CHAPITRE PREMIER
Des camps et des castels romains.
Les Romains ont procédé à la conquête du monde non pas uniquement par la force des armes , mais aussi par une tactique savante , consistant essentiellement à n'avancer en pays ennemi qu'au moyen de camps retranchés et de châteaux forts, qu'ils plaçaient toujours plus avant, afin d'avoir Constamment une position assurée pour marcher en avant, ou bien une retraite, en cas de retour offensif de l'ennemi.
Ces camps étaient passagers ou stationnaires : les premiers se faisaient à la fin de chaque journée de marçhe, en présence
ou dans le voisinage de l'ennemi. Jamais une armée romaine, ou une de ses divisions, ne passait la nuit en rase campagne, sans se couvrir pair des retranchements, 1 Des ingénieurs , ou officiers spéciaux, wietatarts, choisissaient remplacement du camp ; d'autres en faisaient rapidement la distribution , selon le nombre et les espèces de troupes ; les soldats , avant de prendre aucun repos , et sous la protection d'une partie de l'armée , travaillaient de suite aux fortifications consistant en fossés , en levées de terre et en palissades coupées dans les bois voisins ou apportées par les soldats mêmes. En quatre ou cinq heures de temps un camp était fortifié, les tentes dressées et l'armée mise à couvert.
S'il s'agissait d'occuper un camp pendant un temps plus ou moins long, soit pour protéger use contrée, soit pour profiter des ressources qu'elle offrait pour un hivernage ou pour les fourrages d'été , soit pour tenir en bride un ennemi agressif, ou même seulement pour un long siège , on faisait des camps stationnaires ou permanents. * Leur emplacement était choisi sur quelque point culminant, d'une défense plus ou moins facile, dans le voisinage d'un cours d'eau. Si dans la plaine les règles de la castramétetion étaient observées ponctuellement , on en déviait par coatre fréquemment quand la nature du terrain offrait certains moyens de défense dont les ingéuieurs romains ne manquaient jamais de profiter. Les rochers escarpés , les pentes rapides ou d'autres obstacles remplaçaient alors les fossés et ks levée» de terre qui auraient dû former le rempart ou le valium. On se contentait de fortifier les côtés faibles, on protégeait les portes par des ouvrages avancés et souvent la partie élevée du camp était couronnée d'un édifice en bois ou en pierre, selon le temps dont on pouvait disposer. Cette tour ou castellum, dominant le camp et la contrée environnante , était elle-même entourée de -quelques
•Tfce-Lite, XUV, 59. — SaHust. , Jvg. 4& ei 9\ . — Josqfti, De Brifo Juda., III, 6. Plusieurs passages des Commenta***» de César.
* ¥cgetiw, De &tstrometatiêBe, Kb. I <a £U. « Toaritoaria wdimmJtoria castrai temporaria* sesiiva, hifeoroa, alia dfioque sjathra, fixa» £4rjpel«*. *
fortàfitatiditp. De ce point eulminant, des sentinelles vigilantes veillaient sur tout ee qpi se passait de près ou de loin , car? respondaient par des signaux avec d'autres tours placées, soit isolément , soit d%ns d'autres camps, et toujours dans un but d'observation, sur des positions élevées, en vue des établissements militaires. C'était ee que les Romains appelaient des Spécula ou tours d'observation, 4es Vigies, en allemand Wacbttburm. 4 On leur a aussi donné le nom de fiasteftum fil de Bnrg. Des feux allumés durant la nuit , de la fumée p<Wr dajit te jour, servaient de moyen télégraphique. De grandes iroippes de bronze étaient aussi employées d^as ce but, fluaftd ia distance le permettait. 1
Lorsque les armées romaines étaient noarabreuae? , /elles fie départissaient pour prendre leurs quartiers d'hiver dans tes pays voisins de la /contrée à attaquer ou à défendre ; ou b&g si .elles ouarçbaient sur plusieurs lolonnps &l par coa&ê$itërtt sar un firent plus ou moins étendu , elles dpyjaiepit , dans dernier jcas, camper non on une seule masse, mais par i$?p$. Ce n'était qu'en présence de l'ennemi , lorsque l'ptméft Atàt massée, que le jcamp devait renfermer toutes les troupes. En général les camps passagers, faits rapideçotant, auraient dee fi»v 4ifi£ation6 de pende relief et étaient dépourvus de tmvM'dh-
4 God.Stewechn, tommen/anwsad Vegetiù..,hb. III, 178 : « Spécula îocus
* éditas -et eorinentior, sive turri* , nve mons,snre aiiud quidquid, unde p te»** Wtee a#i)ttjd adspecrçJari soknt. y s- <3ç*rn , fc»T^ ,« $on » /BfWf W^^wi c^nauetudo ,eiiaJt f pra^num,adxenlum $igaj»<##»i$RP » è spécula sublatus aut lumulo. » — Ammiep (tfarcell., Hb. XXX, 4, € È » speculis si quis hostium se commovisset desuper visus obruebatur. »
s Modestus, De vocabulis rei militarisa 1 10. « Habet prœtereà legio tubicii> 4^es, jcarnicioe*, buccin a tores. Tubicines ad pronum socant... Corniei- » net quoiies canunt, non milkei, ied signa ad eorum obtempérant -an-
* Aum. » Pinaievr* traditions locales rappel Lent J'usage de ces trompes. I^a trompe de brome de Mootvoubay .pourrait bien ajtoir eu «cette destination. Barthqldi en % copié une sur la colonne trajane qui -a beaucoup de rappflft avec la précédante .et *e* semble aussi à ^instrument en bronze appelé taw fcjjaisoode a» larme rocourb^s a un haut conuue le bàtm ou Afin» des augures.
servation. Celles en pierre ne se construisaient que pour les camps stationnaires et celles en bois pour ceux de plus courte durée et pour des sièges. De là, cette différence qu'on observe dans les camps romains de notre contrée, ejitre ceux stationnaires avec des ouvrages murés, et cenx formés de simples levées de terre avec traces de tours en bois.
Il faut ensuite remarquer que dans la partie du Jura qui nous concerne, les camps y devaient être d'autant plus nombreux que la ligne du Rhin était une des plus importantes frontières de l'Empire , et qu'elle était toujours occupée par une armée composée de plusieurs légions. Pendant les premiers siècles les Romains avaient dépassé les rives de ce fleuve et porté la ligne de leurs camps offensifs fort avant en Germanie. Mais dès la (in de la seconde moitié du troisième siècle, jusqu'aux premières années du cinquième, ils avaient battu en retraite de plus en plus, défendant avec peine la rive gauche du Rhin, et s'étaient vus forcés d'établir une seconde ligne de défense le long des Vosges et du Jura, partout où le terrain le permettait. 1
Durant une longue période les invasions des Barbares ou des peuples du Nord, n'avaient pas eu pour but la conquête des Gaules, mais bien plutôt son pillage. Leurs hordes arrivaient inopinément, se répandaient rapidement dans le pays, évitant les forteresses et les armées romaines , et rentraient, avec non moins de promptitude, dans les forêts de la Germanie, dès qu'elles avaient recueilli un butin suffisant ou qu'elles étaient menacées par les troupes romaines. Pour opérer ces sortes d'expéditions, les Barbares ne pouvaient mar-
i Glu Leuormatid , Découverte d'un cimetière mérovingien à la chapelle St-Eloi, p 42, dit qu'antérieurement au milieu du III e Mécle, il n'y avait pas de villes fortifiées dans les Gaules; mais M. Clerc, La Franche- Comté à l'époque romaine^ fait observer, à bon droit, que dans les terreurs (inspirées parles Baibares) de la seconde moitié du IV e siècle, les forts se multiplièrent et qu'on fortifia les villes jusque dans l'intérieur des Gaules. — On doit ensuite consulter Monne et Max. de Ring sur les établissements militaires de la rive droite du Rhin.
cher en un seul corps, mais ils devaient au contraire se répandre dans le pays par petites divisions pour piller avec plus de rapidité et se retirer ensuite. De là, pour les Romains, la nécessité d'avoir des postes militaires, non pas seulement le long du Rhin, qui n'opposait plus une barrière suffisante aux Barbares, mais dans les provinces en arrière du fleuve. De là l'obligation d'établir des camps et des castels à l'ouverture de tous les défilés, de tous les cols, de tous les passages des montagnes, de mettre toutes les positions militaires en correspondance entre elles, au moyen de tours d'observation ou de vigies, afin que tous puissent se prévenir mutuellement de l'approche ou de la direction des bandes ennemies, pour les surprendre à leur arrivée ou à leur retour.
C'est à cette période de guerre défensive que nous devons attribuer la majeure partie des camps et des castels romains dont on rencontre les vestiges dans le Jura, et ils sont toujours établis, avec une admirable sagacité, aux points stratégiques que nous venons d'indiquer. Ces postes militaires sont en général peu considérables et rarement les camps romains offrent un emplacement suffisant pour plus de trois mille hommes. Plusieurs mêmes devaient être beaucoup plus petits et ne pouvaient contenir que quelques centuries ou pelotons, chargés de la défense d'une tour en pierre ou en bois environnée de quelques ouvrages en terre ou de palissades, propre à couvrir et à loger une petite garnison. Au besoin, celle-ci trouvait un dernier refuge dans la tour. Ce système de camps retranchés et de castels formait un réseau d'ouvrages militaires s'étendant sur toute la contrée. Il permettait de communiquer rapidement les ordres ou les avis d'un poste â l'autre ; il protégeait la marche des troupes, les relations commerciales et les établissements civils. Les divers corps d'armée, ainsi cantonnés, pouvaient se masser avec célérité et, en l'absence de troupes légionnaires, des institutions militaires avaient pourvu à la défense des castels en organisant des corps de vétérans et les milices du pays, C'est de la sorte que, pendant longtemps, les Romains sont parvenus à contenir les Barbares et
aie» refouler dans les forêts de la Germaniè; L'empire tà* mâiit n'est pîèint tombé en«riïineâ par la faute dés médiations militaires dès frontières, fnais par d'autres catises ihûltipWs étrangèrès à notre sujet.
Potir rHrtelligénce de cette ndfice et afin d'éviter Aeé répé± titidés, nottè croyons utile de donner cjuelqùes détails sûr là distribution ét l'organisation des camps romains. Atr tértipfe dé la République, ils formaiènt des rectangles dont les coins étaient arrangé. Leurs fortifications consistaient en levées de terre pfrise ddn^ le fossé, si l'on en creusait, ou efl ariîèfe dtt renipart, où vullm, en aplahissant la place d'armer ou via aûgularis. Le retranchement a vaHé de hauteur, èekrn les époques et les circonstances. Il en était de même de la lar* geur ët de la profondeur des fossés. Végèce leur doiine ùne largeur dé 9 à 17 pieds, toujours en nombres impairs* Hyginus, écrivain dû II e siècle, estime que le tiblliim en pierre on en tèrirë flevâit avoir 8 pieds de largeur et 12 de haat. Àm IV e siècle* époqufe où tirait Végèce, il n'avait plus que trois piedè, c'est-à-dire qu'il était calculé eii sorte que le Soldat pût se sferfir de ses drmes par-dessus le pàrapet C'est ce iterhier hiode de construction que nous avons observé datii les fortifications des plates de notre contréè, et il Semble indiquer^ à lui seùl» la seconde moitié du III e siècle. Alix fortifications on ajoutait déé palissades, formées d'un eu plusieurs rangs de pieux âigug, et l'on construisait même des galeries et des tours en bois sur lés retranchements pour lent donner plus dè hauteur. 1
Lés camps étaient divisés en trois partieà principales eépa-
^feeôàr, ctâtié s'eô Vômtiïenîairék, indique frëquemmênt lè mode dé cotistriictiôn tièé ïértiffcètîons de sès camps. On remarque que les fossés étaient larges et prôfôhds et (jue lé vhîlum avait communément 18 pieds de haut - 11 était parfois couronné de galeries et de tours en bois. Liv. II, ch. 5 e* 30; liv. V, ch. 40. Le siège d'Alise fournit des délaits très-importants, av. Vlï, ch. 6& et suivants, tfafs dans la guerre civile et dans celte d'Àîexânàrtè t>b Vott aussi des exemples de rétranchèmentè àé À pïè'àk de hà^ 1 ktec dé* folies réduits dàôs 1* taêmê p tàp ortldn »
rées pat deux chemins : via printipalts et via quint ana. La partie avancée, faisant front à l'ennemi, s'appelait prœtentura, celle du milieu , latera prœtorii ou côtés du prétoire, et celle en arrière, retentura. Une porte était ouverte à chaque côté du camp. Celle en avant, la porte prétorienne, prenait son nom de la voie qui, partant du prétoire, coupait par le milieu, dans sa longueur, la partie avancée du camp. A l'extrémité opposée se trouvait la porte décumane, tandis que les deux portes latérales s'ouvraient aux extrémités de la voie principale. Selon la grandeur du camp et la conformation du terrain, ces dispositions -pouvaient être modifiées.
D'après Végèee et Polyhe, le prétoire ou le quartier-général occupait la partie la plus élevée du camp, dans le retentura. M. Krieg lui donne une position plus centrale. 1 C'était autour du prétoire que se trouvait la place publique et les tentes des officiers de l'état-major, le Questeur, les Légats, las Tribuns, ainsi que celles de certaines troupes d'élite, cavalerie et infcnterie. Le restant du camp, d'après un ordre prescrit, était occupé par les soldats légionnaires, les turmes de cavalerie et les alliés ou auxiliaires. Entre les tentes et le vallum, tout à lenteur du camp, régnait un espace vide, via artgutaris, servant de chemin de ronde et dé place d'armes. Il devait avoir de 50 à 800 pieds de large, pour les grands camps, mais nous l'avons constamment trouvé de 30 à 30 pieds tout au plus. C'est là que les troupes se rangeaient pour la défense des retranchements. En avant des portes il y avait diverses fortifications pour défendre les approches, dû môme que les angles étaient renforcés par d'autres ouvrages avancés dans lesquels on plaçait des machines de guerre.
Dans la règle les cantiniers, les marchands, les gens à la suite des troupes sa tenaient à l'arrière, en dehors du camp. Ils formaient eu ce lieu une espèce de marché et l'on y arrivait par la porte décumane. Mais cet établissement, œdi/kia
1 Gtècktdhtt der MiHtœr. Anhitectur in Deulschland. Voir aussi Batissier, Histoire de l'art monumental, p. 254 et pl.
extra castra, ne pouvait pas toujours se placer au même lieu, à raison de la conformation du terrain sur lequel était assis le camp. Lorsque celui-ci était stationnaire, les marchands et les gens de suite se construisaient des baraques ou des maisons plus ou moins luxueuses.- On établissait des hôtelleries, des étuves, des bains pour les officiers. On élevait des ateliers pour la réparation et la fabrication des armes et de tout ce qui était nécessaire à l'armée. Plus d'un bourg doit son origine à ces sortes d'établissements, et dans le Jura bernois le village de Courfaivre, Curlis fabrorum, en est un exemple. Il y avait dans cette partie de la vallée de Delémont un camp considérable et de nombreux ateliers d'ouvriers en fer.
Si dans un camp stationnaire il fallait construire une tour d'observation, on choisissait de préférence le point le plus élevé, le plus dominant et souvent ce point déterminait l'assiette et l'étendue du camp. Les tentes des soldats romains étaient construites de diverses manières en peau ou en cuir, pour les camps passagers, et quelquefois en bois pour ceux stationnâmes on de longue durée, comme le Mont-Terrible en fournira un exemple.*
Ces règles générales de la castramétation étaient cependant modifiées assez souvent par la nature du terrain et par les circonstances. Aussi il n'est pas possible d'appliquer rigoureusement les règles données par Polybe, Yégèce et autres, aux petits camps qu'on rencontre dans les montagnes du Jura. Les camps décrits par ces auteurs, étaient destinés à plus d'une légion , avec des auxiliaires nombreux, tandis que ceux de notre contrée occupent des surfaces qui ne pouvaient renfermer que quelques cohortes et quelquefois moins encore. La distribution de ces petits camps devait donc différer, sous divers rapports , de celle des grands camps, et cette diversité
• Au temps de Tacite, elles étaient toujours en cuir : • Retentus omnis exercittts sub pellibus, quamvis hyeme 8asva>. »
* Florus, I, 12. Sub pellibus hiemare. Chaque lente renfermait ordinairement dix soldais avec leur sous-officier, decanus, et Us formaient alors un °ontubernium.
se modifiait encore d'après les espèces de troupes qui composaient les armées et d'après la conformation même du terrain. Il en était de même des portes et des chemins qu'il fallait bien ouvrir sur les côtés accessibles de ces postes militaires en déviant forcément des règlements. Aussi Yégèce* dit fort bien que, selon la nécessité, on faisait des camps déformes diverses, en sorte néanmoins que celles ci ne portent pas préjudice à l'utilité.* Il en était encore de même pour les castels ou pour les tours d'observation que cet auteur appelle burgos et qui pouvaient servir de logement au commandant du camp, rem* placer le prétoire et former enfin une citadelle. •
Nous ne faisons qu'indiquer sommairement la distribution et l'organisation des camps romains, renvoyant pour les détails aux auteurs qu'on a déjà cités plus d'une fois èn note. On doit cependant faire connaître encore quelles étaient les troupes qu'on logeait dans ces camps , parce qu'on aura à vérifier si le camp dit de Jules-César a pu contenir l'armée de ce grand conquérant au moment où il défit Arioviste et les Germains. 5
• Végèce, hb. III, 8. — Ammien Marcellin, lib. XXIV, dit que l'empereur Julien faisait établir des camps de forme ronde: « in orbiculatam figu~ ratn metatis tutim quievimus castris. » — Nous n'avons pas retrouvé cette forme complète dans le Jura.
* Vegetius, IV, 10, « Casteîlum parvulum quod burgum vocant] » mêmes termes dans Orose et Zozime. — Krieg, p. 3t.
' Sous Romulus on évaluait la légion à 3,000 hommes de pied et à 100 cavaliers. Sous les consuls, elle fut portée à 4,000 piétons et 300 chevaux. La légion se composa ensuite de dix cohortes , la première forte de 1,105 hommes d'infanterie et 132 de cavalerie. Les neuf autres avaient chacune 555 fantassins et 66 cavaliers. La légion complète était donc de 6,8.6 hommes. La cavalerie était organisée en turmes de 30 hommes, commandés par un décurion. Outre ces troupes formant la légion propremect dite, les armées romaines renfermaient un nombre d'auxiliaires plus ou moins considérable, et chaque lésion avait des machines de guerre et des hommes pour les servir, soit 55 balistes, 10 onagres , des ponts volants et autres engins, un corps d'artisans, des bagages et un nombre assez considérable de bêtes de somme, qu'on employait de préférence a des chars d'un usage plus difficile. — On peut consulter Vegetius, lib. II, ch. 25, p. 46. — Polvb., De MU. rom., p. 57.- Krieg, p. 44 et autres, — Isidore, au livre IX De orig.,
On évalue la force d'une légion à cette époque, soit au temps de César, à 3,600 hommes d'infanterie et à quelques cents cavaliers. Ce nombre a souvent varié : Végèce et Modes tus donnent à la légion 6,100 hommes de pied et 726 de cavalerie. L'unité tactique de l'infanterie romaine , était la cohorte, forte de 360 hommes au temps de César. Elle se divisait en trois manipules de chacune 120 hommes, et les manipules en deux centuries , ou pelotons de chacun 60 hommes; Dix cohortes formaient la légion et il y avait 6 tribuns par légion* Mais , comme on l'a déjà observé, les armées romaines comprenaient aussi des alliés et des auxiliaires et souvent la majeure partie de la cavalerie se recrutait, surtout sous l'Empire, chet les peuples barbares. Les Germains fournissaient des cavaliers renommés ; on levait des troupes chez les Helvètes, chez les Gaulois et dans tous les pays soumis à la domination romaine ou seulement alliés. Les camps pouvaient donc renfermer plus de troupes étrangères que de légionnaires, et il fallait d'autant plus de place dans les camps, que la cavalerie était plus nombreuse.
Il existe plusieurs calculs pour savoir combien il fallait d'espace à une armée romaine ou à une de ses divisions, pour se loger réglementairement. M. Krieg estime qu'une cohorte de 360 hommes occupait dans un camp un carré de 120 pieds de côté. 1 Napoléon compte qu'une armée romaine de 30,000 hommes , y compris les troupes légères , les auxiliaires et la suite , pouvait camper dans un carré de 330 toises de côté , soit 1,334 toises de pourtour. 9 Selon les calculs de MM. Chifflet et Goinart, il fallait la surface d'un are pour loger 1 hommes d'infanterie, soit 700 hommes par hectare. 5
cap. 3. — Tite-Live, VU, 95 ; VIII, 8 f XXVI, 28; XXlX et autres parages* — César, De Bello civili, 106, 114.
4 Krieg % p. 45.
*àfémokie*dtlaSociété de» ûntiquaire* de Frmèe. Paris, 1840, — ■ Campe rototàm, par Ch. Tirau, qui cite les travaux de Napoléon sur les Commentât* de César.
* 8&mîQn en fruryojp* Besaaçon. iU\.
Ceà divêfà caftùls ite tàtrë&pbûâm pas exactement tusetttBle , mais ifs approchent suffisamment de la vérité pou* qu'oïl puisse en faire usage et apprécier, par leur moyen, quetlé devait être la contenante eu hommes 4*8 campa *o-
mahté dônt ttotts nous ôcctfpotïS.
Ën étudiant l'histoire des monuments de l'ancien Evêché de fiâle, nous avons fréquemment acquis. la prettve que cette contrée avait été occupée durant l'époque romaine dans presque toutes ses parties actuellement habitées , en même temps que sur plusieurs points il restait des traces nombreuses êt incontestables d'une occupation antérieure àtx Romaitis. Si les itinéraires n'ont indiqué que les grandes voies militaire* et les géographes seulement les principales villes de l'empiré romain , ce n'est pas uii motif pour croire qu'il n'y eli àvah pas d'autres. Le simple bon sens nous dit que, dès l'instant où l'on trouve dans un pays de nombreuses traces d'habit*-*tions , n'importe de quelle époque , il devait y avoir des eb&>mins pour les relief entre elles et les mettra eh communication avec les pays voisins.
Dans une contrée montagneuse , comme la partie du Jura qui nous occupe, ce ne sont pas les hommes qui ont donné la première direction des chemins , mais bien la nature, en ouvrant des cluses à travers le massif des chaînes, en abaissant les sommités pour former des cols , en creusant des vallées et des combes et en frayant le lit des rivières et des torrents. Ce sont ces tracés naturels que les habitants de tous les pays de montagnes ont d'abord suivis et améliorés lentement. C'est encore sur ces premières lignes, toutes imparfaites qu'elles étaient , que les Romains ont d'abord passé forcément, et ils n'en ont dévié que rarement , ne pouvant s'écarter de ces tracés formés par là nature, ni forcer les barrières que celleci leur opposait ailleurs.
Si les Romains ont ensuite amélioré les principalès routés primitives et ouvert de grandes voies de communication, pour faciliter les mouvements incessants de leur* armées et 1 ad-
ministration des provinces ; si ce sont ces voies militaires dont les auteurs anciens nous ont conservé la description plus ou moins imparfaite, il existait à côté de celles-ci bien d'autres voies de second et de troisième ordre, dont ces auteurs n'ont point parlé. Nous avons retrouvé un grand nombre de traces de ces chemins secondaires jalonnés par des établissements civils et militaires, par des tombeaux et autres antiquités.
Plusieurs de ces roules, pour ne pas dire la plupart , sont encore employées actuellement. Ce n'est que dans des temps très modernes, par suite de l'usage de la poudre, et dans notre contrée depuis le milieu du siècle dernier, qu'on a dévié plus ou moins des anciens chemins romains et peut-être primitivement celtiques , que personne n'avait songé à modifier durant la période barbare et le moyen âge. 1
Une de ces routes romaines , de seconde ou de troisième classe , se détachait près de Bàle , de la grande voie militaire longeant le Rhin. Elle remontait la vallée arrosée par la Byrse, arrivait dans celle où 1*111 prend sa source, passait dans celle de la Largue , quittait cette rivière près de Levoncourt et débouchait dans le bassin arrosé par la rivière d'Aile ou d'Allaine.* Elle suivait à peu près le cours de celle-ci jusque vers Porrentruy, point important où aboutissaient forcément plusieurs ruisseaux et chemins. Les premiers, réunis à la rivière principale , coulent ensuite vers le nord , côtoyés par une route qui allait rejoindre , près de Délie , la grande voie militaire du Rhin à Besançon, par Mandeure. De Porrentruy un autre chemin s'avançait vers l'ouest pour franchir le Doubs au Pont-de-Rôide , gagner Mandeure sur la droite , ou pour marcher plus directement sur Besançon , par Clerval, où l'on retrouvait le Doubs.
Cette route de Bàle au Pont-de-Roide, pour nous servir de
1 Nous avons tracé toutes ces routes et ces chemins sur une carte, et écrit une notice spéciale sur ce sujet, mais elle n'est pas publiée. ■
* Le nom de rivière d'Aile n'est guère employé que dans le pays de Porfenlray, et celui d'Allaine, inscrit sur les cartes de l'Etat-major, désigne plus particulièrement cette rivière coulant sur le territoire français.
noms modernes, longeait le versant septentrional de la chaîne du Jura, qui,. de Bâle à Besançon , porte le nom de Blauenberg , Blamont , Lomont ou Montagne bleue 1 Ce chemin dans toute sa longueur est jalonné par des établissements ou des antiquités de l'époque romaine et quelquefois de la période celtique. Si Ton étudie l'histoire des invasions des peuples du Nord, on remarque que plus d'une fois ils ont dû suivre cette voie pour pénétrer dans les Gaules , après avoir passé le Rhin dans le voisinage de Bâle , point important où les cours d'eau ont amené à diverses époques les races du Nord et de l'Orient dans leurs mouvements vers l'Occident. A chaque déchirure de la chaîne du Blauenberg, qu£ ce soit une cluse plus ou moins parfaite ou une simple dépression de cette haute barrière , nous avons également reconnu l'existence de chemins qui , profitant de ces facilités naturelles, traversaient la montagne sur plusieurs points , et mettaient la plaine d'Alsace en communication avec les vallées intérieures du Jura et de là avec la plaine helvétique.
A l'entrée et à la sortie des divers embranchements de cette route , des deux côtés du Blauenberg , et ordinairement encore sur quelques points culminants, on reconnaît constamment des traces d'ouvrages militaires de l'époque romaine , parfois englouties sous des constructions du moyen âge. 1
Ces ouvrages militaires portent en général , dans le pays allemand , les noms de Burg, SchloSs, Schlôsslein, Kastel, Kâstel, et dans la contrée française, ceux de Chàtel, Châtillon, Chété, Châtelat ou quelque autre, tous dérivés des mots latins
1 L'expression allemande s'emploie dans la partie orientale de cette c hatne habitée par des races d'origine teutomque, et la française depuis vers Porrentruy à Besançon. A l'orient, le Blauenberg a donné son nom aux villages du Grand et du Pelii-Blauen , au château de Blaueoslein, à celui de Blomoni ou Blockmont. A l'ouest , on trouve l'ancienne forteresse de Blamont et le petit village de Lomont, dans le voisinage du Pont-de-Roide.
* M. Clerc, Franche-Comté à l'époque romaine, p. 56 : « Les vigies don ( » aucun de nos antiquaires n'a parlé, sont si nombreuses qu'on en rencontr e » deux ou trois sur la même route dans l'espace de quelques lieue*. U en
» reste encore bien à découvrir. »
Mstmm, easteUm, butgm. Ce* nom* <to»fiés par gex$ d» pay* 4 des localités où il »'y a pas eu de châteaux a* jftQyw âge , oà il ne reste pas vestjge de flwraiJteç ou de fossé?, e# te plus souvent il faut iw$ (étadp très attentive dv site çt de$ «troenstant*? locales pour y rçcwmtttt traças de fprt#cations ^uetoonques, m«S p&wa&$*t indiquer des faite 4j#»e? d'attention.
Pour que le peuple Aorm à m J<œalit& W flOW tfppdfttf tVxistene^ d'un casteliuro on d'un étotWissemççtt wUtAtee romain , lorsque tpute tno9 dp $fls «opatructipre est ^facé? depuis des siècles , lorsque mu ne frappe jsa vjie pwr Jui WMtiquer la possibilité d'à* llm fortifié , il &ut que lie souvenir 4e leur existence se soit wwtew par h tradition depui? le temps 4Mb «es outrages étaient occupés paiMtavemepi. Paus beaueoupde localités les babils du pays jie p^u^nt plus indiquer fonplaçeniânt des manpirs 4e leurs apcienjs sçjtgaeuis, io*s même que ces eh&teaux ou «ftiwftS fortes 4te*e*it WUs dans les villages et qu'ils ojrf mjbâsfcé pojtr la plvpart ^fu'au XfV* et au XV» aitele qH$fcilu$ft)i$ pljis tord^oore. Par «outre il n'y a presqut a»oiifl$ portion militaire romaine , camp ou oastel , aftit laissé *in soumir Jraditionnel eu tout au moins «ta ae*n qui le rappelle 4 $a d$$i{j»£ le btft M Fetjqfriacenw»*. fie fait £eB*J)ie prouver §uç la population du pays a été loin d'éprwver distraction çpïopjète à l^poqoe des invasions des Barbades 0t jqjip les quartiers dp pays qu'on croyait réduite m déserts , à h de la période remaitte, avaient conservé .des baMUitt? ftww j&sçzM&r Jreu* pour s'être maintenus dans la contrée et y avoir gardé Jte jrouyenir des établissements militaires des Romains.
(On doit eMauiJerwwquer que, depuis ces temps éloignés , il y a eu, durant les guenre du &oyen &t des temps modernes, un assez grand nombre de postes militaires dattf les diverses parties .du pays et que cependant il est très-rare qu'-on 4ésig»e replacement de ceux-ci. Leur souvenir et leurs mms.sonU pijt^ efl^s : ç'&l $ P<⻣ fti actuel-
lement on sait où campaient les fumées ùm^m^^i^MM
siècle dernier. 4 Ces eumges miHtairee du moyen Age £i des temps modernes présentent encore fréquemment un certain relief, ifs sont même parfois très apparente , mais nulle part leur ne» n'est resté dans les actes et dans la nomenclature des ierpes du pays , jamais on ne les nomme chàtei ou bourg , et îew mode de construction , ainsi que leur situation , est se*? rapport avec ceux de l'époqae romaine. Cet oubli de tous le?
militaires du moyen âge et des temps modernes, lorsqu'ils ne se présentent plus sous la forme de nmraittes «t -de tours , fait présumer que les établissements militaires des Romains ont eu une plus longue durée «t qu'ils Mit été l'occasion d'événements qui ont frappé l'imagination d* peuple 6t touché à een^Msteoee. De là cette persistance des traditions rappelant les liew où les événements se w*t accomplie»*
Tew «es postes militaires avaient peur b*U d'sroétar les Barbares dans leurs invnsbns ou de leasr couper la retraite, *i F*n n'avait {ni mettre ohstade i leur marche en avant fie te lutte ou combat partout oà il y avait *u rôsietaaee. C'était «te plus dans oes lieux fortifiés qae le peuple m réfugiât avec tout ce qull avait de précieux pour essayer d'échapper aux Barbares. Souvent aussi les habitante de la ootntrée étaiwt chargés de la défense de «es forts, soit que oes habitante appartuisseaat à h classe des vétérans, q*i avaient Tft&x terres à cette <oenditàwa, soit qu'ils fissent partie des milices du j>$p, instituées dans le ttème but» ou enfin que la nécessité les Âût
4 fions citerees m oamp f* m oomluttiites baUw-Ms w la oiaul^ae d^s tUfigiers, un canjp et une batterie au Cras des Fourches, près de Delémoot 9 plusieurs batteries le long de la route de Bâîe, une près de RœscheoU, une * autre à Pierre-Pertuis, puis à la Reuchenette et en hien d'autres Hé©*, <pfi\ «st facile de Tecoonafere encore , mais qui «'ont Hissé aucoe aam, eujaan souvenir.
* JMta seulement cette pevsistaaee de tradition saisie pour las Aatftls, mail eUe se retrouve de même dans la nomenclature de beaucoup de localités du poys, comme nous,avoos pu nous en assurer en compulsant Iota tes plans du cadastre du Jura bernois, et ce travail nous a souvent mis sur la ^roie de bien des antiquités qui .nous auraient échappé. — -M. 4)e»js*diiis, . étmoy P'CT) fek4éjàuuae»bw*aêaD presque senbliU*
armés pour leur propre défense. Or l'histoire nous apprend que les établissements militaires des Romains ont été souvent détruits par les Barbares, que chaque fois la destruction de ces postes fortifiés a été accompagnée de l'incendie, de la ruine des édifices civils et d'effroyables catastrophes. De là, ces amas de cendres et de charbons qu'on remarque toujours dans les lieux fortifiés, dans toutes les ruines des établissements romains, et ces ossements humains ensevelis sous les décombres. De là aussi, le souvenir vague de ces forteresses où les peuples avaient essayé de sauver leur vie et leurs richesses et d'arrêter le flot des Barbares. De là, les noms dérivés des castels romains conservés jusqu'à nos jours à ces localités, non seulement dans le Jura, mais fort avant dans les Gaules. Cette désignation si constante et si générale de ces établissements militaires prouve en même temps combien les noms des localités sont anciens et combien on les remplace difficilement par des noms modernes. Remarquons aussi que ces castels sont toujours situés dans des positions culminantes ou tout au moins dominant des passages de moutagnes ou protégeant des chemins, que leur assiette est choisie tout différemment de celle de châteaux du moyen âge, quand ceux-ci n'ont pas pour base des constructions romaines. Les manoirs féodaux n'ont pas été bâtis, comme les castels romains, dans un but de défense générale de la contrée, mais chacun d'eux dans l'intérêt particulier de son possesseur.
Aux castels romains se rattache fréquemment une tradition rappelant parfaitement leur destination et en même temps la persistance des anciens souvenirs. Le peuple dit qu'on correspondait d'un castel à un ou plusieurs autres, qu'il indique, et que cette correspondance se faisait au moyen de signaux, par des trompes en bronze, ou même par des cris. C'est évidémment un souvenir vague, et cependant vrai et précis, des divers modes de télégraphie employés par les Romains, et ce souvenir très remarquable est attaché à des localités , qui n'ont pas été habitées au moyen âge. Nous citerons en passant le camp romain dit Sur Nçuchàtel* entre Orvins et Diesse,
correspondant de te sorte avec le eastel romain de Châtîllon, sur les rochers de Frinviliers et de là avec celui de Romont; le camp romain du Montchaibeut, donnant des signâux avec des trompes de bronze au câstel de Béridiai, au nord de Delémont, et de là, vers l'orient à d'autres postes romains. La trompe de bronze, trouvée au château de Montvouhay, où Ton a aussi recueilli des monnaies romaines , avait peut-être la même destination.
Cette dissertation sur les souvenirs traditionnels des forts romains n'est pas étrangère à notre sujet, comme on le verra plus loin. Ce réseau de positions militaires romaines, étendu sur cette partie du Jura, a été également observé chez nos voisins de la Franche-Comté, par M. Clerc, en Allemagne par MM. Max. de Ring et Monne, tandis qu'il est décrit actuellement avec soin par M. le D r Keller, de Zurich, pour la Suisse orientale, et que M. Jahn a déjà désigné un grand nombre de ces castels dans le canton de Berne. Nous fournirons de plus longs détails sur ce sujet dans l'histoire des monuments dé l'ancien Evêché de Bâle, et en attendant, pour notre justification actuelle, nous donnerons' de suite une liste, encore incomplète, des castels ou des localités qui portent ce nom danà notre contrée et que nous avons àrpeu près tous visités.
On trouve dans la chaîne du Blauenberg ou du Lomont: Aeschburg, au sud du village d'Aesche et dominant les défilés où coule la Byrse ; Le Burg, sur le flanc du Rœmel, près dû château actuel de la Bourg ; Burg=-Kopf, âu nord de Tittin#en ; Forsteneg-burg, au nord de Rœschenz ; Burg, au Btockmont; Châtillon, sur les rochers au nord de Bruchenal, entre Delémont et Mettemberg ; Ghété, sur les rochers entre Montâvon et les Rangiers, dominant la voie des ânes ; Chételat, commandant l'ancienne rôute entre les Malettes et Cornol ; Châtillon, sur les rochers au-dessus du Doubs, prés d'Epauvillers ; Ghâtelat, entre Bellefontaine et Seleute ; Chételat, près de Calabry ; Chété, camp Romain près de BressaUcourt ; La Citâdelle, camp romain, à côté du village de Chevenez, dont nous avons levé le plan, le 18 octobre 1861 j Châtillo»> entre Biiix
et Boncourt ; Ghétion, entrç Cœuve et Courchavon ; Châtillon, * entre Courgenay et Sous-Plainmont.
En remontant le cours de la Byrse, par les vallées de Laufon, Deléraont, Moutier, Tavannes et dans les montagnes environnantes : Sturmer ou Turmer-Kœpfli, castel et camp romain près de Wahlen, commandant un passage de montagnes vers la vallée de Delémont ; Châtel sur Piamont, camp romain au débouché méridional de ce passage ; Schlôsslein, poste militaire, près de Beinwyl, protégeant un autre passage des montagnes et, à l'issue de celui-ci, près de Mervelier, le Chêtelat, couronnant une montagne voisine. Le Kœstel, audessus de l'écluse du moulin de Liesberg, probablement une simplé tour en bois ; un peu plus loin, sur l'autre rive de la Byrse, Hinterschloss, à côté du Heidenfluh. Au val de Delémont, plusieurs ouvrages militaires romains au Yorbourg ; le Chételay, à Courfaivre, au-dessus d'un camp; Chambion et Cortio, dans le voisinage; Châtillon, à Bassecourt, près d'une colline avec ruines romaines. Le village de Châtillon,, près du camp romain sur le Montchaibeut, en vue du camp de Develier et du bourg et camp de Vicques. Au val de Moutier, Neuchété, à l'ouest et à la hauteur de l'ancienne abbaye; Châtelat, près de la route romaine du Petit-Champoz (ad campos), dont nous avons aussi levé le plan en 1861 ) Neufchételat, sur une colline près d'Eschert; Châtelat, sur un rocher, ai* passage des routes d'Envelier et de Crémine, vers le val de St-Joseph ; Châtillon, à Tavannes ; Châtillon, â Sonceboz , dominant la route de Pierre-Pertuis ; Châtillon, à Frinviliers, au-dessus de la jonction des routes romaines et pouvant correspondre avec le précédent, de même qu'avec le Burg de Romont et le camp Sur Neuchâtel, entre Orvins et Diesse; Châtillon, à Diesse; le bois Châtel, à Nods, tous sur des voies romaines; Le Chételat, Schlôsslein, au nord de Boujean, sur la voie de Pierre-Pertuis.
Le plateau même des Franches-Montagnes et le Val de St- Imier, réputés déserts à Fépoque romaine, avaient cependant des routes et des forts pour les protéger : Le Châtillon, près de Muriaux (ad muros), en face de la Tranchie ; le château Cugny,
sur un rocher dominant le Doubs, près des Pommerats , où l'on a trouvé des monnaies romaines du premier siècle de notre ère ; Châtillon , près de St-Imier, au débouché de la route romaine venant du Val de Ruz et qui est elle-même jalonnée par plusieurs castels romains. 1
Dans cette liste , encore incomplète, mais comprenant déjà plus de quarante castels et camps, nous avons omis à dessein les noms de$ châteaux du moyen âge bâtis, en plusieurs autres localités y sur des ruines de positions romaines , afin de ne mentionner que les lieux dont lés noms , presque seuls , ont conservé le souvenir des castels ou des camps romains , sans que le peuple ait pu en distinguer les traces. Quant aux châteaux des temps féodaux , antés sur des forts romains , leur nombre dépasse la vingtaine, mais leurs noms, ainsi que ceux des manoirs purement du moyen âge , sont également étrangers à Pépoque romaine. Ces noms dérivent souvent du site et quelquefois de leurs possesseurs. Probablement ils ont remplacé les noms primitifs quand les bourgs du moyen âge se sont élevés sur les ruines des castels romains. Du reste, ces forteresses, ainsi reconstruites, faisaient partie du même système de défense durant la période romaine. C'était, comme celles simplement appelées châtel, des vigies, des wachtthurm, des postes fortifiés qu'on a trop peu étudiés jusqu'ici , quoiqu'il y en ait en France , en Suisse et en Allemagne. Le plus souvent on a cru que les Romains n'avaient construit des forteresses que sur les rives du Rhin , tandis qu'on trouve partout les débris des fortifications qu'ils ont établies dans les montagnes en arrière de ce fleuve. Ces constructions ne se sont pas faites en une seule fois, mais successivement, à mesure que les invasions des Barbares se sont elles-mêmes mul-
1 Daos la liste de ces castels, il pourrait se faire que quelques-uns ne fussent point de l'époque romaine et appartinssent à la période barbare, si vague, si obscure, où Ton bâtissait souvent en bois. Cependant, à raison de leur positioo, de quelques antiquités et de diverses, circonstances, nous croyons que le nombre des castels de l'époque barbare doit être peu coq-» sidérable.
tipliées. Ce n'est point un empereur seul qui les a ordonnées, mais depuis le règne de Tibère jusqu'à la fin de la période romaine , l'histoire indique fréquemment la ruine , la reconstruction et la multiplication des forteresses destinées à défendre les Gaules et les routes de l'Italie sur toute la ligne du Rhin, depuis ses sources jusqu'à l'Océan. 1
On doit également remarquer que l'origine ou l'usage de ces tours , bourgs ou castels , remonte à une haute antiquité. On les employait souvent au temps de César ; la colonne trajane en représente quelques-uns, mais nous croyons que les forteresses ont fort varié dans leurs formes et dans le mode de leur construction, d'abord selon les époques et le temps dont on pouvait disposer, et ensuite d'après les matériaux que fournissaient les localités ou qu'on avait à proximité. De plus, le peu de relief qu'on remarque aux fortifications des castels , fait présumer que dans un grand nombre de cas, ces vigies étaient simplement construites en bois, comme les tours qu'on bâtissait pour former des sièges , comme les blockhaus des temps modernes. Dans un pays boisé comme le Jura, à une époque où les invasions des Barbares étaient fréquentes et inopinées, où le plus souvent on n'avait pas le temps de bâtir en pierre, il était tout naturel d'élever des vigies en bois , qu'on avait en abondance et sous la main, et qui remplissaient également le but proposé. Car les signaux ne se donnaient pas toujours du haut des tours, mais à côté de celles-ci, comme la colonne trajane représente une spécula ayant à côté d'elle un tas de bois et un amas de paille destinés à être allumés pour donner
i Les principaux constructeurs de positions militaires dsns notre contrée furent, pour le temps de la période défensive et peut-être déjà auparavant : MaroAurèle, Antonio, Caracalla, de 211 à 219; Posthumius, de 259 à 267; Probas, 276 à 282 ; Dioctétien et Maximien, 284 à 305; Constantin et ses ils, 507 à 361; Julien, 355 à 363; Valenlinien I er , 364 à 375. Il n'est pas certain si Drusus fit bâtir des forts jusque dans nos montagnes. Florus dit a ce sujet, lib. IV, cap. ultim. : • Intutelam provinciarum prœsidia, atque « custodia8 ubique disposuit, per Mosam jlumen, per Albim,per Vi&urgium, nam per Rhcnum quidem ripant quinquaginta ampKùs castella dkexit. » — Cluvier, Germ* antiq., lib. II, cap. 19. — Bergier, t H, 168.
des signaux. Il y allait même pour ceux-ci des emplacements sur les montagnes , sans qu'il y eût de castel dans le voisinage. 1
Ce fait de construction de castels en bois ne parait pas avoir été suffisamment étudié, mais la liste qu'on vient de donner des localités -qui portent encore le nom de ces forts, et l'absence, très fréquente ou presque générale, en ces lieux, de constructions murées, semblent confirmer suffisamment notre opinion sur leur existence. Elle est même encore appuyée par les cendres et le charbon que renferme presque toujours le sol de leur emplacement.
L'architecture de ces castels et leur distribution intérieure ont dû également varier; ceux en pierre n'avaient qu'une porte s'ouvrant au premier étage, ordinairement fort élevé au-dessus du sol. On y arrrivait par une échelle, un escalier en bois, facile à enlever, ou par quelque galerie communiquant avec une construction voisine en bois. M. Krieg, dans plusieurs passages de son savant ouvrage, prétend que ces édifices n'avaient point de galeries, de balcons, ou autres constructions extérieures, et que les corbeaux, ou pierres en saillie hors des murs pour supporter quelques-uns de ces ouvrages extérieurs, ne sont pas de l'époque romaine. Mais la colonne trajane représente, au contraire, une spécula ayant une galerie en bois tout à l'entour de ses murs, laquelle était nécessairement posée sur des corbeaux, pierres ou poutres en saillie. Il semble donc que son assertion est trop exclusive et les architectes des temps barbares et du moyen âge ont pu imiter ce mode de construction, comme tant d'autres qu'ils ont empruntés aux Romains.'
i God. Stenecchii, Comment, ad Veget., lib. III, 178. « Spécula, locus éditas et eminentior, sive turris, sive mon*, sive aliud quidquid, undè longé videre aliquid adspeculari soles t. »
t On peut consulter pour les détails l'ouvrage de M. Krieg, celui de M. F. Keller, sur les constructions militaires des Romains dans la Suisse occidentale ; une de ses planches représente précisément la spécula indiquée sur la colonne trajane. — Voir aussi BarloWi sur cette même colonne.