‹ Le Mont-St. Michel au péril de la merChapitre 16 sur 61 · L.\ cnT: iiKs i.ivuKs · texte numérisé non relu

L.\ cnT: iiKs i.ivuKs

pièces diverses occupent le manuscrit n» 214. in-4 à longues lignes avec initiales de couleur ; il est de plusieurs mains, et la plus grande partie doit être rapportée aux xur et xiv siècles Le Calendrier, plact'- au (l(''liut du Iii'puoil et ipii appartient au xiv siècle, présente, avec le Calendrier romain, de uolaMes dillërences. dont nous parlons à propos des observations astronoiuicpu^s des religieux. Quant aux Connlihdioncs (tbhalic Muii/is Sancl/ MicUdclix contenues en sept l'euillets, elles furent approuvées et jurées, en

1258, en présence des députés du Saint-Siège, le dominicain Guillaume de la Haye, et le franciscain .Ican de Sainl-I.éonard. Délégués à cet effet par le l»ape, ils réglèrent un différend survenu entre l'al^bé l't les religieux au sujet des revenus et jirivilèges, litige que n'avaient pu pacifier l'évêqued'Avranclies, l'archevêque do Rouen et quatre cardinaux que le Souverain Pontife avait commis à cet effet ili.

Fort intéressant est le i;itncl I Ml Cérémonial Michelin, (pii a pour lilre : (I Antiquum ceremoniale nionasterii Montis sci Michaelis ».

Gems. in-'i, à longues lignes réglées à l'encre , rédigé au xiv' siècle, était il'un usage (piotidien, attendu qu'il renferme l'indication des offices à célébrer pour chaque jour, à dater de l'Avenl qui ouvre le

Lettres ornées des Consliltiliont's.

(I) Au début du ms. il est question du chanlrc ; et à la fin, on Ht : Roberlus dicli loci ... ferit istas consuptudiiies scribeic ». I,c niannsciit contient : la lettre que le papo adressa aux deux commissaires, et. peu après, on lit : « Ila'c sunt slaUila domini papic (iregorii. » — Une copie, faite au xiii' siècle, du marlyroloj;e d'Usuard, aiupiel on ajouta, aux xni" et xiv siècles, des rciiseij,'nemenls nécrologiques relatifs à des bieufaileuis du couvent: — Une lijie des abbés sous le titre: <( Secuntur nomina abbatum hujus loci defunclormn et (lies obitiis eorunidem per ordinem: » elle s'ouvre par Maynard et se ferme par (leoffidY de Servon, mort en i:tS.) ; après coup, on y a ajouté : Pierre le lloy et Itoberl .lolivct, qui se rattachent au xv siècle: elle a jiaru dam le Recueil des liisluriciis. etc., xxiM. 375 ; — Une liste de confraternité, rédifrée au xiv' siècle, suivant le litre : n Nomina socielatum hujus moiiaslerii. de qnibiis post combustioneni ipsius liltoras invenimiis « (l'incendie auquel il est Hiil allusion fut causé par la foudre le IS juillet 1371). — Une copie de la règle de S. lîenoit, du xiii' siècle: celle règle, compilée parmi les écritures canoniques el apportée en France en T}ii, se voyait à Marmoulier au xi' siècle. Au commencement du manuscrit, on a inler-

cycle liturgique ; aussi porte-t-il les traces de la main du temps et des hommes. Le Cérémonial (f. 21)2) est une pièce fort importante de l'histoire religieuse de l'abbaye (1). Il y a de l'analogie entre ce manuscrit et un autre in-4, aussi surparchemin, des xivetxVsiècles, intitulé « Geremoniale et ordinationes Montis sci Michaelis vel Ordo divini officii recitandi », écrit à longues lignes. Celui-ci présente quelques pages encadrées d'ornements et des majuscules rehaussées de feuilles d'or. Au dernier feuillet est un Cérémonial pour la procession du clergé, dans les églises du Mont " et réciproquement», cérémonial qui, d'ailleurs, a été recopié sur papier au xxn" siècle.

Le XV siècle est encore en droit de revendiquer un autre manuscrit in-4, à deux colonnes, avec quelques majuscules ornées ; l'écriture a souffert de l'usage et il garde sa couverture en bois. En tète est un calendrier à l'usage du diocèse d'Avranches, et il y a un Collectariuni , ou Recueil de prières liturgiques pour les Laudes et les Vêpres: la seconde partie est occupée par un Obiliiariutn du Mont. .V la tin du xv*^ siècle, en partie du moins, on dr)it rapporter les actes qui composent le Recueil inscrit sous le n° 212, et que l'on a intitulé : « Varia ad historiam sancti Michaelis spectantia ».

C'est un in-4 à pleines lignes et longs caractères gothi([ues (2).

Initiale des Conslitntiones.

calé un acte par lequel Robert, chanoine d'.\^vranches. fonda, en 1L'S4, un obit moyennant 4S sols de revenu. A la suite de notes se rapportant à des associations pieuses, à des obils d'abbés, etc. (:j pajjes), et de levons d'Evanyile avec commencements d'homélies pour les réries à partir de l'à(ines(I. 77-108), se voit un obituaire de l'abbaye, du xiw siècle i f . 109-101)') (Cf. Recueil des lusloriens des Gaules, xxin, 576).

(Il Au xi\' siècle se rapportent les statuts arrêtés dans le chapitre général de l'ordre de Saint-Benoit, (jui se tint en 1337. à la Coulure, pour les |)ro\inces de Touraine et de Normandie i f. 205); et des notes sur des dons faits à l'abbaye (f. 333). Dans les pièces qui suivent, on voit : « Taxationes ad decimam abbatie Monlis et niembrorum ejusdem secundum moderationem pcr Urbanum papam V

factam ; u Ecclesie quorum jus patronatus spectat ad abbatem et conventuiu

monaslerii Montis sancti Michaelis ; « des titres et règlements d'abbés, en parlicu lier de Pierre Le Roy. au sujet des offices du couvent (f. 344). dont on trouve un règlement un peu plus loin (f. 363); sans omettre, dans l'intervalle, la nomenclature des donations faites à l'abbatiale (f. 333). Le manuscrit se termine par un règlement fait au Mont par l'ablié, en 1337.

i2i La première partie a trait à la fondation du Mont et aux miracles ([ui s'y sont accomplis. On y lit une légende latine, laquelle est un abrégé de l'histoire du Mont, transcrite au début et à la lin du ms. 211, avec une petite partie non

L'œuvre historique la plus célèbre est La ChronUjue du Mont- Snint-Michel, dont Toriginal est conservé à la Rihliothèque Nationale sous le norili'Jd du fonds latin. Ce manusc-rit, le seul exeniiilaire connu, est un infoliocn écriture du xV siècle, relié en iinrcin'iuin, de ()8 feuillets, à deux colonnes. La (",hr(inii|ue, avec les notes, comprend 8i liages, et le reste renferme des pièces relatives à l'histoire de la Normandie, durant la guerre de Cent ans. Signalée par M. La Porte du Theil au siècle précédent, elle a été publiée, en 187!), par M. Siméon Lucc, avec son amour profond de la « Patrie Normande.» Suivant la réilexion du docte historien, « on peut la diviser en deux jiarties d'étendue à peu près égale, maisd'un caractère très difïérent: la première partie, qui va de 18'i3 à 1448, n'est guère qu'un rapide sommaire, où l'histoire d'une année n'est parfois représentée que par la mention d'un fait. La seconde partie, ((ui s'éteml del4'i8à 1468, a un peu plus d'étendue que la première, et parsuite le courant de la narration s'y déroule avec plus d'amiileiu-. «

La Chronicpie ne porte pas de nom d'auteur, mais l'anonymat est transparent et laisse lire entre les lignes. FJIe est le fait de notes l)rises au cours des xiV et xv" siècles par des religieux du Mont. La preuve incontestable résulte des nombreux détails relatifs à cette partie de la Normandie. Il n'est pas jus([u'aux moindres circonstances topographiciues cjui ne viennent à l'appui de cette opinion. D'ailleurs, certains faits sont datés d'une manière propre au Mont, l^ar les fêtes de l'Exhumation de S. Aubert et de l'Apparition de S. Michel ; ainsi, il est dit que Jeanne d'Arc battit les .\nglais,à Patay, « le jour de S. .Vubert », c'est-à-ilire le 18 juin, jour où fut découveil le corps du fondateur du Mont. S'il pouvait subsister quelque doute, il s'évanouirait en présence d'indications précises, telles que celles-ci: «Mgr Pierre (Le RojO f"t abbé de céans en cest an mil CCC.ilII" VI ; » le duc François de Bretagne vint « en ceste ville du Monl-Saint- Michiel » ; en 1434, « une grant partie de ceste ville du Mont fut arse. »

contenue dans ce dernier ; le titre est : « Sequilur hic fundatio liu.jus loci abbro- \iata ». Il y a ensuite la lîelalion. abri-géc et dillV-rentc de l'original, (juc llaudri

écrivit : « De sculo et cnsc »; divers récits de miracles accomplis à des époques

yariéos, notamtncnl en 1333, en 144.') cl dans la suite. Plus loin ( f . 46), une chronique française résume la clironique dont il a été question |)récé(lenimcnt. .\ propos du site du Mont on lit : Anciennement cesl rocliier estoit une montagne enlevée en liaull ^dc la terre, la<iuclle estoit tonte avironiii'C de boys et forcsts, six tenez de long et quatre de large. » Après une nomenclature des indulgences accordées par le< papes et une bulle du pape Nicolas V, on voit le récit d'imc guérison miraculeuse (en 5 pagesi, ime Histoire du Mont Saint-Michel en français : « Légende extraite de plusieurs livres ». cl enfin, des " oraisons aux angels », et luie pièce en vers à ,Iésus-(;iirist et à la Sainte Merge,

•iO'J

A pai'lir de rannée lilW, récriture est d'une main difïërenle, mais ce fait n'a pas d'importance, et indique seulement un changement de scribe. Du reste, quelques inexactitudes montrent qu'il a pu }• avoir un léger Iroulile apporté dans l'ordre des feuillets par un copiste. La ijartiede la Chronique, ipii va de la bataille d'Azincourt (1415), au siège du Mont (1484), est caractérisée ça et là par l'insertion de vers latins mnémotechniques, destinés à rai)peler l'événement avec sa date à l'aide des consonnes prises comme valeur numérique. Certes, la poésie manque d'élégance, mais cette tentative montre que le souffle de l'humanisme, parti d'au delà des Alpes, avait pénétré par les fenêtres grandes ouvertes du magnifique « scriptorium » Montois.

Certains dystiques se rapportent à Jeanne d'Arc, et le dernier vers célèbre la puissance de S. Michel et la résistance glorieuse du Mont contre les Anglais il). Enfin pour relever les ditïérentes sources de moindre originalité, on doit encore mentionner quelques autres manuscrits des religieux Montois offrant un intérêt historiciue (•2).

Le Moyen âge nous est apparu en possession des divers éléments d'investigation qu'il était en mesure de posséder, et certes nulle part plus qu'au Mont il n'a réalisé une magnifique floraison d'œuvres

Jeanne de BietheviUe fait un clou au Mont. Cart. du M , f. 23. (Cf. p. 15).

(1) A titre de curiosité mnémotechnique, voici quelipics-uns de ces vers :

1428 le 6 mars, la Pucellc vint au roy.

PLaVsa SVblT I-ranCos s\ b PIscIbVS aLMa l'VeLLa

1429, Jeanne fait lever le siège d'Orléans.

ECCe PVeLLA VaLens GeMlnls IVVat VVreLlanos.

1434 Les anglais sont déconfits devant le Mont

Pardos IVgVLaVlT CanCro MlChacL, tVa VIrtVs.

(2) Régula soncti Benedicli, in-i delà fin du xivc siècle (ms. 169\ — Un Terrier, ou livre de rentes de l'abb.iye du Mont, in-folio en papier, contient la nomenclature des lieux qui dépendaient de l'abbaye et des personnes qui devaient des redevances entre les années 1660 et 1723 (ms. 217), ainsi que diverses notes sous forme d'indications plus ou moins explicites.

210 !.\ cru: i'i:s Livm.s

importantes. Maisc'est surtout le siècle di- Maliillmi ([ni nous réserve un champ d'explorations d'une riche fécondité. Après Robert de Torigni, les deux historiens les [tins dignes de mémoire sont Jean Huynes et Thomas Le Roy.

D. Martin .Tean Huynes nai[uit au diocèse de Reauvais et lit sa ))rofession à Saint-Sauveur de Redon, à t>l ans, le 21 mai ](i:'>0. D'une iialure rétléchie et active tout ensemble, " ilaimnil la solitude et avoit du talent et du goût pour écrire riiistoire des Monastères, sur les titres et les pièces originales. » D. Huynes vint au Mont au mois d'octobre 1633. et y reçut la charge de sacriste ou de garde du trésor. Une partie de sa fonction consistait à montrer les saintes reliques aux pèlerins, dont la légitime curiosité au sujet de l'histoire du monastère demandait à être satisfaite. Or, pour se conformer aux leçons du u bienheureux P. S. Renoit o. le religieux chargé de recevoir les étrangers " doit estre l)ien versé es antiquité/ de ce Mont. » En conséquence D. Huynes se mit de suite à l'œuvre, et, avec une patience infatigable, compulsa les chartes et documents des archives « avec tout le soin et diligence possible », de façon à rédiger, selon son « petit pouvoir, » pour lui d'abord et pour les visiteurs ensuite, un corps complet des aimales religieuses. Le travailleur fut soutenu dans sa tàclie ardin' d'histoiùon par les encouragemenls des supérieurs, nolanunent du prieur Rernard de.levardac.

L'ouvrage embrasse six parties ou traités, dei^lusieurs chapitres chacun (1). 1). Huynes rédigea deux textes : le premier, conservé à la Ribliothèque Nationale sous le n° 18!J'i6 du fonds français, fut arrêté en l'année lGo8 ; le second, remaniéet complété, qui constitue le n° 18LI'i7, fut fixé en lO'it). Les augmentations contenues dans le second manuscrit appellent quehjues rétlexions. Le travail s'ouvre

(I) Voici Ict; titres : ■< l'icmier traiclé de l'Iiisloirc du Monl-Sl-Miclicl contenant tout ce que nous trouvons de reniaiiiuahle depuis son coiunieiuement, jusqucau temps que les rclifiieux y furent iniroduils (14 cliapilres) — 'l'raiclé second, contenant l'introduction des religieux' en celle é^dise. les miracles qui s'y sont fairts et le raport de l'arcticvèfpie IJaldric louchant l'écusson dict de Sainct Michel (42 chapitres, sans la relation de lialdric ou Baudiy) — Traiclé Iroisiènio. contenant le calaloguc des abbés, et ce que chacun d'eux a faicl de digne de remarque i:tG chapitres). — Traiclé quatrième, de ceux ([ui ont témoignez alTectioner cette église de St-Michel, soit en y numosnant de leurs biens, soit a\itrement, et finalement un catalogue des bénélices dépendant de cette abbaye (18 chapitres, sans la nomenclature des prieurés et cures). — Traicté cinquième, des soldats et de la conservation de cette abbaye contre ses ennemis (20 chapitres). — Traicté sixième, des sociétés de cette abbaye avec plusieurs autres, de son union à la (longrégation de Saincl-\Iaur, et des choses dignes de remarque qui y sont arrivées depuis )■ (12 chapilrcs!.

LA Crnî IlES LIVRES 211

par une sorte de iiréamljule qui comprend : une indication des sources auxquelles l'auteur a puisé, — une lettre aux religieux assemblés à Vendôme en Ifio!), — une dédicace aux tmges, et spécialement à S. Michel, — un avertissement aux pèlerins et lecteurs, et un sommaire de la Vie de S. Auljert. Le corps de l'ouvrage, ou Histoire du Mont, est formé des six traités dont il a été parlé (f. 7 lit)), et finit par cette mention : « Le tout, composé et faict, Tan mil six cens trente liuict au susdit ]\Iont-St- .Michel, et reveu et corrigé en plusieurs endroicts, l'an mil six cens quarante, par le même autheur (1 1. »

D. Huynes fut appelé à Paris, ainsi que nous le verrons dans la suite, mais il continua à penser à son livre sur le Mont ; il y lit plusieurs additions, dont la dernière se rapporte au mois de juin 1051, c'est-à-dire seulement c{uelques semaines avant sa mort. La signature porte : « Frère Jean Huynes, moyne bénédictin, estant de présent en l'abbaye Saint-Germain-des-Prez lès Paris ii.

D. Huynes nourrissait le culte du Mont, le goût des recherches et la sincérité qui font l'iiislorien documenté et consciencieux. Son style n'a d'autre prétention (|ue celle de servir de vêtement aux faits

(t) Le Iravait se termine, en manière de pièces JusUficatives. par une série de documents qui comprennent : des Acies du roi Lolliai:e, du duc Kictinrd et des papes Alexandre 111 et Alexandre IV ; une Historia Montis Gargani proal reperitur in tribus inanuscri]ifis antirjuis el fuie diijnis mnnaslerii S. Michaelis in periculo Maris if. 127) : une Historia Montis Tumba prout est in anti(juis manuscriptis Verbatim et fideliler a Jralre Joanne Hnynes <tescripta t(. 1 26-1 3Ô), avec quelques notes utiles de l'auleur sur cette llisloire : dans le même ordre d'idées : une Chronica ex variis manuscriptis Montis sancti Michaelis in pericubi maris et litteris authenticis et aliis recentioribus a fratre J. Huynes confecta i f. l40-t.ô7i, avec quelques notes de l'auteur. En divers endroits se rencontrent des hymnes ou des proses en l'iionncur de S. Aubert. avec des détails curieux au sujet des anges, de S. Michel et du Sauveur. Ces pièces sont groupées if. 123) sous le titre : « Plusieurs tiymnes et chansons que pourront chanter les pèlerins venants ou s'en retournants du Mont-St Michel. >> Quelques-unes de ces poésies ont été publiées par M. 11. de Beaurepaire. Enfin, après une Vie du normand S. Bcrtivin d'après un manuscrit de l'abbaye, viennent ([uelques additions (f. I6:i-07iet un catalogue des abbés du Mont (f. 1 08-70), avec la copie d'une pièce du cbartrier de la Gourdes Comptes.

Dans la suite, on a ajouté dix pièces dont dcu\ de l'écriture de Huynes. au Recueil, et qui se trouvent à la fin du manuscrit. Ce sont : une ■ Oraison » à S. Michel: une chronique sans titre i^f. I7S-IS3); un extrait de l'Histoire d'Anjou par Bourdigné; des observations sur l'exemption de juridiction du Mont, sur le temporel de l'abbaye de St-Michel de Cozan. en Koussillon : des leçons pour la Dédicace de S. Michel au Mont, ainsi que des hymnes: un catalogue des abbés (f. 193) et un sommaire de l'Histoire du Mont : un concordat entre l'évèque d'Avranclies et l'abbé : enfin un catalogue des reliques « qui se voyent dans le trésor du Mont-St-Micliel » (f. 201-20S).

LA CITK DES I.IVUES

qu'il rapporte ; il garde la limpide transparence des horizons au milieu desquels il écrivait, et la noble simplicité du ehartrier qui fut témoin de ses méditations et de son labeur. Il se fait remarquer par un accent de conviction et de bonne foi qui plaît, et lorsque par hasard la critique lui fait défaut dans l'examen des documents écrits, la faute en est à la méthode de son temps, et non pas à sa recherche, car, pour lui, il répudie nettement « les forgeurs de. menteries » et de « choses fabuleuses, » et ne manque pas de s'élever contre» les écrits apocryphes que des faussaires mettent en circulation ». Son histoire est une reuvre de piété, d'érudition et de goût, et certaines pages revêtent tous les charmes d'un style aux couleurs chatoyantes et de bon aloi.

En s'adressant au « dévot pèlerin », 1). Huynes avait atteint son but ; ses explications satisfaisaient la curiosité des visiteurs, et ses

pieux récits se conservaient dans la mémoire. Mais, ambition liien légitime pour un auteur, il avait espéré voir son manuscrit s'élever juscpi'à la publicité, et il s'en ouvre dans une let- Ire de 1639, adressée à ses supérieurs.

« Si vos Révérences, écritil, jugent que ipieliiue cayers d'iceuxmérilcnlde voir lejour, je croj' (jne plusieurs pèlerins en seront très contents et prendront de là sujet de louer Dieu. » Son vœu ne fut pas réalisé, sans doute parce que les monographies spéciales n'étaient considérées que comme des contributions à l'histoire générale des monastères de la France, et le travail demeura parmi les manuscrits de « la librairie » du Mont. .Vctuellement, nous l'avons dit, les deux ouvrages sont conservés à la Hiblio- . tliéque nationale, et ils sont une mine iirécieuse à laquelle ont puisé

Salle do ri-union du couvent ou Serii)loriuni. dite salle des C'ievaliera.

LA citR des livres in

tous les écrivains sérieux qui se sont occupés de labbaye. La société de l'iîistoire de Normandie a été bien inspirée en pulijiant ce travail, et son organe, M. E. de RobillarddeBeaurepaire, s'en est accjuitté avec le savoir et la conscience ciu'il apporte dans tous ses travaux ; il a complété l'ouvrage par une savante introduction et par de larges emprunts faits aux continuateurs de D. Huynes, aux bénédictins Montois D. Louis de Camps et D. Etienne Jobarl.

D. Huynes, ipii avait donné la mesure de sa valeur, fut envoyé, après 1G40, à l'aljbaye de Saint-Florent, près de Saumur. oi'i il exerça la charge de prieur. 11 y apporta la même ardeur à recueillir les matériaux de l'histoire de ce couvent, et, en l(i47, son travail était achevé. Cette œuvre, riche de renseignements généraux et particuliers sur Tabbaye, sur les prieurés qui en dépendaient et sur maintes localités de l'Anjou, va de la fondation au vi' siècle, à la nomination du cardinal de Mazarin, comme abbé. Pai-mi les pièces que l'auteur a copiées en tête de son manuscrit, se remarque le missel de Saint-Florent et plusieurs documents extraits du Livre noir et du Livre rouge. Les auteurs du Gallia Christiana en ont tiré bon protît pour leur grand Recueil. Au xvni" siècle, l'ouvrage était conservé « dans l'abbaye de Saint-Germain et dans celle de Saint-Magloire, entre les manuscrits de Messieurs de Sainte-Marthe. » Le manuscrit de la main deD. Huynes, gardé jadis à Saint-Germain, est actuellement à la Bibliothèque Nationale (fonds français n° 198fi2).

La place d'un ouvrier comme D. Hujnes était toute marquée dans la ruche bénédictine de Saint-Germain-des-Prés, à Paris. On l'y appela vers 164iS, et dès lors, on le trouve occupé à recueillir les documents nécessaires à la rédaction d'un Pouillé général des bénéfices ecclésiastiques de France, et à classer les riches archives de l'abbaye. Il apporta dans la préparation de cet immense travail le même scrupule et la même méthode d'investigation (pie dans ses précédents ouvrages. Nous en avons la preuve dans ses observations au sujet de renseignements qui lui avaient été adressés. Il demande notamment que « les caractères soient tellement formés « qu'il ne soit pas « obligé à deviner les noms propres. » Comme le capitaine (jui tombe sur la brèche l'épée à la main, le vaillant religieux fut empoité par la mort, au milieu de ses nobles travaux, sans que la souffrance ait réussi à briser sa plume ; il n'avait <[ue 4'2 ans, et son œuvre passée permettait de concevoir les plus belles esi^érances sur la carrière qu'il pouvait encore fournir. « Le 18 août 1651, il cessa de vivre ou, comme s'expriment les Mémoires, il cessa de travailler; il fut universellement regretté de tous ses confrères, qui perdirent en lui un

2li I,\ CITI-: ll|> I.IVUKS

modèle accnmiili de toutes les vertus chrétiennes et religieuses. » 8a sépulture eut lieu « dans la nef de la grande chapelle Notre-Dame ».

Pour ce qui regarde le Mont, le défunt laissait un successeur et un émule, en D. Le Hoy. Thomas Le Roy naquit vers 1008 à Miliouchet, au diocèse de Bourges, de parents aisés. Il revêtit l'habit religieux, à Saint-Jouin de Marnes, en Poitou, et entra de bonne heure dans la Congrégation de Sainl-Maur, où il fut reçu à la Trinité de Vendôme. Il passa une dizaine d'années dans les ahliayes de Saint- Pierre de Bourgueil, de Saint-Florenl-lès-Saumur et de Saint-Melaine de Rennes, puis vint au Mont. Il y arriva à la lin de novembre 1646.

En face de « cet aduiiral)le chef-d'œuvre », et des indications certaines de ses confrères sur» les autheurs de si superbes bastiments », il résolut, aiguillonné par son « inclination naturelle », « d'en chercher des congnoissances plus certaines. » D. Le Roy demanda à ses supérieurs la permission de feuilleter les annales du Mont ; et, après avoir pris connaissance du travail de I). Huynes, il se persuada que le coté monumental avait été un peu négligé par celuici, et que, à côté de la méthode systématique adoptée par D. Huynes, il y avait place pour la méthode chronologique qui montrerait, année par année, le développement de l'abliaye. D'ailleurs, loin de songer à critiquer ce " l>el ouvrage », il engageait fort les moines, à la suite de ce religieux, à s'employer à l'exercice « de l'histoire, aussy utilement que luy » ; mais, « comme chascun abonde en son sens, » il entreprit de «forger un nouvel ordre, » non pas en vue d'éci'ire une « histoire accomplie, mais de simples remarques, pour très facilement escrire une vraye histoire entière et parfaite. » Pour ce qui est du récit, l'auteur entendait éviter « toute iirolixité et narration ennuyeuse, » réservant pour la tin la copie des originaux; dans le texte, il se proposait d'exprimer seulement « la quintessence » des anciens manuscrits.

D. Le Roy compulsa avec une intelligente aclivilé tous les manuscrits du Mont, et se mit à en extraire tous les événements qui lui parurent offrir de l'intérêt même au point de vue des usages, des scènes populaires, des phénomènes météorologiques et des mille détails de la vie ordinaire. Il comnienea sa rédaction le 1''^ janvier 1647, et teniiin;i le premier paragraphe par ces mots : <• Et pour foy de quoy nous l'avons remarqué : j'ai signé le 1" jour de janvier, bon jour, bon œuvre, 16i7 » ; quant à la dernière page, elle se réfère au 24 juillet 1648, jour où le religieux quitta le Mont à regret. L'auteur prit ainsi l'habitude de signer chacun des chapitres, non par « prétension ». mais jiar sinrérité scientifique, avec le regret (pie

âlb

les écrivains anciens n'aient pas pratiqué cette méthode qui lixe le lecteur sur Torigine et la portée des documents. « Que ne sçavonsnous, dit-il, les autheurs de la belle fabrique de tant de beaux monastères et que ne congnoissons-nous le temps de ceux qui ont faict de si beaux legs ! »

Son livre, divisé en 43 chapitres d'inégale étendue et subdivisé en une série de paragraphes, suit la chronologie et groupe les faits autour de laprélature de chaque abbé. Ce procédé engendre forcément de la monotonie, et l'absence de lien entre les alinéas en rend la lecture un peu sèche. A cet égard, le travail de D. Le Roy est inférieur à celui de D. Huynes. Lor.squil arrive aux événements dont il a été le témoin, l'auteur entre avec une complaisance marquée dans des détails circonstanciés, qui ne peuvent, d'ailleurs,' qu'agréer au travailleur de nos jours. Au reste, quand il lui parut que la rédaction de D. Huynes était achevée, il a parfois inscrit textuellement le récit du devancier dans le corps de son travail. D'ordinaire, D. Le Roy ajoute des développements nouveaux, cite des faits échappés à ses prédécesseurs, et insiste sur le coté temporel de l'administration de l'abbaye; mais. surtout, il n'omet aucun des détails qu'il a pu recueillir au sujet des superbes constructions du Mont. En ami des antiquités il démêle de son mieux l'époque des édifices, leur histoire et les transformations ou réparations dont ils ont été l'objet ; et son travail est précieux entre tous pour aider à pénétrer dans le labyrinthe de ces constructions cyclopéennes.

Au surplus, sous l'empire des exigences de l'ordre chronologique ou de la préoccuitation exclusive de son sujet, l'auteur néglige parfois la forme de la narration et tombe dans la confusion et l'incorrection. Du moins, la franchise guide sa plume avec, une louable impartialité. D'un esprit solide, d'un caractère droit, iî'admet difficilement les compromissions avec le devoir et la règle. Autant, il se plait à célébrer les vertus, les mérites et les beaux exemples des religieux applicjués à la pratique de leurs devoirs, autant il blâme vertement ceux qui ne prennent de la vie monastique que ce qui

Le Cloître, I.i\.Tloriutti

210 LA CITK DICS I.IVHES

peut satisfaire leurs caprices ou leur amour du lucre ; ses supérieurs n'échappent pas plus à sa réprimande que les frères de coiuiilion modeste. S'agit-il des défauts des moines ou des errements des abbés comniendataires, il flagelle sans pitié les nns et les autres, parfois avec des expressions qu'on dirait empruntées à La Bruyère et à La Rochefoucault.

Tout en rédigeant ses Annales, au jour le jour, suivant le plan uniforme qu'il avait adopté, 1). Le Roy fut amené à écrire une Notice d'un caractère différent. A la fm de juillet 1647, sur la demande adressée au prieur du Mont par D. Luc d'Achery, il envoya, non sans s'excuser sur l'imperfection, un sommaire intitulé : « Brièfve histoire de l'abbaye du Mont-Saint-Michel » : ce travail, comprenant 28 pages, est conservé à la Bililiotlièipn' iiulionale (N» 13.813 du fonds latin). Le Roy amenda et augmenta celte ébauche dans un second travail qu'il adressa, l'année suivante, à D. d'Achery, en le priant de « corriger les fautes » causées par le désir empressé de satisfaire de suite à sa demande, en vue de la liste des abbés à « mettre en la vie du bienheureux Saint Berquement » et pour «servir à la confection de lliistoire générale de l'ordre de S. Benoist en France, suivant le dessein des supérieurs. » Ce dernier travail, de style assez négligé, se trouve à la r.ililinlh<"'qiie nationale (\° 18.!).'iU du fonds français).

Cependant D. Le Roy, pour compléter son œuvre, se proposait de donner en appendice la copie des « Chartres, tittres et actes et instruments tout au long», qu'il avait consultés, quand, le 22 juillet, il reçut l'ordre de ijuitter sa douce retraite, pour reprendre ailleurs le travail de la vie active. En partant, non sans quelque émotion, lejjieux et savant bénédictin laissait au Mont une partie de lui-même et de son âme ; le volumineux travail (pi'il avait rédigé demeurait sur les rayons de la Bibliothèque conventuelle comme un souvenir précieux que les générations à venir consulteraient avec fruit. Le manuscrit, de 'iSS pages en écriture fine et serrée, a pour litre : « Livre des Curieuses Recherches du Monl-Saint-Michel, à commencer depuis la fondation de la première église du dit lieu par suincl- Aubert, evesque d'.Vvranches l'an sejU cent neuf, eu l'honneur du glorieux archange saint-Michel, prince de la milice céleste, et ainsy à continuer par un religieux de la Congrégation de Sainct-Maur, demeurant eu l'abbaye du dict lieu, lequel a commencé cet a^uvre, le itremier jour de janvier, l'an 1647 : F. Thomas Le Roy, moyne bénédictin de la Congrégation de Saiut-Maur. " Un peu plus avant, l'écrivain résuine le titre en cette forme : « Remarques des choses

plus notables arrivées à l'abbaye du Mont-Sainct-Michel » ; mais ceux qui ont parlé de D. Le Roy s'en sont tenus de préférence à la désignation: Livre des Curieuses Recherches du Monl-Saincl-Michel. La dédicace « au tr'ès puissant prince de lamilice céleste «.et l'avantpropos au lecteur, sont suivis de deux séries d'hexamètres latins. A la fm du xvni<^ siècle, un moine-sacristain ajouta, en marge, quelques renseignements complémentaires qui vont jusqu'à l'année 1788.

Le manuscrit resta au Mont jusqu'à la Révolution, époque à laquelle on perd sa trace. Sous la Restauration, nous le trouvons aux mains de M. de La Varangerie, qui, à la suite, transcrivit des extraits de poésies contemporaines ; puis, en la possession de M. Letertre, bibliothécaire de Coutances, et enfin, dans la riche bibliothèque de M. Abel Vautier. Le manuscrit fut acheté aux enchères, à Caen, en 1853, par M. Mancel qui en fit don à cette ville, en même temps que de sa collection d'ouvrages remarqualdes et d'objets d'art. Ce travail de D. Le Roy a été mis à contribution par ceux (jui se sont occupés du Mont et a été jiublié intégralement avec notes, préface et annexes, par M. de Beaurepaire (1).

Quel poste D. Le Roy occupa-t-il en quittant le Mont? — « Nous ne saurions dire dans quel monastère il fut d'abord envoyé, » écrit le savant historien qui a publié le travail du bénédictin. Ce qu'il y a de certain, c'est que le 2'i jifillpt Ui'iS. en même temps que D. Martin Poitevin s'éloignait pour rcnqilirla charge de sous-prieur à Marmoutier. D. Le Roy se rendait à Saint-Mélaine de Rennes, pour y recevoir les ordres du visiteur en vue d'aller « en quelque monastère de la Congrégation pour exercer l'office de procureur. » Or. à quelque temps de là, nous voyons précisément D. Le Roy procureur-cellérier,à Marmoutier. En 1(!71.D. Le Roy occupait une charge identique, au couvent de Saint-Bénigne de Dijon. Les annales de cette abbaye, à l'instar de celles du Mont, éveillèrent ses goûts pour les recherches. De ses investigations, il sortit une œuvre importante, qui n'avait pas moins de 1131 pages in-4. Le manuscrit, précieusement conservé dans la bililiothèque du couvent jusqu'à la Révolution, a échappé depuis aux investigations des amis du passé. En ses

(IjMémoires la Société des antiquaires de .Normandie, t. XXTX,IS77, p. 223-"J4e. La bibliothèque de Clierbourg garde une copie abrégée de cet ouvrage, qui a pour titre : « Le livre des Curieuses Heciierclies du Mont-Sainct-Micliel. depuis l'an 707. époque de la fondation de la i)rcMiière église, jusqu'au 24 février 1648. par Thomas Le Roy, moine bénédictin de la Congrégation de Sainct-Maur. ■■ Ce manuscrit, naguère à M. .\sselin, qui l'a chargi' de noies, a pour finale : « Mon unique espérance, mon Dieu, vostre très humble et pauvre serviteur. F. Thomas Le Roy », qui est la conclusion même du grand ouvrage de D. Leroy.

218 I.A C.ITK DES l.lVIU:s

dernières années, D. Le Iloy fui fiivoyé au monastère de Saint- Pierre le Vif de Sens, où il mourut t'ii IfiS:!. Suivant la prière qu'il aimait à adresser à « Tadvccat .général des liumains ». le pieux et docte vieillard fut soutenu jus(ju";i ses derniers moments par le souvenir de S. Michel, etl'Archange, dont il avait redit lesbienlaits et les merveilles, ne manqua certes pas de s'incliner sur sa couche funèbre pour recevoir son dernier soujjir et conduire son âme vers les demeures célestes.

A quelque distance de D. Le Roy, prend jijace le chroniqueur Louis de Camps. Longtemiis. la persoiuialité de D. Louis de Camps, comme liistorien du Mont, fut enveloppée dans l'omlire de l'teuvi-e de D. Huynes. Son ouvrage, conservé à la bibliothèque d".\vi anches (n" 209), et comprenant 200 pages, d"une écriture menue, était considéré comme la copie du travail de son prédécesseur avec des retouches insignifiantes, si Inen que paifois Ton citait D. Huynes d'après ce manusciit. La confusion avait j)Our principe ime note anonyme insérée sur le ins. et déclarant qu'il était l'ti'uvre de D. Huynes, et que D. Louis île Camps n'a l'ait (jue le transciire et « n'a cliangé ([ue quelques pln-ases sansaltéier l'essentiel de l'histoire. »

Or, il n'en est pas ainsi, et, sans être un chercheur approfondi, de Camps est un narrateur original, qui mêle agréablement les réflexions du critique et de l'observateur au récit des événements. Il peint heureusement un portrait et, au lieu de concevoir l'iiistoire comme une apothéose, il s'apiilique à retracer consciencieusement la pliysionomie de ses personnages. Son style a du niouveinent et revêt parfois un caractère de noble et véhémente indignation, qui lui donne de la couleur et du relief. L'ouvi*age de Louis de Camps est intitulé : « Histoire de la célèbre abbaye c^u Mont-Sl Michel au péril de la mer, divisé en cinq parties, le tout recueilli des anciens titres, chartes et ])ancartes de cotte abbaye, jiar un religieux bénédictin de la Congrégation de Sainl-Maur » (1).

Dans son exposition, Louis de Camps a opéré un remaniiMuent

(1) Le travail est réparti ainsi qu'il suit : « Première partie : De l'apparition de Saincl-Michcl :iu Mont de Tombe, de sa fondation et divers progrès de la vie de Saint .\ubcrt et des aljbés qui ont frouverné ce monastère CM cliapiires;. — ■ Deuxième partie : De l'union de cette abbaye à la congrégaliiin de Sainl-Maur, en France 1 23 chapitres). — Troisième partie : Des soldats, capitaines et gouverneurs du Mont Sl-.VIicbel et de divers exploits d'armes, en ce lieu i 2:i chapitres). — Quatrième partie : Des saincles reliques, des indiilirences el des miracles qui se sont faicis en ce lieu llochapitrcsi. — CiiMiuicme i)arlie : Des donations faites à cette abbaye et des dépendances d'icelle, en prieun's. cures, etc. . »

général de l'œuvre de son prédécesseur. Sans doute on retrouve la plupart des événements sous la plume du second historien, mais il a modifié le cadre et le plan général ; telle division de D. Huynes, comme le traité sixième et dernier, se trouve dans la 2° partie du livre de D. Louis de Camps. Parfois, il est vrai, celui-ci copie son devancier en reproduisant les expressions, ou bien il le résume ; mais, souvent, il développe le récit et y mêle des appréciations qui donnent à son travail une saveur piquante et personnelle. De ses réflexions, on peut concliue i[ue le travail a été terminé vers 1664. L'intluence du temps et des idées vient s'ajouter au tempérament de l'auteur. L'esprit critique s'est iniiUn; goutte à goutte dans ]>■ fonds de foi naïve, et les miracles auxquels i». Hnynes avait consacré un traité tout entier, n'olitieiment qu'une place secondaire et comme à l'arl'ière-iilan, dans la dernière partie (chapitre ]X). p]n revanche, ce qui concerne les prieurés, cures et chapellenies dépendant de l'abbaye, a reçu un développement considérable dans la 5" partie (chap. VIII-XII). Ainsi qu'il l'exprime dans la préface, l'auteur s'est attaché à « ne rien olimi'ttre de

nécessaire » et à ne dire « rien de superflu », plus soucieux de rendre son « stile clair qu'élégant », pour faire mieux coimaitre à tijus ce « sanctuaire de dévotion. » ce « jardin des délices, » ce « cluinq) de l)atailledu prince de la milice céleste, contre les ennemis de la france et de notre saincte religion. »

D. de Camps se plait aux dissertations théolnuiipies. et les mêle volontiei'S à son récit. A projiosde la réuniitn du titre de gouverneur etd'al)bé du Mont, l'auteur rédige une thèse en forme sur l'union nécessaire de la puissance temporelle et de l'autorité spiiûluoUe, « deux colonnes de monarcliies d'aulant plus forteset inébranlables qu'elles sont estroictement conjointes. )> S'agit-il de traduire sa vénération pour les gloires du Mont, et sa douleur poui' les œuvres de certains commendataires, l'écrivain apporte dans l'expression de ces sentiments plus de vivacité et d'éclat : son style, parfois un peu prétentieux, se distingue aloi's par la chaleur et l'émotion (pii lui inspirent des images d'un vigoureux relief. M. E. de lieaurepaire, s'autorisant des réflexions piquantes empruntées à D. Louis de Camps, sous le couvert de D. Huynes, prétend (jue c'est par le premier que

S.tUe du .^cfiplortum dite des Chevaliers, parlie sud.

le second est arrivé ainsi à la notoriété. Cette remarque est empreinte d'exagération : le travail de D.Huynes,danssa l)eauté sereine et austère, estunmonumentqui doit absolument lixer l'attention de l'historien; maisilesljustede reconnaître également que l'ouvi-agedeL. de Camijs, par les qualités bien persomu'lles qui le distinguent, mérite de ne pas disparaître dans la pénomlne do l'œuvre de son confrère. D. L. de Camps avait arrêté son histoire à l'année 16(>i. Divers religieux ajoutèrent des notes s'étendant jusqu'à IBtW. Entre ceux-ci nous devons montionner D. Etienne Jobartqui, lui aussi, à l'instar de Huynes et de Camps, remplit les fonctions de trésorier. Custode fidèle, il dressa la nomenrlature du trésor (jui lui était confié, et, dans un autre manuscrit, on ht : ■■ Le présent inventaire des susdites reliiiues et reliquaires a esté veu, corrigé et vérifié par nous soubsignez. Fr. Etienne Jobart, trésorier et secrétaire du chapitre. » La courte chronique de D. Jobart, conservéeàla Bibliothèque d'Avranches(n"209), va de 1663 à 1669 ; elle comprend le récit de la Levée du corps de saint Gaud,qui est contenue dans un cahier interfolié entre les pages 156 et 157, et une sorte de journal des vexations du sieur de la Chastière, gouverneur du Mont, intercalé entre les folios LdO etl5L D. Jobart paraît avoir été le dernier trésorier qui se soit adonné à l'étude spéciale de l'histoire du Mont. Enfin, comme Recueil de documents Montois, la bibliothèque d'Avranches, sous le n° 2'i7, possède un manuscrit sur papier, de 23 pages, qui lui a été donné par M. Deschamps du Manoir, auteur de sérieux travaux sur le Mont (1).

Coiiluiiie de l'Ordre de S. Michel.

(1) Ce ms. contient: «Inventaire de toultes les reliques, reliquaires et autres argenteries de la tlirôsorcrie du .MontSl-Mictiel, où il est exprimé, (juand cl par qui ces sainctos reliques ont esté données et enchâssées. » — « Litanies des saincis. dont il y a des reliques, notables cl asseurées dans la Irésorrie du Mont- Sl-Micliel (p. 9) — Inventaire de l'argenterie (pli est conservée dans la dile Irésorrie outre les susdits reliquaires (p. I2i — Blason des armoiries qui sont apposées en celte abbaye du Mont-St-Michel ; armoiries des abbe/(p. i:li. Des rrouvcrneurs du Mont St-\li(hel (p. 1.5-ISj. Histoire du gouverneur de la Ohaslière et de la nomination comme gouverneur, de l'abbé de .Souvré Ip. 18-23). Ce manuscrit est dû à plusieurs auteurs : de la page 1 à 7. il a été rédigé par un écrivain dont M. K. de Beaurepairc ignore le nom. D. Louis de (^amps a écrit la lin de ce chapitre fp. 7-8), ainsi (jue les Litanies des saints, l'inventaire de l'argenterie, le blason et le chapitre des gouverneurs ; D. E. Jobart a rédigé ce qui se rapporte au gouverneur de la Chastière, récit que l'on trouve plus développé dans le mauusciil 200, ainsi que de nombreuses annotations sur l'Inventaire des reliques.

LA CITli DES LIVUES

Après la visite pieuse du sanctuaire, qui nous a révélé la vie religieuse du Mont, nous avons franchi le seuil du scriptorium et de la bibliothèque. Avec une respectueuse émotion et une admiration reconnaissante, nous avons pris une connaissance rapide des trésors que les bénédictins Montois avaient réunis. Cette trop brève initiation à la vie intellectuelle, au labeur littéraire et scientilique de l'Alibaye, nous a montré le rôle considéral)le (jue le Mont a rempli dans le développement de la civilisation au point de vue de la pensée et du savoir. Nous devons compléter ce tableau par l'étude de l'Abbaye au point de vue artistique, en empruntant pour titre le vocable qui lui a été donné par ITnivers entier.

Ecoinron du rloilre, xiii' s.

Tiibe du cloitie ifu .Moût, cùlê ouebt, viii" siocle.

La Merveille ilc l'Occiilciit.

I Chrimiques Monioiscs\.

^ e Mont occupe dans l'histoire de l'art une place tout à fait à ])art. Les merveilles arehilectuiales, i(ui fomnent comme sa couronne, ont excité l'admiration des siècles, et, de nos jours, elles soulèvent l'enthousiasme de tous les amis du beau. C'est pourquoi, par manière de titre, nous n'avons pas hésité à étendre à l'ensemble du monument kt i.lésignatiiju que l'on appliipie d'ordinaire à la partie du Nonl. Aussi l)ien, la nature et l'art s'harmonisent de la façon la plus heureuse pour réaliser une œuvre hors de pair dans le monde entier, et, de tout temps le Mont fut comme une Académie, au sein de lac£uelle les arts plastiques et décoratifs étaient cultivés avec zèle sous la direction des moines. Tandis que les uns tenaient le compas et édifiaient ce superlje ensemble de constructions, les autres maniaient le ciseau (pii a taillé les statues et ajouré les fines dentelles de granit. Ceux-ci décoraient les nefs et les promenoirs de peintures murales, et ceux-là enluminaient le lilanc vélin des manuscrits de délicates miniatures que le temps a respectées. A notre tour, nous allons pénétrer dans cet atelier des arts réunis et parcourir les diverses sections, en tenant le double til conducteur des

22% I.\ MKKNF.IMi:

chroniques, en pai'tiL-ulicr Huynes et Le Uoy, et de l'analyse du monument.

D'abord timide avec les premiers ermites, l'essor artistique, de concert avec l'élan religieux, se déveIo[)pa sous l'égide de S. Michel et de son pontife choisi, S. Aubert. L'oratoire bâti i)ar le pieux prélat présentait la l'orme circulaire, « rount » au dire des chroniqueurs, que nous interprétons volontiers au sens « polygonal », selon les habitudes de l'époque que l'on rencontre en particulier dans les baptistères. Cette chapelle s'élevait sur la déclivité occidentale et peutêtre convient-il de reconnaître les vestiges d'une annexe dans les restes d'un édicule octogonal en petit appareil, que nous avons retrouvés naguère sous les soubassements de l'église.

La suite des âges développa l'oratoire primitif, et l'ère carolingienne, qui a laissé son empreinte en tant d'endroits, n'a pas manqué de donner à l'église et au monastère un épanouissement en rapport avec la floraison du culte. Les constructions se jjrolongèrent progressivement vei's l'orient et autour de l'oratoire de S. Aubert. On vit s'élever de nouveaux édifices, en particulier au moment de l'introduction du régime monastique par l'arrivée des bénédictins qui apportaient avec eux leurs coutumes religieuses et leurs ti'aditions artistiques. « L'an 966, suivant la plus probable opinion, le duc Richard, après avoir installé les moines, s'occupa à décorer et orner ceste église de riches vases d'or et d'argent, comme calices, croix, chappes et paremens d'autel, entretissus d'or et de pierres précieuses, le tout d'un grand prix et valeur ; puis fist faire plusieurs beaux bastiments propres pour les moines, fit environner le haut de ce Mont de hautes etesjioisses murailles, lesquelles, par la succession des temps, ont esté abbatues jniur y bastir les édifices ipi'ony voit maintenant ».

Mais, hélas! une douloureuse épreuve frappa les religieux. En 992, suivant l'opinion commune — et D. Leroy déclare qu'on le peut « conjecturer par les vielz manuscri])ts >> — « le feu ayant pris à quelques maisons de la ville, qui est au bas de ce rocher, les flammes passèrent jusques dans l'abbaye et réduisirent et convertirent en cendres l'église et les maisons des lieux réguliers, excepté le logis où autrefois demeuroit le chanoine Hernior, à cause (pie le corps du sainct evesque d'.Vvranches Aubert y estoit caché souIjs la couverture. » Cependant avec courage on se remit à l'd iivre ; « les religieux nettoyèrent tout au mieux qu'ils purent, ayant durant icelleiucendye osté ce qu'ils avoient peu des orneinens et autres choses plus précieuses, comme aussy une grande chasse toute dorée dans laquelle

i,v Mi'.itvi:ii,i,t:

Soubafesoiiicuts U. de IV-^ilise, x'-xu' s. Esciilicr latiral S., xi' s.

estoit une petite, qui coiitenoit un vase dans lequel estoicmt les reliques que S. Auberl avoit envoyé quérir au Mont Gargan : ils s'applicquèrent à faire des logemens et une église selon leur [louvoir, quoyque petite, assez semblable à la première. Estant secouruz du duc Riciiard qui les aida de ses richesses, ils firent au plustôt réparer le grand autel et faire au-ilessus un petit plancher sur lequel ils l'emirent la chasse ([ifils avoient osté auparavant. » Au rapport d'un chroniqueur, un prodige fit découvrir « au pied du Mont » le vase avec les reli({ues. qui fnt porté en triomphe dans l'église et placé « sur le grand autel, selon qu'il avoit esté auparavant. ■»

Ces constructions antérieures à l'an mil, quoi qu'on ait dit, ont laissé des restes intéressants, et nous avons essayé de le démontrer, il y a quelque dix ans, dans un Congrès des Sociétés Savantes à la Sorbonne. L'examen des nuars de l'église, au sud et au nord, avec leurs reprises diverses, et l'étude des soubassements, vulgairement appelés « charnier des moines )>,nous avaient convaincu (jue l'église du xi<^ siècle posait sur ses aînées, notamment sur celle du dernier tiers du x" siècle. De l'ait, en ces derniers temps, le dégagement des escaliers latéraux à l'intérieur et des sondages ont apporté de nouveaux éléments d'information. Les murs avec leur entablement un peu au-dessous du niveau du dallage actuel, les nefs avec voûtes en berceau et arcades à claveaux de brique, les ouvertures avec cintre également encadré de brique, accusent l'ordonnance générale insérée dans le cadre des constructions postérieures avec leurs remaniements successifs, et se révèlent au regard de l'archéologue connue des témoins autorisés dont la voix se grossira sûrement du concert de nouvelles découvertes. 11 n'est pas jusqu'à l'édicule circulaire trouvé au chevet primitif, près du transept actuel, qui ne témoigne à sa faron, peut-être pour déposer en faveur d'une citerne qui recueillait les eaux pluviales des toits ou d'un dôme central.

Avec l'abbé Hildebert II se leva l'aurore d'une ère éclatante pour

Cili.ipelle ruinée du xi' s., à gros joints au N. du Iransepl S.

2iii

i,\ \ii;ii\ i;ii.i.K

les arts, et l'abbaye prit position sur le plateau quelle n'a pas cessé d'occuper. Il con(;ut le plan d'une église à trois nefs avec chapelles absidales à l'est et façade principale à l'ouest. A cet etl'et, il utilisa les constructions inférieures, i|u il liansforma et consolida en vue de supporter le vaisseau. La façade supérieure a disparu par suite d'un eU'ondrenient au xvui« siècle, mais les soubassements avec leur appareil et leurs ouvertures caractéristiques, se montrent dans le sous-sol et peuvent être étudiés avec fruit, aussi bien que les nefs

et chapellesinférieures, les escaliers latéraux et les autres parties de l'édifice. Ce plan hardi, en rapport avec le courant des idées contemporaines, parait encore pkis digne d'éloges si l'nn songe aux difficultés de toutes sortes (pi il a fallu vaincre. Pour ce qui est de la date précise, les annales du Mont nous fixent, en nous apprenant (pi'en « l'an MXXlll a été commencé le nouveau mo nastère, par le comte Richard II et l'abbé Hildebert 11, lequel mourut la même année «; et, en un autre endroit, les chroniques rapportent qu'en « l'an MXXIII a été commencée la nouvelle église du B. Michel ». Assurément, c'est avec la plus vive curiosité (jue l'on suit le vaste plan de cette église, dont les murs latéraux persistent, dont le chevet, qui se trouvait vers le chœur actuel, a révélé des parties intéressantes, et dont la robuste façade inférieure nous apparaît encore, précédée d'un hardi portique, coupant le Mont du nord au sud et desservant tout le monastère.

Les abbés ne faillirent pas à leiu- nol)le tâche et iioursuivirent l'œuvre, en dotant l'église et le couvent des embellissements utiles. D'après un ms. ancien, c'est Radulphe ou Raoul (Id'iS) « (|ui a faict construire et a^difier les quatre gros piliers du cœur de l'église, les arcs et les voultes (pi'on y voit aujourd'huy au dessoubs du clocher et siu" lesquels il est porté. « Au surplus, « aussitôt son élection, l'abbé Raïudphe fit faire la nef de l'église, laquelle depuis a esté i)lusieurs fois réédifiée ; toutefois l'on a toujours gardé la mesme prupoi-tion t^t structure dans celle qu'on voit aujourd'huy, jiour correspondre à la

Ê^'Ube ;ibbalidle, nef et transept, côté îs., après la resfanralion.

LA MEKVEILLE

symétrie des quatre grosiàliers du cœur d. On dit, continue le chroniqueur, « qu'il ne fit que parachever la nef de l'église, ce qui est le plus probable ; car Richard II, duc de Normandie, avoit fait jeter les fondements de celle que nous voyons maintenant, l'autre ayant été ruynée du feu du temps de Maynard II. » En outre, « il fit faire le cymetière des religieux, les galleries et les haultes murailles du château du costé du septentrion, et celles qui environnent le cloistre qui auparavant n'estoient faictes que de bois, et puis donna plusieurs joyanx à l'église. l)e tous ces ba'îtiments, poursuit D. Leroy, je n'estime point qu'il nous en reste à présent, si ce n'est les commencements des murailles sur quoy les suivants abbez ont faict eslever nouvelle maçonne, ou si ce n'est point la muraille qui environne le monastère du costé du septentrion. Pour les galleries, elles n'apparoissent plus, pour les joyaux non plus ; pour le cymetière, il y a un lieu soubs la nef de l'église qu'on appelle le charnier des moynes; il pourroit bien avoir là travaillé. »

Le xn« siècle s'ouvrit par un désastre. La veille de Pâques (de l'année 1100 ou plutôt 1103), alors que les religieux chantaient l'office de Matines, une partie importante de l'église s'effondra, sans blesser personne, du côté du nord, où se trouvait le dortoir, « et en tombant mit presque à bas la moytié du dortoir, ce qui, dit le chroniqueur 1). Leroy, est fort facile à voir encore à présent dans la grande salle allant sur le plomb du four, laquelle, en ce temps-là. servait de dortoir, parce que l'endroit qui a été refaict par le milieu n'a pas été disposé dans la charpente comme il est aux deux bouts. » La trace de l'effondrement a ^jersisté non seulement dans la pièce adjacente, mais encore dans le mur du nord

de l'église où la reprise était manifeste avant la récente restauration, qui a le tort de faire disparaître un document fort intéressant.

Le Yendredi-Saint (i"j avril de l'année 1112), comme les moines chantaient Matines, la foudre alluma un incendie qui embrasa les bâtiments claustraux, sans d'ailleurs atteindre les religieux ni le bourg lui-même. Ce malheur, dont les traces persistèrent çà et là dans les murs, ruina plus particulièrement les parties combustibles telles que les voûtes, charpentes et lambris. Aux religieux incom-

Porte de l'Eglise vers N.

après restauration.

■as

L\ Mi;u\ r.ii.i.i:

bail la U'iche d'efïacer les malheurs, et ils n'y fiiillirent pas. Au rapport (le rhistorien D. Huynes, Roger II " eut grand soin de faire réparer les ruynes, tant arrivées par le feu que par vétusté, et d'entretenir en bon estât les lieux réguliers, fors et excepté cette partie de la nof, du costé du septentrion, qui estoit chute dès le temps de son prédécesseur. »

Nous n'aurions pas rendu pleinement justice à Roger II, si nous ne nous arrêtions davantage à cette attachante ligure qui. au jinint

de vue architectonique , prend rang à côté d'Hildebert. Non content de relever les ruines, Roger édifia, au nord de l'église, tout un groupe de hàtinientsrnonasli(|ues d'un hetu-eux effet. Contre le nnurobuste de la nef septentrionale et ses contreforts géants, il appuya deux étages de constructions, disposées en façon de deux nefs. A la partie inférieure il assit la salle , dite ci'ypte de l'Aquilon , avec ses colonnes monolithes et ses voûtes; les grandes baies ouvertes sur !<■ nord et accédant au jardin accusent un préau ou promenoir. Au-dessus, il installa une salle plus longue, mesurant 20 m. de longuem- dont les voûtes, également buttées au sud ])ar l'église, reposent sur une colonnade agrémentée de chapiteaux pittores([ues, à feuillages et personnages grote.'^ques; peut-être s'agit-il d'un réfectoire, dont la cuisine devait se trouver dans la pièce au nord-est. Avec le dortoir, placé au plan supérieur, cette aile constituait un bâtiment conventuel d'une grande hardiesse et d'une physionomie qui a plus d'une fois tenté les auteurs de décors scéni(pies. Il ne s'agit pas ici d'iiypothèses plus ou moins fondées, mais de constatations assises sur les documents les plus autorisés (l). Et

(I) Iste fccit inulla bona in u-dificiis et ornameiilis. oinnes officinas qu.T combiista' fnoranl rcpa ravit. Insuper aream clansfri quic prius oral llgnca lapirlcani fcrit, et subtils ipsaui aulani et caméras lapifleas. et in tertio online deorsuni stabula cquoruni, fornacibus super fornices libralis mirabililcr ailaptavit. B. >. ins. 18047, f. 1150— HH. f. 17!) — 4 f. 13 - n 7 — U8.- \.i-Galli<i f.iil précéder ce texte des réflexions suivanti's ; Rof^'Cr II « A seplenlrione funilitùs exstriixit dormitoriuin, refcclorinm et equilùni niagniricnni aulain opère non minus solide quàni lauto ».

L'abbaje, partie >.-0.. du x' au xiiC s.

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