CHAPITRE II
lté Mont-Terrible on camp de Jules César.
Vers le point où le nom de la montagne du Blauenberg se traduit en celui de Lomont, à l'entrée de deux passages de cette chaîne depuis la plaine de PElsgau, l'un par le col des Rangiers ou du Mont-Repais, vers le val de Delémont, et l'autre, par le col de la Croix, vers le Doubs, près de Saint-Ursanne, un des contreforts du Blauenberg porte le nom de Monterri (Mont-Terrible). Dans son voisinage, il y avait, au commencement du quatorzième siècle, le petit village de Courtari, actuellement inconnu des gens du pays, 1 puis il y a en-
i Le 30 août 4459, la commune d'Aile était en contestation avec celle de Courgenay, au sujet d'un chemin pour aller depuis ce premier village à la montagne entre Courgenay et Villars. 11 fallut nommer plusieurs fois des arbitres ou avoir recours aux officiers du comte de Montbébard , qui était alors en possession de la seigneurie de Porrentruy et dépendances. L'acte dont on vient de citer la date, commence par ces mots : « Conrad de la Pierrc-TaiUée de Montary, et Henri, seigneur de Chestel-Vouhay, de Pourrenlruy, chevalier, Jean de Turmoignac, escuyer, chastelain de Pourrentruy, tous conseillers de haut et puissant seigneur Henry, comte de Wurtemberg et de Mootbéliard. »
Les villages contestant le chemin sont ainsi désignés : « Les villes et parodies de Courtary, autrement de Courgenay et de Courtemautruy, » et le chemin revendiqué par Aile passait près des tilleuls ou « du costé des tilliats que sont au finaige de Courgenay, près de la Pierre percée, dessous lesquels tilliats l'on est accoustumé de tenir chascun an les plaits généraux du pays. »
A cette époque, le village de Courtemautruy était une courtine appartenant à l'abbaye de Lucelle, et les termes de cet acte semblent indiquer que Gourtary, Courtemautruy et Courgenay ne formaient qu'une seule paroisse et pour ainsi dire une seule commune.
Conrad de la Pierre-Taillée de Montary, alors conseiller du comte à de
eore Courtemautruy et nous avons déjà nommé Porrentruy. Tonte la contrée environnant ces localités, est remplie de sou* venirs 'druidiques et d'antiquités appelées celtiques, pendant longtemps confondues avec d'autres des temps romains. Le nom de Mont-Terrible n'est pas seulement donné à la colline ou au quartier de montagne qui semble s'être séparé de la grande chaîne pour couvrir les deux passages de celle-ci, mais ce nom désigne plusieurs métairies voisines. On a cru qu'il venait de ce que la montagne était sans eau : Mont- tari, mais l'eau n'y manque nullement, aussi pourrait-on plutôt chercher son étymologie dans un souvenir druidique : Mons druidis, comme Courtemautruy s'appelait jadis Curlis Malirud , ou Maldrndis 1 et qu'on pourrait aussi faire dériver celui de Porrentruy de Ponsragentrudis, Pont sur la fontaine des druides.* On verra bientôt par le résultat des fouilles faites au Mont-Terrible, que ce lieu a été occupé à l'époque celtique et qu'il pouvait être alors une enceinte sacrée en même temps qu'une place, de refuge. C'est peut-être en souvenir de cette ancienne destination, que les traditions des siècles derniers y plaçaient la tenue du sabbat et la réunion des sorciers,
Montbéliard*, à Porrentruy, était sans nul doute originaire d'une des métairies de Monterry, et il était parvenu, par son iotelligence et ses capacités, au poste honorable qu'il occupait. — Acte original joint à un dossier de procédure entre Aile et Courgenay. — Archives de l'Evêché de Baie , actes de 1353, 4336, pour Gourtary. — Apophasis Lucellensis , manuscrit de Walch.
< Curlhe Maltrut, en 1146.— Monnier, Annuaire du département du Jura, en 1860, p. 138, cite plusieurs localités dont les noms terminés en tru, dru, dry, drud,drut t rappellent constamment le séjour des druides.
* 11 y a à Porrentruy plusieurs souvenirs druidiques : deux de ses fontaines étaient consacrées à Baal ou Bélénus et portaient encore au XIV e siècle le nom de Crlux-Belin. Le Creux-Genat, ou fontaine Sorcière, est une source périodique qui vient aboutir à Porrentruy. On a trouvé près de cejlte ville plusieurs haches et flèches de pierre. Entre Porrentruy et le Mont-Terrible, se trouve la Pierre-Percée , avec ses légendes et traditions druidiques. On peut aussi consulter Monnier, Annuaire du département du Jura, 1860, p. 93. Pont d'Héry, Pont des Hériens, 102. Montribloux, ou Mons-terribilis, 120. Plusieurs lieux dont les noms dérivent de Bélus ou Bélénus.
tynp,\ qpe *qus l'avo^ rejnarqué en beaucogp d'autre? iîçux jadis cws^crés par les Celtes plutôt que par les Romains, l^pi^es vague* et ridicules que paraissent ces traditions, elles 110 lai^t pas, le plus souvent, que d'avoir çne lueur de vérité.
Ou yiftnl d'indiquer le nom de Mont-Terrible ou Montari dans m document du moyen âge, soit en 1459* C'est donc à toft qrçe des écrits de 1792 nous disent que le nom vulgaire de ]^o#tçrri fut changé en Mont-Terrible pour plaire au général Dçnws , qui se vanta ensuite d'avoir conquis pçur la, République frança^e les cinq villes du Mont-Terrible. A cette époque, il est vrai, on aimait les noms sonores et bien des Jacques çt de? Jean-Pierre se firent appeler Brutus ou Agriçola, mais ce n'est point un certain curé Copin , qui a baptisé cette montagne et lui a donné le nom que prit alors une partie du ci-devant Evêché de Bâle, érigé en département du Mont-Terrible, pnisqqe déjà en 1 716, Dunod et un abbé de Bellelay correspondaient ensemble au sujet de découvertes d'antiquités et noipmaient fort bien cette localité le Mont-Terrible. 1 Depuis lors çe nom est devenu plus vulgaire ; il a passé dans l'histoire et un de nos savants compatriotes, Jules Thurmann, l'a rendu célèbre en géologie , en sorte qu'on ne désigne plus que rarement ce lieu sous le nom de camp de Jules César, fréquemment usité auparavant , tandis que toute cette partie du Lpniont se nomme actuellement la chaîne du Mont-Terrible.
Le sommet de cette montagne proprement dite est terminé par un plateau de forme presque rectangulaire , un peu incliné du sud au nord. C'est cette esplanade qui porte en particulier le nom de camp de Jules César. Elle est bordée au midi par des rochers inaccessibles, et des trois autres côtés par des pentes rocailleuses ou plus* ou moins rapide*. Un chemin, non pavé, large de 8 à 10 pieds, conduit sur ce plateau depuis le village de Gornol. Il débouche vers l'angle du nord,
1 Lettres à l'abbé de Bellelay sur les découvertes qu'on a faites sur le Qhin. Septembre 1716. p. 25.
oû il existe aussi un sentie? ou chemin pour tes piétons. Enfin, un autre sentier très-rapide descendait depuis près l'angle du sud vers les métairies de M on terri. Ces trois points étaient à peu près les seuls par lesquels on pouvait arriver sur l'esplanade.
A l'angle méridional une roche dominait toute la position. C'est sur ce point qu'on trouve les ruines d'un castellum ou tour d'observation. De ce lieu , de même que depuis tout le plateau , l'œil embrasse une vue immense sur la plaine que parcourt le Rhin entre le Schwartzwald et les Vosges. Ces deux chaînes de montagnes n'apparaissent que dans un vaporeux lointain , tandis que le Blauenberg, courant de l'ouest à l'est, semble aller rejoindre la forêt hercinienne près de Bâle, dont on peut aussi apercevoir les tours. Sur cette ligne , on reconnaît la position de quelques tours d'observation, avec lesquelles on pouvait correspondre jusque sur les rives du Rhin. Vers le nord , on aperçoit le donjon de Milandre et la montagne en face qui portait jadis une spécula; à l'ouest, les camps de Chété et de Chevenez; plus près, le Chàtillon en avant de Sous-Plainmont et enfin les collines de la Perche et d'Hermont , dont nous ferons ensuite une mention plus spéciale. On découvre de là toutes les routes qui débouchent dans le bassin de l'Elsgau ou d'Àjoie, et qui le parcourent en tous sens , allant de village en village et aboutissant toutes à Porrentruy, dont on voit blanchir les maisons et le château sur le flanc d'une colline.
Mais le plateau du Mont-Terrible était â son tour dominé par la chaîne du Lomont, et quoique cette montagne fût trop éloignée pour que de son sommet on pût jeter des traits dans le camp , on avait cependant eu soin d'occuper sa crête et d'y placer une tour environnée d'un fossé, d'un vallum et de quelques ouvrages avancés. De ce point culminant la vue plonge encore plus au loin sur la contrée aperçue du Mont- Terrible ; elle pénètre dans la vallée du Doubs et s'étend sur plusieurs sommités du Jura.
Ce lieu s'appelle Outremont, ultra montes } nom tout latin,
indiquant à lui seul l'occupation romaine. Là, il n'y a pas eu de château au moyen âge ; on n'y remarque' même aucun vestige de murailles. Il semble que la tour qui existait sur le bord des rochers, vers le nord, devait être en bois et les ouvrages qui la défendaient des trois autres côtés, seulement en terre , avec des palissades. Nous avons recueilli en ce lieu quelques monnaies romaines. 1
Le poste militaire d'Outremont, distant de 1,400 mètres du Mont-Terrible, réparait l'inconvénient que les règles de la castramétation recommandaient d'éviter, et il fallait emporter ce fort, d'un accès très difficile, avant de pouvoir dominer le camp placé au-dessous.* Entre ces deux positions on montre un mouvement de terrain qui ressemble assez à un retranchement, mais l'examen de ce terrain nous a démontré que ce n'était que l'effet d'une de ces avalanches très fréquentes sur le flanc de cette montagne.
Abordons actuellement les fortifications du camp romain, en commençant par le castellum. Cet édifice consistait en une tour carrée, de 35 pieds suisses de côté (le pied suisse de 3 décimètres), bâtie en moellons à peine appareillés au marteau. - Le calcaire oolitique que fournit cette localité, est du reste peu propre à la taille, aussi dans tous les débris de la tour on ne voit pas une seule pierre taillée au ciseau. 5 Les moellons
1 Un Domitien en grand bronze. — Nous avons d'abord cru que c'était à Outremont qu'il fallait indiquer la résidence d'un seigneur qui, au VII e siècle," essaya de tromper Sl-Ursanne; mais un examen plus approfondi de ce fait légendaire nous donne à penser qu'il faut chercher plutôt à Montvouhay le théâtre de celle aventure. — Voir la légende dans Basilea sacra , dans les Monuments de l'Histoire de l'ancien Evêché de Bâle 9 t. I, et dans quelques manuscrits.
* Vegetius, lib. I, cap. 22, p. 26. «-Cavendum etiam ne mons sit vicinus altior qui ab adversariis captus, possit oficere. » — Hygini, De Castram ., p. 79.
s Nous insistons sur cette observation, que nous avons égalemeot faite au castellum romain de la Burg, à celui du Sturmer-Kœpfli et en d'autres lieux purement romains, parce qu'elle est en contradiction avec l'opinion de M. Krieg, qui ne considère comme romains que des murs construits ayec plus de soin et dont les pierres ont leurs joints taillés au ciseau.
étaient rangés par assises régulières, mais de' hauteurs lrè& diverses, et l'intérieur des murs rempli de mortier composé de chaux provenant du même calcaire oolitique, de sable de rivière apporté depuis la plaine, et de gravier de montagne qu'on trouve dans les localités plus rapprochées. Il est facile de remarquer qu'on avait fait usage indistinctement de ces deux espèces de sable et que les ouvriers les employaient à mesure qu'on les apportait de Tune ou l'autre des carrières. 1 Les pierres des deux parois, ou façades des murs, étant une fois posées, les maçons remplissaient le vide intérieur avec du mortier et y jetaient pêle-mêle des pierres informes qu'ils pressaient à coups de marteau dans ce bain de mortier. Les murs de la tour avaient huit pieds d'épaisseur, et, à son angle sudouest , il y avait un pâté de maçonnerie dont on ne peut reconnaître la destination. L'examen de ces constructions a été fait très heureusement avant les démolitions déplorables des temps modernes.
La grande épaisseur des murailles à leur base permettait de donner beaucoup d'élévation à cet édifice, mais on ne peut plus en juger par ses débris, qui ont été en général précipités au bas des rochers , en sorte qu'il en reste à peine quelques vestiges sur l'emplacement même. On doit surtout observer que les murs de ce castel ne renfermaient pas une parcelle de tuile ou de brique , qu'on n'en trouve que de rares morceaux épars dans le camp et que, selon toute apparence, la tour n'était pas couverte en tuiles, mais terminée par une plate-forme. On ne reconnaît dans ces constructions aucune ressemblance avec la manière de bâtir dtes Romains , durant les premiers
i Dans quelques parties de remplissage on remarquait un mortier beaucoup plus fin, composé de chaux presque pure, de couleur jaune grisâtre, ressemblant complètement à de la chaux hydraulique travaillée sans sable. 11 est même un peu poreux et très léger. Il est absolument semblable au ciment employé par Vauban lorsqu'au XVII® siècle, il fit construire les baslions du château de Landskron, près duquel on trouva des calcaires à chaux hydraulique du terrain oxfordien, tandis qu'au Mont-Terrible abondent les calcaires hydrauliques du Lias,
siècles de l'Empire ; ce sont bien des murailles faites avec soin et régularité, mais pas une pierre taillée et appareillée comme celles qu'on voit aux murs A'Aventicum 3 d'Augu*ta Maurocorum , de même que dans les nombreuses villas de la contrée environnant le Mont-Terrible.
Afin de comparer cet édifice avec un autre de l'époque romaine > construit dans le même but , nous avons fouillé , en octobre 1861, les ruines du castellum du Sturmer-Kœpfli, au. val de Laufon, et là nous avons reconnu le même mortier, mélangé tantôt de sable de rivière, tantôt de sable de montagne , mais les pierres indiquaient un plus petit appareil que celles du Mont-Terrible. La tour du Sturmer-Kœpfli formait un carré de 30 pieds de côté, mais ses murs ont été complètement rasés , en sorte qu'il faut chercher les façades sur les bords du rocher en partie taillé pour escarper les abords de la tour. Le eiment ou mortier de cette forteresse n'est pas plus dur que celui du Mont-Terrible et de la plupart des autres édifices romains de la contrée, et sous ce rapport il est loin de ressembler i ce qu'on a la coutume d'appeler du ciment romain. 1
La tour du Mont-Terrible, comme celle de Milandre, n'était point bâtie sur l'extrême bord des rochers, mais il régnait tout à Pentour une petite esplanade qui avait jusqu'à 18 pieds de large du côté de l'ouest. Il a dû exister sur cet emplacement un bâtiment en bois, adossé à la tour, et qui renfermait probablement l'escalier. Ayant fait fouiller le sol, nous y avons remarqué des amas de cendres et de gros charbons, provenant d'un empoutrage incendié. Dans ces décombres il y avait des clous et autres ferrailles et plusieurs fers de flèches, de formes diverses, mais ne différant point de celles qu'on trouve éparses dans le camp.
Au sud et à l'orient de la tour, l'esplanade, assez étroite, était bordée par des rochers d'une grande élévation qui en
i Nous avons fait les mêmes observations au castel romain de la Bourg et $ 4'anlres forteresses de la même époque.
interdisaient les approches. Au nord, on avait creusé dans le roc un fossé profond, et ce travail avait en même temps fourni des pierres à bâtir. Enfin à l'ouest , le rocher qui supportait le cas tel, avait aussi été travaillé en sorte d'escarper ses flânes. Selon toute apparence, on montait au pied de la tour, du côté du nord , par un étroit chemin pratiqué dans le roc , probablement par des escaliers, pour arriver dans le bâtiment en bois qu'on vient d'indiquer. Le castel était ensuite séparé du camp par un vallum, formant un angle en saillie dans l'enceinte du premier et laissant , entre le retranchement et le rocher servant de base à la tour, un espace de 25 à 30 pieds de large. 1 Ce vallum, formé de terre et de pierraille, provenant de l'escarpement du rocher sous la tour, était posé sur un sol précédemment occupé , comme on verra que l'avait été tout le camp, avant l'arrivée des Romains. Il est problable qu'il était revêtu extérieurement d'un mur sec, maceria, mais non pas d'une muraille faite avec du mortier. Sa hauteur devait être de 40 à 12 pieds. Il avait deux ouvertures vers ses extrémités, sur les bords du précipice. C'est par là qu'on pouvait entrer dans le fossé et arriver au château, parla montée préindiquée. Ces ouvertures devaient être défendues par des barrières et des palissades, mais elles n'avaient point de fossé en avant.
Les fortifications de l'enceinte du camp avaient fort peu de relief ; souvent même on en perd la trace. Leur hauteur devait à peine s'élever à 3 ou i pieds, car les quelques murs secs qu'on y observe appartiennent à ses clôtures modernes. Nous n'avons pas remarqué de trous de murailles dans la fondation du vallum d'aucun côté du camp. Son flanc sud et en partie celui oriental n'avaient pas besoin de retranchements. Les autres côtés étaient bordés par des pentes très rapides, qui ne permettaient pas de creuser des fossés dans ce terrain rocailleux. On avait donc pris, dans l'intérieur du camp, les raaté-
1 Cet espace n'a pas élé occupé par des tentes et n'a point éprouvé d'incendie. On n'y trouve que des débris de la tour, mai» point de ces monnaies éparses daos tout le reste du camp.
riâux nécessaires pour former un vallum en terre et en pierraille, probablement soutenu par des fascines et des palissades. On avait ainsi aplatii le terrain en face des retranchements sur trois côtés du camp, pour former la via angularis sur une largeur de 20 pieds. Ce mode de fortification se reconnaît dans presque tous les camps romains de notre contrée et nous en avons rarement vu d'autres.
Le côté le plus abordable du camp était l'angle nord-est ; on avait en conséquence augmenté l'escarpement de la montagne, sous le vallum, en creusant un fossé dont les déblais avaient servi à former un second vallum en avant. Cet ouvrage avait surtout un assez grand relief vers l'angle même du camp, où passait le chemin ou sentier aboutissant à la porte prétorienne ou remplaçant celle-ci. A côté du chemin il existe encore une cavité, en forme d'entonnoir, dont la destination n'est pas facile à expliquer. Nous l'avons fouillée sans y rien trouaer. Ce devait être un tron de loup, ou un de ces lupos murales dont parlent les auteurs anciens. Il y avait certainement là des ouvrages en bois plus ou moins considérables et qui ont péri par le feu.
M. Dupuis, représentant du peuple, ayant été envoyé en mission à Porrentruy, en 1794, visita le Mont-Tçrrible ; il y fit même opérer quelques fouilles, et crut reconnaître aux quatre coins du camp les fondements d'autant de tours murées. M. de Golbéry, dans une autre visite, croyait avoir vu un vallum construit en mur. Pour vérifier ces faits, nous avons ouvert plusieurs coupures dans les retranchements jusque sur l'ancien terrain et fouillé les angles du camp, mais à l'exception du castellum, il n'y a nulle part de traces de tours et de vallum murés. Le retranchement qui borde le trou de loup conique qu'on vient d'indiquer, n'est également formé que de terre et de pierraille. Ainsi les observations de MM. Dupuis et de Golbéry, reproduites par plusieurs auteurs, n'étaient pas exactes. 1
' De Golbéry, Antiquités d'Alsace, Moni-Terrible. Les obserrations de M* Dupuis sont rapportées dans la Description topographique et statistique de
Les autres angles du camp étaient suffisamment défendus par des rochers et des escarpements, sans qu'il fût besoin d'y établir des trous de loup, lupos murales, comme on en voit encore au camp du Mont-Ghaibeut. 1
En avant de la porte latérale, porta sinistra, où aboutissait le seul chemin praticable aux chevaux et aux voitures , on ne remarque aucune trace de propugnactdum , de fossé , ou de tout autre ouvrage avancé. Ceux qui ont dû exister en ce lieu ne devaient être formés que de palissades. Mais le chemin avait été construit de telle sorte qu'il longeait le flanc occidental du camp, de manière à exposer le côté droit des assaillants, dépourvus de boucliers, à tous les projectiles des défenseurs de la place.
Il est ensuite remarquable qu'aucune des portes et des routes du camp n'était placée d'après les règles de la castramétation, et ce à raison de la conformation du terrain. Elles n'étaient chacune qu'au nombre de trois, car nous ne pouvons compter une issue souterraine, qui avait une de ses ouvertures dans le fossé du castellum. Elle pénétrait dans une caverne étroite et sinueuse, ayant sa sortie au bas des rochers au sud du castel. Ce passage a pu servir d'issue secrète et nous l'avons encore parcouru, il y a quelques années. C'est une cavité naturelle , qu'on a dû découvrir ou modifier en creusant le fossé , mais où l'on ne reconnaît plus le travail des hommes.
Vers l'angle de l'est , tout à côté de la via angularis , on remarque un puits entièrement creusé dans le roc à 83 pieds de profondeur. 1 Ce puits a dû coûter un long travail, quoique
France, n° 44, département du Haut-Rhin, par J. -Thomas Verneur, de Porrentruy. Paris, 1810, p. 53. —M. le cnré Sérasset, Abeille du Jura, t. II, p. 41 , n'avait pas remarqué le second retranchement que nous venons de décrire. • • 1 Hygini Gram., De Casiramet , 79.
s M. de Klœckler a fait vider ce puits en 1841. On y a trouvé quelques monnaies, mais rien d'important. Cette cavité est un peu inclinée vers l'orient. M. Krieg cite un puits semblable dans un camp romain prés de Wûrtzbourg, dans l'Odenwald, p. 54. Le puits romain, à Dozière, près de
sa forme soît peu régulière , comme celle d'autres puits romains que nous avons remarqués ailleurs. Le fond est à peu près terminé en cône, et c'est là que se rassemble l'eau qui suinte des parois du rocher et non pas d'une source proprement dite. Il ne pouvait fournir, à beaucoup près, de l'eau en suffisance pour les troupes du camp. Les environs du puits ont présenté, semble-t-il , un plus grand nombre d'antiquités que dans le restant du plateau.
La forme générale du camp, approchant celle d'un rec~ tangle , permettait d'y appliquer la distribution ordinaire des camps romains. Toutefois, les fouilles que nous y avons faites, ne nous ont pas permis de décider si le prétoire était placé vers le centre , selon le système de M. Krieg, ou dans le fetenlura , d'après Polybe et Végèce , ce qui pour cette localité eut été plus convenable, ou bien enfin dans le castellum même, comme cela se pratiquait également. Après déduction de l'espace occupé par la via angularis et par les chemins prescrits, il ne restait plus de place que pour loger cinq à six cohortes, avec moins de 200 chevaux , soit ensemble 2,500 à 3,000 hommes tout au plus , c'est-à-dire un peu plus d'une demilégion au temps de César et moins que la domi-Iéglon selon Végèce. 1
Delcmont, est tout aussi irrégulier. — Nous avons recueilli les divers ren- • geignements sur ce puits , pendant qu'on y travaillait et depuis lors, des ouvriers qui ont fait ce travail.
t Le camp du Mont-Terrible , en y comprenant le castellum , renferme une surface de 13 journaux 43 perches el 84 pieds de roi, le journal de 2tO,000 pieds carrés, ou bien 4 hectares et 1 6 ares, ou encore 394,384 pieds carrés, formaol un carré de 627 pieds de côté, soit enfin 10,955 toises carrées, donnant à leur tour un carré de 104 à 105 toises de côté.
D'après ces données et les évaluations des auteurs déjà cités au chapitre 1 er , le camp du Mont-Terrible contenait en hommes : 1° Selon M. Krieg, un carré de 120 pieds de côté, logeant une cohorte de 360 hommes , on a la proportion 120 : 360 : : 627 : 1,881 hommes.
2° Selon le système de Napoléon I er , (Précis des guerres de César, écrit à Sainte-Hélène , sous la dictée de l'Empereur, publié par M. Marchand , Paris. Gosselin, 1836, un vol. in-8°, p. 81 à 82), une armée consulaire, renforcée par des troupes légères et des auxiliaires, forte de vingt-quatre mille
L'enceinte du camp proprement dite ne pouvait loger plus de troupes et c'est son peu de contenance qui avait contribué à aous faire d'abord penser que ce ne pouvait être là que César avait établi son camp au moment de combattre Àrioviste* Hais ayant fait de nouvelles recherches sur toute cette montagne, étudié les terrains environnants , levé les plans et feit de nombreux calculs , nous avons enfin dû modifier noire première opinion.
Les longues terrasses qu'on remarque dans la forêt au nord-ouest du camp, ne sont pas le résultat d'anciens labours des terres : leur formation repousse cette supposition , mais elles indiquent un travail fait de mains d'hommes dans le but évident de fortifier les abords de la montagne. D'autres terrasses plus au nord et au nord-est, bordant des mouvements naturels de terrain, indiquent également l'occupation de toutes les parties de ce flanc de la montagne, offrant des pentes peu inclinées et des gradins sur lesquels on pouvait loger des troupes. Toutes ces terrasses , par leur position , ne laissent point de doute sur leur destination, et elles sont en général le résultat d'un travail qn'on pouvait faire rapidement , comme aussi elles peuvent indiquer diverses occupations de eette position.
Entre ces terrasses et la colline du Cœudret r qui domine
hommes d'infanterie, de dix-huit cents chevaux , en tout près de 30,600 hommes, campait dans un carré, de 536 toises de côté, avant 4 ,344 toises de pourtour ou 21 hommes par toise, ou bien encore une surface de 41 2,896 toises carrées. On a donc pour le plateau du Mont-Terrible la proportion suivante : M 2,896 t. : 30,000 h. :: 10,955 t. : 2,992 homme*
3° En prenant les calculs de MM. Chifflet et Coinart, donnant 7 hommes' de pied pour une surface d'un are ou 700 hommes pan hectare,. on obtient 2,912 hommes.
Schœpdin, Alsat. illust, t. I, p. 552, dit que le plus grand camp eneore existant dans les Gaules est celui de l'Etoile, prés d'Amiens. 11 a 13,000 pieds de long, sur 800 de large et pouvait loger 3,000 hommes. En appliquant a ce camp la régie de M. Krieg, on lui trouve une couleoance de 3,150 hommes.
D'autres calculs donnent des résultats peu différents des précédents.
au sud le village de Cornol , un pli de terrain offre une surface assez plane pour qu'on ait pu y loger de la cavalerie et, en avant de ce pli , la colline qu'on vient d'indiquer forme un rempart naturel couvrant tout un côté du camp. Cette dépression du terrain s'abaisse en pente plus ou moins douce à l'est et à l'ouest et permettait , surtout par ce dernier côté , de sortir avec facilité pour aller aux fourrages et à Peau qui coule près de là , ou bien pour marcher à l'ennemi vers la plaine. En avant de cette issue du camp, divers mouvements de terrain forment des terrasses ou de petites esplanades naturelles, fort propres à loger des troupes ou des postes avancés. L'une de ces plates-formes a dû être ensuite occupée par un édifice muré, puisqu'on y trouve des débris de tuiles romaines.
Au-dessus de cette sortie occidentale du camp, il y a deux on trois rangs de terrasses superposées et établies de telle sorte qu'on pouvait se retirer de l'une à l'autre. Le terrain au-dessous porte le nom de Chancé, du mot allemand Schanze, rempart, retranchement. On l'appelle aussi Sous le château. De ce lieu un pli de terrain conduit en pente douce jusque dans la plaine , en passant le long du ruisseau qui fait mouvoir les roues des moulins de Paplemont et de La-Terre , et arrose le Pré-Genez. 1 II faut visiter cette localité afin de se faire une idée des avantages qu'elle offrait pour sortir du camp, pour ainsi dire en bataille rangée. La cavalerie et l'infanterie pouvaient le faire jusqu'à deux fois par jour sans fa- t tigue et comme on se rend à l'exercice. On pouvait marcher sur plusieurs colonnes parallèles ou sur plus de cent hommes de front.
L'ensemble de ces terrasses, de ces plis de terrain, et autres parties comprises entre le Mont-Terrible et la colline du
4 Au-dessous du Chance , prés du moulin de Paplemont , il y avait le petit village de Gourtemble, Gourtemple , nom qui semble rappeler l'existence de quelque lieu consacré el qui au moyen âge désignait un village actuellement détruit. Ce nom de temple se retrouve aussi à Alise en Franche- Comté. — Desjardins, p. 38, et Delacroix.
Cœudret, jusqu'au Chancé , offre une surface assez considérable pour loger plus de trente mille hommes , en faisant usage des formules que nous avons déjà indiquées. 1 Cette position était déjà en grande partie fortifiée par la nature même. Il ne fallait, pour y établir un camp passager, qu'ajouter quelques levées de terre , former des terrasses dans ce sol facile à creuser, planter des palissades sur les bords de ces retranchements, aux ouvertures de ce pli de terrain et en avant des sorties du camp. Tous ces travaux pouvaient se faire en peu de temps, et quand on sait que César a occupé pendant dixsept jours la position qu'il avait choisie à l'approche des Germains , il est facile de comprendre que ses troupes auraient eu tout le loisir de faire de semblables travaux.
Mais il ne suffît pas que cette position offre un espace assez grand pour loger une armée, il fallait encore pour cela qu'elle ne fût pas couverte de forêts ou que les arbres ne s'y trouvassent pas trop serrés pour gêner la distribution du camp et le mouvement des troupes. Personne ne peut savoir dans quel état se trouvait jadis ce terrain, mais comme on verra bientôt la preuve que le plateau du Mont-Terrible a été occupé durant une longue période de Pépoque celtique, et que sur les terrains qu'on vient de décrire on rencontre aussi des objets appartenant à des temps voisins de l'arrivée des Romains, il paraît tout au moins probable que, dès un temps très reculé, ces terrains ont été plus ou moins dépouillés de forêts , les meilleures parties mises en culture et le restant converti en pâturages, comme il l'a été depuis des siècles, car ce n'est que depuis peu qu'on a mis en culture une partie de ces terres vaines.*
' Il est vrai que quelques petites parties de la surface mesurée étaient peu propres à établir des teotes, mais elles sont compe usées par d'autres en dehors de la triangulation que nous avons opérée, et qui faisaieot partie du camp ou s'y rattachaient.
* Le pli de terrain est une de ces combes oifordiennes toujours si favorables à la croissance des pâturages quand la conformation du sol ne permet pas de les cultiver.
Pendant l'existence du c^mp sur le plates, q.u n'avaU cçr> tainement pas laissé croître de forêt sur Jes flancs est-noydouest de la montagne , et s'il en était resté au sud , la hauteur des rochers rendait les approches du camp asse? ^accessibles , sans qu'il fût nécessaire de couper la forêt. 1 Il nouç paraît jj>lus que probable que l'espace , très onduleux , très tourmenté par des avalanches, qui sépare le camp de la chaîne du Lomont , ou de la montagne d'Outremont , était plus ou moins inculte et, boisé , mais dans cette position, les forêts étaient peu compromettantes pour la sûreté du camp.
Quant aux chemins conduisant sur le plateau même, on a déjà remarqué qu'il n'y en avait qu'un seul praticable aux voitures. Après avoir longé le flanc occidental des fortifications, il descendait, par une pente modérée, sur une des terrasses, en retournant vers l'orient, puis il avait divers embranchements conduisant à des sources voisines, soit pour descendre au village au point où arrive l'ancienne route, soit par la çolline de Çœudret, pour déboucher derrière la vieille église de Çornol, qui a pu remplacer un temple ou un autel payen. On jj a trouvé quelques monnaies romaines. Les ornières de ce dernier chemin sont en quelques lieux taillées dans le roc et. n'ont qu'un mètre dix centimètres de large.
Au bas de la montagne , le village de Cornol , bâti entre deux collines assez rapprochées , a dû être habit,é de bonne heure. Sa position était sur le passage d'une de çes. voies de communication tracées par la nature et conduisant du bassin de l'Elsgau à celui de Delémont, par le col des Rançiers. Nous verrons bientôt ce passage jalonné par un tumulus celtique et par des édifices romains. Il ne suivait pas la, route actuelle , établie seulement dans la seconde moitié du siècle dernier, mais il côtoyait le flanc du Lomont dont il atteignait la cime ou le col près de l'auberge des Malettes. Nous ne suivions, pas depuis là cette route et ses diverses branches dont
4 Dans les forêts de hante futaie , lorsqu'elles sont formées d'arbres séculaires, comme devaient être les forêts celtiques, on peut facilement établir des tentes pour l'iofanterie, et même souveot loger de la cavalerie.,
l'Une, passant à Pierlre-tertuis, se dirigeait vers Pelinesca et Àventicumj ét l'autre, par le plateau des Franches-Montagnes, sous le nom de voie des Fées ou de chemin de la î)ame, allait rejoindre la via straia, près du lac de Neuchâtel. Mais sans quitter le col de la montagne , au point où la vieille route passe dans une entaille de rocher au-dessous de Montgremay, nous indiquerons le Chételat qui , par sa position et par sa forme, a la plus grande analogie avec le castellum d'Outremont.
Assis sur un rocher très élevé du côté du nord-ouest, il ètâit envirottné de murs secs des trois autres côtés, qui s'élevaient de 10 à 12 pieds au-dessus d'un fossé de même largeur, bordé d'un vallum, qui a dû à son tour se couvrir d'une palissade. Il ne devait y avoir en ce lieu qu'une tour en bois et la butte qui la portait, a environ 50 pieds de long sur 36 de large. Elle n'est distante de la route que de 40 pas, ët le vieux chemin n'a en ce lieu que 10 pieds de largeur. Cetle vigie dominait le col de la montagne ,, elle était en vue du Mont- Terrible et de ce point on découvre de l'est au nord-ouest une immense étendue de pays. Nous avons découvert cette position militaire et levé son plan en octobre 1861, et nous y avons ensuite fait des fouilles qui ont eu un double résultat. Sur son emplacement même toute la surface du sol porte les traces d'un incendie qui a détruit des édifices en bois. Dans ce terrain , qui a très peu de profondeur, nous n'avons pu recueillir que des débris de poterie antique et une médaille de bronze fruste, mais du premier ou du deuxième siècle. -
A trente mètres de là , tout à côté de la vieille route , il y avait un autre poste militaire, consistant en un bâtiment en bois placé aussi sur des murs secs , formant un carré d'environ 20 pieds de côté , mais sans levée de terre ni fossé à l'entour. Une barrière fermait cet étroit passage entre les rochers. Ce poste paraît avoir été occupé à plusieurs reprises en temps de guerre, pour la défense du col de la montagne. D'après nos recherches, nons avons acquis la preuve que, durant la guerre dite des Suédois ou de trente ans, les gens de la campagne établirent plusieurs fois dés postes militaires que
les manuscrits du temps appellent corps-de-garde. Celui sous Montgremay, ayant été l'occasion de divers actes de brigandages de la part des Impériaux en garnison à St-Ursanne et à Àltkirch, fut incendié et rasé parla garnison française de Porrentruy, en janvier 1637, et elle jeta les matériaux en bas de la montagne pour qu'on ne pût rebâtir ce nid de pillards. 1
Les fouilles faites dans cette seconde localité nous ont fait découvrir des objets d'époques différentes , indiquant clairement qu'on a occupé ce poste à plusieurs reprises. 9 Nous entrons dans ces détails, en quelque sorte étrangers à notre sujet, pour faire connaître d'une part la persistance de l'occupation militaire du moyen âge et du XVII e siècle, et enfin la distinction non moins caractéristique que présentent les antiquités de chacune de ces positions.
La route romaine ou la vieille route, qui du Chételat descendait à Cornol , est parfois profondément encaissée et elle offre des pentes très rapides. Avant d'arriver au village, un peu au-dessus de sa jonction avec les chemins descendant du Mont-Terrible , un pré de peu d'étendue porte le nom de Cérialis. Les terrains environnants , défrichés pour la plupart
4 Histoire manuscrite de la gnerre des Suédois, p. 55, 56, 79, 91, 93, et autres manuscrits de cette époque.
* Le terrain voisin s'appelle Derriére-les-Gardes. Dans le poste détruit par le feu en 1637, on a trouvé des fragments de poterie, des clefs et autres objets appartenant au moyen âge et qui semblaient déposés dans une couche inférieure du terrain. Dans les cendres et le charbon provenant du dernier incendie, il y avait les débris du ferremeot d'un char, des fragments de fourreaux de sabre, des couteaux divers, de la poterie du XVI« ou XVII e siècle, beaucoup de ferrailles appartenant à une habitation en bois, deux petites pipes en terre blanche avec fleurs en relief, rappelant par leur forme et grandeur les petites pipes de fer forgé trouvées dans les ruines du château de Morimont, brûlé la même année, et prouvant que déjà alors l'usage du tabac devait être fréquent chez les soldats. Des bracteactes ont enfin complété la découverte. Quelques-unes de ces pièces sont représentées dans le t. III des Mémoires de la Société des antiquaires de Zurich, seconde liv. Bracteactes de la Suisse, parle D r H.Meyer. Deux sont des Evèques deBâle, fin du XVI* siècle, p. 70, t. II, n<» 147 et 148. — Un de Lucerne, du XV e au XVI* siècle, p. 86, t. III, n° 186. Des deux autres, l'un m'est incoenu et le dernier appartient aux ducs de Lorraine.
depuis peu de temps , n'ont certes jamais produit de céréales pour que les fruits de Cérès aient pu fournir Fétymologie de Cérialis.
Dans ce pré , d'où , sort une petite source et près duquel coule un ruisseau , nous avons vu découvrir les fondations d'une habitation romaine , d'une villa avec ses dépendances. On y reconnaissait facilement les restes d'un hypocauste , les piles de briques , les tuyaux carrés des calorifères et d'autres débris des bains et étuves qu'on retrouve constamment dans les villas romaines. Il 'est probable que dans les pays froids les hypocaustes remplissaient le double but de chauffer des étuves et les bains durant l'été et quelques appartements en hiver. Les murs de cet édifice avaient peu d'épaisseur, seulement deux pieds , selon l'usage , et ils étaient construits en pierres de petit appareil. On reconnaissait dans l'intérieur quelques vestiges de stuc et de peintures à fresque, de couleur rouge. Là aussi des traces évidentes d'un incendie indiquaient quelle avait été la cause de la ruine de cette habitation ; de même que des amas de grandes tuiles antiques, ou à rebords, faisaient voir son mode de couverture. Sa situation, en vue du camp, n'était éloignée du plateau que de 950 mètres et seulement de moitié de cette distance depuis les premières terrasses.
Un peu plus haut, à 400 mètres vers le sud-sud-est, en dehors de l'ancienne route , on observe une colline tumulaire de près de cent mètres de circonférence , autrefois de forme conique, mais qui a été un peu tronquée par des fouilles opérées au centre de ce cône circulaire. Ce tumulus a encore 4 m 50 de haut et l'on y remarque deux sentiers tournant parallèlement à l'entour, l'un vers le tiers de la hauteur et l'autre un peu plus haut. Nous avons aussi ouvert une tranchée dans cette colline, en allant de l'ouest à l'est , jusqu'à une profondeur de 3 m 50, mais nous n'avons rien observé que des lits successifs de terre et de pierraille, provenant du voisinage et appartenant au terrain keupérien, soit des marnes, des dolomies et des gypses , le tout évidemment amoncelé par les
hommes pour former une colline régulière et non pour se débarrasser des matériaux, comme cela se pratique, non loin de là, près des carrières à gypse. Ce n'est pas davantage le résultat d'une avalanche , comme le prouve sans réplique la seule inspection du terrain. La surface de cette colline est formée d'une couche très épaisse de gazon ou de terre noire mêlée de parcelles de charbon , ce qu'on n'observe pas dans les terrains voisins. Cette butte porte le nom de Capiton.
Les fouilles faites, au centre du cône , par le propriétaire, ont dépassé le niveau de sa hase , sans que les ouvriers aient rien remarqué de particulier, mais ils étaient peu capables de reconnaître les traces de sépultures antiques. Les recherches que nous avons opérées n'ont pas été heureuses , mais elles ont probablement été insuffisantes , à raison de la grande masse que forme cette colline. Il aurait fallu la fouiller de plusieurs côtés et détruire les nombreux arbres fruitiers qui la recouvrent. Malgré l'insuccès de nos travaux, nous sommes convaincu que ce cône est un tumulus et qu'il doit renfermer des sépultures de l'époque celtique. Sa masse très considérable, les deux cercles ou sentiers qui l'environnent , la terre brûlée qui le recouvre, nous paraissent indiquer un lieu vénéré où l'on offrait des sacrifices. Nous le croyons d'origine celtique , nonobstant son nom de Capiton, qui semble dériver de Çapitolium , à raison de quelque temple en bois ou d'un simple autel qu'on aurait pu ériger sur sa cime durant l'époque romaine. 1 Ce n'est point un tombeau romain élevé sur un puticoli ou pourrissoir, dans lequel l'on jetait péle-mêle les gens du peuple ou les soldats tués dans une bataille, parce que le sondage opéré au centre du tumulus a rencontré la roche gypseuse en place et qu'entre le fond du sondage et la coupure que nous avons faite , il n'y a pas d'espace suffisant pour un ossuaire.
Au nord du village de Cornol , les vergers appelés Rière la
« Le nom de Capitole se donnait aussi aux priocipaax temples des villes. Suétçqe, 47. Plaut. Curctd.y act. H, se. 2, y. 19,
ville, indiquent remplacement d'une villa romaine, â laquelle a succédé la maison forte des nobles de Cornol , dont on désigne encore la place. Plus à l'ouest , sur une colline, la chapelle de St-Gelin est appelée en 1139 église de St- Julien. La tradition la regarde comme la première église paroissiale de plusieurs villages voisins. Ce lieu par sa position pourrait bien avoir été primitivement consacré au culte payen.
Le plateau qui couronne la colline voisine de Moron , du latin Mons rotondns, à raison de sa croupe arrondie, présente aussi quelques traces de castramétation. Cet emplacement a beaucoup de rapport avec celui du Mont-TerriHe , dont il n'est distant que d'environ quatorze cents mètres , mais son accès est beaucoup plus facile. Sa surface était à peine suffisante pour y loger mille à onze cents hommes. Il n'y a pu avoir sur ce plateau qu'un camp passager, sans eau dans son enceinte, mais il s'en trouve dans le voisinage. 1
Non loin de là, sur la route qui passe au col de la Croix , où aboutissait aussi l'embranchement que nous avons indiqué depuis près des Malettes , on a découvert quelques fers de lance et un grand nombre d'ossements de chevaux enfouis en ce lieu avec leurs fers. Ceux-ci sont de petite dimension avec rainures à Tentour et à étampes profondes pour loger la tête des clous. Nous en avons trouvé de semblables dans plusieurs localités avec des antiquités romaines.
En suivant encore les collines qui forment les contreforts du Lomont, on remarque, au sud de Courgenay, celle de Chàtillon , en avant de la ferme de Sous-Plainmont. Lors même qu'on n'y reconnaît plus de traces de fortification , son emplacement et son nom indiquent cependant qu'il a dû en exister sur ce mamelon. On y recueille en effet des débris de poteries antiques et. l'on dit que près de là on a découvert
i Lorsque, il y a bien des années, ooos étions déjà 'à la recherche d a petit camp de César, ooos avions cru le reconnaître dans les traces de castramétation de Moron ; mais quand nous avons alors aussi essayé d'y loger deux légions et d'y faire l'application du texte de César, nous avons bientôt vu que nous étions dans l'erreur et nous avons cherché plus lojn,
autrefois de nombreuses antiquités. Entre cette colline et Courgenay, à peu près à moitié distance , non loin d'une source, nous avons vu ouvrir, il y a quelques années, les ruines d'une villa romaine avec bains et dépendances.
Dans les ruines , il y avait plusieurs sépultures gallo-romaines et burgondes. Celles-ci nous ont paru caractérisées par de grands coutelas ou épées courtes à rainures longitudinales, et par des couteaux de même forme, mais plus petits, par des plaques de ceinturons en fer, comme les lames précédentes, mais garnies de clous de cuivre à tête ronde, avec traces de damasquinures d'argent.
Là aussi se trouvaient des antiquités purement romaines, qui paraissent avoir été en partie confondues avec celles du Mont-Terrible , dans la collection Maupassant. Cette localité s'appelle la Condamine , campus domini , nom très-fréquent dans le pays. Quelques sépultures étaient formées de pierres murées sans ciment, provenant des débris de murailles romaines construites en moellons de petit appareil ; mais toutes ne paraissaient pas appartenir à la même époque.
C'est là que la tradition place un couvent de templiers. Il est très-remarquable que dans un grand nombre de localités du pays, elle appelle ainsi couvent, abbaye ou église, des ruines absolument et constamment romaines. 1
1 Nous attribuons le fait à la circonstance qu'au moyen âge il n'y avait point d'autres édifices en pierre que les châteaux forts , les églises et les monastères. Lorsque le peuple, qui n'avait pas d'idée de constructions murées antérieures, rencontrait des ruines qui, par leur position, ne pouvaieot être celles d'un château fort, il les attribuait naturellement a une église ou à uo monastère. A l'appui de cette opinion et de ce fait , égale* ment observé ailleurs, nous citerons prés de Buix le lieu appelé le Temple, le Couvent, et où il n'y a que des ruines de beau romain ; près de Damvant, l'endroit appelé Goute-Eglise , avec «ruines d'une villa romaine; même fait à Bressaucourt,«or la colline de l'Abbaye. On vient de citer celuj de Courgenay. Un exemple semblable se retrouve près de Boécourt, pour une villa romaine ; un autre à Liesberg et à Wahlen , toujours pour des ruines uniquement romaines. Nous l'avons encore constaté cette année au Cbatelat du Petit-Champoz , qu'on appelle aussi le Couvent , et nous pourrions encore en citer d'autres.
Il y a encore près de là diverses indications de constructions et de tombeaux, qu'il importerait d'explorer. Il est probable que le petit village de Courtary , qui disparut au XV e siècle, existait dans le voisinage , s'étendant même vers l'o- • rient jusque sous les maisons qu'on bâtit actuellement à la suite de Courgenay. Le terrain entre deux s'appelle Rière la ville, nom fréquent dans le pays et désignant toujours l'existence d'une villa romaine.
Non loin de Courgenay, à côté de la route de Porrentruy, la Pierre-Percée ne rappelle qu'un monument de l'époque celtique on druidique, dont on aura encore à parler.
Lorsqu'en 1854 on démolit l'église de Courgenay 1 pour eu construire une autre sur le même emplacement, on découvrit sous les fondations et dans le cimetière voisin plusieurs sarcophages en pierre (calcaire à riérinées) , qui tombèrent en poudre en les plaçant à l'air. Il y avait également une grande fosse remplie d'ossements humains empâtés dans un ciment grisâtre très dur et formant une masse solide. Des débris de tuiles et de ciment romain et quelques monnaies des III e et IV e siècles indiquaient des sépultures gallo-romaines. C'est * sur cet emplacement au niveau de la plaine, et qui ne forme nullement une butte ou une colline, que M. Trouillat croit reconnaître le tertre, ou tumulus terreus satis grandis, où César eut son entrevue avec Arioviste. Nous reviendrons sur ce fait.*
Poursuivant nos recherches vers l'ouest, le long de la chaîne du Mont-Terrible ou du Lomont , nous indiquerons encore des traces romaines à Sous-Plainmont , où selon des renseignements non suspects, on a trouvé, vers la fin du siècle dernier, beaucoup d'antiquités en bronze , chaînes, vases , armes, etc. que selon l'usage on a livrées au fondeur. La col-
' Corgioart au XII e siècle , peut-êlre de Courtine des Genay, ou des Sorciers; Gênai, Genay, Sorcier, souvent employés pour des localités rappelant les druide*.
* La petite hauteur en face et au sud de l'église s'appelle le Bourg. Nous présumons que c'est la que devait être le manoir des nobles de Courgenay, qui s'établirent ensuite à Baie,
line voisine porte le nom de Châtillon. Villaïs a offert de nombreuses traces de constructions romaines et des monnaies et autres objets de la même époque. Ce village est bâti sur le chemin qui traverse la montagne par Calabry pour gagner la vallée du Doubs. A Calabry on voit les ruines ou tout au moins les fossés d'un castellum ; nommé le Chételat. Entre Villars et Bressaucourt il y avait un camp romain, au lieu appelé Chété , et près de ce dernier village plusieurs édifices de la même période , Nous avons trouvé un autre camp romain , tout à côté du village de Chevenez, isur la colline de la Citadelle. Nous en avons levé le plan en octobre \ 861 , et nous avons reconnu qu'il pouvait renfermer deux cohortes. Bordé de rochers ou d'abruptes de trois côtés , son troisième flanc était muni d'an vallum, qui devait avoir près de 12 pieds de haut et était bordé par un fossé large et profond. A l'angle occidental , on voit encore une roche taillée qui a dû servir d'autel. 1 Près de Damvant, le lieu appelé Goute-Eglise était occupé par une grande villa romaine. En continuant cette fc même route, on arrive au Doubs près du Pont-de-Roide, où il y avait aussi un castellum appélé Château Julien , et dont on attribue la construction à l'empereur Julien. Le petit village voisin porte le nom de Châtel.
Ainsi, sur toute cette ligne, du Mont-Terrible au Pont-de- Roide , on voit une suite d'établissements romains , civils ou militaires , de même qu'il en existait de semblables vers le Rhin. Nous ne ferons pas l'énumération de toutes les autres ruines romaines dont on reconnaît lés débris dans le restant du bassin de TAIlaine ou de KElsgau , à Porrentruy , Cœiive, Aile, Miécourt, Charmoille, Pleujouse et autres localités, qui très souvent renferment aussi des traces celtiques.
1 (Tétait probablement le sacellum pour déposer les drapeaux ou Tes eoseignes des troupes. (Festus, De Verb. signif., lib. XVI f.) Oo a trouvé quelques sépultures au pied de la colline , du côté du village. Sous les fondations de la tour de l'église, on a découvert deux de ces grands sarcophages de pierre, qui indiquent toujours la sépulture de personnages importants et pne antiquité remontant parfois à l'époque romaine.
Ces indications suffisent à elles seules pour prouver que le camp du Mont-Terrible n'est pas le seul ouvrage militaire de la contrée , comme on Ta cru fort longtemps , mais qu'il faisait partie d'un système de défense de la chaîne du Jura, depuis le Rhin, près de Bâle,ou tfAugusta Rauracorum, jusqu'à Besançon. Cç même système avait reçu son application dans toutes les autres parties du Jura, comme on l'a vu précédemment par la simple liste des cas tels. Nous devons aussi remarquer que les camps romains appartenant à cette ligne de. défense sont, en général, 4e petites dimensions, dépassant rarement la contenance de celui sur le plateau du Mont-Terrible , et le plus souvent n'y arrivant pas.' La plupart n'ont pas un çastellum muré, et s'il y en avait un, il devait être en bois. A l'exception de quelques postes militaires environnant les castels , les fortifications des camps proprement dits ont très peu. de relief. Elles semblent indiquer des camps passagers , non pas peut-être pour y passer une seule nuit , mai5 seulement pour une opération militaire de plus ou moins de durée et en sorte qu'on pouvait, selon les circonstances, abandonner ou reprendre ces positions toujours admirablement bien choisies.
4 M. Krifeg fournit les dimensions de plusieurs camps romains en Allemagne, qui tous sont de petites dimensions , p* 53 : Camp près de Wurla» burg, 287 pieds sua p. $7. Neuwied* 800 pied» sur €00$ p. 58* Bomburg, 700 sur 450;, il pouvait renfermer 6 cohortes, q\e chacune, 360 hommes, soit 2,160 hommes, p. 64. Ober- Winierlhur, 350 pieds sur 200. Toutes ces mesures sont en pieds du Rhin. — fil. Clerc, La Franche-Comté à l'époque romaine > fournit aussi plusieurs données sur l'étendue des camp» die cette contrée : p. 5â, Camp de Barésia., 100 mètres sur 40 ; camp do Secouas,, le plus, grand du Ju^a, 1,700 mètre* sur 204; camp d'0ribamps, t 10$ métros «or 94; caa)£ d'Amançey, 63 mètres, sur 63. — On a d4jà cité, d'apré> Schoepflin, le camp de l'Etoile, près d'Amiens, ayant 1,300 pieds sur 800. — Comme point de comparaison, le camp sur le plateau du Mont-Terrible a en moyenne 900 pied» suisses sud 550, o» 270 mette» su» 175. 9tt FeaJQ* noua awoft fourni ailleurs se» dimensions exacte*.