L. MOBET
Chanome titulaire de Samt-Dtaîs •t directeur de rŒuvn.
ASILE MATfflLDE.
LOTERIE DE l'oEUVRE DE NOTRE-DAME-DES-SEPT-DOULEURS, AU PROFIT DES JEUNES FILLES PAUVRES INFIRMES, INCURABLES. EXPOSITION DES LOTB DU 24 AVRIL AU 4 MAI. TIRAGE LE MARDI 5 MAI 1857.
Le Conseil de l'Œuvre des Jeunes Filles çauvres infirmes, incurables, a Thonneur de vous prévenir que le tirage de la loterie au profit de l'établissement aura lieu le mardi 5 mai, à huit heures du matin, dans l'une des galeries du Palais-Royal. L'entrée sera rue Montpensier, prés le Theâtre-Francais.
L'exposition des lots aura lieu du 24 avril au 4 mai ; on
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pourra la visiter pendant les jours qui précéderont le tirage, qui se fera le lendemain.
LL. MM. l'Empereur et Tlmpératrice, voulant montrer Tintèrêt qu'elles portent à cette œuvre si touchante et si admirable, ont bien voulu envoyer deux lots qui, nous le croyons, fixeront l'attention et le désir de tous les visiteurs.
Les personnes qui ont été assez charitables pour prendre des billets sont priées, si déjà elles ne l'ont pas fait, d*en faire tenir le montant le plus tôt possible. Dans le cas où elles -ne pourraient ni les garder, ni les placer, elles vou dront bien les remettre avant l'exposition.
Le Conseil de l'Œuvre recommande à votre sollicitude toute chrétienne le succès de la loterie, qui ne peut être assuré que par le placement des billets, ainsi que par le nombre et le choix des lots dont il a en ce moment le plus pressant besoin. Cs sont les seuls moyens de rendre la loterie aussi productive que l'exigent les charges d'un établissement qui n'a que quatre ans d'existence, et qui déjà compte 90 individus : 80 jeunes infirmes incurables, et iO religieuses qui leur servent de mères. ^
Ces lots offerts pourront être remis soit à l'Asile Mathilde, avenue de Plaisance, 2, soit à mepdames les Conseillères, soit à M. labbé Moret, directeur de TûEuvre, 25, lue de JIonceaux-du-Roule.
Nota. — La distribution des lots ne sera faite qu'après le dépouillement des numéros gagnants. Ce travail devant durerunjourentier, leslots ne seront remis que le jeudi 7mai.
Après le jeudi? mai, les lots seront transportés chez M. le Directeur, 25, rue de Monceaux-du-Roule, où ils seront remis à qui de droit.
Mon bien cher abbé,
Je ne dirais rien de mieux que votre lettre, je ne ferais rien de mieux que cette note elle-même.
J'insère donc votre lettre et la note jpii l'accompagne.
Mon fils et moi vous envoyons chacun un dessin.-
Inscrivez-nous en outre pour cent billets.
Au revoir mon cher abi)é, je u'ai pas besoin de vous dire combien je vous aime.
Alex. Dumas.
La princesse Mathilde a fait près de 16,000 fr. i sa dernière quâte de SaintrPhilippe-du-Roule.
NOUVELLES DIVERSES
Nous empruntons cette Nouvelle au Siècle^ ne changeant rien à sa rédaction.
Elle sort, du reste, de la plume d'un des hommes les plus spirituels du notre époque.
De la plume de M. Edmond Texier.
« Avant de rentrer tout à fait à Paris, il faut que je vous parle d'un fait qui vient ' de se passer en Provence. Un de mes amis, avec qui j*avais voyagé jusqu'à Marseille, mei quitte et va se promener dans le Var En cassant par Grasse, il trouve toute ijme nichée de capucins en mission qui prêchaient et cathéchisaient depuis quarante jours. Parmi eux, le père Ange, un orateur un peu ^ rude, qui appelle les choses par le nom qu'elles n ont pas ; le père Archange, qui supplée le père Ange, et le
{)ère Conrard, un autre prédicateur très éloquent. Donc, es pères capucins travaillaient de concert à révolutionner les «consciences et à mettre les têtes senâ dessus dessous. Tout allait bien. Les femmes étaient affolées de sermons, de confessions, de contritions, et si quelques maris voltairiens protestaient, contre cette excessive ferveur qui ne laissait noéme plu» & leurs fenunM te tomps
de s'occuper du ménage, la plupart avaient pris le parti de s'embrigader dans la légion des cordons bleus. 11 ne s'agit point de cuisine transcendante, comme on pourrait le croire ; le bleu est la couleur du ruban que doivent porter en écharpe sur la poitrine, avec une croix à la boutonnière, le jour de la procession générale et de la plantation de la croix, les brebis ferventes qui ne veulent pas être confondues avec les brebis galeuses.
» Quand on veut guérir le mal, il faut l'attaquer dans sa racine, telle est Topinion du père Archange, un fier chirurgien , comme vous allez le voir. Le père Archange monte un beau soir en chaire, et le voila qui se met à
Sromener son bistouri à travers toutes les plaies du caavre social. 11 coupe, retranche, ampute, supprime par ici et rogne par là. Bref, il soumet à son scalpel, ce terrible praticien, les philosophes et les romanciers, "Voltaire et toute la séquelle, le Journal des Débals et le Siècle^ Alexandre Dumas et Eugène Sue, Georges Sand et Balzac. M. Thiers lui-même n'est pas épargné, il reçoit l'anathème en pleine poitrine. Quant a M. de Lamartine... je me demande s'il doit encore rester quelque chose , à l'heure présente, de l'illustre écrivain, tant il a été littéralement pulvérisé par le père Archange.
» Après cette épouvantaible exécution, le père Archange ordonne aux repentis des deux sexes de déposer dans les vingt-quatre heures, entre les mains du curé de la paroisse, tous les liv)-es, journaux, brochures et imprimés quelconques non approuvés par NN. SS. les évêques. Tout s exécuta selon l'ordre du père Archange. Seulement, pour épargner la rougeur aux nouveaux convertis, le curé avait permis, avec Tagrèment du père Archange, bien entendu, qu'une espèce de tronc à large embouchure fût pratiqué à la porte de l'église. Ce travail avait été fait dans la joui*nëe qm suivit la terrible prédication.
» La nuit, la plus grande partie de la population vint dé^ poser dans le tronc les volumes et les journaux, honteusement et furtivement, conime on abandonne un nouveauné au tour d'un hospice.
» L'exécution (un auto-da-fé en France en 1 857!) a eu lieu en grande pompe le Jeudi-Saint, à neuf heures du soir. Rien n'avait été négligé par le père Ange, le père Archange, le père Conrard et par les autres révérends, pour donner à ce spectacle une imposante solennité.
» Un vaste bûcher s'élevait sur une des places de Grasse. Sur ce bûcher on avait amoncelé un tas de journaux et dé livres, parmi lesquels je citerai deiix exemplaires de /ocelyn^ un exemplaire de la Chule d'un ange, un exemplaire dépareillé de iHisloire de la révolution française , par M. Thiers, des romans de Balzac, de Dumas, de Sue, et un exemplaire de Colomba, ^orle sénateur Mérimée. Il y avait aussi des volumes de Michelet, la Religion naturelle de Jules Simon, des comédies, des vaudevilles, et une énorme quantité de publications pittoresques.
» Donc, à neuf heures du soir, tout étant préparé, le clergé s'est avancé processicnnellement, précédé de deux enfanta de chœur portant chacun une croix d'argent recouverte d'un voile noir ; quelques mauvais livres tardivement déposés étaient portés par des bedeaux dans des corbeilles aussi voilées de noir. Le cortège marchait Iqntement et silencieusement, à la lueur des cierges et des torches. C'eût été lugubre si ce n'eût été bouffon. Arrivés au pied du bûcher, où les livres retardataires furent immédiatement précipités, les saints pères capucins s'emparèrent des torches et mirent héroïquement le feu au bûcher. Pendant que la flamme dévorait livres et journaux^ M. le curé entonnait de sa plus belle voix le Parce, Domine. »
Un seul livre a échappé aux flammes. Ce livre tombé de la corbeille d'un des nedeaux, a été subrepticement ramassé par un voltairien incorrigible oui s'était sacrilégement mêlé au pieux cortège. C'était, le livre bien entendu!., on ne le croira pas... Lazare le Pâlre^ un gros mélodrame de M. Boucharay.
Bien longtemps avant l'incendie, la foule se pressait, avide de spectacle, autour du bûcher : une foule ignorante, incapable de comprendre l'acte qui allait s'accomplir et qui verrait probablement brûler les capucins avec la même avidité que les niauvais livres* Cetti fouli dîMÛty 4ftfu I9
lançage du pays : ■ Van brûla les roulanciers, » on va brûler les rolanciers.
Un peu plus loin, des groupes s'étaient fonnés qui avaient pris le parti de considérer la chose sous son point de vue bouffon. Au moment où le cortège débouchait sur la place, une voix cria : • Monsieur le curé, le bourreau sera-t il habillé de rouge? » D'autres regardaient le spectacle de Tair de ce libre penseur qui disait, en voyant brûler ses livres : « Les imbéciles I ils ne brûleront pas
ridée. »
Sans doute un tel acte est encore plus ridicule qu'il n'est odieux : il prouve cependant une chose, c'est que les révérends pères capucins seraient parfaitement capables, si on les laissaient faire, de brûler Lamartine, Michelet, Dumas, Mérimée et bien d'autres encore, tout aussi dévotement qu'ils brûlent les livres de ces écrivains, le tout au nom de Dieu. Cela se pratiquait ainsi autrefois : les temps sont changés, mais les capucins sont restés les mêmes.
M«« Grasset, de TOdèon, vient d'être engagée par M. Empis et va passer au Théâtre-Français. C'est une excellente acquisition. M™« Grasset est la meilleure duègne de Paris.
uest, en outre, un bon et excellent cœur, ce qui ne gâte rien au talent, et ce qui souvent, â mon avis, non-seulement le complète, mais lui donne ce pouvoir sympathique 3ui s'étend chez le romancier sur ses lecteurs, chez le poèta ramatique et chez Tarlisle sur leui-s auditeurs. Malgré les faibles appointements de M™« Gràssot — deux cents francs par mois, je crois— jamais sa bourse n'est restée fermée à une souscription pour im camarade besogneux ou un machiniste blessé. La nouvelle administration avait mis la pauvre femme â la porte après quinze ans de service, dans cette espèce de tombe que l'on appelle l'Odéon. La bonne duègne offrit, en pleurant, de réduire ses appointements d^moitié— on tient à sa maison, si triste et si solitaire qu'elle soit. — Elle n'obtint qu'un refus obstiné. Elle eut alors l'inspiration d'aller trouver M. Empis et de s'offrir d la rue de Richelieu.
M. Empis accepta. Ce fut à la fois une bonne action et une heureuse idée.
Nous ne sommes ni partisan de M. Empis, ni fanatique de la façon dont il mène le Théâtre-Français ; Dieu nous en gardé. Mais il a fait une bonne chose;' inscrivons-la.
Les dernières courses de La Marche avaient attiré tout
le Paris fashionable; elles ont donc été on ne peut plus brillantes. Un épisode, auquel on ne s'attendait pas, est venu leur donner une date remarquable dans les annales du sport. M. Hublot, qui montait Simple Peler ^ ayant mal enlevé son cheval au moment de sauter une barrière fermée, est tombé sous sa monture, et, blessé grièvement, malgré les soins qui lui ont été prodigués par le docteur Gauthier et M. Declat, a été emporté sans connaissonce.
Il est question, pour l'avenir, d'ét^lir une ambulance chirurgicale sur le lieu même des courses.
En Espagne, il y a dans chaque cirque, et pendant tout le temps que durent les com*ses, une chapelle ouverte et toute allumée, un prêtre en permanence, et un médecin de garde. Si par hasard un Chulo, un Banderillero, ou un Torero est blessé grièvement, tout est prêt pom* qu'il meure d'une façon convenable.
On dit'que nos voisins les Espagnols sont en arrière do nous. Vous voyez bien qu'au contraire ils sont en progrèii.
Sans compter que les courses de taureaux de Madrid ou de Séville sont moins dangereuses que les steeple-chases de La Marche et de la Croix de Berny.
Jo remercie notre confrère du Figaro^ qui n'a pas voulu croire que j'eusse, en 1848, crié vive la république, avec un cigai*e du duc de Montpensier à la bouche.
La chose en effet m'eut été impossible.
Je n'ai jamais fumé.
Celui de nos confrères à qui l'on a écrit de Londres que j'avais été vu aux meetings aé Southwarth et de Braunfort, chamarré de toutes mes croix, a été mal informé.
Depuis 1849, nul n'a pu me voir avec une seule croix, et la raison en est bien simple :
En 1849, une éminente actrice, morte pauvre, et craignant d'être jetée dans la fosse commune, me laissa le soin de sa sépulture.
Je vendis toutes mes croix pour la faire enterrer.
Depuis cette^époque, je ne me suis jamais retrouvé assez riche pour les racheter.
Alex. Dumas.
Alex. DUMAS.
Seul propriétaire et leul rédacteur du MonU^Critto.
Paris. — Imprimerie de £. Brière et C*, rue Sainte- Anne, 55.
Ka i^ente A radmlntsCratlon de Ubmlrle, rae lVotre-l»ame-de»-Victolres* 9%.