CHAPITRE III
Antiquités trouvées an Mont-Terrible.
Le camp du Mont-Terrible offre des caractères de stabilité v beaucoup plus certains que ceux de la plupart des autres camps : la construction de son castellum, le creusage du puits, les chemins , les ruines des villas voisines , indiquent tous la longue durée de cet établissement. C'est pour nous assurer de son âge et de sa durée, que nous avons opéré des fouilles régulières, ouvert des tranchées dans ses fossés, dans ses retranchements , dans diverses parties de la via angularis , sur un grand nombre de points de Taire du camp , comme aussi en dehors de son enceinte.
Ces tranchées nous ont d'abord prouvé que- les routes du camp n'avaient pas été pavées , ce qui du reste était peu nécessaire , parce qu'en plusieurs lieux elles étaient assises sur le roc ou sur un terrain sec, 1 que les vallums du camp et du château n'étaient point revêtus en murs quelconques, et ceux du dernier tout au plus en murs secs.
Sur toute la surface de l'intérieur du camp , on remarque d'abord une couche de terre végétale formée du détritus des mousses et des plantes durant un laps de temps, de 14 à 15 siècles , et ayant une épaisseur de 5 à 6 pouces au plus. La formation successive dê la terre végétale est facile à observer et cette couche supérieure ne renferme pas d'antiquités, à moins qu'elles n'y aient été poussées de bas en haut par les taupes , comme on en voit quelques exemples. Un labour superficiel de la surface du sol ne produirait ainsi aucun résultat : ce sol est resté intact depuis des siècles et, selon toute
1 Cepeodaot oo croit reconnaître, sur le passage du chemin principal qu traversait obliquement le plateau, un empierrement un peu plus épais que celui qui couvre l'aire du camp.
apparence, il s'est de la sorte maintenu à l'état de clairière, au milieu de la forêt qui l'environne. .
Au-dessous du gazon se trouve une couche de terre plus ou moins noirâtre et charbonneuse , en général de peu d'épaisseur, avec antiquités romaines, et sous cettè terre, sur toute la surface du camp , dans la via angularis comme ailleurs, on rencontre un lit de pierres et de pierraille, répandu sans ordre de 3 à 4 pouces d'épaisseur, mêlé de la même terre qui le recouvre , et avec des antiquités romaines jusque dans les interstices des pierres. Ce n'est point un pavé et cependant il semble que ces pierres ont été ainsi répandues sur la couche de terre inférieure , moins pour niveler le terrain que pour l'assainir ou rendre l'aire du camp plus dure et plus sèche. Nous avons observé le même fait au camp romain du Mont-Chaibeut, que nous avons ensuite fouillé en partie pour ce motif.
Sous ce lit de pierraille , on trouve une nouvelle couche de terre autrefois végétale, mêlée de charbons et de cendres, et d'une épaisseur très variable, parce qu'elle recouvre le roc qui forme le fond du sol. Cette terre est parfois un peu plus grisâtre à sa surface que celle avec antiquités romaines , et elle renferme des armes et des instruments nombreux en pierre. Là aussi se trouvent des ossements poudreux , des morceaux de cornes de cerf , qui ont été employées à divers usages et qui ont servi parfois de manches à des outils de pierre , des fragments de poterie à pâte grossière mêlée de grains de quartz , avec dessins en creux semblables à ceux qu'on trouve dans les habitations lacustres et dans les établissements celtiques épars dans le Jura. Les ossements d'animaux ne consistent plus guère que dans les dents ou les mâchoires et ils nous ont paru appartenir aux mêmes espèces que celles dont on retrouve aussi les ossements dans les habitations lacustres. 1 Les races porcines paraissent dominer. Enfin*
i Oo peut consulter à ce sujet la savante publication de M. le D r Rûtlimeyer : Die Fauna der PfahWauten in derSchweiz. Baie, 4861. in-4° avec planches.
dans cet(e même couche , et sans que nous puissions l'affirmer pour tous les cas, on a recueilli un nombre assez important de pièces de monnaies celtiques ou gauloises , en bronze ou en argent. Par contre , avec ces armes et instruments de pierre si nombreux, on n'a pas trouvé de haches debronze> ni aucune arme ou gros objets de ce métal , mais seulement quelques débris de torques > boucles d'oreilles et autres petits objets qu'il n'est pas toujours facile de distinguer de ceux de l'époque romaine. Il s'est cependant rencontré deux pièces d'un très-grand intérêt : l'une est une de ces haches de fer qui semblent former la transition entre les haches ou celtes de brqnge et celles de fer, et un couteau de fer emmanché dans une longue corne die cerf. Tous les principaux objets d'antiquité sont représentés dans les planches ci-jointes et inscrites dans un catalogue*
Les ouvriers qui, il y a vingt ans, ont opéré les fouilles déplorables , dans lesquelles ils prétendent qu'on eachait à l'avance dans la terre des antiquités venant d'ailleurs peur les leur foire trouver, nous ont également assuré qu'ils n'avaient jamais recueilli de celtes ou autres instruments de bronze , dent nous leur avens montré des dessins ou des exemplaires, mais par eontre, ils attachaient peu d'importance aux instruments en pierre, qui ont été pour la plupart négligés ou dispersés. Il s'est également perdu une grande quantité de monnaies romaines et plusieurs celtiques.,
Bans les fouilles que nous avons opérées , la couche romaine nous a fourni fort peu d'objets de quelque valeur. Nous avions déjà acquis , peu de mois auparavant, une bague en or avec chaton formé d'un grenat et de deux émeraudes noni taillées, qu'on avait trouvée près du puits. Elle a été dessiflée dans la troisième livraison de V Indicateur d'histoire sume y eu 1861. Les ouvriers avaient déjà ramassé noa loin de là um autre bague d'or et quelques anneaux ou bagues, et en 1862, ils ont de nouveau recueilli dans ce môme voisinage nn chaton de bague. en r or, renfermant* à ce qu'il paraît, une opale non taillée.
M* Ferd. KéHwr, président de la Société a*ehéek>gique 4» Zurich, estime que la bague, indiquée en preuder lieu* peurrail appartenir aux derniers temps de la domination rotnei** dans notre contrée. Serait-ce un de ces anneaux que les Tribuns militaires avaient te dreit de porter cornue marque de service? 4
Nous n'avous trouvé aucune épée 9 tête de knce , «débris d'armure en fer on en bronze, mais seulement quelques frftg» ments de ces armes, avec des javelots et de neobreuses pointes de flèches «en fer et de forâtes très variées. Les ouvriers disent cependant qu'ils ont recueilli autrefois une épée «et quelques fers de lances»
Les débris d'agrafes ou de iibales en bronne ne sont pas rares et pkisteurs sont parfaitement semblables i celtes qu'on a trouvés i Auguste Raaraoerum. On ne recueille guère que des objets cassés , endotfMoaagés ou que leur petitesse et leur peu de valeur ont fait échapper à un pillage.
Nous n'avons pu découvrir aucune statuette et seutafteut la tête d'une Diana en bronze. Le musée de MontbéHard en pessède également une réputée provenir du Mont-TexriMe. 1
Les objets en fer sont très-communs et appartiennent pour la plupart à des artisans divers et à des constructions en bois, D'après la grosseur de certains ferrements, il y a lieu de croire que les édifices étaient assez considérables, et le grand nombre de clefs indique à son tour qu'il y avait plusieurs habitation* toutes en bois , car dans tout l'aire du camp on ne reconnaît aucun vestige de murailles ou de constructions murées. Il n'y a que quelques fragments de tuiles à rebords , quelques briques qui semblent avoir été employées pour former des àtres ou pour servir à garantir du feu. Les fragments de poterie romaine sont très nombreux, mais petits et dispersés. Quelquesuns appartiennent à des amphores de grande dimension.
Il y a peu de fragments de ces beaux vases en terre si-
* Plioe, Epist. iv, 4.— Javéoal, Vil, 8.
• Elle est loio d'être ansii belle qae celle que nom possédons, et ta coiifare est toute différente.
gillée qui sont si communs dans les ruines des villas, mais un plus g^and nombre en terre commune, à pâte plus fine et plus compacte que celle des vases celtiques , et de couleurs diverses. Il y a aussi des débris de vase en verre de nuance verdâtre. Pas un seul vase n'a été trouvé entier, mais seulement en débris isolés. Partout on reconnaît la preuve matérielle d'un incendie qui a ravagé tous les édifices en bois ou les tentes diverses qui couvraient la surface de tout le camp. Ce ne sont pas seulement des cendres et des charbons qui fournissent ces preuves, mais du verre et des métaux (fer, cuivre, plomb, argent) fondus ou déformés par le feu.
Remarquons encore que, parmi les objets de terre, on a recueilli un certain nombre de ces globules ou noix de fuseaux, qui se trouvent dans la couche romaine, comme dans la couche celtique, afin de justifier, qu'à ces deux époques , il y a eu des femmes sur ce plateau et qu'elles y filaient au fuseau. On verra au catalogue d'autres preuves de la présence des femmes et de leur genre d'occupation.
Enfin, ce qui est plus important, la couche romaine renferme une multitude de monnaies généralement en moyen, petit et très petit bronze, et le plus souvent d'une fort mauvaise conservation.
Les catalogues suivants indiqueront d'une manière plus détaillée les objets d'antiquité et les monnaies trouvées au Mont- Terrible dans les diverses fouilles qu'on y a faites.
Catalogne
des objets d'antiquité du Mont-Terrible, comprenant ceux conservés au Musée de Porrentruy antérieurement aux dernières recherches, et ceux découverts dans les fouilles faites en 1861 et 1862.
MATIÈRE
des
NOMBRE D'OBJETS
Musée de Porrentruy.
Fouilles
. de
OBJETS
Pierre
Corne
Terre
Plus"
Bronze
EPOdUE CELTiaUE.
Haches en pierres diverses, siénite, serpentine, etc., la plupart endommagées.
Fragments de marteaux.
Flèches en silex, jaspe, etc.
Outils et instruments en pierres diverses.
Même genre d'instruments en silex,
Grand nombre de fragments de silex et de jaspe dont on a essayé de tirer ou de casser des instruments.
Pierres à aiguiser, en grès, de formes et de grandeurs diverses , et pierres à broyer en silex, grès, granit, etc.
Un disque rond et plat, en pierre verdâtre lourde et très dure, rappelant ceux découverts dans des tumuli a Amancey, près d'Alise. 1
Morceaux de cornes de cerf ayant servi de manches à des outils de pierre ou à autres usages.
Fragments de vases en terre très grossière à grains de quarts, quelques-uns avec dessins en creux, d'autres travaillés à la main, sans le secours du tour à potier.
Noix de fuseau. Quelques disques en terre cuite, percés au milieu.
Hameçon double, comme ceux des habitations lacustres.
Pointe de très petite flèche.
Il est probable que plusieurs objets de
1 Desjardins, Alesia, p. 92. Ces disques sont regardés comme ayant servi de projectiles.
MATIÈRE
NOMBRE D'OBJETS
des
-g & Fouilles
ÉPWUE dLTHTOE.
OBJETS
Il 1861 1862
bronze que nous avons classés dans la période romaine appartiennent aux temps celtiques, tels que des torques, des boucles d'oreilles, des épingles, etc.
de transition. On peut voir des haches semblables, représentées dans les planches des ouvrages de MM. KeUer et Troyon, sur les habitations lacustres. 1 Couteau de fer, enmanché dans une corne de cerf, «t qui , à raison dé -sa 1 forme et d'une autre corne qui a dû avoir la même destination , nous parait appartenir à l'époque celtique.
Quelques pointes en fer, absolument ; semblables à celles des habitations lacustres de la Téne , au lac de Neuchâtel, pourraient bien avoir appartenu à une époque contemporaine de celles-ci et indiquer avec les deux instrnments précédents Fâge du fer des temps celtiques.
Nous pourrions peut-être y ajouter quelques autres objets, tel qu'un ciseau à ressort, mais nous craindrions de tomber ' dans la période romaine. 1
Toutefois, il ne sera pas sans intérêt de citer une clef en fer, absolument semblable à celle de l'habitation lacustre de Sutz 'et deux autres avant la plus grande analogie avec elle. Cette sorte de clef servait â lever un pêne de serrure en bois m en fer, dans le genre le plus élémentaire, mais qui ne laissait pas que d'offrir des garanties.
• habitations lacuttres, par M. P. Troyon.
Mémoires et documents de la Société dlmtMre de la Suiœ romande. Lausanne, 1860. Texte, , pages 189 à 194, et page 476. Planche XV, fif, 2 et il, et pour la hache, pl. XlV, 4, 18.
•Même lieu, pl. XV, f. 10.
Feu
Hache
MATIÈRE des
OBJETS
Or
Argent
Bronze
NOMBRE D'OBJETS
Fouilles de
ÉPOttUE R0MABH5.
Bague en or, trouvée avant les fouilles de 1861. Voir Y Indicateur d'histoire suisse.
Chaton de bague en or avec une pierre non taillée.
Pendeloque gravée, peut-être attachée à une boucle cr oreilles.
Deux morceaux d'argent, l'un fondu, l'autre coupé au ciseau.
Torques, boucles d'oreilles, bracelets, etc., le plus souvent en fragments, et dont quelques-uns pourraient être celtiques.
Fibules* de formes très-variées ; quelques-unes semblables à celles d'Augusta Mauracorum, dessinées par Bruckner.
Téte d'une statuette de Diane.
Manche de poignard.
Boulerolk de fourreau d'épée avec gravures.
Plat ou patène.
Disque avec le chiffre XIX.
Ornements divers.
Epingles.
Anneaux, boutons.
Branche d'une balance romaine.
Bouton avec incrustations.
Ornement circulaire pour courroie de cuir.
Petite cuillère à parfums.
Navette, ressemblant à une navette à filocher, trouvée au Steinberg et considérée comme appartenant à l'âge du bronze Troyon, pL XII, f. 11.
Styles.
Anses de cassette.
Ornement en bronze. Bruckner, T. V.
pl. Vfll, f. 4 en donne un dessin presque semblable, venant d'Augusta Rauracoram.
Plusieurs morceaux de cuivre fondu dans no incendie, et petits objets sans importa
MATIÈRE
OBJETS
Fer
NOMBRE D'OBJETS
aa<g
Qques
Fouilles de
lOOl
lOOZ
ÉPOaUE ROMAINE.
Pointes de javelots de formes diverses.
Pointes de flèches.
Lames de couteaux de grandeurs et formes diverses.
Couteau se fermant avec ressort.
Vouges ou autres instruments.
Ciseau à ressort. On en a trouvé dans les habitations lacustres de la Tène et de la période celtique, âge du fer.
Espèce de compas.
Autre instrument.
Emporte-pièce pour percer le cuir.
Ciseaux pour la pierre et le bois, burins, gouge, etc.
Enclumette pour forger les anneaux.
Quelques fers de chevaux, généralement petits, à rainure et à trous de forme longitudinale étampés profondément ; ils ne sont pas tous ae même forme, mais ils se trouvent bien dans la couche romaine et qon dans la terre au-dessus.
Ressorts de serrures.
Clefs de formes diverses.
Espèce de clef ou de crochet, pour lever un pêne en bois ou en métal fermant une porte. Nous avons indiqué que ce pouvait être un objet celtique.
Autre espèce de ciels de même destitination.
Anse de cassette ou de coffret.
Charnière.
Manivelle pour une petite meule.
Styles
Débris de penture déporte, gonds, paumelles.
Fragment de mors ou de filet à bride.
Beaucoup de ferraille, clous de toutes les formes et grandeurs, pattes, crampons, tenons etc., indiquant leur emploi dans des constructions en bois ensuite incendiées.
Plusieurs morceaux de scories de fer
MATIÈRE des
OBJETS
Plomb
Verre
Terre
Os
NOMBRE D'OBJETS
Fouilles de
Qques
ÉPOMŒ ROMAIH
provenant d'ateliers de forgerons. Fer à demi fondu dans un incendie.
Poids en plomb dont deux, sous forme de disques, percés au centre. Grand nombre de morceaux de plomb fondu dans un incendie. Quelques masses informes de zinc également fondu.
Grains de collier en général en verre bleu, quelques-uns en émail, en ambre, en terre colorée.
Chaton de bague ou camée. Un autre en verre bleu.
Boutons en pâte de verre à demi fondu, avec tenons de fer.
Noix de fuseau.
Grain de collier en ambre jaune.
Quelques morceaux de cristal de roche.
Plusieurs débris de vases en verre, de nuance verdâtre, et quelques-uns ont été fondus dans un incendie.
Un gros morceau informe ou masse de verre.
Débris de col d'amphore avec inscription VG. m.
Noix ou globules de fuseaux.
Morceau de calorifère.
Plusieurs débris de poterie romaine, peu en terre sigillée , beaucoup en terre rouge ou noirâtre , quelques-uns appartenant à de très grands vases ou amphores terminés en pointe. On ne trouve pas \in seul vase entier ou dont on puisse rapprocher les morceaux.
Acus crinalis , ou pointe à démêler les cheveux.
Grand nombre de dents) plutôt que d'ossements, d'animaux éparses dans le sol, parmi lesquelles oq remarque quelques dents d'hommes, des dents de chevaux, de bœufs, de chiens, de porcs ou de sangliers, de chameaux, etc. Mais pas un seul squelette d'homme. Nous n'avons pu
EPOaUH ROIfllfE.
découvrir un seul tombeau, un seul tuœuhtf > ni sur le»p lateau ni tout à l'entour du camp. Il est vrai que les terrain* mis récemment en culture ont dû détruire des tertres funéraires.
Plusieurs dents, ou boutoirs de sangliers, dent quelques-uns, de très grosses dimensions, ont pu être employés pour instruments divers, et Ton en a trouvé ailleurs dans des tombeaux celticraes qui avaient été usagés pour crochets de ceinturon. <
* M. de Saule y, Campagnes de César. Tombettes d'Auvenay, p. 364.
Catalogue
dei mmuaies ou médailles trouvées au Mont-Terrible, comprenant celles antérieures aux fouilles récentes et conservées au Musée du collège de Parrentruy, celles découvertes dans les fouMks faites en 186 f et en 1862. Au moins 200 pièces comprises, dans la colonne de 1861 proviennent cependant do fomlie* faite* précédemment , mais de manière certaine.
Musée de \ £ Porrentruy.|gi
fBRKQ
Fou d
illes e
Total par IPB péripae. / |
ÉP80UE CELTiaDE.
AHÏÏËES de notre