‹ Le Mont-St. Michel au péril de la merChapitre 23 sur 61 · I.A MKIUEILLE i'iO · texte numérisé non relu

I.A MKIUEILLE i'iO

tion. Des écussons, des sculptures et îles décorations diverses on trouvera, aux Annexes, la description laissée par un visiteur du xvm* siècle. « C'est aussi l'année où les armoiries du cardinal Jacques d'Annebaiilt furent mises au grand autel et cloison du cœur; » elles portent : « de gueules à la croix de vair régnant sur le tout ». Le cardinal se lit représenter dans le vitrail où était Jean de Lamps « vis-à-vis et en égale place que le cardinal d'Estouteville, s'entre-regardant, la vitre du milieu entre deux, avec son escusson soubs ses pieds, au nyveau des autres abbez, et en son oratoire, sur leijuel il est de genoux ".

Avec la seconde moitié du xvi'' siècle, nous entrons dans une période de délaissement et de cadence pour les arts, aussi bien que pour la vie monastique. En dépit d'une ordonnance du Parlement de Rouen ilô69), François Le Roux laissa « aller tous les bastiments en ruine ». De son temps, Pierre Toustain, prieur de Villamers, pour honorer les reliques i-apportées du Mont-Gargan, fit faire « une enchassure » supportée par un « angelot d'argent » (l). Artus de Gossé n'eut rien di' ^ilus pressé que de faire " mettre son portraict vestu de violet avec ses armoiries au hault des vitres de la lanterne au-dessus du grand autel, à costé du cardinal d'Estouteville ». Et cependant Artus ne doit pas figurer parmi les abbés qui ont bien mérité de la cause des arts. « I^'an 1570, Pie V ayant i»errais à Charles IX de lever une taxe sur toutes les églises du royaume pour servir aux guerres contre les Huguenots », l'abbé ■< jt'lta incontinant sa pensée sur les reliques et argenteries de la trésorerie, joint qu'il lit desmolir le dortoir, chambre commune, bibli(jthèque et chapitre de leur couverture et planchers, pour en bastir son logis abbalitil, l'escalier duquel dortoir il fit porter au dit logis où on le voit encore aujourd'huy beau à merveilles ". En conséquence, Artus « amena un orfèvre en ce Mont et fit marché avec luy pour la cri>ce et baston pastoral, calice d'or et autres choses de grand valleur à (juoy les moynes avoient presque tous donné consentement, sinon le prieur claustral, qui estant zélé grandement pour son monastère, tout outré de quoy les moynes avoient si peu de cœur s'opposa aux intensions du dit abbé, et s'estant pris de paroles près la trésorerie de l'église, donna si grand souftlet à l'Artus de Cossé, que la paroy luy en penssa donner un aultre, tellement que sur ces entrefaictes les moynes se rallièrent avec leur prieur, tant que Cossé s'enfuit et n'eust point la

(1) On y lisait l'inscription : « Pars marmoris super quod beatiis Michael sletit in Monte Gargano adportata ad istutii Monteni Tuinbam » ; et plus lias: « Anne domiui millesimo quingentesimo qninquagesinio nono frater l'etrus Toustain prior prioratus de Villaïuaris fccit hoc lieri s.

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belle croce ; il avoit toutefois le beau calice d'or, et plusieurs autres choses de grande valeur que fil faire l'abbé .lolivet ».

A son tour, la foudre allait accroître les ruines. « F/aii l.'iD'i, le 23 mars, vers deux heures après midy, le clocher fut bruslé du feu qui tomba dessus; la piramide. une dos plus hautes du royaume (de G. de I^amps) fut totalement réduicte en cendres avec le point rond du coMir en sa cduveilure et plusieurs débrits es murailles. Il y eut neuf cloclies fondues qui osloient dans ladite tour. » A cette occasion, un chroniqueur fait rema iiiuer que François de .loyouse, dans l'espace d'une quinzaine d'années, vit des iicendies s'attaquer aux divers iiMin u m ent s confiés à ses soins; ce sont le château de Gaillon et l'archevêché de Rouen, l'abbaye de Marmoulier, les cathédrales de Narbonne et de Toulouse, d l'abbaye de Fécamp.

Les bénédictins ne cédèlent pas au découragement.

I>u métal fondu on coula une urosse cloche sur laquelle on lisait: «Quérolent, gouverneur pour le Roy en ce Mont-St- .Michel, me nomma l'an l.")98 ».

Cardinal l-r;in..<iis île Jovense. abbé du Mont iKiSSliîlSi. POUFSeCOUer l'inertie de

l'abbé, à la requête des religieux, le parlement de Rouen décréta que « veu les grandes ruines ari'ivées ». il « seroit pris pai-cliascun an la sonmie de 1.200 écus, sur le plus beau elle i)liis clair revenu de la dite aiiliaye, pour estre mis èsditesréparations jusquesàcequ'icelleseroit remise en bon estât». François de .loyeuse « commanda à ses agents d'y faire travailler incessamment et en donna le soin particulier à Pierre de la Luzerne, gouverneur. » On refit « les trois pilliers et grande partie de la nef, à l'entrée de l'esglise qui estoit tombée faulte d'entretien, non sans mettre les armoiries dudit cardinal à un des pilliers au-dessus du benestier à l'entrée, et sur un autre pillier ces chypliies 1(iO!(, et aussy ses armes et celles de quelques moynes. au haull îles croisées. » La même année, le gouverneur et le lieutenant ■< firent

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parachever le clocher, tant murailles que couvertures et plomberies. » En outre, ils fondirent « la plus grosse des cinq cloches de partie du métail de l'incendie », avec l'inscription : « François, cardinal de Joyeuse, abbé de ce lieu, et Nicolas de la Motte chantre, 1609. Sancte Michael, ora pro nobis ». On fit aussi « dudit métail, les »". 4" et .5« cloches, sur laquelle :^>' sont inscrits ces mots : « Noble seigneur Pierre de la Luzerne, seigneur de Drévent et gouverneur de ce lieu, et nolile homme .Jean de Seurtainville, seigneur de r^anctot, son lieutenant, KiOl) » ; les autres deux ont esté refondues Tan 16.33. >>

Sous l'abbé Henri de Lorraine, duc de Guise, par les soins de son procureur le P. J. Gastaud, de l'Oratoire, on dressa i< le procèzverbal des réparations à faire, qui monta à trente mille escus et plus, et l'abbé, venu en âge, a faict plusieurs réparations et tout ce particulièrement oi'i sont appliquées ses armoiries et des croix de Lorraine. » On eût la bonne inspiration de bâtir, à l'extrémité ouest de la terrasse, le robuste contrefort par lequel « tout l'édifice dudit plomb du four, de la tour de l'horloge et des infirmeries, est soubstenu et sans lequel pilier tous les bastiments s'en allaient à bas ; il a cousté plus de ([uinze mille livres, et porte les armes de M. de Guyse ». Le P. Gastaud s'appliqua à " raccomoder le i)lus itossible des bastiments de l'abbaye, fit parachever la partie du lambris de la nef, vers la grande porte, avec les armes de l'abbé. » Naguère, le sol du préau du cloître était recouvert de plomb. En 1623, on eût l'idée de le remplir de terre ; mais, c'était une fausse manœuvre, et quelque cinquante ans plus tard, « on osta la terre à cause que ledit plomb ayant esté gasté en plusieurs endroits, l'eau commençoit à gasler la voulte de la salle des chevalliers ».

A partir de 1G37, tandis (jue le prieur installait les armoires de la sacristie et achevait le moulin à vent sur la tour Gabrielle, on élevait « la haulte et épaisse muraille qui clost la croisée de l'église du costé du septentrion, soubs l'arcade du clocher dans le cœur d'icelle, pour soubstenir les voulles et la tour dudit clocher qui menassoit l'uyne et l'on fit passer un filet blanc d'enduit à toutes les jointures des pierres de l'intérieur des murailles. » En lO'JO, « Pierre Béraud, sieur de Brouhë, agent de l'abbé, fit parachever les deux dortoirs suljalternes dans le grand réfectoir, et dans la grande salle de dessoubs (qui servait autrefois de plomberie), il fit accomoder le réfectoir ; il fit faire tous les degrez par où on monte du réfectoir aux dortoirs et à l'église, et pour cet efi'ect il fit percer une voulte ; de la chapelle de la Magdelaine, il en fit faire l'hostellerie, cornnie elle se

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voit encore aujounl'huy, y faisant nieltrc unel)elle cheminée, vitrer la grande croisée et i»lanclieyer li- lias de l'estage de soliveaux qui! y avnit falft mettre avec des aisses de sapin, portes, fenêtres, cloisons : il fil plancheyer de sapin les dortoirs, la chambre de conférence, le réfectoir, avec les bancs à dossiers, vitrer les croisées, mettre portes etfenestres ; il fit refaire quelques pilliers du cloître, qui estoient l)risés et accomoder les lieux conventuels où les moines s'installèrent. «

De l'avis des religieux, M. de linuihc i< lit ru\ner la ciia)ii)i']le de Nostre-Dame des Trente-Cierges, porter l'image de Xosti-e Dame sur l'autel de la Chapelle soubs-terre, et fit faire, au lieu de la chappelle des Trentes-Cierges, un passage pour passer les provisions venant des. poulains par la roue. » En 1630, le prieur I). Bède, « voyant que la chappelle de S. Jean Baptiste, située en la croisée de l'église, du costé du midy, n'estoit plus desservie à cause ({u'elle estoit mal disposée, il la lit démolir, et la grille donnée par Galjriel du Puy, fut accomodée et portée entre le grand autel et le cumu- où elle est fort utile. » Trois ans plus tard, on n^'ondit deux cloches, Benoîte et Calherinr, dont •■ les fourneaux furent dans les salles basses du côté du septentrion; le prieur Pirou fit faire la petite sacristie des séculiers et la petite muraille qui suit et fit peindre sur une pierre le portraict de S. Benoist avec une sentence de S. ( Jrégoire, laquelle il fit pozer au-dessus de la porte de ladite petite muraille, pour entrer à l'église. » Et l'on h paracheva de couvrir d'ardoises le cloistre et la partie de l'aisle de la nef de l'église du costé du midy, laquelle auparavant, depuis la tour de l'horloge jus(iues au vis de la chappelle de la Sainte-Trinité, estoit couverte de plomb sur leipiel on marchoit de plain pied, comme aussy estoit le dit cloistre sur son chevron, lequel plomb du dit cloistre, le sieur de Brouhë avoit faict oster, comme aussy celuy de la dite aisle d'église, sur tout quoy il fil mettie ladite ardoise. » En cette même année iGo-'i, a au mois de febvrier, la croix que l'abbé Hildebertlil l)astir dans les grèves erdre cy et Genests, fut veue à descouvert l'espace de huict jours : » on devait revoir l'emplacement cin<juanle ans plus tard. L'un des piliers du clocher ayant jierdu son aplomb, avec menace pour la voûte, on le consolida à laide d'un « empâtement et de la muraille à costé dans laquelle la porte est comprise pour aller de la croisée du midy dans le bas de la nef et sur le Sault-ilaullier, sur laquelle jiorle il y a une croix de Lorraine. »

De temps à autre, un iin|ioilanl Kx-volo ( ontribuait à la décorationde l'abl)atiale, etc'est ce ipii arriva, .mi particulier, à laulomne

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l-lgUsc paroissiale, autel xvii' s

de 1G37. Charles de Gonzagne, duc de Nevers, venu en pèlerinage treize ans auparavant, avait promis un talileau figurant S. Micliel, vain(iueur du démon. A son retour à Paris, il le commanda pour l.'-200 livres, en versant à l'avance 700 livres. Les guerres et la mort du duc tirent que l'afTaire traîna en longueur, et ce n'est que le 22 octobre qu'on apporta la toile au Mont oi'i les moines durent verser un reliquat de 500 livres. « Le tableau, long de 12 pieds et large de 14, re])résente la Chute des Anges; les armoiries du prince sont audit tableau, quoy qu'on ne les voye pas à cause qu'icelluy estant à l'autel ilu «iraud S. Michel ilans la nef, le quadre du dit autel en cache beaucoup, et particulièi'ement l'écusson ».

En ](i;>S, on découvrait « une partie du logis abljatiai couvert de plouili, du costé proche la tour F'errine vers les grèves, pour > mettre de l'ardoise ». Le 7 avril JtiiO, un vent violent renversa deux pyramides de l'abside, (jui « tombèrent par terre, etles toits des logis en plusieurs endroicts furent mis à lias et les vitres cassées ». De son côté, le prieur .levardac commanda « un banc en forme d'impériale, composé de trois chezes avec trois couronnements, pilastres, entortillés avec toute la fasson et artilice, et le fit placer proche du grand autel du costé du cloistre, pour servir à seoir le grand prebstre et ses olTiciers. diacre et soubs-diacre ; la pièce est fort belle et bien recherchée et revient environ à :'.(IU livres » (iG'ili. Au cours de cette année, on dressa un procès-verbal « des répai'ationsà faire, qui montaient à une somme d'argent immense. » On s'appliqua notamment à « estager les piliers du chœur et à jeter les fondements d'un gros pilier pour soutenir le vieil dortiiir. ou salle Souvré. »

Le xvn'' siècle fut jiour l'orfèvrerii'. comim? pour certains auti'es arts, ime période din-ant lacjuelle on vit disiiaraitre une quantité d'œuvres charmantes des âges précédents ; le retour à l'antique, comme on disait, faisait considérer ces bijoux, à la fois si pittoresques de lignes et de couleurs, comme des productions l)arbares. et l'on n'hésitait pas à les mettre en i-reuset. p]n l(i2o. M. de Brouhë, agent de l'abbé de Guise. « lit refundre plusieurs vieilles argenteries qui ne servoient de rien estant conservées en la thrésorerie de l'église. M Avec la matière, il lit faire un calice et sa patène, aux

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armes de l'aljbé ;iine lamiie d'arj^^ent de gi'andour nmyenno avec ses chaineltes de même, qui bridait devant le maitre-autel, ainsi qu'une « manicule » ou navette, pour l'encens, l'un et l'autre avec les armoiries de l'abbé ; enfin de « deux petits encensoirs pour lors en la tbrésorerie, » il fit un encensoir d'argent. De son côté, pour honorer saint Maur, jîatron de la dite congrégation réformée, D. Bède mit ses restes dans un petit reliquaire d'argent doré en forme de paix. Un peu i>lus tard. D. du Pont lit refondre « qut'lcpies argenteries rompues et inutilles, et la bouetle auxsainctes hosties, qui se gardoit autrefois dans une custode suspendue avec une poulie au grand autel. » Avec cet argent, du poids de trois marcs et demi, on fit, aux dépens de l'abbé, « le s. cyboire et le soleil poiu- mettre le corps de N.-S. en repos, l'un et l'autre se montant par un vis sur un mesme pLed. » Enfin, sous la prélalure du cardinal de Joyeuse, le brasdesaint Laurent, conservé ilans un reliquaire d"or etd'argent, (' faict soubs ral)ljé Pioliert, l'an llti."), » fut placé dans un bras reliquaire en argent, sans doute plus en rapport avec le goût de l'épocjue.

Dans la suite, le prieur D. Huillard « fit changer ijlusieurs argenteries cassées et inutilles et avec elles les deux grands chandeliers donnés jadis par le duc de Bourbonnais », et en fit faire un bénitier d'argent, avec son gouplUon, six chandeliers « de petites et moyenne hauteur, ([ui servent à l'autel N.-D. du Rosaire (juehpiefois aux processions et au retour de celles-ci, sur l'autel de S. Michel. » On fit également « l'impériale qui se met sur le l)aston de chantre, et le Ijaston du massier ])Our la jjIus grande partie. >> le tout du poids de 1.") marcs en\iron. Di> plus, le prieur acheta, à Paris, « une petite Notre- Dame, tenant son petit Jésus sur un bras et un sceiJtre de l'autre main, le tout d'argent, » sur piédestal c, couleur d'esbaine », dont le prix était d'environ 130 livres ; on la portait aux processions du Rosaire.

Les A',»- To^o ajoutaient à l'ornementation de l'abbatiale. Le sieur de Broulîë, non content de laisser une sounue pour l'entretien li'une lampe, la célébration d'un service et l'exécution d'un autil à Saiut- Miehel. légua de « petits tableaux et deux petits reliijuaires. » Les reliquaires avaient la forme ovale ; l'un contenait, « entre deux christaux », des reliques que ledit sieur avait rapportées de Rome ;

S'' Anne et la Vi,;r^e Statue XVI* s. (c;.-!. paniiss )

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le second offrait, d'un côté, plusieurs reliques et. de l'autre, l'image peinte de S. Laurent. Ce dernier objet avait été donné au légataire par le supérieur D. Tarisse, de passage au Mont. Un autre reliquaire, (jui se distinguait par sa forme et sa décoration, était « composé de cinq lames d'argent, sur lesquelles il y a huict images en peinture et, entre autres, le ij(jrlrait du sieur rie lîrouhë assistant sa fenmie au lit de la mort ; » le portrait de la femme était « peint au costé inférieur d'un des couvercles ».

Cependant, de temps à autre, l'abbatiale s'enrichissait d'œuvres de peinture, de sculpture et de broderies qui en rehaussaient l'éclat.

On plaça « dans la chapelle de S. Pierre du Circuit, du costé du septentrion, un tableau de la hauteur de 8 pieds et de .5 de largeur, après luy avoir faict faire un beau quadre tout plain, lequel tableau sert de contretable à l'autel et le mistère d'icelluy est la Nativité de Nostre-Seigneur ; il avait été commandéparleprieurduPont "(lt>4;'>)- Au mois de décembre 1644, Fabbé de Souvré envoya un tableau qui fut placé dans la chapelle du circuit, jadis dédiée à S. Aubert et nommée du Petit-St-Michel, àcause de cette toile; '< il sert de contretable à l'autel et est parfaictement bien faict ; S. Michel y est merveilleusementbien représenté, soubs ses pieds tenant le diable avec un javelot forgé artificieusement ; il est hault de 8 à 9 pieds et large de 4 pieds environ ; et les armes dudit seigneur y sont placées avec le chapelet et la grand'croix de Malte. ■> Cette toile coûta 600 livres suivant une Chronique, cjui ajoute que Souvré donna aussi » le beau parement blanc des grandes festes, qui cousta environ 7.000 livres ».

A la même époque, on acheta à Paris « une pièce de velours à fleurs, couleurs humbles », dont on fit « un parement d'autel sur lequel on a mis du ciincquant d'or de bastin », ainsi qu'une « bourse

La Madeleine après la llésuircction

Peintuie mur. du xv' s. à réglise pnroiss.

(dess. Vuisin'i.

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à corporaux et un voile : » de plus « une écharpe pour servir au sous-diacre et qui était de « toile d'ai'gent à tleurettes rouges, garnye de dentelles d'or, longue d'une aulne et demye environ. » Enliu, le prieur commanda à Pierre du May, l)ri)deur à liennes, « un voile de satin blanc en broderie aux cjuatre angles et au milieu d'or, d'argent et de soye à tleurs », avec « une croix de broderie et de tleurs au milieu et de grandes dentelles d'or autour. " Quelques mois plus tard, D. Huillard fit exécuter une « chappelle complète et ornement de satin à fleurs, fond gris cendre relevé de grands feuillages, composés et tissus de hautes et liasses couleurs. » La superbe commande comprenait le devant d'autel avec une cioix du Saint-Esprit de toile d'argent, « travaillée et recouverte de soye incarnadine diversiliée, « la chasuble et les deux tvmiques. même satin avec les orfrois en toile d'argent; deux chappes pour rluintres, en satin avec orfrois : une « belle chappe » pour le célél)rant, de toile d'argent ornée et travaillée en texture de tleurons de soye diversifiés. » Cette chapelle complète, « enrichie de clin([uaut my or et iny argent », par o la bonne (économie » du [irienr, ne coûta que (iOi) livres. De plus, D. Huillard commanda u une parfaictement belle aube de toile de baptiste avec de belle et grande dentelle de fine Flandre, passement, entretoille, le tout de Flandie » du prix de 100 livres; ainsi qu'une belle ceinture de soie « à tresse ronde, avec i^endant, le tout cramoisy avec bouffes et toutTes de mesme soye recouvertes de fil et clinquant d'or à l'aiguille. " moyennant 20 livres. Quant à l'amict, il était aussi de toile de liatiste i. avec grande dentelle », et, pour confectionner l'aube, on se servit >• d'un beau rochet tout neuf » ayant appartenu à un évoque, lecpiel rochet unprestre donna au prieur du Tronchet, ([ui le vendit à D. Ihiillard <i à fort bon marché » .

Parmi les moines du Mont, il .s'en trouvai! ini, D. l'hiliiierl t;iiapel, dont les doigts délicats excellaient dans l'iirtili' hi broderie, et l'on pense bien que le couvent mettait son hilcnl à l'inlribuljnn. 1! exécuta « un voille de toille d'argent lleuronnéi- de rouge, avrc une croix d'argent en broderie et une XosIreDanie au milieu, aussy en broderie. » Secondé par d'autres artistes, D. Cliapel lil neuf voiles de satin « en l)roderies et ornements de dentelles d'or, d'argent et de soye 1), et l'un de ces voiles de satin blanc avait une croix de Saint- Esprit, en toile d'argent ; ainsi que trois autres voiles en satin rouge enrichi d'or et d'argent, en satin n^ir enrichi d'argent, en damas vert avec croix du Saint-Esprit en broderie <rargeul, el (piatre voiles communs « de gros de Nai>les, noir et blanc, à tleurons blancs. » Le

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plus remar([uable était un voile <i de salin violet, en broderie, fort beau, '> valant "iii livres. On coiiFectionna également deux bourses à corporaux. l'une en satin blanc à liroderie d'argent, etl'autre en satin rouge avec croix du Saint-Ksprit. et aussi des voiles et bniu'ses d'étoffe commune.

Aussi bien, tout en s'adonnant à la prière, à la médilatinn et à l'étude, les moines veillaient à suivre " l'instrucLion du glorieux Père S. Benoît, qui veult ipie ses enfants s'occupent à l'art et à l'œuvre manuel. >> L'un des religieux « lit dix beaux cierges, façonnés, paincts, dorez et mignonuement pinces .. pour servir aux fêtes solennelles.

Le prieur I). iluillard se distinguait par son goût pour la lieauté du culte et pour la décoration de l'église. En décemljre K.i'i'i, « il tit poser le grand a uti'l en l'iioiiiieur de S. Michel dans la nef au l)as du cœiu', une espace notable entre les deux, lequel avec son marchepied, portes et balustrades , sans parler des figures , revient à 4.500 livres » ; il est « tiiut de bois, et bien coustruict, avecde belles colon nés bien scuipturées ; sur la corniche, près le couronnement, ou mit la figun' de S. Michel composé de lames d'or ducat sur bois. » Faisons remarquer qu'en 1680, l'autel a été enlevé et « la menuiserie a esté portée plus hault et fait le jubé, et l'on y a mis deux i)etits autels. » L'année d'après, la veille de S. Michel, le prieur « fit parachever et mestre en place, par M' Pierre Lourdel, sculpteur de la ville de Rouen, le grand\-rucifix au-dessus de l'autel de S. Michel

en la nef, et oster l'ancien (pii estoit fort dilfcirme et miné par les vers, lequel crucitixqui est sculptiu'é en bois avec sa cioix. son pii''ilêstal en chesne, revient à "JDO livres. » Au même autel, il plaça, au haut, du côté de l'évangile, S. Benoit, et, du côté de l'épitre, Ste Scholastique, « en bois, peintes de noir, » « chacune de 100 livres. » Sous les

Alltel de la \ ierge. wii' s-. avec slalues lie S" .Vnne et de la Vierge, à l'éf^lise paroissiale.

LA MKHVKILI.E

« pieds du S. Michel, couvert de lames d'or ducat situé au-dessus du L;r;md tableau de l'autel dédié au dit sainot, »il installa « le diable de Ijois peint » ainsi que « deux anges de bois doré aux costés de S. Michel, qui reviennent ensemble à 240 livres ». Le mois suivant, « le tabernacle de bois doré, parfaictement beau, avec plusieurs belles et ravissantes petites ligures, achepté à Paris, avec six beaux chandeliers aussy de bois doré pour :Wf) livres, fut mis sur le maistre-autel avec les deux gradins de feuillages et fruits de bois doré par pièces rapportées sur azur. On s'estoit servi jusque là d'une custode, qui estoit du temps de MM. les anciens moynes,et fust ostée.» Le prieur, satisfait du statuaire Lourdel, très habile à modeler en terre-cuite, lui lit d'autres commandes. Le Jeudi-Saint 1647, « le sculpteur ayant parachevé les figures qu'il avoit, il y avoit longtemps, commencées, D. Huillard les luy fit mettre à place ès-niches et corniches de l'autel de S. Michel, en la nef, lequel autel le R. P. prieur avoit faicl baslir et construire l'an 1644; pareillement fut mise à place la figure de l'Ange gardien au niillieu de l'autel, en la place d'un tabernacle, laquelle revient avec les figures de l'àme et du démon, les deux petites figures de S. Martinet de S. Aubert, estimées ensemble 90 livres, les figures de S. Maur et S. Placide, de chasciue costé. peintes de couleur noire, estimées 200 livres : de mesme, de chascun costé, les figures de S. Baptiste, tenant un agneau paschal, et de S. .Joseph, conduisant le petit .lésiis, revenant ensemble avecleurs doreures et fassons à ;^00 livres, toutes lesquelles figures, en sept niches, sont de potterie et terre cuite. » Au même temps, ]). Huillard « lit pendre la porte-neufve «pii se voit à la grande porte d'entrée de l'abbaye, près le Sault-fiaultier. faicle à deux battants et avec un petit guichet, le tout ouvrant sur une pièce et couronnement dormant en haut, h' tout sculpture avec pièces rapportées et un beau cuir dans le dit couronnement et do bon bois de chesne. »

Le goût de D. Huillard pour les arts plastiiiues ne lui faisait rien négliger des « choses utiles ou loniuiodes » poin- l'abbaye. .•\u lieu lie la procure installée « dans la tour de l'horlogo. près le plomb du four, » il mit celle-ci « à l'endroict joignant le doistre, lit

s. Michel, terre cuito

à M. Laas d'A^uen

(prieuré S. Michel île S. Pair!

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faire la grille, vitrai, et baisser la charpente et couverture du dit cloistre pour l'ecevoir le jour. » Pour monter du bas du dortoir au hault, » il « lit croistre l'escalier en forme de vis situé dans la petite tourelle du coin des dits dortoirs, vers seiitentrioii. « Il acheva le contrefort ou » le pilier qui soulitient la grande sale du monastère, autrefois le dortoir devers les vieilles infirmeries, dont il restait environ le tiers à faire, » et qui coûta (iOOO livres. Au lieu de démolir la tour de l'horloge ([ui in(iuiétait. comme on y songea d'abord, on se borna à la réparer. Puis, le prieur lit la porte « ijui clost le cœur de l'église d'avec la croisée et la nef d'icelle, situé soubs et à costé des pilliers du clocher, laquelle est faicte à panneaux avec sculpture relevée en orle, et empesche la communication du bas de l'église, logis abbatial et Sault-fiaullier, c[ui y estoit en ce temps-là. »

Le prieur refit le panjuet de la sacristie, le laml)ris de la chambre commune, et bâtit le pilier près la chapelle de St-Sauveur, « aultrement de la Trinité, du costé du midy, proche les piliers et piramides neufves de l'œuvre », qui coûta oOO livres. Comme la tour de l'horloge menaçait, il installa le mécanisme et la cloche-timbre dans la lanterne d'une autre tour. D. Huillard renouvela Il le pavé du cloistre, fit plusieurs petits huissets des fenêtres, du costé de la mer, restablit les plomberies du dit cloistre pourjetter les eaues sur le rocher » (^1046). La même année, le prieur « paracheva la belle, grande et spatieuse salle qui se voit dans le lieu où jadis les moynes fesoient leur dortoir. » Grâce au dallage, aux ouvertures du côté du plomb du four et du nord, et à l'aménagement, cette pièce, jadis inhabitable avec ses iielites chambrettes, devint « l'une des plus belles du monastère ». Elle fut ornée de « neuf cartes des plus belles villes du monde et de quinze des belles cartes, tant de toute la terre en général que des royaulmes en particulier, avec un beau tableau de Nostre-Seigneur en croix. » Ensuite, il « fit totalement parachever la bibliothèque au-dessus de la chamljre commime ■> dont les travaux, avec buffets et armoires, montèrent à :2()00 livres, « avec le petit degré de sapin pour descendre à l'église et la petite allée y conduisant, à costé de laquelle, les livres deffendus sont logez, « Une grande partie du dallage de l'église étant usée, le prieur la refit en pierre dure « prise dans le rocher ». En conséquence, « on a delïaict la chappelle de St-Etienne contre la muraille de la nef. fort mal ])asty, i4 la pierre de l'autel a esté mise droite sur un costé au hault de la descente jjour devaller en la chaiielle de Nostre-Dame soubs terre, pour garder que personne n'y tombe. »

Le prieur mit en état » le rempart entre le dongeonetla tour des

270 L\ Mi:il\ElI.I.K

Corbins, du costô do. l'église, vis à vis du ])etil jardin de riioslollerie, lequel rempart fut rabaissé et relraissy et une orée de pierre taillée sur maronnerie de taille y fut apposée ; de même le pignon du dongeon du costé du dit petit jardin lui razé à l'égal de la couverture, à coups de pics et de marteaux, lequel surmontoit de beaucoup et estoitruyné. » 11 répara « le plomli du four, situé au bout du pignon de l'église » avec parapet et garde-fou « tant de la muraille du plomb que de la i)etite tourelle ou guérite qui estoit ruinée, et a esté mis presque tout au nyveau et amorty de la belle pierre de taille. » En ce qui regarde le réfectoire, il construisit un fruitier et une pièce pour disposer les ustensiles et les desserts. Selon l'ordre du visiteur, il plaça une clochette à la porte vers la cuisine, avec une petite logette pour un portier. Une chronii{ue fait remarquer qu'en cette année Kl'il), il y avait sur le chartrier un « petit corps de garde » et i(n'nne rondedenuit était faite par (I un caporal de l'esquade et deux soldats. » Mais le grand corps était au sud, et «un soldat, nommé Le Coq, ayant la fièvre chaude, saulta de dessus la tour Perrine, où sont les logements des dits soldats, jusques sur le rocher d'en bas, auprès des pièces d'artillerie verdes. >> C'est pourquoi le vulgaire appela cet endroit le Sault du Coq ])ar « allusion au sault de ce pauvre homme, et au Sault-Gaultier, qui peut estre a pris sa dénomination en cas pareil. » Dans un traité passé à cette épocjue entre le gouverneur et les moines, on lit : « Sur la citerne du Solier, entretenue en estât pour tenir l'eau à la nécessité des soldats et provision de la place, et les soldats ne feront monter communément les pèlerins dans la tour par la porte de la chapelle de l'Annonciation, mais parla porte de dessous r(Euvre, et ce sera à la réservation des personnes de condition et d'éminente dignité, y

Sous '< la direction du P. Augustin Moinet, très exjtert es liastiments o, D. Huillard lit » le petit escallier à descendre du haut dortoir dans l'église, près la porte de la sacristie. Ani)anivant. il y avait une cloison entre les deux degrés, sçavoir : celui du bas dortoir à monter dans l'église, et celui du haut dortoir, lequel estoit fort mal faict et môme dangereux, à cause du lieu ténébreux, au lieu duquel cestuy-cy a esté mis de sepl nuin-iies sjialieuses de sapin. » Enfin, le prieur lit poser la cloclielle n à la nouvelle entrée du monastère » avec « serrures commodément »,et acheva le dallage de l'église pour la somme de 1000 livres.

Dans ce concert des arts pour honorer S. Michel el embellir l'abbaye, le prieur et son sculpteur gardent uik^ i)ku-e très honoral)le. L'écuyer « Jehan Giroult, seigneur de Ronlhon, conseiller du

roy, vicomte d'Avrauehes » frère du celleriei', u fit présent de deux beaux grands tableaux, l'un reniply d'un parfuictenienl lieaii Crucifix à quadre blanc et ouvragé, et l'autre, d'un Jésus portant sa croix dans un bois ou désert, sans (piadre. auipiel on a faict un de

Jacques de ?uu\ro, abbé Ju Monl. gravé par Lenfanf, d'après P. Mignard.

la mesme fasson, et le R. P. prieur les a faict mettre en la grande salle et depuis dans l'église. C'était pour recongnoissance de ce qu'on a permis au sculpteur, M, PieiTe Lourde 1, de lu y faire une

figure de suisse en poterie, estant noii-N dans le monasléi'c qiioyque iceluy Lourdel n'ait pas despencé la valleur des dits tableaux. » L'année suivante (1018), on reçut un « tableau sur toile, liant do 14 à 15 pieds et large de 10 à 12, dans lequel est le portrait ilcl'aljbé Jacques de Souvré, grand-croix de Malte, lequel est représenté à cheval et armé de toutes pièces; le liit tableau, à ses armes, est tort beau et a couslé Ion livres au dit abbé, et on l'a fait enchâsser

dans un beau cadre de bois menuisé et mettre en la grande salle. »

On sait que le coinniandeur Jacques de SouM'é eut é,L;aleiiienl son portrait peint par l'ierre Mignard, et gravé par Jean Lenfant.

Son tombeau, œuvre des frères Anguier, consistait en une statue à demi-coucbée sur un cénotaphe rehaussé de colonnes. Le monument s'élevait tlans la Maison de l'ordre de Malte, non pas celle dite du Temple, dont il ne reste rien, mais dans celle de St-Jean de Latran. Ce dernier édifice, privé de ses ornements et du tombeau à la Révolution, subsiste dans la rue St-Jean de Reauvais et sert d'église Roumaine.

A son tour, le prieur D. Charles Râteau (1648-51) décora de peintures les lambris de la bibliothèque et orna la sacristie d'élégantes boiseries. D. Moynet, versé dans l'architecture etdésii-eux d'exempter les lieux réguliers des rondes mihtaires (pii troublai. 'ut la vie religieuse, ouvrit plusieurs corridors et aussi ht descendre la roue dans les salles basses. En IBGl, ce religieux dota de rétables en bois sculpté dans le goût de l'époque, avec colonnes et guirlandes, les autels de Notre-Dame et de Saint Aubert-sous-Terre ; puis, l'année suivante, les chapelles du Circuit jilacées sous le vocable de Saint-Pierre, de Sainte-Anne et de Saint- .Michel, cette dernière dite Saint-Michel-le-Petit. Dans la suite, im bénédirlin Mimlois, Jean Loiseau, qui avait fait profession le 37 janvier Hiti'i, orna les cliapelles de toiles qui ne furent pas trouvées sans mérite. Peut-être le Saint-Pierre qui se voit au rétable du maître-autel, à l'église paroissiale, est-il de son pinceau. Quoiqu'il en soit, le chapier s'enrichit de deux ornements de velours, l'un unir et l'autre vert ; et, sousl'abba-

ff J :

Tombeau de Souvré, par \nguier, à St-Jcan de Latran, Paris.

tiat il'Etienne d'Hautefeuille ! 1(170), l'église fut dctpe d'une superbe chaire.

Dans la suite, on ne relève plus que des ouvrages moins importants. Le prieur D. Pierre Terrien (1684-87) « fist dorer le tour des chapelles et fist faire la chapelle du Thrésor, dite la Trinité ou de Saint-Sauveur, autrefois N.-l). de Pitié, où l'on transporta les reliques. » Le prieur I ». .loseph Aubrée (1687-90) lit " raccommoder la salle des chevaliers et trans[iorter la roue des Poullains. » Le prieur D.Henry Fermelys (1690-93) est dit avoir « commencé l'ouvrage delà Merveille et fait boiser les lieux communs. » A cette occasion, nous ferons remarquer que parmi les toiles dues à des peintres de la région, on doit signaler, à l'autel de Beauvoir, le curieux S. M/r/irl. qui est

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s. Michel par le Guide, église des Capucins à Rome.

S. Michel, copie du Guide, par de la Vente (église de Beauvoir).

une bonne copie de celui-ci du Guide aux Capucins de Rome : le tableau est signé : « Fr. de la Vente Virceus (Vire) piuxit 1762. »

Nous avons exposé, d'après les chroniques du Mont, la genèse admirable de la formation de l'abbaye, Nous ne pouvions nous adresser à des guides i)lus sûrs que les bénédictins eux-mêmes, en

27i I. \ Mi:il\i:il.I.E

possession des documents les plus autorisés. Avaiil df iioursuivre notre étuile, il est à propos de donner un conii d'u-il treasemble à ces monuments superbes, et de nous arrêter un instant devant la grande niémoiie des maîtres don! ils gardent le mystérieux souvenir.

Dans un cadre idéal, préparé par la nature avec l'inimualile granit et le Ilot perpétuellement agité, la main de Tlionurie a réalisé une œuvre d'une incomparable magnilicence. Au nord, c'est la « Merveille », ou la partie monastique, au front immense égayé par le sourire de ses baies ogivales et par les frondaisons des derniers vestiges de la forêt de Scissy; au sud, c'est « le C.liatelet », ou l'ouvrage niililiiire. avec l'enti'ée imposante, pareille à deux canons géants sur leur culasse, la salle des gardes et « le granddegré », enfin, dominant le tout, de son envolée aérienne, le « Grand-Œuvre », ou l'abbatiale, qui plonge dans le Mont ses racines de granit, objet de l'admiration de Vauban, et qui jette dans l'azur du ciel sa flèche, ses toits, ses balustrades ajourées, son escalier de dentelle et ses pinacles finement ouvragés. .Jamais spectacle ne fut pins digne de susciter l'enthousiasme et de laisseï' dans l'esprit, l'imagination et le cœur, une impression à la fois plus p)uissante et plus suave, plus pénétrante et plus ineffaçable.

Cette douce émotion ne fait que grandir si l'on descend aux détails. C'est tour à tour l'imposante substruction des Montgommeries avec l'autre vaste pièce à deux nefs, la hardiesse du réfectoire, la splendeur du scriplorium, dit salle des Chevaliers, la légèreté du dortoir supérieiu- et la grâce aérienne du cloître, dont les sveltes colDunettes portent des parterres de lieu rs et de feuillages, taillés dans la pierre comme par une main de fée.

A son tour, l'intérieur de l'abbatiale avec son chu'ur élancé, son déambulatoire et ses chapelles élégantes, rayonne de tous les enchantements d'une architecture grandiose, dont le charme s'augmentait de la magie des vitraux aux émaux étincelants, de la magnificence des autels, de la richesse des parements, des châsses, des décors et des mille objets réunis par la foi des siècles. Dans ces nefs merveilleuses, le regard aimait à suivre les longues théories des moines aux prières dolentes pareilles à la mélopée antique, à voir se dérouler les cérémonies solennelles du culte, présidées par l'abbé en costume épiscopal, et â recueillir les impressions profondes, qui comme un arôme pénétrant se dégagent de la liturgie catholique. .\ son tour. Fouie goûtait avec délice la suavité des chants îles religieux et la voix tourâ tour suave et retentissante du grand orguo, si justement aj)pelé le mi des instruments. C'étaient

LA MKKVKILLE

là des fêtes incomparables et un si)ectacle absolument inoublia])le.

La tlamme du foyer ra\onne en raison de son intensité et de son élévation sur la cime, et ({uelle cime jamais envoya sur le monde des rayons plus ma^niticfues (jue le Mont de l'Archange ? A rinstar île la superbe irradiation des lettres et des sciences, les arts exercèrent une sérieuse influence sur la région, non seulement en Normandie et en Bretagne, mais dans une sphère fort étendue. A l'école des miniaturistes et des enlumineurs, il se forma un essaim de moines ipii propagèrent les notions et les procédés artistiques. Les grâces du cloître suscitèrent des admirateurs et les délicats fleurons apparaissent notamment dans le petit porche sud de la cathédrale de Dol. Le très remarqualile soubassement de l'abbatiale, qui la frange d'un faisceau de lignes aussi harmonieuses que puissantes, fut imité par les architectes de N.-D. de Saint-Lo, de la cathédrale de Saint-Malo. de l'église de Saint-liermain de Rennes et d'autres.

Pour ce qui est des arts plastiijues, les types iconographiques acceptés par le

Mont pour la représentation des Saints, notamment pour S. Michel, S. Aubert et d'autres, devinrent comme le canon dont les artistes s'inspirèrent pour sculpter, peindre ou Ijroder, non seulement dans les monastères en rapport avec le couvent Michelin, mais encore dans la province, ainsi qu'on peut s'en convaincre par la visite des églises de la région Normano-Bretonne. Tandis que le granit profilait ses belles lignes architecturales réfractaires à la morsure du temps, la pierre ou << carreau » de Caen fournissait au statuaire des ouvrages d'un caractère plus affiné. La statue de Jean de Lamps, agenouillée au sommet d'une colonne, dut inspirer une O'uvre analogue qui se voyait dans la cathédrale de Dol, et dont il reste la colonne avec les armes et la date ir)37, ainsi que nous l'avons dit.

Considéré depuis ses originesjusqu'ànosjours, le Mont constitue comme un cours tangible d'architecture nationale du plus haut intérêt. Le soir de l'art mérovingien se reflète dans l'oratoire, élevé par S- Aubert sur la partie occidentale du rocher. Cette chapelle, de

Cathédrale de Roi, petit p., relie latéral .ivee lleuroii?. \iu' s.

I, \ Mi;ii\F.ii.i,ii

forme « l'ont » suivant les chroniqueurs, ou peut-être polygonale selon le goût assez répandu, semble avoir laissé un souvenir de son emplacement dans les vestigos d'un édicule à luiit pans en petit appareil, dont on voit des restes dans les soubassements de l'ouest. 1! en était de même probablement du « Mostier-Saint-Perron », dans leijuel S. Aubert fut enterré, et l'on sait que par une série de transformations cet édifice est devenu l'église paroissiale de Saint Pierre. L'ère carolingienne n'aura pas manqué d'imprimer son cachet à l'œuvre architecturale, aussi bien que la période capétienne. Cette jiériode de l'ère romane secondaire s'est survécu dans l'église bâtie vers 965, et qui jiarail avoir compris une nef principale avec un collatéral au nord. La fai'ade à l'ouest est conservée en partie dans les murs du charnier percés de fenêtres à claveaux de brique, tandis que les murs latéraux persistent partiellement dans l'enveloppement postérieur des deux nefs opéré aux siècles suivants. La portion orientale de cette église se montre dans les soujjassements des nefs de l'église actuelle : les murs du noi'd et du sud sont aiqiarus avec leur entablement e.xtérieur au niveau de celui du charnier. Les murailles et les ouvertures avec claveaux et encadrement de brique sur champ, notamment les portes, présentent tous les caractères de cette époque.

A son tour le xi" siècle, sous la dii-ection de l'abbé Prince Hildebert, a créé sur une plate forme hardie l'église à et ouvriers, [^.^y^^ nefs, qui est conservée en grande partie. A la zone

fllS-UU. .11. '' c> 1

inférieure, on remarque l'église souterraine avec sa façade percée de deux portes, ses trois nefs, coupées par les murs de refend du xvni'' siècle, et qui se prolongeaient vers l'ouest jusque sous le chœur, ainsi que des fouilles l'ont démontré. Kn chacun des collatéraux, un escalier mettait en communication les deux églises, et les deux degrés, connus par les plans anciens, ont été retrouvés. Le style romain secondaire et tertiaire avec ses colonnes, ses ouvertures, ses voûtes d'arêtes et en berceau, et ses motifs d'ornementation, a imprimé son cachet sur les trois nefs, sur la tour centrale complètement rebâtie, et sur d'autres portions. On le retrouve également dans le bourg, à mi-cùte, sur une porte romane, seule survivante d'une série d'arcades mentionnées par les anciens documents dans le voisinage du Logis Typhaine.

Mais, pour ne pas sortir de l'abbaye, cette iiériodc du roman tertiaire parait dans les constructions de Roger II au nord de l'église-

i.\ mi;kveille 277

La crypte inférieure ou promenoir alors ouvert, au-dessus le réfectoire anrien, rua el Taiitri^ à deux nefs avec colonnes centrales, et, au-dessus, le doi'Loir, le tout appuyéà l'abbatiale, forment un groupe architectural d'un grand intérêt, tant parla hardiesse de la conception que par l'originahti'' île l'exécution qui l'a fait soudei' avec l'église, ainsi (jue par les détails des chapiteaux, oi'i le granit n'a pas permis de fouiller à l'aise. A son tour, l'ère de transition du xu'' siècle a laissé son empreinte sur les nombreux ouvrages, en partie ruinés, de Robertde Torigni, tels que les deux tours, les inflrmeries et les autres bâtiments que nous avons menlionnés. Mais la Merveille surtout a droit à notre admiration, et. de nouveau, l'on nous permettra bien d'exprimer à cet égard notre manièi'e de voir, liasée sur l'aunl yse du monunKînt rapprochée des chroni({ueurs.

Après avoir assis sur li'S inégalités du roc lui soubasseuK'ut puissant qu'il serait curieux de sonder, on étal dit le rez-de-chaussée destiné au rôle de servitudes, grenier, cellier et dépenses où les provisions étaient amenées à l'aide d'un poulain ou cable descendant jusqu'à la grève. (îe rez-de-chaussée, formé de deux nefs à voûtes d'arêtes, séparées par une rangée de colonnes monolithes, a toute la robustesse nécessaire pour porter la partie supérieure en enqjruntant l'appui d'une série extérieure de vigoureux contreforts reetilignes correspondant à chaque travée, éclairée au nord par autant de fenêtres élancées et étroites. A l'extrémité ouest de la première salle, dans l'épaisseur des murailles, on tailla vers nord un escaliei-, et vers sud, un monte-charges pour le service de l'étage supérieur.

Je dis l'étage et non les étages. A l'examen des contreforts, du glacier du nord et de l'ouest, de la disposition d'ensemble el de détails, on s'aperçoit que le projet primitif comportait un seul étage. 11 fut occupé par le réfectoire monastique, formé de deux nefs correspondant par leur forme et la place des colonnes centrales avec le rezde-chaussée. Avec ses voûtes élancées de schiste revêtu de nervur^es en granit, avec ses sveltes colonnes et ses colonnettes dégagées aux très élégants cliapiteaux, ses cheminées monumentales seivant de cuisine à l'ouest, sans oublier la cheminée t[u\ chautTait la pièce au centre derrière la table de l'abbé et des nobles invités, celte salle magnifique est l'un des plus beaux morceaux de l'architecture ogivale primitive. Il n'y a guère en France que le réfectoire de Saint- Martin devenu Conservatoire des Arts et Métiers, à Paris, qui puisse être comparé à celui du Mont par la p)ureté el l'élégance des lignes.

Tout le long de cette salle grandiose on installa, en même temps, un superbe promenoir ou cloître, dont les voûtes présentent le même

l.A MKIOKII.l.E

La .Mcr^eilli', ri-rectoire du 'i' rlafre, à gauche la chaire du lecteur.

mode de conslnulioii el (rélévatiou (ino le réfectoire : il cmniirend quatre travées que l'on a défigurées par des travaux postérieurs et qui alioutissent à la chapelle de Ste-Madeleine ou du Benedicite, d'où les religieux passaient dans le réfectoire. Après cela, el peut-être, à

roccasion des incendies qui oclasionnèront des lavages, nohiiiiiiKMil au déliut du xni'' s., 't qui lirenl rejirendrc li^s l' lits el les voûtes en jiartie, on dut songer à élever la Merveille d'un étage. On bâtit audessusun autre réfectoire, avec voûte lamlirissée el charmante série de fenêtres à alvéoles inspirées de !'( 'ricul, l't la piéci' de dessous servit à des usages accessoires, en particulier de

salle de travail [lour les ouvriers, surtout « les plombeurs », dont le

rôle était important dans l'abbaye.

CeiiendanI, par une conception non moins hardie et grandiose,

on avait prolongé la Merveille vers l'ouest en élevant un édifice

soudé au premier avec lequel il s'Iiarnm-

nise à ravir. Ce n'est pas que l'on n'y

remarque quelques différences, en par

ticulier dans les conti'eforts qui présentent

non plus une ligne droite, mais des retraits

avec glacier ; mais le plan d'ensemble est

d'une admirable unité. Quelle magiiiti-

cence eut offert ce monument , si on l'avait

prolongé plus avant vers l'ouest, ainsi (pie

le projet en est indiqué par la double série

des pieires d'attente ! Superbe el vraiment grandiose par sa hardiesse et Tarnpleur de ses lignes, cet édifice aurait été

d'une incomparable splendeur; tel qu'il

est, il délie encore toute supériorité.

Son rez-de chaussée ne devait avoir

que deux nefs avec colonnade centrale

dans l'alignement de celle de la première salle, ainsi (pi'nii le

remarque par les pilastres dans les murs, dont l'élévation dépasse

le niveau de ceux fpii sulisislcnl : mais la cnnci^plinii d'une salle

Réfeclnlrc. fciicstr.itic côlé S.

il'J

supérieure avec trois nefs a lait moditier le plan primitif. On installa donc une double rangée de pilastres quadrangulaires à base et entablement très simples, et l'on jeta dessus des voûtes d'arêtes sans nervures qui retombent vers nord sur des contreforts intérieurs, et vers sud sur des consoles engagées dans le mur. A l'angle nord-ouest, dans l'épaisseur de la miu'aille. on creusa un escalier et l'on installa ensuite un élégant petit pavillon à deux étages qui servait jadis de chartrier, et actuellement tient lieu de musée.

Le premier étage fut occupé par la salle dit des Chevaliers, bâtie dans le premier quart du xin^ siècle. C'est un merveilleux vaisseau connu dans le mondeenlier par l'ampleur et la beauté de ses proportions. Une triple colonnade formant trois nefs avec un couloir, déroule ses fûts arrondis sur des bases à 8 pans rehaussées de moulures avec cordon de perles, fûts couronnés par des chapiteaux de feuillages de forme ronde et d'un galbe parfait. Les voûtes élégan ont leur croisée d'ogive ornée, à l'intersection, parune clefouvragée. Deux cheminées dont les hottes élancées se soudent agréablement avec les voûtes, et deux loggia donnant sur la baie tout en servant de vestibule à des usages communs, ainsi qu'une série de baies élégantes complètent le charme de cette salle unique. Louis XL on le sait. en fit le siège de l'Ordre de Saint- Michel; mais, auparavant elle servait de salle commune pour les réunions du chapitre général des religieux et sans doute aussi de scriptorium, si favorable à cause de sa luminosité et de son chauffage, pour le travail prolongé, la transcription et l'enluminure des manuscrits, facilité par le voisinage du Chartrier. Tandis qu'un petit passage intérieur met cette salle en communication avec les anciens bâtiments, un couloir au sud permettait aux moines, soit de descendre dans la salle par l'escaUer dont il reste les vestiges de l'emmarchement, soit de se rendre au réfectoire vers l'est. Ce couloir longe le mur nord de l'église inférieure, et la façon dont le granit a été rongé indique bien qu'avant la construction de la Merveille, le mur était exposé aux intempéries de l'air. '^■

Coupe transversale de la Merveille.

(Dess. Corroyer).

i,\ Mi:ii\i;ii.i.K

Au dernier étage, comme compléuKmt du nouveau rrfecloire, tout naturellement on installa le nouveau préau ou cloître, pour le délassement et la méditation des moines. \ l'instar d'un arbre gigantesque, les racines de la Merveille iilongent dans lo sol granitique ; le tronc est formé du premier étage si admirable, et la ranun-e s'épanouit en une fondaison de dentelle sur les arceaux du cloître, garnis d'un véritable parterre de fleurs sculptées. On ne sait qu'admirer le plus de la colonnade de granit brun qui l'enveloppe de ses tiges élégantes surmontées de chapiteaux de feuillage, suiiportanl une série continue d'arcades aveugles, ou de la culoimade de granitelle rouge dont les colonnes passées au tour sont disijoséessur deux

rangées en trépied .

Mais le charme principal réside dans l'élégance des ogives qui s'enlacent avec grâce , dans la linesse de la frise de fleurons feuillages qui court à la partie supérieure, à la retombée de la voûte en lambris, et dans la \ariélé infinie lies écoincons où le sculi)tcur a prodigué, sur la pierre blanche de Caen , les ressources infinies de son ciseau. La plupart sont rehaussées de IleiH'ons empruntés à

ers aspects, siii- siùclc, , , , ,, ,

l;i More, tout "lifieri'uls les uns des autres et dont on remarquera ]ilus pailiculièremenl ceux qui n'ont pas été restaurés.

Le cloître, de forme rectangulaire un jieu plus large à l'ouest, repose sa voûte en bois sur une colonnade de granit avec chapiteaux de feuillages au pourtour et, en dedans, sur une double rangée de colonnes de granitelle, disposées en quinconce par un agencement d'une élégante originalité, qui donui' à rcnlrc deux l'aspect d'une charmante petite nef. A l'austérité du granit et au marliré de la granitelle répond la blancheur de la jjierre de Caen, que le ciseau a festonnée et ajourée d'une véritable guipure. .\ la partie supérieure

Cloître, ilivers ;

LV MEUVIilLLi;

règne une frise formée : au S. de pahnes verticales, distinctes et à peu près identiques; à FO., de tleurons variés (107) avec, à l'angle, des chimères dont une couronnée ; au N., de feuillages enroulés; à l'E., successivement de feuillages enroulés et de tleurons distincts. Les écoinçons, au nombre de OG (S. 30, O. 14, N. 20, E. 12), sont ornés de délicieux tleurons ajourés, la plupart empruntés au règne végétal, avec parfois de petits motifs aux angles du triangle.

Asile du délassement et de la méditation, comme l'église l'est de la prière et du culte, le cloître ouvrait dans ditïérentes directions. Outre les portes aux angles N.-O. et S. -E., dans le mur du midi et en pendant au laoatorium pour le lavement liturgique des pieds, un escalier, dont on remarque les vestiges, descendait : vers O. au réfectoire ancien ; vers E. à la chapelle de St-Symphorien , où l'on accédait aussi du dortoir ancien et qui pouvait servir au susdit réfectoire de chapelle du Bonfdirilc (à moins (jue ce ne soit la salle dite « Cachot du diable >)): enfin, vers N.-E., au scriptorium, ainsi qu'à son voisin le réfectoire à grandes cheminées.

Çà et là, des sujets symboliques animent cette galerie d'une exquise beauté. Dans la frise de l'ouest sont (juatre tètes, dont deux refaites, tigurant un Ecce-Homo avec une tète de femme, peut-être la Vlerye. Sans parler, au nord de l'Agneau triomphant avec l'oriflamme, tel qu'il paraît sur les mosaïques et les médailles, non plus (jue de la salamandre et de tel animal fantastique, on s'arrête volontiers ;i toute une série de sculptures à personnages. A l'est, on remanpie un Crucifix, en face de la porte du réfectoire, et à coté,

un délicieux vendangeur, autre emblème du Christ qui se plaisait à employer la parabole de la vigne mystique. Du côté de l'ouest, on observe le Christ-Docteur assis, ainsi qu'un Christ et deux restes de statuettes mutilées : S. Benoit et S. François d'Assise. La présence de ce dernier est motivée par le fait (pie le gros ceuvre du cloître, tout au moins, était achevé en 1228 et que l'on travaillait à la décoration cette année-là, qui vit la canonisation du séraphique fondateur des mineurs et capucins ; les nodosités de la pierre accusent

Cloilre.aux écoinçons : S. François, le CtiristetS, lienoit.

\.\ MKIlVKIl.l.K

la place des mains levées et sans doute marquées des stigmates, ainsi que le représente un dessin ronservé à la Bibliothr'ijno nationale.

Mais c'est surtout le côté sud ({iii j^arde les motifs les plus précieux au point de vue documentaire. A l'angle oriental, tl'une gaine de feuillage sortent deux tètes nudilées ipii semblent être colles d'un honmie et d'une femme : il y avait au-dessous une légende,

dont il reste un fragment à gauche, où l'on peut lire R()B peut

être Robert, le nom de quelque bienfaiteur, duc ou grand suzerain, avec sa femme, dont les libéralités ain-ont contribué à l'érection de ce chef-d'œuvre d'art religieux au xni'' siècle.

Devant la jiorte (jui conduit à l'église en traversant une salle ruinée (jadis ])ibliothèque, dortoir et salle commune) on remarque un écoinçon, orné de trois personnages sous des dais. Au centre est assis un bénédictin, et sur les côtés, inclinées suivant la ligne de l'arcade, deux autres personnes à robe plus courte.

L'inscription en capitales fleuries qui les accompagne ne laisse pas de doute sur leur identité. Le moine est das Gaiu- Nus (dans pour dom) et les assistants sont, à la droite, M.\g (ister) Roger, et, à gauche, Mac, (ister) JoHAN. La différence des titres aussi bien que des costumes indique bien que nous sommes en présence d'un religieux et de deux laïques, certainement des artistes. Tout jiorte à croire qu'il s'agit de ceux qui ont attaché leur nom à la construction et à l'ornementation du cloître. Dom Garin ou Guérin (et ce nom paraît au moyen âge en ijlusieurs abbayes de Normandie ainsi d'ailleurs qu'au Mont), aura été le génial l'auteur du plan, l'architecte (jui a eu toulau moins la direction première des travaux. Les maîtres Boger et .Tchan sont vraisemblablement de ces artistes laïques, dont le ciseau excellait à exécuter la décoration au gré des couvents ou des seigneurs. Quelque jour, il faut l'espérer, la découverte d'un document viendra achever d'éclaircir ce problème d'art religieux, dont nous nous rejouissons d'avoir naguères posé les prémices.

A son tour, la seconde moitié du xui" siècle laissa son empreinte à la fois civile et religieuse dans la partie sud-est, dite lîelle-

Lcs nrliates. écoinçon du cloître cl resliluUon par Corroyer.

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Chaise, édifiée par Richard Tustin. Elle se distingue par l'élégante porte d'entrée, jadis surmontée d'une statue de la Vierge, par la salle des gardes, avec la salle du gouvernement au-dessus, dont la façade méridionale est décorée d'une aimable série d'arcades reposant sur de minces colonnettes.

Quant au xiv" siècle, il lui était réservé de créer, grâce à Pierre le Roy, le Châtelet, ouvrage militaire de premier ordre, avec ses deux tours en forme de canon aux assises alternativement d'une tonalité dilférente. avec le chemin de ronde crénelé et la Tour Perrine. l'n peu plus tard, l'architecture militaire allait enceindre la ville elle-même de remparts avec tours, bastions et portes, ainsi qu'on les observe actuellement, grâce à l'action de Robert .Folivet, de Louis d'Estoute ville et d'autres abbés et gouverneurs.

La Merveille qui ne cessera jamais de captiver les anus du Beau sous la forme la plus remarqualile, a un digne pendant dans le Grand-Œuvre, ou le chœur et le chevet de l'Abbatiale. Uiacun de ces ouvrages excelle par des mérites de premier ordre, et il est difficile de dire le(piel l'emporte, surtout étant donnée la différence des époques. Le premier monument se distingue par l'ampleur imposante des lignes qui semblent vouloir embrasser l'horizon dans une étreinte pressante; le second se fait remarquer par la sveltesse des formes cpii prend son envolée dans l'azur du ciel. De la ])ase au faite, c'est comme une poussée volcani(pie de granit, évidé par la main prestigieuse de l'art. Le dehors et le dedans rivalisent de magnificence. La série des contreforts, à la base agréablement moulurée qui a fait école dans l'ouest, terminés jiar une forêt de pinacles, de balustrades, d'escaliers, de promenoirs, de gargouilles, de frises et de motifs de toutes sortes, excite au plus haut point l'admiration qui ne fait que s'accroître à mesure que l'on gra\it vers les cimes aériennes. Outre l'enchevêtrement dos contrefoi'ts agrémentés de galeries ajourées, jadis recouvertes d'une chape de plondi. ou voit régner tout autour du triforiinn un promenoir vitré, où chaque contrefort est comme une cage élégante et dont aucune cathédi-ale n'offre d'exemple aussi ravissant.

A l'intérieur, le regard suit avec délices l'envolée de ces faisceaux de colonnes autour du chœur et du sanctuaire, la hardiesse des voûtes, la délicatesse des fenêtres (hélas ! privées des émaux étincelants de leurs verrières), et le ravissant couronnement des chapelles de si heureuse proportion et de si pure décoration. Si l'on gravit vers les sommets, on reste à rêver en face de cet horizon merveilleux, sous les lignes enveloppantes de toutes parts qui fusent

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