L.RYPTE DF.S GROS PILIERS
produit une impression de force et de grâce profondément émouvante.
Commencée en i446\ elle était achevée en i45o. Le granit des Iles Chausey fut seul employé pour le gros œuvre et Ton reste confondu en songeant à la prodigieuse activité des constructeurs de cette crypte.
Le plan est le même que celui du chœur de l'église haute, toutefois, les deux premières chapelles du Sud sont remplacées par une citerne, tandis qu'au Nord, l'emplacement correspondant est oceupé par une citerne moitié plus petite et par lentrée de la crypte. Partout ailleurs, ce sont des chapelles rayonnantes, exactement semblables à celles qu'elles supportent. La chapelle située dans le prolongement de l'axe du chœur est également plus profonde d'une travée.
Une porte, percée dans le mur de soutènement à l'Est, dans le déambulatoire méridional, permet d'utiliser l'ancien passage du xie siècle, et de gagner la chapelle Saint-Martin (crypte sous le transept sud). Dans la première chapelle du même côté, s'ouvre une porte sur un escalier à vis, montant l'église haute et même le comble du chœur en empruntant dans le haut l'escalier de dentelle.
Deux baies où sont disposés des bancs encadrent une autre porte donnant accès sur le petit pont fortifié du xve siècle, permettant en franchissant le grand escalier de rejoindre les bâtiments abbatiaux. La chapelle eonliguë communique avec la salle de l'officialité. Au nord, les fenêtres sont rares et un jour plus blafard éclaire la crypte. Au milieu du rond-point, on remarque deux colonnes jumelles
DESCRIPTION DE L'ABBAYE gj
qui semblent grêles à côté des gros piliers voisins; elles supportent simplement le sol du chœur de l'église ; ainsi s'explique leur faible diamètre.
Salle des hôtes. — Après avoir traversé à nouveau le porche de la Merveille, on entre dans la salle des hôtes, vaisseau à deux nefs, d'une rare élégance : ici, l'abbé recevait magnifiquement les étrangers de distinction, et leur offrait un repas. Nulle salle à manger est plus gracieuse.
A gauche, deux cheminées aux manteaux immenses occupent toute la largeur de la salle; là, on faisait griller les belles pièces de venaison, nobles et grands seigneurs pouvaient en surveiller la cuisson. Des tapisseries, suspendues à une poutre formant soffite, séparaient en deux la grande salle de festin; la partie proche de ces cheminées colossales: une travée et demie, servait de cuisine, tout le reste était affecté a la salle à manger.
Les proportions de ce double vaisseau sont des plus heureuses, la mouluration très fine. Sur d'élégantes colonnes, des chapiteaux élancés où la flore est spirituellement interprétée, reçoivent la retombée des doubleaux et des arêtiers, tandis que contre les murs, des piles saillantes sont cantonnées de colonnettes en nombre égal à celui des nervures de la voûte.
Les remplissages de celles-ci sont en lamelle d^ schiste comme, d'ailleurs ceux de toutes les voûtes du Mont-Saint-Michel. Dans chaque travée, une grande baie donne une belle lumière, autrefois
tamisée par des vitraux, dans la partie supérieure. Une fenêtre au Nord ne descend pas jusqu'au sol ; des latrines, adroitement dissimulées occupent à cet endroit la partie basse du mur extérieur.
Sur le mur opposé on remarque la trace d'un manteau de cheminée : celle-ci n'avait d'autre destination que de chauffer la salle.
A côté, une porte invitait les étrangers à pénétrer dans une jolie chapelle dédiée à sainte Madeleine ; on y disait les prières avant le repas. Sa voûte est légère et de même style que celle de la salle des hôtes. Le remplage de la grande baie orientale est du plus pur xnie. Ici, nulle sculpture, la décoration trouvait son expression dans des peintures murales.
Si dans l'aspect lamentable où nous la voyons aujourd'hui, la salle des hôtes nous apparaît encore comme un chef-d'œuvre d'élégance, quel effet devait-elle produire au xme siècle, lorsque les fenêtres étaient garnies de leurs vitraux, les murs, de lambris et de fresques, le sol recouvert d'un carrelage de terre cuite émaillée?
On a retrouvé des fragments importants de ce brillant tapis ; ce sont des carreaux de om,io de côté divisés en quatre parties où s'alternaient des fleurs de lys et des tours de Castille : le dessin en ocre jaune se détache sur un fond noir ou d'ocre rouge suivant les carreaux1.
Certes, la richesse d'une pareille salle devait
1 Cf. Paul Goût, Le Mont-Saint'Michel, -t. I, planche vu.
être extrême; grandes et magnifiques, devaient être les réceptions qui s'y déroulaient. Mais elle
Piiou. iSeuiMeiu.
Salle des Hôtes
est isolée, et sans communication directe avec les lieux réguliers : elle était exclusivement réservée aux étrangers et indépendante du monastère pro-
prement dit. Nous allons suivre une galerie traversant la salle des Chevaliers, mais ce passage était dissimulé derrière des tapisseries, il aboutit à un palier d'où un escalier conduit directement à la porte du xne siècle ouverte dans le bas côté Nord de l'église.
Vis-à-vis du promenoir dont on admire la perspective, une petite salle du xnie siècle, appelle l'attention. Cet endroit sert de vestibule à la chapelle des trente cierges (crypte du xie siècle située sous le croisillon nord); deux arcs forment le fond de la salle, l'un, plein cintre, date du xne siècle, l'autre, rampant, fut exécuté au xine siècle, avec les claveaux d'un arc plein cintre, situé auparavant a cet endroit et en tout point semblable à celui subsistant encore à côté. On se trouve là en présence d'un pontpermettant.au xne siècle de passer de la porte de l'église dans les bâtiments de Roger II. où étaient placés le scriptorium et la salle capitulaire. La transformation de l'arc plein cintre en arc rampant eut pour but d'élargir un passage afin d'accéder plus facilement à la chapelle des trente cierges, chapelle qui jouait dans la vie monacale un rôle très important.
Le vestibule actuel est connu sous le nom de cachot du diable, ce surnom vient de l'effet de coloration produit dans cette petite pièce par la réfraction des tuiles rouges du cloître. Une colonne centrale reçoit la retombée des voûtes et l'on est surpris d'un tel souci de l'art dans un endroit aussi négligeable.
DESCRIPTION DE l' ABBAYE IOi
Salle des Chevaliers. — Mais rien ne doit étonner des artistes qui ont conçu la salle des Cheva-
liers. Cet espace d'une superficie considérable, est couvert par des voûtes retombant sur un quillage
de colonnes. Rien ici ne rappelle la grâce et la légèreté si admirable de la salle des hôtes : des proportions plus lourdes, des moulures plus larges, des colonnes plus épaisses. L'architecte est un praticien consommé, ce n'est pas l'artiste fin et délicat qui a conçu la salle voisine. Ici, l'école normande s'accuse davantage. La salle d'ailleurs, par sa destination, se prêtait moins à la recherche d'un luxe fastueux. Les religieux y travaillaient, c'est dans cette salle qu'ils étudiaientles Pères del'Eglise et les auteurs profanes : aussi, toutes les commodités furent-elles réunies en cet endroit.
Deux grandes cheminées permettaient aux moines de venir réchauffer leurs membres engourdis ; des latrines disposées avec une habileté extrême entre les contreforts extérieurs, donnaient tout le confortable nécessaire au séjour prolongé qu'on devait faire dans cette pièce. Les copistes pouvaient y travailler à Taise, éclairés par la grande verrière de l'Ouest et par les nombreuses baies du Nord. Cette salle était en réalité le chauffoir.
La souplesse de la voûte gothique permettait seule de couvrir un plan aussi irrégulier; maints arrangements sont très adroits : la retombée des nervures de la voûte sur le manteau des cheminées est particulièrement gracieuse.
Il n'est pas sans intérêt de constater à cette époque le maintien du couloir fortifié du xr* siècle subsistant encore à l'Ouest, il avait conservé son utilité au point de vue défensif; en outre, il conduisait à d'anciennes latrines à nouveau utilisées.
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Une porte dans le mur oriental permettait aux religieux d'accéder directement à l'étage inférieur
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Celliek
du chartrier, simple salle carrée voûtée etreliée par un escalier à vis à la salle supérieure. Cet escalier, établi antérieurement à la construction du char-
Io4 LE MONT-SAINT-MICHEL
trier lai-même, conserve ses dispositions primitives, et se termine en pyramide tronquée.
Ainsi, le chaufïbir: salle des chevaliers était en communication immédiate avec le précieux dépôt des archives de l'abbaye.
Cellier. — Un escalier à vis partant de la salle des Chevaliers descend jusqu'au sol du cellier, long rectangle de largeur moindre que la salle supérieure, et divisé en trois nefs d'inégale largeur. Sans admettre un changement de parti dans les projets primitifs du constructeur, on ne peut expliquer l'étrange disposition des piles soutenant les voûtes d'arêtes de cette salle.
Des contreforts intérieurs font de la nef septentrionale, un étroit passage dont la voûte est d'une acuité extrême, fort maladroitement disposée d'ailleurs pour résister aux effets de la poussée oblique de la grande voûte centrale.
Le projet primitif était conçu tout autrement: les murs extérieurs de remplissage, au lieu de se trouver à leur emplacement actuel, devaient être plus en arrière, au nu des piles contreforts, laissant celles-ci saillir extérieurement, puis une suite de colonnes dans son axe aurait divisé le cellier en deux nefs égales : le pilastre situé contre la porte de l'aumùnerie est un témoin de ce projet abandonné. Les travaux étaient déjà très avancés lorsque le maître de l'œuvre imagina le plan de la salle des chevaliers : pour porter les colonnes à l'emplacement où il désirait les mettre, il n'hésita pas à
DESCRIPTION DE l'aBBAYE Io5
remanier le cellier et à lui donner son aspect actuel si inattendu.
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De longues et étroites baies aujourd'hui mutilées éclairent cette salle, où la pénombre était une
condition essentielle. Sous la fenêtre de la deuxième travée une porte est percée. Là, se trouvait le poulain permettant de hisser les provisions nécessaires à l'alimentation du monastère. Il communiquait avec un escalier fortifié qui, partant de la fontaine Saint-Aubert, aboutissait près des soubassements du chartrier. Plus loin, à l'emplacement d'une baie, des latrines avaient été ménagées entre deux contreforts. A l'Ouest une porte permet de descendre dans les jardins en terrasse, qui occupent la place des bâtiments du chapitre projeté.
L'Aumônerie. — L'auinônerie, quoique contiguô au cellier, communiquait avec ce dernier par une double porte formidablement barricadée. Sans doute, craignait-on une surprise analogue à celle qui a fait donner le nom de Montgonmery aux deux salles basses de la Merveille. C'est une longue salle à deux nefs égales : des colonnes aux chapiteaux simplement moulurés aux tailloirs carrés, sans sculpture, portent une voûte d'arêtes romane. Contrairement au système adopté dans les autres salles au xme siècle, ces bases reposent sur des dais carrés. Des fenêtres de ora,7o de largeur, divisées dans leur hauteur par un meneau horizontal éclairent celte pièce ou les pèlerins recevaient quelque nourriture et un gîte provisoire. Dans l'ébrasement de deux fenêtres au Nord, des vidoirs sont réservés afin de rejeter les détritus résultant du genre d'occupation de la salle. L'angle Nord-Est contient un escalier dont la première marche est placée à un
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