‹ Le Mont-St. Michel au péril de la merChapitre 17 sur 61 · I.\ \IKIiVi;iI.I.K · texte numérisé non relu

I.\ \IKIiVi;iI.I.K

cependant certains historiens, poussant plus loin leurs déductions, ont en outre fait à Roger II l'honneur de lui attribuer l'idée et la construction de la Merveille elle-même. A ce sujet, D. Huynes écrit: «Ce fut luy qui fit faii-e tous les bâtiments qu'on voit du costé du septentrion, où sont maintenant le cloistre et le dortoir, où sont rhostellerie etlesdegrez pourdescendre du dortoir au réfectoire, et ce depuis les fondements jusques au coupeau (sans par- 1er de ce que ses successeurs y ont ajouté ou diminué). Ces logis sont du

tout admirables parleur situation, pour l'épaisseur des murailles, par leur haulteur. i»our leur belle composition et pour les belles voûtes

qu'on Vivoit» (1). Cette opinion a été suivie par quelques auteurs, etnous devons l'examiner.

Assurément cette manière de voir ne saurait être acceptée dans son ensemble. La Merveille, surtout aux deux étages supérieurs, formés en bas par le réfectoire et la salle dite lies chevaliers, et, en haut, par le dortoir et le préau, se rattache à la seconde moitié du xn« siècle et à la première moitié du xin^, ainsi que le prouve nettement

Li- Promenoir ou prcau ancien, xii'

Béfecloire ancien.

(1) Histoire, I, p. 168.

230 I \ MKiiVt;ii,i,i:

le style de l'édifice. En conséquence, on ne saurait y voir i'nuvre d'un abbé du déiail ilu xii'' siècle. Mais s'il n'a pas réalisé l'ensemble du travail. l{oger II n'aurait-il pas droit à (jnelque part dans la conception et la place du monument ? Séduit par Tamplfur du site au nord-est de l'église et par le rêve magnirn(iie d'im immense bâtiment ordonné d'une façon très régulière, il aurait pu asseoir les fondements de la Merveille, en commençant par la partie orientale, et ses successeurs auraient repris et achevé le projet dans le premier tiers du xm" siècle. C'est là tout ce qu'il y a de ijossible dans l'attribution à lui faite par D. Huynes, qui d'ailleurs pourrait trouver un auxiliaire dans le procédé de construction de ces soul>assements non sans analogie avec le coi'ps de bâtiment ([U(^ tous s'accordent â lui octroyer. De la sorte, la Merveille aurait été construite en un laps de temps plus étendu qu'on ne le soutient d'ordinaire, et, pour notre part, nous n'y contredirions pas.

Ce n'est pas sans raison que l'on pourrait appeler l'abbaye Montoise une Académie. Autour de l'architecture pareille à une reine, tous les arts concouraient à la décoration des édifices et à l'embellissement de l'église, des salles et du mobilier liturgique ou conventuel; sculpteur, peintre, enhmiineur, brodeur, ébéniste, orfèvre, ciseleur, fondeur prêtaient leur concours à celte n'uvre. dont la variété des parties s'harmonisait heureusement dans l'unité de l'ensemble. Tandis que les ornemanistes suspendaient des frises de fleurs, de feuillages et de symboles aux murailles, aux chapiteaux et aux corniches, « les tailleurs dymages » donnaient la vie hiératique aux personnages entourés de la vénération liturgique ou du souvenir monastiipie.

La Sainte-Vierge partagea de très l)onne heure avec S. Michel le privilège d'avoir sa représentation au Mont, et nous la saluons avant le xn' siècle. « Un lundy 19" jour d'avril de l'an 169'i, raconte Fr. Gingatz, je trouvay derrière la boiserie de l'autel de la Vierge, en la Chapelle Sous-Terre, une ancienne image en bois représentant la Sainte Vierge avec le petit Jésus, qui fut miraculeusement préservée des tlainmes lors de l'incendie général tant de l'église, avec une chapelle dite des Trente-Cierges, que de tous les lieux réguliers, arrivé parla foudre du ciel, l'an 1112. J'ai l'ait mettre ladite ancienne image dedans une niche en ladite chapelle Sous-T'erre avec un chassis de verre au devant, et il y vient un grand concours dv pèlerins en voyage, et y font leurs dévotions et plusieurs ont obtenu des effets miraculeux. «

De son côté, « l'abbé Bernard (1 1:^>1) fit enchâsser le chef di' Sainct

Page 1