Le Mont-Terrible
Autrefois on ne connaissait guère dans les Etats du Prince-Evêquejàe Bâte, actuellement réunis au canton de Berne, qu'un seul camp romain, appelé dans le pays Camp de Jules-César et situé à une lieue et demie de Porrentruy, sur la montagne de Monterri ou du Mont- Terrible, au sud du village de Cornol. Le grand nom de César attaché à cette localité, la distance où celle-ci se trouve du Rhin, certaines dispositions géographiques de la plaine d'Ajoie ou de l'Elsgau et quelques autres circonstances, ont fait penser que c'était là que César avait campé, 58 ans avant notre ère, au moment de combattre Arioviste, et que la plaine voisine avait été le théâtre de la défaite des Germains.
Ce camp a été plus d'une fois décrit, très souvent visité, fréquemment fouillé, jamais dans un but scientifique et de' conservation, mais toujours, §emble-t-il, pour achever la ruine de ce monument et en effacer tous les vestiges. Bien plus, on est allé jusqu'à produire de nombreux objets d'antiquité, vrais ou apocryphes,, prétendument trouvés en ce lieu et venant d'autres contrées, en sorte qu'on n'avait plus aucune donnée cer-» taine sur ce monument. Par bonheur nous en avions levé le plan antérieurement, mais, à raison de l'éloignement, nous n'avions pu donner à ce travail tout le temps nécessaire.
C'est dans le but de compléter ces premières recherches et de recueillir sur place, avec certitude, les antiquités éparses tfans le sol que nous avons prié le Conseil-exécutif du canton de Berne de bien vouloir nous accorder une petite allocation pour payer les ouvriers et indemniser les propriétaires du terrain, en " prenant les autres frais à notre charge. Muni en même temps de toutes les autorisations nécessaires, nofus avons enfin pu explorer ce camp durant l'automne de 1861. Nous y avons fait des fouilles régulières pour en reconnaître les fortifications, tracer leurs profils, vérifier la distribution du camp et tâcher de déterminer les détails du castellum bâti à l'un de ses angles, en complétant les mesures que nous avions prises, avant que des explorateurs mal avisés n'en aient détruit les derniers vestiges ; car ces hommes se sont acharnés sur les murailles de cette forteresse et en ont arraché jusqu'aux fondations.
Non-seulement le plateau du Mont-Terrible a exercé nos recherches, mais nous les avons étendues à toute la contrée environnante , tant à raison des faits historiques qu'on y avait d'abord attribués, que pour .l'ensemble de l'histoire des établissements romains civils et militaires du pays.
Pendant l'hiver, la commune de Cornol, propriétaire de la majeure partie du terrain, ayant voté sa conversion en forêt, nous avons compris que le moment était arrivé pour faire encore des fouilles en ce lieu, avant que des cultures forestières n'en interdisent jusqu'à l'accès. C'est dans le but de sauver ce qu'on pourrait encore trouver dans les travaux de sylviculture, que les bibliothèques de Porrentruy et de Berne nous ont accordé chacune une allocation égale à celle fournie par le conseil d'Etat, et que nous avons continué les travaux
êû mars et avril 1862, attendu que cent faits par les ouvriers de la commune se bornaient à effleurer la surface du sol, sans découvrir aucune antiquité.
Les subsides que nous ont accordés la commission de l'Ecole cantonale de Porrentruy, pour la bibliothèque de cet établissement, et le conseil de bourgeoisie de Berne, pour le musée de cette ville, dans les premiers jours de mars, ont été employés à solder les ouvriers, la commune s'étant prêtée de la manière la plus obligeante à ces travaux. Nous avons dirigé ces ouvriers en personne et avec le secours d'un contre-maître intelligent, H.-Jos. Boillet, auquel on doit la majeure partie des objets découverts en ce lieu depuis plusieurs années. 1
Des antiquités trouvées au moyen de ces deux allocations, nous avons formé des lots aussi égaux que possible, et nous les avons fait tirer au sort pour les remettre aux administrations qui ont bien voulu nous confier les fonds ou nous rembourser les dépenses jusqu'à la concurrence des sommes votées. Nous n'avons gardé devers nous qu'une partie des objets découverts au moyen des subsides de l'Etat, et nous avons pris à notre charge la majeure partie des frais de voyage à Cornol, distant de cinq lieues, et des autres dépenses inévitables dans une telle entreprise.
Notre demande au gouvernement a été appuyée par la Société jurassienne d'émulation, à laquelle nous l'avions communiquée dans ce but. L'autorisation du conseil d'Etat est du 18 juillet 1861; celle du préfet de Porrentruy, M. Froté, et de l'administration forestière, du 24 même mois; celle du conseil communal de Cornol, sous la signature de son président, M. François Berret,
« Joseph Boillet et Baptiste Villard ont également découvert on grand nombre d'objets inscrits aux Catalogues ci-joints.
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du 5 août ëuivant. Où vient d'indiquer la date des délibérations des deux autres administrations.
Nous saisissons avec empressement cette occasion pour réitérer à ces diverses autorités l'expression de nos remercîments pour le service signalé qu'elles ont rendu à l'histoire, et pour la confiance et la bienveillance qu'elles m'ont témoignées dans cette circonstance.
Nous n'avons rien négligé pour donner à cette publication un intérêt particulier ; dans ce but nous l'avons accompagnée de planches et de cartes. M. le professeur Gandon a bien voulu se charger d'autographier les dessins des antiquités trouvées au Mont- terrible , ainsi qu'une partie des plans levés par nous, des établissements romains (Pl. V à XII). M. Ed. Quiquerez a photographié la carte du champ de bataille où César défit Arioviste, d'après la carte de l'ancien Evêché de Bâle, par M. Bochwalder. Enfin la cartef de la plaine de Por* rentruy complète les données topographiques nécessaires pour l'intelligence de ce travail.
Le Mont-Terrible n'a pas exclusivement eiercé nos recherches; mais depuis un grand nombre d'années, nous les avions étendues à toute la contrée environnante, tant à raison des faits historiques qtfi se rattachent à ce premier monument, que pour l'ensetnble de l'histoire des établissements romaifcs du pays. Notts commencerons toutefois par le camp dit de Jules-César, après avoir d'abord donné quelques renseignements sur les camps et les castels romains en général.
Bellerîve, mai 1862.
j LE MONT- TERRIBLE