‹ Le Mont-St. Michel au péril de la merChapitre 14 sur 61 · C.vmn.ise de Qnediinburg · texte numérisé non relu

C.vmn.ise de Qnediinburg

LA CITÉ DES LIVRES 19o

les travaux latins du moyen âge comprennent les manuscrits dits Volumen maji's. J'o/ii/tien m/ nus, Chartulfo-iH/n et Chronicon. L' « Historia' Montis sancti Michaelis volumen majus « est un grand in-i do 110 pages en parchemin, dont la rédaction va du x'' ou \i% au XV' siècle, et qui contient une série de travaux, d'importance et d'étendue fort diverses. Le titre comprend une page en grandes lettres carrées de forme carolingienne (1).

En outre, une chnini({uegénérale, qui va de saint Jean-Baptiste à l'année 1292, mentionne les principaux événements de la chrétienté, de la France, et plus particulièrement île la Normandie et du Mont. La plus grande i)artie a étépultliée dans le Recueil des Historiens de France, et l'abbé Desroches en a donné des extraits dans ses Xo/ices, etc. La première partie, jusqu'à l'an 1117, est écrite par le même copiste, et l'auteur, avec la pensée devoir poursuivre la chro-

(1) A propos de l'Apparition du Morit-(!argan, l'auteur dit avoir tiré son récit d'un volume conservé au Mont-Saint-Micliel. Au dire d'un savant historien, ce manuscrit. « le plus intéressant >i et « le plus ancien » de ceux du Mont, « a été composé et écrit par un des chanoines de S. Aubert, pas plus tard que vers le commencement du IX' siècle i>. Mais cette réflexion demande à être contrôlée. Le ms. présente d'abord une Histoire sommaire du Mont, en belle écriture du xv" siècle, sur deux colonnes, avec majuscules ornées, et titres en rouge. Les huit premières pages sont consacrées à l'Histoire du Mont-Gargan, et les douze autres à celle des chanoines de S. Aubert. Un titre moderne, en marge, porte : « Historia Montis Gargani et hujus Montis Tumb;e. » Le titre du premier chapitre, en partie elTacé, est ainsi conçu : ■■ De inventione ecclcsia.' sancti Michaelis in Monte (iargano, anno dominice Incarnalionis quengentesimo sexto, etc. » L'ouvrage s'ouvre par im liistori(iue de la province de Normandie, jus(iu'à l'établissement de lîolton : « Provincia Lugdunensis sccunda ... » La légende Micheline, qui a été souvent reproduite au moyen âge, est suivie du récit détaillé des miracles opérés par l'intercession de S. Michel. Cette série, copiée au xve siècle, occupe 54 feuillets ; elle paraît extraite d'un manuscrit disparu qui aurait été composé au XI' siècle par un religieux Montois. La chronique du commencement du manuscrit se retrouve à la fin. La légende de la fondation, copiée au \° siècle ou peut-être au début du \i', à deux colonnes, sur parchemin réglé à la pointe sèche, débute par ces mots : « Memoriam beati Michaelis arcliangeli toto orbe veneran-

dani », et comprend d'abord l'histoire de S. Michel au Mont-Gargan, laquelle,

sauf pour le premier chapitre, est semblable à celle que nous lisons dans les huit premières pages du manuscrit. Celte histoire du Mont-Gargan a été imprimée dans Surius. Au chapitre ou leçon ix', est une homélie de Claude, évé(iue de Turin, sur un verset fie l'Evangile de S. Mathieu : « Accesserunt discipuli ad .lesum... », et une aulre sur le passage de l'Apocalypse : « Factum est pro'liuni.... )) Vient ensuite, d'une écriture analogue, le récit de l'apparition du Mont-Tombe, conunençant par ces termes : Incipit revelatio ecclesie sancti

Michaelis arcliangeli in .Monte qui dicitur Tumba » Cette chronique, divisée

également on huit leçons, est semblable à celle du commencement du manuscrit (p. 9 à 20 1. Afin de suivre l'ordre des travaux des moines, nous omettons ici, pour les reporter à leur endroit, les notes et documents d'iuie date postérieure et qui n'ont pas de lien avec la période ([ue nous étudions.

ine L.v cm; uns i.inues

nique, a laissé deux feuillets tracés à la pointe sèche, avec les années iinHiluées. L"abl)é Robert du Mont n'avait pas l)esoin de cette pic)-re d'attente pour continuer rédilice ; il ajouta certains laits entre les lignes des précédentes annales, et les conduisit jusqu'à rannée 1173. La dernière partie qui commence à la mort de lîohert, est d'un écrivain du xiV siècle, et peut être attribuée à Pierre Le Roy. Cette chronique porte le nom de Chroniron Minus S. Michac/is: et, à la suite, on trouve les Gestes de Pierre le Roy, abbé du Mont de l.'i8.') à l'ilO, en latin, à longues lignes et caractères du xVsiècle, sur (piatre liages. Le reste du manuscrit renferme des jiièces d'un caractère différent (1).

Par opposition au « Yolumen majus » de l'Histoire du Mont, dont il vient d'être (luestion, il y a le « Volumen minus », qui est le n" 213 de la bibliothèque d'Avranches. Cet « Historié Montis sancli Michaelis volumen minus », petit in-4 en parchennn, est un Recueil de pièces relatives à divers sujets et rédigéesi^ar des mains ditfèrentes ; elles paraissent avoir été réunies à la hn du xiv siècle ou au commencement du xv, peut être par les soins de Pierre Le Roy. La compilation qui a pour titre : « Libellus de Angelis et hominilius, etc. », est divisée en trois parties, et l'on y a ajouté, après coup, queli{ùes morceaux.

Entre toutes les périodes, la prélature de l'abbé Robert île Torigui fut le radieux épanouissement des lettres, des sciences et des arts, en un mot de tous les éléments de la civilisation. A l'ombre de sa crosse, sous les voûtes silencieuses, le jeime moine (Jiiillaume de Saint-Pair composait son « Roman du Mont Saint-Michel », poème attachant, dans lequel la fraîcheur des peintures, l'élégance du style et la naïveté des sentiments prêtent un grand charme aux récits de légendes, de miracles et d'histoire religieuse ou populaire. Le goût de Robert pour les lettres provixpiait de la part de ses amis l'envoi de compositions, dont plus d'une fait honneur à la

(I) Ces acles ont pnm- nljjol la (lécouvcrlc d'une slaUic, niir dispi'iise monastique, et une prière de la messe : une si'ric de noies sur les cntrei)riscs des proteslanls contre le Moiil de 158',) à 1020, qui ont clé publiées par l'ahbé Desroches cl par le [iuUelin de la Société de l'Histoire de l'r.Tnccdii juillet ISIO. p. Il-i:i) ; un lU'gistrc des lellrcs « e>crilcs sous le sceau "du Mont de i:)0'Jà 1M27 ; un Inventaire des litres, privilèges, donations, etc.. octrojés à l'abb.iye ; une notice des abbayes ayant un lien de société a\('C le Mont i f . 510), puis un registre des lettres-reconnaissances de i:i2!) à rKî.ïif. .5.5 à r>9 v.). Toule cette |)arlic. ([ui ne lenleniie (pie sept actesen français, est en écriture du xiv siècle. Le volume, après la léj:en(le Michelincdont nous avons parlé, se termine par des frajçments d'homélies en l'Iioiuieur de Saint Miclicl cl par des passages de Bède et de S. .Vuj/usiin.

LA CITK DES LIVUES 197

culture intellectuelle de son temps. Etienne, évèque de Rennes, composa, en 1176, un poème de cinquante vers « De senectute », à la gloire de l'abbé Robert : de son côté, Henri de Huntingdon appelle Tabbé : « vivum tam divinorum quam secularium inquisitorem «.

De fait, le renom de Robert non seulement rayonnait au loin, mais il traversa les siècles. Au dire d'un chroniqueur bien renseigné, il fut «le restaurateur de Tabbaye, le miroir des prélats, et l'ornement de son ordre, duquel les plus doctes escrivains de son temps ont pris plaisir d'escrir les louanges ; il mit en admiration tous ceux de son siècle, tant pour l'escellence de son esprit et pour sa rare doctrine, que pour sa prudence dans toutes ses entreprises, qui le firent estimer des papes, chérir des roys, révérer des reynes et généralement, aimer de tous.» Robert ne se contenta pas d'inculquer le goût du travail, par ses livres, mais il donna l'exemple. Comme il « s'employait très soigneusement à l'estude des sciences divines et humaines, il composa cent quarante livres, sur diverses matières. Sigebert, moyne de (iiblou (Gembloux) en Rrabant, estant décédé, le 3' d'octolire llol, ayant escritsa chroniquejuS({ues-là, nostre Robert continua icelle et y lit un supplément qu'il commença dès l'an 1100, et la faict linir jusques en l'an 1186, auquel il mourut le 24" jour de juin au grand regret de tous et perte de cette abbaye. »

Robert se distingua de bonne heure par son amour de l'étude, et, à l'occasion de son passage au Bec, en 1139, le célèbre historiographe anglais, l'archidiacre Henri de Huntingdon, vante « le zèle très actif du religieux pour rechercher et réunir les livres religieux et profanes». De fait, c'est en ce temps que Robert s'occupa de travaux d'histoire, en revisant la Chronique de Guillaume de Jumièges, à laquelle il ajouta, çà etlà, divers chapitres et qu'il compléta par un livre sur Henri I, roi d'Angleterre et duc de Normandie. Aussi, lorsqu'ils appelèrent Roger à la direction du Bec, en 1149, les moines choisirent Robert pour remplacer celui-ci dans la dignité de prieur. La chronique du Bec, qui a été publiée par D'Acherj', a été attribuée à Roliert par des auteurs tels que Duchesne; ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle contient nomlire d'articles qui sont l'œuvre de Robert et qui, d'ailleurs, reparaissent dans la grande Chronique. L'attention de Robert se porta sur l'Histoire des ducs de Normandie par Guillaume de Jumièges, et il y fit des additions qui lui assignent une place dans l'arrangement définitif de la Chronique. Mais son œuvre capitale est la Chronique qui porte son nom.

Le manuel historique du Moyen âge comprenait les Chroniques

l.A CITK DES lIVIiES

d'Eusèbe (de la naissance d'Abraham à 8'28 de J.-C). de S. Jérôme (3'-29-37n) et de Prosper (380-457). Le moine Sigebert de Gemlilnnx les réunit elles continua, par son œuvre propre, jusqu'à l'an 111'.?. Robert do Torigni était moine du Bec. ipiand il lui vint la jiensée de compléter cette œuvre, en y insérant les faits relatifs à la Norniandieeten la poursuivanl jusipTàson épotiuo. Mais c'est surloutau Mont (|u'il exécuta cette noble lâche, et comme il continua d'y Iravailler pendant plus tle trente ans, jusqu'à sa mort, il se trouve que

l'on possède dans la rédaction du texte et l'ensemble des manuscrits comme trois séries , correspondant aux trois périodes du début (v. 11')?), (lu milieu (v. IKi!)), et de la fin 018-J-118H;. A cet égard, .M. L. Delisle, avec sa science lumineuse, a déterminé le caractère et le rang de chacun des manuscrits de la Chronique dans sa magistrale publication, que nous suivons avec lidélité.

Si nous allons à la recherche des (■iii)ies anciennes de la C.lirunique de Itobert, nous rencontrons au delà du détroit, au ^lusée l>rilannique, dans le fonds Harléien, un ms. du xn° siècle de l'abbaye de lleading : dans le fonds du roi, le rns. de ,lohn l'ike, avec des corrections de j'iiiiteu)'; le nis. d'.\rundel. du XI V siècle : le ms.de ( ".ambrii ige, qui appartient au début du xiu'siècle; et, à la Bodléienne d'Oxford, une copie qui va jusqu'à l'an lI8'-2. La bibliothèque royale de Hanovre renferme une copie de ce dernier ms. faite au xvu' siècle. Le fonds Cottonien de la r5iitanni(iue conserve un curieux fragment de ms. du xu" siècle qui devait aller de 1154 à 1182, et paraît être une portiDU du précieux ms. que Robert, en 1188, envoya du Mont à l'abbé du Bec <pii lui avait demandé son livre. La bibliothèque de Madrid possède un ms. également d'importance secondaire , tandis que celle du Vatican, dans le fonds Christine, garde un bon manu.scrit de la première moitié du xui"" siècle, venant du couvent de St-W'andrille, siu- leciiicl il y u

s. Michel et moine <,lTranl le v. de ^. Clemeiil, \l' a. Ms. (lu .M. — B. (i'.Vvranches, 50.

des notes ; ce dernier a été cité par les Bollandistes et par les continuateurs de D. Bouquet.

Dans cette l'épartition. la France tient de droit la part ilu lion. A la Nationale, on voit : le ms. de Savigny que les moines de ce couvent envoyèrent à Colbert, avec les notes qu'un religieux du xni" siècle ajouta sur leur abbaye : le ms. de Lire, autrefois à St-Taurin d'Evreux, du xni'" siècle, avec retranchements et interpolations : le ms. de St-Victor, copié avant l'annéeliDl ; et le ms. de Fécamp, de la tin du xn" siècle, dont la 1"" partie se rapproche du texte primitif, dont la i' partie reflète la seconde rédaction, et la .S*" se rapproche du manuscrit d'.\rundel, en sorte que ce dei'uier présente une heureuse synthèse de la genèse même de la C.ln'onique (1). A ces volumes viennent s'ajouter, à la hibliijthèciue de Rouen, le ms. de ,Jumièges, du xn" siècle, assez analogue à celui du Vatican.

quoi({u'il se close à 1157, avec des notes sur l'abbaye; et celui du cardinal Guillaume FillAtre. La bibliothèque de Bayeux possède une copie du xu« siècle, de deux ma insdiflfé rentes, qui renferme le Traité de Robert surlesOrdres monastiques et les abbayes normandes; il i>rovientdu chapitre de Bayeux et semble avoir appartenu aux lettrés bien connus, les Henri Oresme, une des gloires de cette ville.

Mais, surtout, notre attention se porte sur le ms. « le plus précieux et le plus digne de contiance », qui était conservé dans la librairie du Mont et qui fait maintenant partie de la bibliothèque d'Avranches (n° 159). Ce volume de 238 feuillets en parchemin (h. 300 mm. 1. 215 mm.) est infiniment précieux ettout porte à croire que c'est l'original, avec tels morceaux autographes que l'abbé Robert a retouchés sur le vif, ainsi que M. Delisle le prouve par plu-

8. Michel apparais^.iiil .'i s. Aubeit, (^artulaire tlu M.— B li'Avranches, 310.

(l) Bibliothèque n.ilinnalc, I'\ lat. 4802, 4SG1, I46()3, 4992.

îoo LA cnr, i)i:s livhes

sieurs citations. On est fondé à penser que c'est là l'original que Robert envoya, en 1184, à son royal ami Henri II d'Angleterre, et qu'il couipléla ensuite jusqu'à sa mort, arrivée deux ans plus tard. L'écriture est de deux mains d'inégale correction : la première partie (f. 4 à 206), ([ui s'arrête à l'an llôO, est soignée et régulière, et la deuxième (f. 200 à "^30) est irrégulière, avec des corrections et des ratures.

Le manuscrit original d'Avranches, à l'exception des quatre premiers feuillets à deux colonnes, est écrit à longues lignes et réglé en noir, et est rehaussé d'initiales ornées de figures. La première partie est occupée par les Chroniques d'Eusèbe et de Sigebert précédées de quehjues notes tl). La chronique d'Eusèbe, qui va d'Aljraham à la vingtième année du règne de Constantin, traduite et continuée par S. Jérôme jusqu'à la mort de Valens, cùiiiinciice au folio 4 ; celle de S. Prosper, savant Aquitain mort vers 4(1."), est au folio 66; au folio 70, se trouve la chronique de Sigebert avec les notes interposées par l'abbé Robert du Mont (2).

La continuation par Robert du Mont, qui s'étend de l'an 1100 à 1185, commence au folio 169, par ces mots : «PrologusRoberti.... de

(t) Les trois feuillets qui précèdent les chroniques, rcnfcrnicnl :

1° Le récit de l'apparition d'une flaninic miraculeuse, au Mont, en 1270 (Cf. ftecueil des Historiens, wui. 573);

2° « ïituli librorum quos dédit i'tiilippus, episcopus IJaiocensis, ccclesia- Becei, », ou catalogue des manuscrits de la bibliothèque du Bec. au temps de Uobert de Torigny. publiés par M. liavaisson (/ta/i/jor/, etc., p. 'HS).

'i° Des miracles arrivés en 12+1 cl 1202 icfr. fiecueil des Historiens, elc , wui. 571, 572). Au verso du folio, on lit celle note : i. In hoc voluinine conlinenlnr : chronica Eusebii usque ad annum doniinica' Incarnalionis. M(jL\\\III1. (|ncm librum presenlavit karissiino domino suo II. re(;i An;.d<)rum. conlinentem istam hisloriam et rcliquas in hac pafrina nolatas scilicet Eusebii. Jeroniini, Prosperi, Sigiberli et propriani que in fine i)onitur. > Après quoi vient un extrait de l'hislorien Orcse.

(2) On lit : « Une us(|ue Prosperi chrono^^raphia. elc. Incipil ])roloi.'inm Sifiiberli gemblacensis monacbi. in chronographiain ab co edilam (juain incepil a CGC L \X\I dominice Incarnalionis anno et perdu.xit usque ad MC annuni. quo anno primus Ilenricus rex .Vnglorum cepit regnare. » On ne saurait trouver un te.vle plus correct et plus parfait de ces chroniques, que celui qui fut revu par le docte abbé cl dont il existe une copie dans le charlrier de la cathédrale de Baveux. Pour la chronique de Sigebert. avec les corrections de Hoberl. elle a été imprimée sous le titre : « Accessiones Koberti de Moule ad Sigibertum. " .\ propos de la chronique de Sigebeit. I). Iliiynes écrit : « Nous avons leu plusieurs histoires qui no convienneni pour le nombre des années de ce snpplémenl. ( Mielqucs-nns disent qu'il ne commence que l'an III. t. auquel lemjjs Sigebert mourut. Mais nous avons son supplément escripl de son temps, en ce Mont, où on voit (ju'il commence l'an IIUI). Peut estre qu'il a fait comme sien ce que Sigeberl avait dit ces dernières années et y a adjousté ce qu'il scaviiit parliinlii-renient touchanl l'.Vngleterre el la .Norinandic, »

LV CITÉ DES LIVRES ilH

temporuni descriptione usque ad MCLX XXIII, » mais, en réalilé. la chronique ne débute que onze pages plus loin. Entre le prologue et la chronique elle-même, on a intercalé «[uelques pièces étrangères (1). L'écriture de la Chronique de Robert n'est pas toute du même scribe; elle change au milieu de l'année 1157, reprend onze ans plus tard, et change encore un peu plus loin jusqu'en 1185, date de la fin de la Chronique, à laquelle il manque au moins un feuillet (2). Diverses mains ont ajouté, sur les feuillets 337 et ^Frf^, des notes qui ont été transcrites dans le Recueil des Historiens (XXXIII, 572-574). Le manuscrit, exécuté sous les yeux mêmes de Robert, a servi aux éditeurs des chroniques de Sigebert et de Robert, publiées par Luc d'Achery et Bethmann i3i.

La Chronique de Robert du Mont, durant le moyen âge, occupa dans les couvents, en France et à l'étranger, la place qu'elle méritait. On en fit des cop>ies, et les écrivains de cette époque la citent quand ils n'en font pas le cadre de Ieui*s chroniques. Il en a été fait plusieurs éditions, parmi lesquelles figurent celles de D'Achery, de Brial, de Pertz, reproduit par Migne, et enfin celle de L. Delisle (V\.

(1) Ce sont: « Deimmutatîone ordinis monachorum. De abbatibus et abbaliis Normannorum et ivdificaloribus earum (f. 170 v.) : — Incipit epistola Henrici archidiaconi ad Warinuin de regibus Brilonuin 'f. 174 v.'' — \)e eadem hystoria (f. 17S V.) — Ex eadem ystoria de modernis sanctis anglie i f . 180».

(2) A cet endroit on relève celte note : '■ continuatio ab abbiisfacta 'i.X ce sujet, l'abbé Desroclies écrit - p. 89) : « Il y a dans cette chronique deux ou trois pages qui ressemblent à l'écriture du cartulaire et des lettres allongées au-dessus et audessous des lignes •>.

(;{; Ce ms. qui a subi quelques mutilations après coup, renferme le prologue du Traité sur les Ordres monastiques, prologue if. I69'i, avec la Cbroniquejf. 180) : l'on a ajouté, çà et là, quelques notes relatives au Mont, au sujet : d'un tremblement de terre en 1270 if. I ■d'une apparition de S. Michel, le 16 octobre 1102. et de miracles à S. Michel de Cornouailles en 1202 (f. :$i : d'une tempête, le 27 octobre 126.5 (f. 8 V.). de consécration d'autels en 1248 et 1249. et la dédicace de l'église de Saint-Pair en 1264: enfin sur un dépôt d'argenterie dans le trésor de l'abbaye, en 135.5 ; sur un orage en 128* ff. 237". et sur une rougeur de la luneen 1265 à. 238 1.

Outre ces ms. plus ou moins complets. M. L. Delisle cite dans le nis. 6042, de la B. > : une série de -Vi catalogues, dont 3 relatifs au Mont. Ce ms. du wV siècle, qui s'arrête à Robert, a dû êlre écrit à l'abbaye, et semble être la copie que l'abbé fit transcrire de l'Histoire de l'archidiacre Henri de Huntington et dont il se servit pour sa Chronique.

(il Chronique fie Robert de Torigay. abbé da iî' .'s' M. saivie de plasiears opuscules historiques de cet auteur et de plusieurs religieux de la même abbaye ; le tout publié d'après les ms. originaux, par L. Delisle, 2v. in-S. Rouen. 1872-73.

Dans sa belle édition. M. L. Delisle a nettement distingué les différentes parties de l'œuvre littéraire de Robert. Tome l. Pages 1-90, Roberti accessiones ad Sigebertum. — Page 91. Incipit Prologus Roberti. — Page 97. Incipit Epistola Henrici archidiaconi ad Warinum de Regibus Britonum. — Page III, Extrait du même

i.A cm-; r)i> livres

En même temps (juesa Clironirme, cl par manière d"appendice, Robert rédisrea un Traité des Ordres monastiiiues et des abbayes normandes, conduit Juscju'à l'année ll-'i'i, ri uiKiuel il iloima, peu d'années après, sa forme défmitive. Ce traité, nécessaire pour étudier l'histoire monastique, renferme deux parties: la première comprend les ordres religieux à la fin du w siècle et au commencement du xn" siècle, et la seconde relate les abbés des couvents fondés ou restaurés, en Normandie, du s.'' an xu'' siècle. On on possède plusieurs ms., [jaiini lesquels celui du XH'' siècle, que le Mont a légué I la l)ibliolliè([ue d"Avranches (1).

Lé goût pi'ononcé de Robert jinur riiisli)ire le porta à faire ciipii'i' une foule de documents et de traités, qu'il conservait avec soin, et dont nous ne possédons qu'uni' partie. V.n particulier, il fit faire une copie de la chroniipie de l'archidiacre Henri de Iluntingdon, et il y ajouta :5:5 catalogues d'archevêques, d'évèques et d'abbés dont vingt-cinq subsistent, restés inédits bien ([ue le GdUia y ait fait des emprunts.

Les couvents furent de tnut temps des foyers d'études historiques. On y rédigeait l'histoire, soit par manière de chronique mélliodiipie, soit par manière de notes généralesou locales inscrites sur un tableau chronologique, quand ce n'était pas le calendrier, et

Kvcqne, duc. ministre et moines du .Mont. Cirliil lin M — U. d'Avranclics, ilO, f. 19.

auteur Ilonri do Munlirifrdon sur la pôojrrapliii' cl los saints d'Anglelorrc. ■ — Pages ll9-:i6U. Il': paitii' tlf 1.1 Clironiqiic propicim'iit dite, do IlilO à 1187. — Toino II, Pages I-\I\. Prc'face de M. 1. Delistc sur la vie et les (iMivn-s de Hoheil. — Pa;,'es 1-130. 2'' partie de la Chronique de 1168 à lISll. — Pages i:i7-|.S0. .\ddilions à la Chronique de Hobert, par des moines de Fécainp. de Lire, <Ie Savigiiy et de Valasse, cl surtout du lîec, pour les années 1 1.57-1 MiO.

(1). Le traité a pour litre : De immulatione ordiiiis Monacitortim. De ahlinlilnii: el abbatiis Normannorum el ,Td(/(Cflton7)HS earum. Les copies que l'on connaît sont celles deJumièges, de Sainl-Wandrille et de Fécainp. (pii donnent la rédaclion prindlive, cl les ins. du Mont Si-Michel (n' 15!) d".\vranches), de Hayeux, delà Hodiéicnne et de Savigny, ce dernier oITert à Colhcrl par les moines do celle abbaye. Les éditions imprimées soiil celles de N. DVchery i ir>."il|, I). Krial (ISSU). du Moiiaxlicon .Imy/iairuim ' I8:i0i, de Migne il85.1)Cl de L. Delisle (1873 i.

parfois ces brèves mentions pi'ésentent le plus vif intérêt au point de vue du monastère et même de la région. Vers l'an 1120, un bénédictin Montois dressa un tableau chronologique qui commence à la naissance du Christ pour se ])rolonger jusqu'en 12i)2, et sans doute au delà, car la suite paraît perdue. En marge, il écrivit des mentions d'après les .\nnales de Rouen. On continua après lui, et la partie cjui va de 1 l?>.j à 1 173, étant un travail de la même main, doit être l'œuvre de Rol)ert, lequel en a fait comme le germe de sa Chronique ; en etïet, il avoue avoir assisté au Concile de Tours. « lui qui écrit cela(l) ».

Kn outre, une rubri(|ue abrégée du Mont, ipii i-apporte îles détails intéressants sur l'administration des abljés et qui se poursuit jusqu'au XV' siècle, accuse l'intervention de Robert pour les débuts, par suite du changement de main qui se manifeste à la date de son arrivée ; elle a été publiée par le P. Labiée. Mais surtout après la Chronique, son principal titre d'iionneur repose sui' le Cartulaire du Mont-Saint-Michel. Ce superbe manuscrit, conservé à la bibliothèijue d'.\vranches, « est à la fois un chef-d'o'uvra de i-alligraplue et un document dijilomatique d'une haute inq:)ortauce d, suivant les expressions do M. L. Delisle. Par cette rédaction, Robert se proposait de mettre les aflfaires de l'abbaye dans l'état le plus satisfaisant. De fait, en môme temps qu'il réglait tout avec vigilance, en homme de goût, il constituait un recueil délinitif de la plus grande valeur documentaire.

(I ) \ cote do CCS .\niiales. on pont placor donx autres brèves clnoniqncs : l'une qui va de 5ii6 à ll.ii, est connue par un ms. d'Avranclies. du W s. ot a été publiée par Labbo. coiit'ont d'importantes indications pour le Mont ; l'autre, très courte, conservée à la 15. N. (nis. lat. Il 830 f. 2), va de 870 à 10.S7.

Le volume qui contient les Annales, est vin ms. sur parcliemin (li. 2>< 1. 22) formé de cahiers réunis au xvii" s. et qui a pour tilre : HUIoria Moiitis S. Michaelia el clironicon. Il a été souvent cité sous le titre: H. S M. volamen Majus. et comprend cinq pallies: f p. ' f . 1-60) Légende sur la foiulation de l'église S. M. au \lont-(largan (f. I), au Mont-Tombo ((. 3), miracles du M. -S. -M. rédigés au \(t' s. il'. 1 1 I. miracles du M. -S. -M., rédaction des xiv' et w' siècles (f. ■i-'ii ; on y ajouta I f . 65 v.) une note de 1>. Fr. M. (iinj^'alz sur la découverte d'une statue delà Merge, derrière une boisciie de la chapelle >.-!). Sous Terre, et une autre, relative au privilège do jubilation que les religieux Montois pensaient obtenir après 50 ans de profession ; — 2' p. (67-77). les annales montoises sur tableau chronologique, écrit au début du xn^ s. — 3'' p. (78-83), cahier do parchemin du XV' s. contenant les actes do Pierre Le Uoy, avec une note sur quelques faits de 1589 à 1626 : — 4e p. (84-155), registre contenant une série d'actes du couvent, rédigé en 130S ; ainsi qu'un inventaire des titres, avec liste dos églises associées avec le Mont, de 1326 ; — 3' p. (f. 156-2101, légendaire du M. S. -M. écrit avec soin sur deux colonnes, en gros caractères du xi" s. qui. sans parler <lcs diverses homélies, contient des leçons sur les \pparilions do S. Michel et les dédicaces d'églises au Mont-Gargan i L 156) et au \Iont-Tombe (f. 180, v.).

soi

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