qu’il ne s’y trouvait aucune trace quelconque d’inscription; nous n’y découvrîmes pas autre chose qu’un morceau do bois grossièrement taillé et une colonnetto de pierre à huit pans, d’un travail tout à fait commun. De retour dans la chambre supérieure, nousy reconnûmes plusieure socles et chapiteaux corinthiens gissant çâ et là sur le dallage.

Après avoir dessiné le tombeau souterrain, l’intérieur

‘ La UbIcUc est à t mitre au-dessus du sol , sa surface est de 1 mètre sur 30 centimètres.

» Voy. pl. III.

' Vide sup., p. 58, 53.

el l’extérieur du qoubbct j’aurais voulu transcrire aussi l’inscription arabe du grand sarcophage; malheureusement le temps et la lumière me firent défaut; je no pus copier que les cinq premières lignes et le commencement de la sixième; il fallut laisser en blanc les deux dernières et céder aux instances des guides qui depuis longtemps nous pressaient de p;irtir. Ils alléguaient que le soleil étant déjà couché, nous courrions risque d’élre surpris par l’obscurité avant d’avoir gagné lobas de la montagne, et qu’alors il deviendrait impossible de sortir des dilTicuItés qui nous attcnJaicnt à la descente. L’argument n’était pas sans valeur; il eût cependant manqué son effet si l’affaiblissement de la lumière n’avait rendu la fin du travail impossible.

3’cmportais ma copie incomplète, bien convaincu d’avance que la date du monument et le nom de celui en l’honneur do qui il fut érigé restaient dans les deux lignes non copiées; celte appréhension était malheureusement trop fondée.

Voici CO qui se lit dans les premières lignes : » Au nom do Dieu clément et miséricordieux, il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu, Mahomet est l’envoyé do Dieu. A ordonné de construire cet édiûce (sur ce lieu) élevé, notre maître le sultan el Maleck Ennasscr, le prince pro-

' Quubbct ((lùiiiv) SC dit d'un monument surmonté d'un dôme.

tccicur, le zélé pour la guerre sacrée, le défenseur des frontières

M. Ueinaud, le savant académicien à qui je dois celle traduction, pense que le prince dont il s’agit ici doit être un des sultans mamelouks qui ont régné en Egypte, cl la forme des caractères imités aussi fidèlement que l’a permis la précipitation du moment, lui fait augurer que l’inscription doit remonter au xiv'ou xv' siècle do l'èrc chrétienne. Espérons qu’un autre voyageur, mieux servi par les circonstances, apportera bientôt le complément de cette copie tronquée.

De ce monument connu des Arabes sous le nom de tombeau d’Aaron, que peut-il y avoir de vraiment antique? Ce n’est pas l’oualy, il est évidemment de construction arabe et dédale récente. Ce n'est pas non plus le tombeau dit du « Faras-cn-nebi » (de la jument du prophète), nous avons vu qu’il remonte à trois ou quatre siècles environ. 11 ne reste donc en question que le souterrain dans lequel les Arabes vénèrent la sculpture du grand sacrificateur. Ici, la critique s’arrête devant une tradition dont l’origine est inconnue, mais qui a pour elle deux faits également incontestables, à savoir: que la montagne dont il s’agit est bien positivement le mont llor; et qu’.Xaron mort sur cette montagne y a été enseveli. Que pourrait-on invoquer contre la tradition?

Que son authenticité n’est pas démontrée; mais le contraire l’est-il davantage ? Ce ne sont assurément ni les Grecs ni les Romains qui auront élevé un monument à la mémoire du grand prêtre des Juifs; il faut donc en faire remonter l’origine aux Hébreux eux-mômes et reconnaître que les colonnçs, les morceaux de marbre et de granit, se trouvant aujourd’hui sur le sommet du mont llor, y sont très-probablement depuis le temps où David avait soumis à sa domination le pays des Iduméens'.

Je ne ferai plus qu’une remarque au sujet de la sépulture d’Aaron; elle m’est suggérée parle mystèredontcelle de Moïse se trouve environnée. A propos de celte dernière, on lit au Deutéronome: « Et il l’ensevelit dans la vallée, au pays de Moab, vis-à-vis dePhogor (Beit-Peor), et personne n’a connu son sépulcre jusqu’à aujourd’hui*. »

Eu effet, on ne connaît pas la sépulture du législateur des Hébreux. En inventant un tombeau de Moïse, -les Musulmans, dans leur grossière ignorance de la géographie biblique, l’ont placé de l’autre côté du Jourdain, au sommet d’un pic dominant la rive occidentale de la mer Morte.

' Les Idumiens furent soumis 1 David (I Paralip., XYIII, 13). Le mfiiic fait attesté U Rois, Mil, lé et suiv.

’ Dent., XXXIV, 6.

Aucune déclaration n’avait voué à l’oubli la sépulture d’Aaron; toute l’assemblée du peuple savait qu’elle était sur te mont Hor et la tradition, passant des Hébreux aux Arabes, est arrivée jusqu’à nous.

L’authenticité du tombeau du Djebcl-Hor repose sur des probabilités; mais ces probabilités ont un tel caractère de vraisemblance que pour ma part, et jusqu'à preuve contraire, je tiens la tradition comme suffisamment justifiée.

L«a l«r«éllles |uirlenl <!■ mont Hor poar •« rendre *à Aolon-Gober |Mir le ehcatln de In mer Ronge.

Après la mort d’Aaron, quand le peuple l’eut pleure durant tout un mois, il s’ébranla de nouveau pour aller chercher ailleurs un passage que le roi d’Edom venait de lui refuser: « Et ils partirent de la montagne de Hor, » est-il dit au livre des Nombres^, « par le chemin qui conduit à la mer Uouge, pour contourner la terre d’Edora, etc. »

Cette marche des Israélites pour contourner la terre

' Le groupe dont le mot Hor fait partie limitait les posses^ons des Israélites sers le S.-E. (roy. Nomb., xxxiv, 3, 7, 8 ; Ezéch., xltii , 19).

* Nomb., XXI, h.

tl’Edoin est facile à suivre sur le terrain , nous allons bientôt en avoir la preuve; mais la rencontre du peuple avec le roi d’Arad, dont il est fait mention dans les preniici’s versets du môme cliapitrc des Nombres , semble d’abord présenter une difliculté dont toutefois nous espérons donner une solution satisfaisante.

En quittant le pied du mont Ilor pour gagner le chemin de la mer Ilouge (l’Ouadi-Araba), les Israélites descendirent la pente occidentale de la montagne de Scir (Djebel-Esh-Shera), en suivant le ravin connu aujourd’hui sous le nom de Ouadi-Aaroun, car il n'y a pas d’autre voie praticable.

Le petit cours d’eau qui a ouvert sur le flanc de la montagne cette route naguère si fréquentée, coule d’abord sur un sol presque horizontal; bientôt la pente du terrain devient rapide, le lit du ruisseau se creuse, les escarpements du ravin s’élèvent, et à droite comme à gauche se montrent des arasements de petits murs comme il y en a dans tous les pays de montagnes pour retenir la terre végétale. Le petit cours d’eau transformé par les pluies de l’hiver en un torrent impétueux a détruit les murs, la terre a disparu, et là où mûrissaient autrefois de riches moissons, il ne reste plus aujourd’hui qu’un sol aride, calciné par les rayons d’un soleil brûlant.

Après avoir suivi les méandres du ruisseau pendant une vingtaine de minutes, on se trouve en face d’un hy-

pogéc dont rouvcrture béante regarde vers le mont Ilor. Cette sépulture isolée, si près du tombeau d’Aaron, fait songer à Marie sa sœur, qui mourut près do là et y fut ensevelie.

Toutefois, il faut s’empresser de dire que ce rapprochement n’a point de fondement scientifique

A mesure que l’ouadi descend sur le flanc de la montagne, son lit se creuse de plus en plus et la nature du terrain se modifie : çà et là des blocs de granit rose et de porphyre percent les couches du terrain d’alluvion qui les recouvre et commencent à montrer leurs masses imposantes. Le ruisseau coule en murmurant, tantôt à ciel ouvert, tantôt caché sous les rochers, et plus souvent encore à l’ombre des lauriers roses, croissant sur scs bords partout où leurs racines trouvent un peu de terre végétale.

Du milieu de ces fourrés émaillés de fleurs charmantes, s’échappent des myriades de perdreaux rouges.

Quel est le nom de cet oiseau? demandez-vous à vos guides. « Katha -, » répondent les Arabes du désert. En

' Saint Jérume parle de la sépulture de Marie comme étant visible, de son temps, dans ces parages (Loc. hebr.).

’ LLï Kalha. L’abondance de ces oiscanx dans les mines de Pélra dépasse les limites de la vraisemblance. En les entendant passer par milliers au-dessus de nos tentes, nous les primes d’abord pour des nuées de corneilles ; mais dés que le jour se leva, nous reconnûmes notre erreur. Burkbardt avait signalé le même fait en des termes qui méritent d'être remarqués : ■ Ces oiseaux volent en si grand nombre, dit-il , que des enfants arabes en tuent souvent

ouvrant la Dibic au xxxiv* ciiapilre d’Isaïe, vous y lisez, au vereet H : * (La terre d’Edom) sera abandouncc au Kalli, etc. » Qu’est-cc que le Katli ou Katah de l’Ecriture? Peut-on l’identifier avec le Katha des Arabes? La question vaut la peine d’ôtrc examinée, non-seulement au point de vue du sens biblique, mais aussi de la physiologie et de l’histoire naturelle.

Il règne une grande incertitude parmi les traducteurs de la Bible sur la manière d’interpréter le Kath. Dans la version de la Vulgate, mise en français par Le Maistre de Sacy ', le Kath, rangé parmi les oiseaux impurs dont Moïse défend l’usage aux Israélites, est rendu par « l’onocrotalus » au livre du Deutéronome Au livre des Psaumes, le Kath devient le pélican ’. Au livre d’Isaïe, le Kath, qui doit posséder la terre d’Edom, s’appelle le « butor *, » et c’est encore ainsi qu’il reparaît au livre de Sophonic“. Dans la traduction de M. de Genoude*, aux

deux ou trois ï la fois rien qu’en jetant un biton an milieu de la toI&: (Travels in Syria, p. &06). Le D' Robinson, ï son tour, parie de ces oiseaux en rappelant que leur grande abondance dans rette contrée avait fait naître l'idée qu.'il y aurait peut-être un rapprochement â faire avec les cailles envoyées aux Israélites pendant leur voyage dans le désert. {Bibl. reicar., t. n, p. 620.)

' Trad. sur la Vulgate par Le Maistre de Sacy, édit. Paris.

* Deut., XtV, 18.

' Psaumes, ci, 6.

* Isaïe, XXXIV, H.

* Sopbonie, II , 14.

* TraducL nouvelle par M. de Genoude, édit, diamant.

livres d’Isaïe et de Sophonic, le pélican estsubslUuc au butor. Dans les bibles protestantes', le Katb est rendu, au même verset du Deutéronome, par la « cigogne; » aux Psaumes dans Isaïe comme dans Sophonie, par le « cormoran. »

Les lexiques hébreux varient également entre eux sur la manière de rendre le Kalh et ne s’accordent guère que pour en faire un oiseau aquatique**; or, je le demande, quelle probabilité y a-t-il que le prophète Isaïe eût choisi un oiseau aquatique pour lui attribuer la possession do la terre d’Ldom , terre montagneuse, remarquablement sèche et brûlée? Autant fallait-il prophétiser qu’elle deviendrait l’habitation des poissons de la mer!

Los philologues et les naturalistes ne sont pas tenus d'enchaîner leur science à la parole des prophètes; mais ceux-là même qui auraient le malheur de ne pas croire au secours divin qui inspirait ces historiens de l’avenir, ne voudront pas du moins leur refuser le vulgaire bon sens, et c’est assez pour éloigner la supposition que le Kath d’Isaïe puisse être le pélican, le cormoran, ni aucun autre oiseau aquatique.

S’il paraît impossible que le Kalh d’Isaïe soit un oiseau

‘ Trad. de David Martin , t-dit. stéréotype. Londres, 1835. ’ Psaumes, eu, 0.

’ Gesenius.

aquatique, il faut aussi reconnaître qu’il n’est pas plus ])robal)le que le Katha des Arabes (la perdrix rouge) ait été rangé par Moïse au nombre des oiseaux impurs.

Qu’ost-ce donc que le Kath? Ne serait-il pas possible de distinguer entre le Kath de Moïse et celui d’Isaïe? Moïse avait passé toute sa jeunesse sur les bords du Nil où le pélican, le cormoran, la cigogne sont très-abondants; il parait indubitable que l’oiseau dont il défendit l’usage sous le nom de Kath était un de ceux-là.

Mais le prophète Isaïe, en parlant aux habitants des montagnes de Soir, no pouvait assurément pas avoir l’idée que leur pays, qu’il dépeignait d’avance comme nous le voyons en effet aujourd’hui, brûlé et desséché, deviendrait l’habitation dos oiseaux qui vivent ordinairement dans les marais ou sur le bord des fleuves.

En présence des considérations qui viennent d’être exposées, serait- il trop téméraire d’assimiler le Katli % d’Iaïe au Katha des Arabes, en admettant une légère modifleation de forme et d’orthographe?

Aucun des lexiques que j’ai consultés ou que mes amis ont consultés pour moi, ne justifie l’assimilation du Kath des Hébreux avec le perdreau rouge si abondant en Iduniée; mais une note placée par le Keith au bas de la page 254 de son livre sur raccomplissemont des prophéties, indique qu’il a été plus heureux, car il cite l’autorité de Simonis; voici cette note : « nSP Kath, a specics

— "Ty —

of partridge, it is somctimes written in the original, Katha. Onkcl, xpp videSimonis Lcxicon, p. -1393. »

Sans insister davantage sur ce trait de l’iiistoirc naturelle de ridumée, il serait difficile de ne pas faire remarquer à quel point il semble justifier l’espèce de défi porté parle prophète Isaïe, précisément à propos des animaux énumérés par lui-mème, comme devant être un jour les seuls habitants de la terre d’Edom', quand il dit: 0 Cherchez et lisez avec soin dans ce livre du Seigneur, et vous trouverez qu’il ne manquera rien de ce que j’annonce, etc. ^ »

Les vestiges d’un aqueduc ruiné so voient encore sur la rive gauche de l’Ouadi-Aaroun. Où ce conduit emportait-il l’eau du torrent? l’cut-ôtrc au château el Aswit, visité par le sultan Bibars quand il traversa ce défilé en SC rendant àCarak, comme nous l’apprend Nowairi, écrivain-arabe, cité par M. Quatrcmcrc

Après avoir marché pendant deux heures et demie sur la pente rapide conduisant au chemin do la mer Rouge, on atteint un point nommé Nach-er-lloba * où l’ouadi se

' Iæ Ralha csl nommé le premier comme dcTant , a^ec le bulor, posséder l’Idnmée ; les antres animaux nommés i la suite doivent se rencontrer dans le pays, y habiter; mais la possession de la contrée est dévolue au Kalha.

’ Isaïe, xxxiv, 16.

* M. Qnatremère , Mémoire sur tes Nabaihéens, p. 27.

* ^ (Nacb-cr-Roba). Nowairi, ciié par M. Quatremérc, écrit

le même nom ^Is ^1 , Jj (Nacb-er-Robaï). Mém. sur les Naballi., p. 28.

bifurque. L’une des branches inclinant vers le nonl-oucsi, conduit vers Hébron j l’autre, appuyant au sud-ouest, est suivie par les voyageurs qui se rendent à Âkaba, au Sinaï ou en Egypte. Toutes deux débouchent dans la vallée d’Araba.

La séparation de l’Ouadi-Âaroun en deux branches se dirigeant l’une vers la mer Morte, l’autre vers la nier Rouge, pourrait bien donner la solution de la difficulté que je signalais précédemment à propos de cette rencontre des Israélites avec le roi d’Arad, mentionnée au début du XXI* chapitre des Nombres. Précisons d’abord en quoi consiste cette difficulté :

Le xx' chapitre des Nombres rend compte de ce qui advint aux Israélites depuis leur arrivée à Cadès au désert de Sin jusqu’après la mort d’Aaron, et le dernier verset de ce chapitre nous montre le peuple arrêté au pied du mont Hor pleurant la mort du grand prêtre. Voilà donc le peuple au milieu des montagnes de Seir, à une faillie distance de Pétra, dans une contrée dont la situation géographique est désormais parfaitement connue.

Jusqu’ici point de difficulté, et il n’y en aurait pas non plus dans ce qui suit si ce récit passait du dernier verset du XX* chapitre au quatrième verset du chapitre suivant, où il est dit en parlant du peuple : « Ensuite, ils partirent de la montagne de Hor, par le chemin qui mène à la mer

Rouge, pour aller autour du pays d’Edom, etc. ' » Ce qui constitue la difficulté ressort des trois premiers versets du chapitre xxi, racontant dans les termes suivants une action accomplie sur un théâtre éloigné de la montagne de Hor et du quartier dans lequel se trouvait alors le peuple : « Arad, roi des Cananéens, qui habitait vers le midi » lit-on dans ce récit, « ayant appris qu’Isracl était venu par le chemin des espions, combattit contre Israël, et l’ayant vaincu, il en emporta des dépouilles; mais Israël s’engagea par un vœu au Seigneur, en disant : Si vous livrez ce peuple entre mes mains, je ruinerai ses villes... Le Seigneur exauça les prières d’Israël et lui livra les Cananéens, qu’il fit passer au fil de l’épée, ayant détruit leurs villes; et il appela ce lieu üorma, c’csl-àdire anathèmo\ ■>

L’Itinéraire général, sans entrer dans les memes détails, signale l’intervention d’Arad, roi des Cananéens, et cela précisément aussi entre les versets qui mentionnent la mort d’Aaron sur le mont Hor et le départ du peuple quittant le pied de celte montagne pour descendre le chemin de la mer Rouge \

‘ Nomb. , XXI , II.

’ Le midi de la terre de Canaan. Juges, i, i7.

• Nomb., XXI, 1, 2, 3. Les Israélites emploient ce nom qui signifie analliémc, pour indiquer lu lieu d’une délaite subie par riix-niCmes ou par i'mnrmi.

‘ Nomb., XXXIII, 38, 39, bO, bl.

Les circonstances de la rencontre indiquée au xxi' chapitre des Nombres indiquent clairement une scène étrangère au voisinage du mont Hor. En effet, le chemin des espions monte de la plaine de Pharan sur le plateau de Canaan par une déchirure du Djebel-Yémen à plus de cent kilomètres au nord du mont Hor; le pays d’Arad est à l’extrémité méridionale du plateau de Canaan ' et Horma est au pied de ce plateau, dans le voisinage de Cadès- Barné. Comment le récit d’un combat livré si loin du mont Hor se trouve-t-il intercalé entre deux versets dont l’un constate la présence du peuple au pied de celle montagne et l’autre son départ de ce même point pour gagner le chemin de la mer Rouge?

De deux choses l’une, ou les versets relatifs à l’engagement des Israélites avec le roi d’Arad ne sont pas à leur place (ce que la concordance entre les deux parties du I ivre des ne permet guère de supposer); ou bien,

s’ils n’ont pas été transposés, il faut reconnaître dans l’ordre où ils se produisent l’indice d’un mouvement stratégique qui a besoin d’être expliqué, et qu’on pourrait comprendre de la façon suivante:

Après que le peuple eut rendu les honneurs funèbres

* Josué, xu, 14; Comp., x, 41; luges, i, 16. Easèbe et saint Jérome placent celte ville à 20 milles romains d’Hébron , là où l’on trouve encore aujounl'hui une citerne et des malériaux indiquant remplacement d’une ville au pied d’une colline nommée par les Afabes Tcll-Ârad -'îrJi-.

à Aaron, quand il fut question de quitter le mont Ilor pour gagner le cliemin de la mer Rouge, Moïse, voulant éviter l’encombrement d’une foule immense sur la pente rapide et encaissée par laquellc-il allait s’avancer, divisa la multitude en plusieurs troupes.

Un premier détachement, envoyé en avant pour éclairer la route, se mit en marche. Arrivée à Nach-er-Roba , cette avant-garde laissa à gauche l’ouadi Abou-Kshchi ', conduisant vers Akaha et tournant à droite par l’Ouadicr-Roha, alla prendre position dans le nord de la vallée d’Araha, vers les avenues do Canaan, do façon à surveiller les mouvements des Cananéens et à prévenir une attaque inopinée de leur part contre le gros du peuple, au moment où il déboucherait dans la grande vallée avec ses bagages et ses troupeaux.

Le roi d’Arad, de son cote, informe de la marche do l’avant-garde, supposa qu!ellc menaçait ses frontières; il SC porta à la rencontre des enfants d’Israël, les défit et emmena des prisonniers.

rendant que son avant-garde était aux prises avec les Cananéens, Moïse quittait le mont Iloravcc la masse du peuple descendait dans l’Araha par l’ouadi Abou- Kshehi, et, informé do la déroute des siens, marchait à

1 Oua-.li-Abou-Kslicbi.

’ Aomb., XXI, II.

leur secours, culbutait l’ennemi un moment vainqueur cl le repoussait jusqu’à Ilorma *.

Fermons maintenant la parenthèse et reprenons ladescription do la route suivie par Moïse.

Au-dessous de Nacb-er-Roba, la branche inclinant vers le sud-ouest prend le nom d’Ouadi-Abou-Kshebi; la branche se dirigeant au nord-ouest, celui d’Ouadi-er- Roba. Soit que l’on suive l’uneou l’autre direction, il faut marcher encore pendant environ quatre heures, au delà de Nacb-cr-Roba , avant do gagner le bas de la montagne; en sorte qu’on n’emploie pas moins de six heures et demie pour descendre par une pente, presque toujours très-rapide, depuis la plaine d’Aaron jusqu’au chemin de la mer Rouge (l’ouadi Araba).

L’ouadi Er-Roba, comme l’ouadi Abou-Kshcbi, sont encombres de belles masses de granit rose et de porphyre, servant de premier plan au tableau que présentent les montagnes deSeir quand le soleil couchant les colore de scs rayons embrasés.

Il faut avoir vu les magnifiques effets de lumière dont l’Arabie a le monopole, pour savoir à quel point ils défient la plume des poètes et jusqu’à la palette des plus grands coloristes. L’àmc immortelle peut bien emporter

' Noinb.,lXX, 3.

l’image de ces scènes sublimes loin du cadre dans lequel il a plu au Créateur de les fixer; elle en garde un impérissable souvenir, mais sans pouvoir jamais en ])roduiro aucune copie. '

Parvenu au pied de la montagne de Scir, l’ouadi Abou- Ksbebi ' débouche dans l’ouadi Araba, immense vallée si justement nommée dans la Bible le chemin de la mer Rouge.

En avançant dans l’ouadi Araba vers le sud, on arrive bientôt au point connu des Arabes sous le nom de Es-Sathé, le sommet, le toit, et scion l’expression do mes guides, Xendroit ayant deux pentes

Cette désignation, si conforme au relief du terrain, a été contestée par le D' Robinson. Le savant voyageur, qui n’avait point visité le lieu dont il s’agit, a voulu placer ailleurs le point do partage entre les deux vallées. II a prétendu que l’expression es-satbé, applicable à la terrasse des maisons, ne pouvait jamais l’étrc à un endroit ayant deux pentes, « attendu, dit-il, que le toit des maisons en Orient est bori/ontal et n’a pas deux pentes » Le docte critique n’a pas songé, en écrivant cette phrase.

‘ D'autres voyageurs ont nommé ce m.'inc ratin • Oua;li-Abou-SlieyVh, • comme M. Stanley, par exemple {Sinai and Palestine, p. 85).

’ Es-Sathé.

* Dibli. resear., t. II {Notes and illustrations, xxxvil, p. 668).

que les Arabes nomades usant de celte image ne vivent pas dans des maisons à toit plat, mais sous des tentes dont la couverture à double pente est loujoui’s nommée par eux a es-sathé. »

Le point de la vallée, nommé Es-Sathé par mes guides de la tribu des Djabélins, a été désigné, dix années plus tard, à M. Stanley pardcs Arabes Alouins sous le nom do Cbragi-er-llishi (saddlebags of featliers).

Les deux dénominations impliquent la même pensée : le toit de la tente arabe ou le bàt du chameau, c’est toujours l’image du sommet où se réunissent les doux pentes s’inclinant de là vers l’une et l’autre mer. Quant à la position géographique de ce point intéressant, elle a été indiquée par les Arabes à M. Barllett comme à M. Stanley, à quatre heures au nord de l’ouadi Garondel, une heure avant l’entrée de l’ouadi conduisant au mont Hor(rouadi Abou-Kshebi), précisément où je l’avais placée sur mon Itinéraire publié on 1859.

En examinant la configuration du terrain, on est frappé de la sagacité dont les Arabes ont fait preuve eu reconnaissant et nommant le point où se rencontrent les deux pentes opposées. Au nord d’Es-Sathé, la vallée descend vers la mer Morte sous le nom d’Ouadi-cl-Araba, au sud elle s’abaisse vers la mer Rouge sous celui d’Ouadi-el-Akaba; et bien que le nom d’Âraba soit souvent employé pour désigner la vallée depuis une

mer jusqu’à l’autre; il est cependant certain que les Arabes qui connaissent le mieux le pays donnent le nom d’Akaba à la portion de la vallée située au sud d’Es-Satlié.

La séparation des bassins do la mer Morte et de la mer Rouge a été attribuée quelquefois à un soulèvement volcanique survenu dans la contrée, à une époque contemporaine de la mine des villes do la Pentapole. Les partisans do cette hypothèse pourraient être tentés d’invoquer en sa faveur les traces volcaniques qui existent dans l’ouadi Abou-Kshebi, vers l’endroit où il débouche dans l’ouadi Araba, non loin d’Es Sathe

Le rapprochement entre le fait et la cause semble se présenter ici de lui-même; mais la conclusion logique de ce rapprochement aurait contre elle les traits les plus saillants de la configuration du pays. D’ailleurs, avant d’assigner à la mer Morte une origine postérieure à l’àge géodésique de la contrée tout entière, il faudrait d’abord expliquer où se déchargeaient le Jourdain et les torrents montagnards quand leurs eaux ne formaient pas un lac au fond de cette vallée de Siddim qui n’a jamais pu avoir d’écoulement vers la mer Rouge, puisque son niveau est de plus de quatre cents mètres inférieur au sien.

Ce n’est pas ici le lieu de discuter celte question; elle

‘ Vide sup., p. 47.

a été traitée ailleurs et pourra être reprise dans un autre travail; quant à présent, il faut retourner à l’Itinéraire des Israélites.

Le peuple suivit donc la grande vallée jusqu’à Elatli et Asion-Gaber arrivé là, l’Eternel lui dit: Vous avez tourné assez longtemps autour de cette montagne, allez vei’s le septentrion *.

D’après les indications du Deutéronome, l’assemblée, en quittant le mont Hor, se serait rendue à Gadgad et de là àJetebatha*; tandis que, selon le livre des Nombres, elle aurait campé d’abord à Oboth * et ensuite à ’ Jeabarim \

L’Itinéraire apporte encore une autre variante à l’éiiuniération des étapes, en en plaçant deux, Salmoiia et Pliunon*, avant l’arrivée à Oboth.

Ici , comme dans tout le cours de ce long voyage de quarante années, le sens général des indications bibliques concorde avec les principaux traits de la topographie du pays, et pourvu qu’on ne s’obstine pas à la recherche des noms propres, on peut déterminer les étapes du peuple

• Deut., Il , 8.

* Deut., II, 3.

• Deut., X, 7.

‘ Komb., XII, 10.

‘ Nomb., XXI, H.

* Nomb., XXXIII, &1, bi.

Je Dieu, sinon avec certitude, du moins avec un certain degré de probabilité.

Avant de hasarder aucune supposition sur les divers lieux de halte, voyons d’abord comment il faut entendre l’ensemble de celte marche par le chemin de la mer Rouge.

M. de Laborde est d’avis que « les commentateurs en général ont donné ii l’expression de la Bible trop d’extension, en faisant suivre aux Israélites l’ouadi Araba ou le chemin de la mer Bouge, le chemin d’Elath et d’Asion- Gaber jusqu’à l’une de ces deux villes » Il pense que les Israélites, entrés dans le chemin de la mer Rouge par l’ouadi Abou-Kshebi, en sortirent par l’ouadi Garandcl Cette interprétation réduirait la marche des Israélites dans la grande vallée à une seule étape de huit à dix lieues, et dépouillerait de son sens naturel cette parole de Moïse rappelant au peuple « que, venu dans le chemin qui conduit à la mer Rouge, il tourné longtemps autour de la montagne de Soir » D’ailleurs, l’ouadi Garandel ', descendant des cimes du Djebcl-esh-Sheraa (les montagnes de Scir), aurait ramené les Israélites au

* Comment, geog., p. 132.

’ Comment, geog., p. 132.

' Dent., Il, i, 3.

‘ Il ne faut pas confondre cet ooadi avec celui du même nom déboucliaut dans le Gbor i l'cxtrëmiiâ S. -K. de la mer Mono {voy. la noie 1, p. 9li).

milieu (le la contrée habitée par les descendants d’Esaü, qui venaient de leur barrer le passage, tandis que l’Eternel avait formellement ordonné à Moïse de se détourner de leur territoire en se bornant à passer par leurs frontières

M. do Labordc avait d’abord voulu tracer l’Itinéraire des enfants d’Israël par l’ouadi Djetoum (qu’il écrit Jétum débouchant dans le chemin de la mer Rouge à dix ou douze kilomètres au nord d’Akaba, et passant derrière les montagnes de Seir pour se diriger vers Damas. Les considérations qui ont déterminé le docte commentateur à indiquer un autre tracé justifient-elles suffisamment le choix auquel il s’est arrêté? On va en juger :

« Du mont Ilor au torrent de Zared, aujourd’hui Ouadiel-Âbsa, dit M. de Laborde, on passant par l’onadi Jetum (lisez Djetoum), il y a au moins soixante-cinq pénibles lieues. La Bible ne fournit que quatre stations; ce serait donc, par journées de marche, seize heures de route; » puis il ajoute ; « Nous avons vu dans tout le voyage qu’il n’était pas permis de dépasser dix lieues, et que chaque

* Deul. ,11,1,8.

’ Ouadi-Djeloum. Le D' Robinsoa désigne la même vallée

sous le nom de Ouadi-el-Ithm (vallée da crime}, (^oti moi,

je n’ai entendu prononcer que le premier de ces deux noms ; mais rnne et l’aaüe appellation s'appliquent certainement é la même vallée, dont la ritnation est parfaitement emmue : c'est le chemin des caravanes qni vont se raviuiller II Akaba, en se roidaot de Damas A la Mecque.

fois que la contrée exigeait une si longue marche, c’était l'occasion de murmures »

Le livre des ISonihres, il est vrai, ne fait mention que de quatre campements entre le mont llor et le torrent do Zared ; mais le Deutéronome en ajoute deux autres, GadgadetJotebatha'; puis nous verrons bientôt comment ces deux derniers en introduisent forcément un troisième En sorte que la Bible ne fournit pas seulement les noms de quatre stations, car aux sept que nous venons d’indiquer il faudra encore en ajouter deux autres, comme on le verra bientôt, et leur nombre sc trouvera ainsi porté à neuf. Si cette division fournissait encore quelque étape qui parût un peu longue, il n’y aurait pas lieu de son montrer surpris, puisque les Israélites en jugèrent ainsi et s’en plaignirent*.

M. do Laborde invoque encore un autre argument contre le passage par la vallée de Djetoum : a On s’expliquerait diflicilement, dit-il, comment, s’ils étaient venus si près de la mer Rouge, les Israélites ne se fussent pas arrêtés à Asion-Gaber comme ils l’avaient déjà fait en attendant le retour des espions »

‘ Comment, jfc'oÿ., p. 132 (2* col.).

’ Dent., X, 7.

• Vide p, 9!i, 95.

• Nomb., XXI, U.

• Comment, geog., p. 132 (2* col.).

Je comprends l’objedion; elle serait en effet formidable si, adoptant le système de M. de Laborde, on faisait enlrer Asion-Gaber dans ntinéraircdu désert de Sinaï à Cadès de l’haran ; mais la marche que nous avons suivie ' ne soulève pas cette difiicullc, et nous allons rencontrer la station d’Asion-Gaber près de l’ouadi Djetoum à la place qui lui appartient, entre le mont Hor et le torrent de Zared.

Pour reconnaître cette partie de la route, partons d’un fait avéré et d’un point bien connu : tout le monde convient qu’Aaron mourut au sommet du mont Hor et personne ne discute sur la position de cette montagne. Eh bien, \a Deutéronome , après avoir rappelé la mort du grand-prêtre, ajoute : « De là (du mont Hor), ils vinrent à Gadgad d’où étant partis ils campèrent à Jetebatlia, terre d’eau et de torrent • Munis de ce renseignement, ouvrons le livre àe?, I\ ombres au chapitre de l itinérairc général et nous verrons qu’après Gadgad et Jetebatlia, le peuple SC rendit à Hebrona et de là à Asion-Gaber

Cesquatre stations portentlcs numéros 32, 33, 34, 33; le numéro 36 ramène le peuple à Cadès de Sin et le numéro suivant le conduit au mont Ilor. Il y a là évidem-

‘ Pour ccuc partie de Ulünérairc, Vide supr., p. 12 et suir., 30 et suit'., Uh, 88.

> Deut., X, 7.

' Nomb., XXXIII, ik, 35.

ment une erreur dans l’ordre des stations : la distance entre Asion-Gaber et Cadès étant de plusieurs journées de marche, il est évident que le rapprochement de ces deux noms, placés à la suite l’iin de l’autre dans Tltinéraire général, doit être attribué à l’erreur d’un copiste maladroit.

Voici comment l’Itinéraire pourrait être rectifié:

Xl'llCBOS

de rilliiérkiic générai.

(.Vcmiÿ., xx:uii.)

ni'Mtiios

d*8pris l'cnuinble ûvt livres bibliqiMrt.

Cadès de Sia.

Jlont lier.

Gadgail ou Ilor Guidgad.

Jctcbaiha ou Joibballi.

Ilcbrona.

Asion-Gaber.

La solution

que je propose

exige, il est vrai, un

tain remaniement de l’ordre des stations; mais les systèmes de tous les commentateurs, y compris celui de M. de Laborde, entraînent dos modifications plus considérables, sans rétablir cependant dans la lettre des textes, la concordance qui existe si parfaitomentdans Icurcsprit.

lîoctifiéed’après les explicationsdu journal desIVombirs et du récit du Deutéronome, la partie de l’Itinéraire comprise entre le mont Ilor et le torrent de Zared échappe

aux difficultés signalées par de Labordc; elle concorde avec les distances et s’ajuste facilement sur le terrain.

En partant du mont Hor, la première marche conduit le peuple à Gadgad ou Hor-Guidgad ; où faut-il placer ce campement? Peut-être à Nacb-er-Roba, à l’endroit où la route se partage eu deux branches.

Il pourrait paraître plus naturel de marquer le terme de la première étape au bas de la montagne, au point où l’ouadi Abou-Kshebi débouche dans le grand chemin de la mer Rouge; mais celte division rapprocherait trop le premier campement du second qui doit certainement être placé à l’entrée de l’ouadi Garandel.

En effet, la seconde journée de marche aboutit à Jclcbatha (ou Jotbatb), terre d’eau et de torrent, comme dit la Bible. Cette qualification convient parfaitement à la vallée de Garandel, creusée par les torrents et dans laquelle on trouve des sources ' autour desquelles croissent des palmiers, des tamarins et de l’herbe en assez grande abondance.

La fertilité de cette terre d’eau et de torrents invita sans doute les Israélites à y séjourner; mais en la quittant,

• (Ayoun-Garandel). Burckhardt avait fait remarquer la

grande ressaniblancc qui existe entre le num de Garandel et celui d'Arindela , ancienne ville épiscopale de la Palestine Ténia, liais les ruines de cette ville ont été retrouvées par MM. Irby et Mangles 1 l’entiée d’uu autre ouadi Galandel, au S.-E. de la mer Morte.

ils eurent deux longues et pénibles journées de marche avant d’arriver à Asion-Gaber, et ce fut probablement pendant ce trajet qu’ils commencèrent de nouveau à murmurer contre Moïse en disant : « Pourquoi nous as-tu faitmonter hors de l’Egypte pour mourir dans cedésert?» L’Eternel, irrité de ces plaintes, envoya des serpents brûlants qui mordaient le peuple, tellement qu’il en mourut un grand nombre de ceux d’Israèl', Alors le peuple se repentit et l’Êternel dit à Moïse: « Fais-toi un serpent d’airain et mets-le sur une perche, et quiconque sera mordu et le regardera sera guéri. » Moïse fit donc un serpent d’airain, le mit sur une perche, et quand un homme avait été mordu, il regardait le serpent d’airaiu et il était guéri

Interrogés sur cette question des serpents, mes guides répondirent; « Quoique petits, les serpents de cette vallée portent la mort cachée sous leur langue ; l’homme qu’ils piquent n’a pas deux heures à vivre. » L’Arabe qui donnait cette réponse avait à peine terminé sa phrase que, s’arrêtant, il indiqua du doigt un petit serpent roulé sur lui-méme et dormant au soleil. Ayant saisi un pistolet, j’allais faire feu sur le reptile quand Soliman offrit do le prendre vivant.

‘ Nirmb., XXI, 5, C.

’ Nomb., XXI, 7, 8, 9.

— Uf> —

Malgré le prix que j’attachais à une telle capture, je voulus m’opposer à la téméraire entreprise qui pouvait avoir de si funestes conséquences; mais le chamelier, excité par l’espoir d’une récompense, n’écouta rien, et sc penchant avec précaution, posa résolùment le pouce sur la nuque du reptile, la comprima fortement, puis lui passant ensuite l’index sous le col, l’enleva sans que le serpent pùt lui lancer son venin. Je demandai alors un des bocaux destinés à recueillir les échantillons de cette espèce; mais comme on ne pouvait me le procurer sans décharger une partie du bagage, le jeune Arabe, afin d’éviter cette manœuvre considérée comme très-fatigante pour les chameaux, déclara qu’il porterait le serpent jusqu’à la halte du soir, sans crainte et sans péril.

Plus lard, dans le courant de la journée, ne voyant plus le prisonnier entre les doigts de son vainqueur, je lui demandai ce qu’il en avait fait. Il montra qu’il l’avait enfermé dans une des longues manches de sa chemise soigneusement nouée; il le porta ainsi jusqu’au soir. Au moment où il fallut le tirer de là pour le faire passer dans le bocal, je sentis renaître les appréhensions du malin; mais Soliman procéda à cette opération avec tant de calme et d’adresse qu’elle s’accomplit sans accident.

Une fois introduit dans sa prison de verre, le descendant des serpents brûlants de la Bible pouvait être facilement examiné. Sa longueur n’excède pas soixante-

quinze centimètres, sa circonférence six ccnlimclrcs environ. Il est jaune, a le dos couvert de petites écailles; la tête plate, très-effilée, et réunitenfin les signes extérieurs qui caractérisent les espèces les plus venimeuses que produit cette contrée de l’Asie. Ici, comme en tant d’autres circonstances, le fait naturel se trouve parfaitement d’accord avec le récit biblique.

La troisième marche après le départ du mont lier conduisit le peuple à Ilebrona. La Bible ne fournit aucun renseignement sur la position géographique de ce campement, si ce n’est qu’il doit nécessairement prendre place entre Jetebatha et Asion-Gaber ainsi que cela résulte de la rédaction que voici : << De Jetehatha ils vinrent en Hebrona, de Hébrona ils campèrent à Asion- Gaber '. »

Puisque Hebrona était bien positivement entre Jetebatha et Asion-Gaher, je crois pouvoir le placer aux sources de Ghadian situées à mi-chemin entre l’ouadi Garandel et la mer Rouge. Cette situation est la seule qu’on puisse assigner au campement d’Hebrona, car les Israélites n’auraient point trouvé ailleurs de quoi désaltérer ni eux-mêmes ni leurs troupeaux, et quoique l’eau des sources de Ghadian ait une odeur et une saveur

' Ifomb., Xï-iîl, :3, 34, 35.

’ (les sources de Ghadian).

sulfureuse extrêmement désagréables, on est encore trop heureux de la trouver après une longue journée de marche.

La quatrième étape aboutit au rivage du golfe Elanitique, vers l’emplacement des villes d’Elath et Asion- Gnber', là où se trouve aujourd’hui le château d’Akaba.

Quand le peuple eut atteint ce point extrême de sa marche vers le sud , l’Eternel adressa la parole à Moïse et lui dit : « Vous avez assez tourné près de cette montagne, allez vers le septentrion »

La route suivie par les Israélites se dessine de plus en plus clairement, et ici le sens des textes et la configuration de la contrée offrent un accord qui ne laisse de place ni au doute ni même à la moindre hésitation.

Eu effet. Moïse reçoit l’ordre de se tourner vers le nord au moment où, parvenu près d’Asion-Gaber, il se trouve précisément en face de l’ouadi Djetoum, qui est l’iiuiquo passage par lequel on puisse se rendre des rives du golfe Elanitique vere l’aquilon, en passant derrière les montagnes de Seir.

« Vous passerez aux extrémités des terres des enfants d’Esaü, vos frères, qui habitent en Seir, v ajoute la Bible fomnic pour mieux préciser encore le tracé de la route.

' Dcm., U, 8.

* Dent., Il, i.

Passer aux ex(rcmités de Scir, c’est passer aux extrémités (lu Djebel-esh-Sheraa, c’est-à-dire par l’ouadi Djetoum. En effet, les géographes arabes désignent cet ouadi comme limitant, au midi, les montagnes de Sheraa', et Moïse l’indique sous le nom de « Chemin du désert de Moab, » comme servant de frontière méridionale aux enfants d’Esaü qui habitaient en Seir C’est encore par cette même vallée do Djetoum que, de nos jours, la caravane des pèlerins musulmans se rendant do Damas à la Mecque, débouche sur le bord du golfe Elanitique pour aller se ravitailler au château d’Akaba.

Depuis Asion-Gaher jusqu’au torrent de Zared, aujourd’hui Ouadi-el-Ahsa, il y a environ cent soixante-dix kilomètres. L’Itinéraire indique quatre campements sur ce parcours, à savoir : Salmona, Phunon, Oboth et Jcaharini, qui est vers les frontières de Moab; mais il ne fiiit pas mention du torrent de Zared. Le récit détaillé du voyage répare celte omission en nous faisant connaître (]uc de Jeabarim le peuple se rendit au torrent do Zared ’. C’est donc au total cinq étapes do trente-quatre kilomètres chacune, c’est-à dire des marches de huit à neuf heures.

Au moment où Moïse s’était présenté aux abords de

' Voy. ndrisi et AbuKd?.

’ Deut . , II , 8.

• ISomb., XXI, II ; Deu!., ii, 13 , l!i.

PélrOj sur la frontière occidentale d’Edom, en demandant ù traverser le pays , une simple démonstration armée avait suffi pour déterminer la retraite du peuple de Dieu ; mais quand les Israélites eurent tourné la montagne de Scir par la vallée de Djetoum et parurent sur la frontière orientale, les rôles changèrent et ce fut aux Edomites de trembler à leur tour

La configuration de la contrée rend parfaitement compte du renversement des rôles : les montagnes de Seir, ainsi que M. de Laborde le fait si judicieusement remarquer, sont comme un large épaulcmentqui soutient le vaste plateau du désert de l’est, d’un côté dominant la vallée d’Âraba, de l’autre se terminant au niveau de la plaine *.

Du côté de l’ouest, les Edomites étaient protégés par des défenses naturelles vraiment inexpugnables; tandis que du côté de l’est, au contraire, leur frontière était d’un accès facile. Dans cette situation, se voyant tournés par un peuple nombreux qu’ils venaient de traiter en ennemi, les enfants d’Esaü pouvaient redouter une invasion et des représailles. En effet, ils tremblèrent; mais l’Eterncl les protégea, défendit à son peuple d’avoir aucun démêlé avec eux et lui prescrivit d’acheter à prix d’argent les

• Deul., n, 4.

’ Comment, geog., p. 132, 133.

vivres et l’eau dont il aurait besoin. « Ne soyez pas émus contre vos frères les enfants d’^saii qui habitenten Seir, » dit l’Eterncl, « car je ne vous donnerai rien de leur terre »

A l’est des montagnes de Seir, depuis l’ouadi Djetoum jusqu’au torrent de Zared, la route des Israélites diffère peu de celle que suivent chaque année les Hadji * se ren dant en nombreuses caravanes de Damas à la Mecque. Aujourd’hui comme au temps de Moïse, les mêmes nécessités règlent les étapes de ces multitudes ambulantes : une distance pouvant être franchie entre lelever et le coucher du soleil, de l’eau, des pâturages, telles sont les conditions qui règlent la marche et fixent le repos; quand elles se trouvent réunies sur un point, aucun voyageur n’est tenté de passer outre, et d’àge en ùgc les caravanes suivent la même trace et s’arrêtent aux mêmes endroits.

N’ayant pas visité le pays situé à l’est des montagnes de Seir, je ne saurais apporter aucun fait nouveau propre à faire mieux connaître celte partie de la roule des Israélites, et je me bornerai à demander une nouvelle rectification au xxxiii* chapitre des Nombres, pour y ajouter le nom du torrent de Zared où Moïse campa certainement et où il s’arrêta même assez longtemps pour constater

' Deut., Il, a, 5 et suiv.

’ Les pcicrius musulmans.

que toute la généralioa condamnée à Cadès-Barnc avait été consumée parla mort

L’Itinéraire général, rectifié d’après les informations du Journal du vo^^nge ei Aü Deuteronoma , continuera de la façon suivante :

KOXfillOS

lie l’Iiii»éfairc géiuSial.

xuui.)

üDxcr.o$

d’apri* IVmeitiblo des livres bibliques.

tii

Salmoua.

UU

l’huuon.

Oboth.

hh

Jeabarim.

Le torrent de Zared.

Entre Jeabarim et le mont Nébo où Moïse s’arrêta et mourut, il n’y a pas moins de cinq journées de marche, et cependant l’ilinérairo des ISombrcs indique trois stations seulement. Le Journal du voyage et le Deutéronome suppléent heureusement cette nouvelle lacune, en faisant de la marche et des conquêtes des Israélites un récit trèssuccinct, mais parfaitement graphique.

Après avoir franchi le torrent de Zared, le peuple alla camper sur le bord de l’Arnon qui coule entre le pays

* Dfur., n , 13 et suir.

des Moabites et celui des Amorrhéens Il se rendit ensuite près des puits creusés par les chefs des nations, comme nous l’apprend la Bible. De là il s’en fut vers Malhana, Nahaliel et Bamotli^. Celte dernière ville est située au fond d’une vallée du pays de Moab et c’est de là, d’après le Journal du voyage, que Moïse envoya des ambassadeurs à Sohon, roi des Amori héens, pour lui demander la permission de traverser son territoire’. Le Deuteronome rend également compte de cette ambassade, mais en marquant son point de départ au désert de Cademoth *. Bamotli était probablement sur la limite du désert de Cademotb. Toujours est-il que les envoyés de Moïse SC rendirent à Ilesebon ou Ileslibon’ auprès du roi des Amorrhéens, mais sans succès. Le roi refusa la permission qui lui était demandée, marcha en armes audevant de Moïse, l’attaqua, fut complètement battu, son armée anéantie, son peuple passé par les armes et toutes les villes de ses Etats détruites à la façon de rintordit'.

‘ l.'Arnon est le |>rincii>al torrent tombant des montagnes de l’est dans la mer Morte : il est connu des Aral>es sous le nom de Ouadi-Modjeb

’ Nomb., XXI, 13, lA ; Deut., It, 2A.

‘ Nomb., XXI , 21 et suit.

‘ Deut., Il , 26.

* a. Ilesban ; Heslibon. ( Yoy. Eusèbe cl saint Jérome t article £aeAon ; Reland, Palcit. , p. 719; Burckhardt, Traeels , p. 365; Mangles and Irby.)

' Dtut., Il, 30, 31 et SUIT.; Nomb., XXI, 23, 2A et suiv.

Apres cette victoire. Moïse s’avança vers le nord, visita Jazer et depuis Aroër, sur le bord de l’Arnon, jusqu’à Galaad, il n’y eut pas une ville qui put se défendre contre les enfants d’Israël ; ils s’emparèrent de toute la contrée jusqu’au torrent de Jeboc’, en respectant le territoire des enfants d’Ammon, selon l’ordre qu’ils avaient reçu de Dieu.

Avant d’aller plus loin, indiquons la suite de l’Itinéraire jusqu’au bord du Jourdain ;

Kimtitos

de ritindr»lre gdoérai.

(.Vernit, xxxiii.)

HCIlElOS d’après l’ensemble des livres bibliques.

Dibongad.

HcImoodcbUlliaïin.

Mathana.

Kabaliel.

Bamoth.

Kloms Abarim vis-à-vis de Nebo.

Rlontagnes de Moab cd faa' de Jéricho.

Depuis Bcüisimotb jusqu'à Abel-

saiim.

En se rapprochant des frontières d’Âmmon, l’Itinéraire se trouve de nouveau sur un terrain que j’ai visité, mal-

‘ Nomb. , XXI , 32.

’ Deut., Il, 36, 37; NonU>.,%n, 26, 25.

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heureusement trop rapidement, et qui mériterait d’élre étudié dans sa topographie comme dans ses monuments. Les ruines y abondent et le paysage, souvent sévère jusqu’à la désolation, prend des aspects charmants partout où se trouve un peu d’humidité pour féconder cette terre abandonnée.

Les rives du Jeboc, dont les Israélites approchèrent, se présentent sous l’aspect le plus séduisant : les lauriersrose y croissent en abondance, y atteignent des proportions vraiment extraordinaires, et forment une forêt tout émaillée de fleurs, sous l’ombrage de laquelle des oiseaux au riche plumage modulent des chants que n’écoute aucune oreille humaine !

Ces hôtes élégants ne sont pas les seuls qui habitent tes bords fleuris de ce ruisseau ; on y rencontre aussi des sangliers en grand nombre, des gazelles, des hyènes, des ours et même des lions, s’il faut en croire les Arabes.

Le Jeboc, nommé aujourd’hui Nahr-cz-Zerka, prend sa source dans une petite chaîne de collines bordant le grand désert de l’est; il coule paisiblement dans un lit qui n’est ni large ni profond, et va tomber dans le Jourdain à égale distance à peu près entre le lac de Tibériade et la mer Morte

' Il ne faut pas confondre ce cours d'eau avec le Zerka-Main qui est au sud de celui-ci et tombe dans la mer Morte k 15 ou 18 kilomètres au nord de rOuadi-Modjeb.

Le Jebüc doit son illustration^ on s’en souvient, à la lutte engagée par Jacob pour forcer ce passage qu’il trouva défendu par un ange du Seigneur, alors qu’à son retour de la Mésopotamie, le fils d’Isaac se dirigeait vers l’héritage de scs pères

Les ruines couvrant aujourd’hui le sol conquis autrefois par les enfants d’Israël appartiennent, pour la plupart, à l’époque gréco-romaine ; cependant, quelques-unes ont un caractère do si grande vétusté qu’elles pourraient sans invraisemblance être rangées parmi celles des soixante villes closes de hautes murailles dont les Israélites, conduits par Moïse, firent la conquête’. Au premier rang parmi celles-ci, on peut citer les ruines de Yadjou/, situées à mi-chemin entre Âmmon et Gerasa, où elles occupent un espace considérable. Les pierres dont le sol est couvert sont presque noires, très-dures, percées d’alvéoles comme les rayons d’une ruche à miel et présentant du c«')té exposé à l’action de l’air des angles arrondis comme ceux des galets qui ont été longtemps roulés par les vagues de l’Océan ou le courant des rivières.

Au milieu de ces ruines usées par les siècles, on retrouve plusieurs sarcophages. De tant de matériaux mis

' Geacw, xuu, 22.

* Deui., III, U, 5 et suit’.

en œuvre par la main des hommes, ce sont les seuls dont la destination soit encore reconnaissable! Tout ce qui avait été fait pour la vie a disparu, ceqiii était consacré à la mort résiste encore. Sans ces tombeaux, rien n’avertirait le voyageur; il passerait insoucieux, sans se douter qu’à la poussière du chemin se trouve mêlée la poussière de générations humaines qui, pendant bien des siitlcs peut-être, auront rempli de bruit et de mouvement cette contrée devenue solitaire et cachant aujourd’hui, dans son morne silence, jusqu’au secret de son nom.

La marche rapide et victorieuse qui conduisit Moïse au delà de Galaad ' jusqu’à la montagne d'IIermon (l’Anti- Liban “), sortant du cadre assâgné à la présente étude, il faudra nous borner à indiquer sommairement cette marche d’une stratégie savante qui donna aux Hébreux toute la rive gauche du Jourdain avant de leur faire tenter le passage du lleuve.

Ayant réduit à l’impuissance les ennemis qui auraient pu inquiéter son armée au moment décisif où elle allait traverser le Jourdain, assuré de n’avoir plus à combattre que les forces placées devant lui. Moïse s’adressa à l’Eter-

* DeuU, ni, 10.

’ Deut.f III, 8, 9. Les anionbécos, dit Moüe au m* ciMpitre du Dttucronome, 9, appellent l'Hcmioii Sam'r.

nel en lui disant : « Je passerai donc et je verrai celte terre excellente au delà du Jourdain et cette superbe montague du Liban'; « mais leScigncur, irrite au souvenir de la prévarication de son serviteur aux eaux de Cadês, lui déclare qu’il verra la terre promise, mais n'y entrera pas’. En effet. Moïse monta des plaines de Moab sur la montagne de Nebo et mourut là, âgé de cent vingt ans, sans que scs yeux se fussent obscurcis, sans que ses dents fussent ébranlées, plein de force et de vie par conséquent!

Les enfants d’Israël pleurèrent la mort de leur chef pendant trente jours dans la plaine de Moab, puis le Seigneur parla à Josué, fils de Nun, serviteur de Moïse, et lui dit : « Ijèvc-toi et passe le Jourdain’. »

La mission de Moïse s’arrête ici et ma tâche est accomplie. Les livres mosaïques dans lesquels est raconté le voyage des Hébreux vers la terre promise, ont proclamé d’eux-mêmes leur parfaite exactitude et l’accord qui règne entre leurs différentes parties. En terminant cette étude, il ne me reste plus qu’a répéter, après le

' Deuu, III, 25; xxxti , i9 et suiv.; xxxiT, 1 et saiv.

* Dent., ni, 26 ; XXXII, 49 ; xxxiv, 1 et suiv.; iVomâ. , xxvii, 12 et suiv.

* Josué, 1 , 1 et suiv.

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comte de Maistre, celte vérité qui pourrait servir d’épi- {rraplie à tous les travaux entrepris pour commenter les récits bibliques : « Moïse a tout dit; avec lui on sait tout ce qu’on doit savoir sur ces grands objets, et sans lui on ne sait rien. L’histoire, la tradition et la nature entière lui rendent témoignage. »

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