II. — L'ABBAYE ROMANE
La nef et les transepts- — La grandiose conception d'Hildebert nécessitait l'établissement d'un plateau au niveau des bâtiments conventuels de l'abbaye primitive.
Les travaux commencés en 1023, consistèrent en la construction de la crypte du chœur et de deux chapelles souterraines, soubassements des futurs transepts. Du chevet roman, il ne subsiste plus que le départ d'une voûte d'arête située sous le sol du collatéral Sud, dans une sorte de caveau découvert en 1909 La chapelle Saint-Martin qui se trouve sous le croisillon Sud conserve son aspect primitif; Fampleur de la voûte est très impressionnante. Un jour timide y pénètre par d'étroites fenêtres aux ébrasements profonds. Elle était en
communication avec la crypte absidale au moyen d'un passage encore existant quoique légèrement remanié au xve siècle. Un large escalier à vis permet de monter de cette chapelle jusqu'à l'église haute.
La chapelle des trente cierges lui est symétrique sous le croisillon Nord. Cette dernière fut remaniée au xme siècle : si les dispositions générales remon tent bien à la construction primitive, les voûtes, en revanche, furent retouchées lors des travaux de la Merveille ; les baies furent élargies ; au devant, un arc fut bandé pour supporter les maçonneries supérieures. De très intéressants fragments de peintures décoratives1 peuvent se voir sur le large doubleau central. Deux couches sont superposées, l'une date du xne siècle, la seconde du xm\ Un escalier à vis bouché au xve siècle, permettait de monter à l'église. Un second degré est disposé très singulièrement à droite de l'entrée de cette chapelle : établi vers 1023 pour correspondre avec l'église haute et le dortoir, il fut délaissé et bouché lorsqu'on refit le bas côté Nord. Une étrange conception, à vrai dire, est celle de cet escalier supportant à faux sur sa voûte, le poids du mur de l'église ; disposition singulière qu'on retrouve ailleurs sous le mur extérieur du bas côté Sud.
La difficulté d'implantation, résultat de la déclivité exceptionnelle des lieux, a donné naissance aux irrégularités présentées en plan par les transepts, et à une déformation de la croisée.
♦ Voir Paul Goût. Le Mont Saint-Michel, t. I, pi. VII.
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Il ne faudrait pas croire, toutefois, que la forme
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Ckoisillon noud
bizarre du croisillon Nord est le résultat dune
erreur dans le tracé. En effet, le grand pignon du fond date du xme siècle.
L'oculus situé au-dessus des fenêtres du transept sud a été remanié au xve siècle, mais l'ensemble conserve la disposition primitive.
A l'Est, les absidioles du transept sont voûtées en cul-de-four, et éclairées par une fenêtre dont l'archivolte moulurée retombe sur des chapitaux fort bien sculptés.
La nef devait, avant 1780, présenter le plus beau caractère. Les trois travées démolies à cette époque, lont un peu trop écourtée; telle qu'elle est actuellement, son intérêt est grand pour l'archéologue. Nous examinerons d'abord le côté Sud, le seul subsistant de la campagne de construction commencée en 1023, le côté Nord ayant été reconstruit à la suite de l'écroulement de no3. On est d'abord surpris de la précocité de cette conception, mais les textes sont parfaitement formels à son égard, aucun doute ne peut être élevé sur l'époque de la construction ; la nef fut commencée dans la première moitié du xic siècle.
La largeur de 8m,5o n'est pas bien considérable, mais la structure est très légère et bien conçue.
Les piles sont carrées et cantonnées de quatre colonnes engagées. Au-dessusdu tailloir un pilastre part et la colonne fixée sur lui monte jusqu'au mur goutterot, recevant à ce niveau l'extrémité de l'entrait. Le pilastre se termine par un grand arc franchissant l'espace d'une travée.
Les arcs doubleaux sont en plein cintre, ils for-
ment en quelque sorte deux archivoltes superposées, l'arc supérieur ayant une légère saillie sur Tare inférieur. Mais ils ne sont pas en pierre de taille dans toute leur épaisseur, ils présentent un parement du côté de la nef, un autre vers le collatéral, l'intervalle entre ces deux arcs de tête est rempli d'une mauvaise maçonnerie sans cohésion. Au-dessus de ces arcs, règne une tribune du plus bel effet ; l'architecture en est puissante : deux arcades divisées elles-mêmes en deux ouvertures géminées. Un petit appareil en losange occupe le tympan entre l'archivolte supérieure et des baies inférieures.
Les fenêtres éclairant directement la nef sont placées au-dessus de cette tribune, elles ne répandent qu'une lumière timide sur la charpente lambrissée rétablie récemment.
Le bas côté est voûté d'arêtes, et renforcé par des doubleaux plein cintre ayant pris sous la charge une déformation leur donnant l'aspect d'arcs en anse de panier. La porle du xine siècle qui donne accès au saut Gautier remplace une porte établie à cet endroit dès le xie siècle.
Si, après cet examen, les yeux se portent alors sur le côté Nord de la nef, des différences très nettes apparaissent. Le collatéral ne ressemble que par ses grandes lignes à celui du Sud, le mur de la nef lui-même est différent.
Les piliers cantonnés sont plus forts, leur section est de im,52 au carré au lieu de im,42; les colonnes sont plus grosses, partant plus saillantes, puis les
arcs sont légèrement brisés. La maçonnerie est en bel appareil de pierre se liant parfaitement.
Plus de diminution de l'épaisseur du mur audessus du bandeau prolongeant le tailloir des chapiteaux ; plus de grands arcs de décharge montant jusqu'à l'arase du mur : une maçonnerie offrant un parement sur un même nu.
Les dispositions de la tribune quoique paraissant semblables à celles du Sud présentent de notables différences. A l'examen, on reconnaît sans peine un souci constant d'assurer à la construction une plus grande solidité. Puis les murs extérieurs du bas côté sont plus épais que ceux du Midi; et de gros contreforts viennent contrebuter la poussée des arcs doubleaux ; ceux-ci sont nettement des arcs brisés attestant chez le constructeur la préoccupation d'éviter la poussée.
Mais, chose étrange, la technique de l'architecte du xie siècle est plus hardie et plus savante; il semble être moins audacieux, le maître de l'œuvre, auteur de la reconstruction de no3; sans doute, la crainte d'un nouvel écroulement est-elle pour beaucoup dans sa timidité relative.
La porte du bas côté Nord donne accès sur une terrasse nouvellement dégagée de constructions modernes. On peut remarquer contre le mur extérieur du bas côté, un solin, trace d'un bâtiment projeté ou exécuté au xme siècle. Un autre solin est visible sur le mur occidental du transept, mais il ne remonte qu'au début du xne siècle et fait partie de tout un programme dont le grand pignon percé de
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trois baies, mitoyen du cloître, est le témoin le plus probant. Sans aucun doute une toiture venait buter contre cette maçonnerie et allait retrouver contre le mur de l'église le solin établi sous Roger II, déterminant ainsi un espace couvert servant à la communication entre l'église et le cloître.
On remarque un escalier très raide disposé contre le croisillon Nord. Etabli dans un but de résistance suprême, ce degré est contemporain des travaux, de remaniement faits en cet endroit au xme siècle pour augmenter la superficie du cloître.
Dortoir. — Le côté Ouest de cette plate-forme est fermé par la façade du dortoir des moines. Construit au xie siècle, il dut être refait à la suite de l'éboulement de iio3. Une petite porte permet d'y pénétrer; de chaque côté, une étroite fenêtre, sorte de meurtrière communique un jour discret. A trois mètres du sol, le pignon se retraite singulièrement sur le nu du mur inférieur. Cette partie horizontale de om,25 de profondeur est la trace du chêneau de la salle, autrefois couverte, servant de passage entre l'église et le cloître. Enfui, une haute baie, dont lare plein cintre a subi de nombreuses déformations, est percée dans l'axe du pignon.
En pénétrant dans le dortoir, on est surpris de sa petitesse. Si sa largeur est la même qu'au premier jour, en revanche, la longueur n'est plus guère que le tiers de celle de la construction du xie siècle. La démolition, en 1780, des trois tra-
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vées Ouest de la façade de l'église, a, en même
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Vue ixtébieure du dortoir avrès restauration
temps, entraîné celle d'une grande partie de ce dortoir dont la longueur de ce côté, était égaie à
celle de la nef. Ainsi donc, nous nous trouvons en présence d'une longue salle tronquée et fermée du côté Ouest par un pignon, construit vers 1780 par les moines de la congrégation de Saint-Maur. Le mur Nord est percé d'une série de fenêtres accolées deux à deux, mais postérieures à la construction primitive, elles datent du xiii6 siècle, époque où l'on remania l'éclairage du dortoir pour remédier à l'obscurité qui devait résulter de la hauteur des bâtiments projetés en prolongement de la Merveille. La hauteur du sol est faite pour étonner : il est visiblement exhaussé, nous verrons tout à l'heure qu'il fut modifié au xnc siècle, lors de la transformation des voûtes du promenoir.
Infirmerie. — Contre le dortoir, en communication directe, on remarque une petite salle : c'est l'infirmerie du xi* siècle. Elle aussi est plus courte qu'autrefois; mais ici, c'est à l'Est que lors de la construction du cloître au xme siècle on vint empiéter sur elle.
Le pignon est percé de trois petites baies du xie siècle, placéesen triangle, tandis que trois ouvertures se voient dans le mur Nord. Elles viennent s'appuyer sur le sol, témoignant ainsi de la surélévation du dallage primitif. Elles font voir également combien cette salle fut modifiée; ces ébrasements des fenêtres conservent la trace de nombreux remaniements.
Promenoir. — Après avoir de nouveau traversé
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le dortoir et descendu l'escalier longeant le bas côté Nord, on entre, en tournant à gauche dans le promenoir des moines, ou cloître du xie siècle. Ce cloître est très sombre, très impressionnant par les effets de la lumière qui se joue sous ses voûtes. C'est une longue salle rectangulaire divisée en deux nefs de largeur sensiblement égale. Sa structure a subi bien des modifications. 11 est probable, que dans la conception de Ranulphe, il était simplement couvert par un plancher dont les poutres maîtresses étaient soulagées par quelques poteaux. Puis, au xie siècle , on construisit des voûtes d'arêtes, soutenues par de larges arcs doubleaux en tous points semblables à ceux de l'Aquilon : le départ de ces arcs se distingue encore bien dans les murs du promenoir. On peut remarquer à chaque retombée des nervures, un bandeau d'environ ora,6o de large et de om,i5 d'épaisseur épousant une forme demi-torique. Cette même moulure se retrouve placée dans les mêmes conditions dans la salle de l'Aquilon.
Le maladroit arrangement des voûtes, dont les ogives pénètrent étrangement dans les murs, s'explique par leur établissement dans le vide résultant de la suppression des gros doubleaux romans. A quel abbé faut-il attribuer les voûtes actuelles : est-ce à Roger II ou bien à Bernard du Bec? Les textes, malheureusement, sont peu précis à leur endroit. Elles sont certainement un des plus anciens témoins de l'architecture gothique en Normandie.
Cuisine. — Le mur nord de cet ancien cloître est percé de deux portes : l'une donne accès dans une cuisine, aujourd'hui parfaitement méconnaissable à la suite des travaux faits au xme et au xvne siècle, époque où de grands arcs furent bandés afin de soutenir le sol de l'infirmerie. Près de la porte, on remarque un petit escalier qui descendait au cellier du xie siècle. Cette cuisine communiquait à l'Ouest avec le réfectoire complètement écroulé aujourd'hui : il n'en reste plus que la porte d'entrée donnant dans le promenoir.
Le voisinage du réfectoire et de la cuisine avait nécessité dans le promenoir une disposition tout à fait spéciale de l'éclairage. Suivant le système employé dans le dortoir, les fenêtres avaient été placées très haut, afin de prendre jour au-dessus du cheneau. Le bâtiment voisin était couvert par un comble à deux versants, celui du Sud venait former une noue contre le promenoir. Les deux travées extrêmes de ce dernier, étant exemptes de construction latérale, eurent de plus grandes baies. Les dernières fouilles ont permis d'en retrouver deux accolées suivant le mode adopté au dortoir.
Passage fortifié. — La disposition lapluscurieuse que l'archéologue puisse relever dans le promenoir, est celui d'un passage fortifié établi dans l'épaisseur du mur extérieur.
Cette étroite galerie de om,70 de largeur mettait en communication les différentes salles de l'abbaye romane. Eclairée par meurtrières, son exiguïté
était telle et son tracé si compliqué, qu'un ennemi audacieux maître d'une partie du monastère devait fatalement être pris à revers ou bien s'égarer dans ce long boyau. Dans ce cas il y était pour ainsi dire emprisonné sitôt aventuré dans ses détours.
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Promenoir des moines
Cette ingénieuse défense ne subsiste plus qu'en partie. On en retrouve deux tronçons, l'un donnant dans la salle des chevaliers et adossé aux cuisines du xie siècle; l'autre partie débouche dans le promenoir, on peut suivre cette dernière pendant une vingtaine de mètres. Mais ce dispositif ingénieux n'allait pas sans de graves inconvénients de construction. Les murs ainsi affamés man-
quaient de la résistance suffisante pour s'opposer a la poussée des voûtes ; aussi, au xne siècle, on dut renforcer le mur extérieur au moyen d'un arc dont la fonction de raidissement a sauvé de la ruine cette construction chancelante.
Un mot des chapiteaux de ce promenoir. Le caractère de leur feuillage permet de leur assigner une date antérieure à la construction des voûtes actuelles, et le profil de leur tailloir surprendrait si l'on n'y découvrait une retaille, postérieure.
La porte Ouest de cette antique salle donne accès au grand escalier : l'escalier Nord-Sud.
Deux états se manifestent ici, un premier remontant au xie siècle et représenté par les emmarchements rétablis par la restauration, puis, une profonde modification faite au xne siècle par Robert de Torigny qui est en quelque sorte inscrite sur les murs latéraux.
C'est l'ancien escalier d'accès au monastère. En le descendant, on trouve d'abord, à droite, une porte. On pénètre alors dans de tristes pièces : les deux premières construites au xie siècle. Les autres furent ajoutées par l'abbé Robert.
Officialité. — Ces salles, à l'aspect si froid et si austère, n'ont pas d'intérêt pour l'architecte ; en revanche, elles évoquent de nombreux souvenirs.
Etablies au-dessus de l'entrée de l'abbaye xi°, elles comprenaient l'officialité et la procure, salles réservées à l'abbé. C'est dans ce logis dont l'aspect seul fait frissonner que l'abbé Robert de
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Torigny offrit l'hospitalité à Henri II d'Angleterre, duc de Normandie.
C'est cet endroit que Louis XI, venu au Mont, dans un sombre dessein, jugea propice pour l'installation d'une cage de fer. La pièce la plus voisine du grand escalier contenait cet instrument <le supplice; l'arc doubleau de la voûte porte encore le crochet qui maintenait suspendue cette cage oscillant sous chaque mouvement des malheureux qu'on lui confiait.
La porte donnant sur l'escalier Nord-Sud avait été bouchée et le seul accès de cette salle était l'étroit couloir conduisant à l'infirmerie construite par Robert de Torigny et aujourd'hui écroulée.
En reprenant le grand escalier, on trouve, à gauche, deux portes : la première permet d'entrer dans la chapelle de Notre-Dame-sous-Terre, ancienne église carolingienne modifiée aux xie et xii9 siècles ; la seconde, dans un étrange passage coudé dont la destination primitive est mal établie. Ici, au xn° siècle, était une citerne; on puisait l'eau par un conduit visible encore dans la voûte. La margelle de ce puits était située dans l'église même, tout contre le bas côté Sud. Les deux extrémités du passage avaient été bouchées lors de cette affectation de ce couloir en citerne.
D'ailleurs, Robert de Torigny avait également condamné la grande porte d'entrée de la chapelle de Notre-Dame-sous-Terre. Il avait, dans cette grande galerie Nord-Sud, installé un plancher a
un niveau, figuré actuellement par un trait blanc peint sur les murs. Une simple trémie avait été ménagée pour permettre aux personnes venant de l'extérieur, de monter à l'officialité. Le plancher placé à mi-hauteur facilitait aux moines la communication entre leur promenoir au Nord et l'infirmerie au Midi.
En laissant à droite la porte d'entrée du monastère dont fébrasement est renforcé par d'épaisses maçonneries ayant pour but d'augmenter la force des murs pour leur permettre de supporter le poids de la tour Sud, nous trouvons à gauche un grand escalier : c'est celui dont les religieux empruntaient au xe siècle les emmarchements pour gagner leurs bâtiments conventuels. Les murs seuls sont les témoins de cette ancienne disposition et encore furent-ils remaniés aux xie et xue siècles.
Cet escalier donne accès dans le bas côté Sud de l'église. Au xiô siècle, les marches étaient plus hautes el moins profondes; une série de paliers permettait de séjourner au niveau des meurtrières jumelles. Le degré actuel est la reproduction de celui du xii9 siècle et l'on peut remarquer que le nez de certaines marches dépasse le niveau de l'appui des meurtrières défigurées au xne siècle.
La construction par Robert de Torigny de la chapelle voisine avait ôté à cet escalier tout caractère défensif, aussi les meurtrières furent-elles transformées en fenêtres. La première, en bas, servit de porte pour pénétrer dans la chapelle Saint- Etienne; une autre, la dernière, en haut de l'esca-
lier, permettait de monter à un ossuaire aménagé par cet abbé.
Chapelle Saint -Etienne. — La petite chapelle Saint-Etienne fut l'objet d'importantes transformations lorsqu'au xiii0 siècle, Raoul de Villedieu jugea bon de lui donner sa gracieuse voûte d'opfives. Au xie siècle, le seul mur extérieur de l'escalier fortifié s'élevait en cet endroit, llanquant une entrée de l'abbaye que nous retrouverons dans le vestibule sous la chapelle Saint-Etienne.
Dès le xne siècle, Robert de Torigny avait fait construire cette chapelle. Sur une haute voûte en berceau, il avait fait établir un sol, plus haut de i™, 10 que le sol actuel, et il avait couvert cet espace d'un comble à deux pentes : Tune reposait sur le mur extérieur. Pour recevoir la charpente et le cheneau de l'autre versant, contre l'escalier fortifié du xi° siècle, il fit établir trois grands arcs en segment de cercle venant reposer sur deux piles appliquées contre le mur ancien. Au-dessus, une moulure saillante en forme de gorge recevait la sablière; et le départ du berceau lambrissé formant le plafond de cette chapelle.
Les maçonneries collées contre le mur de l'esca
lier existent de nos jours; elles ménagent l'ouverture des anciennes meurtrières dontla seule fonction depuis le xn° siècle consiste à éclairer l'escalier.
Au début du xme siècle, la chapelle Saint- Etienne reçut une décoration peinte1 dont il sub-
• Voir Paul Gont. Le Mont-Saint-Michel, t. I, pi. VIII.
siste des fragments dans l'arcade centrale et dans le passage donnant à l'Ouest accès à l'infirmerie. Vers 1228, Raoul de Viliedieu, en supprimant la charpente et en la remplaçant par des voûtes sur croisée d'ogives, respecta les peintures. Pour recevoir la retombée des nervures, il fit disposer des petils culs-de-lampe, celui du milieu tombait mal sous l'arcature centrale, aussi réunit-il les deux piles voisines par un arc dont la clef reçoit les fines moulures de la voûte. En même temps, il fit baisser le sol aux dépens de la salle inférieure qui, manquant de ce fait de hauteur, perdit sa destination.
Ossuaire. — La porte du fond vers l'Est nous fait passer de cette chapelle réservée aux infirmes dans le cimetière. Ici l'œuvre destructrice des siècles et des générations a si bien agi qu'il est à peu près impossible d'y retrouver les dispositions primitives. C'est un quadrilatère divisé en quatre nefs par un quillage de piliers. Dans la travée, aujourd'hui encombrée par la grande roue du poulain ayant servi à hisser les provisions de l'administration pénitentiaire, les dernières fouilles ont montré l'existence d'un escalier montant d'un vestibule situé sous la chapelle Saint-Etienne et accédant au niveau du sol actuel; de là, l'escalier faisant plusieurs révolutions, rejoignait le palier du degré fortifié montant à l'église abbatiale. Mais les voûtes étaient autres, les voûtes rampantes, datent du xve siècle, Guillaume de Lamps les fit construire pour supporter le grand degré abbatial. Au
xne siècle, quatre grands berceaux semblables à celui subsistant dans la nef la plus à l'Ouest, couvraient tout cet espace. De grandes fenêtres en plein cintre au profond ébrasement éclairaient cette salle, une dans chaque ne^, et trois dans le mur occidental ^ : on peut encorû voir en partie deux de cellesci, elles furent bouchées au xiie siècle par Robert de Torigny lorsqu'il divisa la hauteur de la dernière nef à l'Ouest pour établir un ossuaire.
Une porte donnait accès à l'Est, sur une terrasse servant de cimetière pour les moines. De ce cimetière il ne reste rien, les travaux de Guillaume de Lamps en ayant fait disparaître les derniers vestiges.
Si de la chapelle Saint-Etienne on descend par le petit escalier, dans la salle voûtée située immédiatement au-dessous, on pénètre dans l'ancien vestibule où les pèlerins se formaient en procession
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L'OssuxiRii
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pour gravir les emmarchements aboutissant à l'église haute. Ce vestibule, nous l'avons vu plus haut, eut sa voûte baissée au xine siècle, si bien que l'escalier dont le départ était à l'Est, devint impraticable, aussi le boucha-t-on.
Hôtellerie. — A l'Ouest, une porte permet de descendre un escalier jusqu'à la plate-forme où se trouvait l'hôtellerie qui s'est écroulée en 1817. Seules, les ruines peuvent nous donner une vague idée de l'ampleur de cette salle réservée aux hôtes. Un jambage à l'Est, nous permet de reconstituer par la pensée les grandes baies chargées d'éclairer celle vaste pièce, et l'arrangement de la voûte en berceau brisé, aperçu dans un angle, nous fait comprendre la disposition vicieuse adoptée par le constructeur du xne siècle, et nous ne nous étonnons plus de la ruine de son œuvre. Une porte permet de descendre dans le sous-sol de cette hôtellerie : là était établi le poulain; les provisions étaient hissées sur un plan incliné au moyen d'un treuil formé par une grande roue se manœuvrant d'une façon analogue à celle établie par l'administration pénitentiaire sous le Saut-Gautier. Du plan incliné xne il ne reste rien.
Une seconde porte, à l'extrémité Ouest de la plate-forme, conduit à un escalier à vis dont les marches ont disparu : il permettait de gagner l'entrée de l'abbaye. Plus loin, un vidoir servait à. rejetter les déchets des repas servis aux étrangers.
Il faudrait remonter par l'escalier à vis pour rejoindre l'entrée abbatiale; vu son état nous emprunterons un passage récent situé au milieu de la plate-forme.
P.iul Goût, ciel.
KuTNKS DE l'TJÔTELLEMK
Entrée de l'abbaye — A gauche, une fois sorti de ce passage, on se trouve dans une sorte d'avantsalle sur laquelle s'ouvrent des cachots : ceux de l'Ouest, appelés les deux jumeaux, furent installés lors des agrandissements faits par Robert de Torigny. On ne pénétrait dans ces cachots, sombres»
in-paee, que par des ouvertures carrées, sortes de trappes situées dans le sol de la pièce au-dessus où logeait le portier. Le passage actuel ne remonte qu'à l'époque où l'administration pénitentiaire installa dans cet endroit humide des cellules de punition. Vis-à-vis de ces cachots on en montre un autre, établi à la même époque, où Barbés fut enfermé. Un grand escalier part du sol des cachots et aboutit à une porte en tiers-point : c est l'entrée même de l'abbaye au xne siècle.
Mais au xie siècle les bâtiments ne s'étendaient pas au delà du mur où se trouve aujourd'hui percée la porte des deux jumeaux. A cette époque, la vue pouvait, de cette entrée, s'étendre tout à l'entouret embrasser un horizon immense.
Si la porte de l'abbaye était placée à cet endroit, l'entrée proprement dite se trouvait plus en avant. De la galerie, dite des cachots, en tournant à gauche, on suit un large couloir aboutissant à une porte aujourd'hui couverte par un linteau, autrefois par un arc plein cintre, car on en voit nettement la trace dans la maçonnerie. C'est en cet endroit qu'était placée la première porte du monastère montois. Elle devait avoir grand air ; le grand arc à droite était à cette époque complètement à jour : la maçonnerie de remplissage du fond ne remonte qu'au xvc siècle.
Aumônerie (Aquilon). — A gauche le pèlerin trouvait l'aumônerie, connue de nos jours sous le nom de salle de l'Aquilon, où il pouvait se reposer
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et au besoin coucher. Construite vers la fin du xie siècle cette salle aujourd'hui rectangulaire,
Phoio Neurdein.
Salle de l'Aquilon
avait primitivement la forme d'un L. Les voûtes d'arêtes sont soutenues par d'épais doubleaux brisés, mais, chose curieuse, la voûte plus souple
'jG LE MONT-SAINT-MICHEL
que ses soutiens n'a pas éprouvée de tassements, alors que le poids même des arcs les a décollés de la voûte. Les chapiteaux des lourdes colonnes ont un galbe très robuste et leur profil est très mâle. Seule la colonne engagée est plus fine et plus svelte.
Dans l'angle Nord-Est, on remarque une trompe, elle supporte le passage fortifié dont nous avons parlé plus haut et qui aboutissait à une porte débouchant dans la partie de l'Aquilon aujourd'hui ruinée.
Ainsi, autour de la chapelle carolingienne, des constructions romanes étaient venues se grouper et le monastère présentait à la fin du xne siècle un plan complet :
Près de l'entrée, l'aumônerie (salle de l'Aquilon) servant de refuge aux pèlerins indigents. Puis audessus, suivant la coutume, l'ofBcialité et le logement de l'abbé; l'hôtellerie ou salle des hôtes. Ensuite les bâtiments conventuels : cloître, réfectoire, cuisine, dortoir et quelques salles détruites par l'incendie de i2o3, contenant sans doute le scriptorium et la salle capitulaire.
Enfin, couronnant le rocher, la basilique d'Hildebert dans toute son audacieuse grandeur.