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LE ROI DES TAUPES ET 8A FILLE

cait

Lorsque la pauvre mère revint à elle,'1e jour commen-

it de paraître et l'on se levait dans le village.

Elle se mit à pleurer et à crier si fort que, quoique la maison fût, comme nous l'avons dit, en avant du village à une centaine de i)as des autres, les plus proches paysans accoururent et lui demandèrent ce qu'elle avait.

Alors elle raconta ce qui s'était passé sous ses yeux et ils furent saisis d'épouvante.

D'abord ils avaient refusé de croire, mais le récit poitait un tel caractère de vérité, les larmes surtout étaient si vraies, si maternelle?, que la conviction entra dans| leui*s cœurs, et que vovant la pauvre mère qui grattait le sol avec ses mains à r endroit où son ûls avait disparu comme si elle eût voulu le déterrer, ils allèrent chercher des pelles et des pioches et se mirent à creuser la terre.

Mais ce fut au hasard qu'ils creusèrent, car de Timmensc taupinière, il ne restait point la moindre trace.

Ce fut en vain qu'ils essayèrent de la consoler, elle refusait toute consolation.

LE MONTE-CRISiO

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— OmonDieu! mon Bien! s'écriait-elle, si seulement mon fil& était w>xK si dans votre bonté, Seign^uc, voue me Tsiviez repris ; il était si bon que je servais bi/su sùrç qu'il est près de vous dans le ciel, mais maintenant il vit là-desj^ous dans la terre avec ces monstres aveugles, il oublie Dieu et sa mère et peut être est-il à son tour changé en taupe.

Et sa douleur était si violente, et au lieu de se calmer 8*«xal.tait tellement, que les voisins lui dirent :

— Consolez-vous, nous allons fouiller la terre jusqu'à ce que nous le trouvions, et en effet, ils se mirent à creuser la terre si profondément que l'eau vijit et les empocha de fouiller plus avant, mais ils n'avaient rien trouvé, ni Joseph, ni le roi des taupes, ni sa fille.

Une année s'écoula ainsi : la pauvre veuve ne cessait de Xjleurer son fils bien^aimé. Le jardin et le champ étaient retournas déserts et inoultqs. Madeleine serait morte de faim si les bonnes âmes du village ne lui eussent apporté le nécessaire.

Un soir, elle était assise dans son jardin, tellement abrsorbée dans sa douleur muette que le soir la surprit sans qu'elle s'en aperçut.

Quêtait justement pleine lune ee soir-là.

L'astre au pâle visage venait de se lever, et brillait magnifiquement au ciel.

Tout à coup une taupinière se forma à quelques pas dfi Madeleine, et la belle princesse des taupes apparut.

A sa vue ^faideleine se prit à crier :

— Ah ! c'est toi, malheureuse, më ramènes-tu mon enfant?

i-r Tu le reverras, répondit la princesse d'une voix douce, mais pour cela il faut que tu nous suives dans notre empire.

— Si je te suis, le reverrai-je bien sûr? demanda la veuve.

— Bien sûr. Suis-moi.

— Oh I à l'instant même, s'écria Madeleine.

— Aloi*s, viens, dit la princesse.

Madeleine monta avec la princesse sur la taupinière, et aussitôt toutes deux furent englouties dans les entrailles de 1^ terre.

Pendant Tespace d'une minute, la pauvre femme perdit toute espèce de sentiment d'existence ; — et lorsqu'elle reprit aea sens; elle se trouva dans un palais, bâti en mottes de terre superposéeB, au milieu desquelles fourmillaient des taupes de toutes les tailles.

La veuve frissonna comme les feuilles du tremble; mais le souvenir de son fils lui rendit le courage.

— Joseph ! cria-t-elle, où es- tu, mon bon Joseph, je veux te voir.

Alors le roi parut, toucha im rideau qui se sépara en deux parties. £t Joseph se précipita dans les bras de sa mère. '

Alors , ce ne fut qu'un seul cri échappé de ces deux cœurs :

— Mon fils !

— Ma mère I

Et comme si la force leur manquait, ni l'un ni l'autre ne put en dire davantage.

Madeleine, la première, retrouva la parole.

— ' Enfin, lui dit-élle, te voilà I — Rien ne nous sôpai«ra plus, et tu reviendras avec moi là-haut sur la terre.

Maîa Joseph secoua tristement la tête.

-~ NonI s'écria Madeleine e&iarée. -n- Je crois que tu m'£^ répondu* non 1

— Ma mère, Bépondit tristement Joseph, je ne puis vous suivre, lors même que je le voudrais.

— Gomment I tu ne le peux pas, s'écria la mère, et qui t'en empêche donc ? Peut-être le roi ? Mais je vais le supplier jusqu'à ce qu'il m'accorde que tu reviennes avec moi.

En effet, elle se jeta à genoux aux pieds du roi des taupes, et le supplia les mains jointes :

— Sire ! rôi ! s'écriait- elle, — rendez-moi mon fils. — Vous êtes père, et vous savez ce que vous auriez à souffrir si Ton vous ravissait yotre enfant. -^ Oh ! si vous ne m'entendez pas, si vous ne m'exaucez pas, c'est que non-

seulement les taupes n'ont pas d'yeux, mais encore qvL'ellBs H'oot pas de eemf.

Alors lo roi lui répoobdit ;

— En vérité, tu me laj^ ff^^^ peine, pauvre lewQe, car tu te trompes, les taupes ont un cœur et plus sensible même que celui des hommes, mais je ne puis laisser partir ton fils, puisque demain il épouse ma fille.

— Oh que Dieu ait pitié de moi ! s'écria Madeleine, aurais-je jamais pu penser que j'élevais un si beau garçon, un si bon chrétien pour qu'il épousât une priaeesse des taupes ; non, non, il n'en sera pas ainsi, vous me le rea*drez, je l'emmènerai avec ipipi ou je mourrai.

— Ecoute, dit le roi, tu peux i;ie jpas te séparer de ton fils, mais alors il faut demeurer avec nous.

— Oh je le veux, je le veux, répondit la pauvre mère avec pasÊ^ion, il es! vrai que e'esl; affbeux de demeurer ici, maisa^ec ipoda Joseph, toute- demeure est belle.

— Oui, reste ipi, ma bonoe mèi^, dit Joseph,, etnoei npn plus je n'aurai plus rien à désirer si je t ai là, près de moi.

-^ Soit, dit le roi, mais cela ne peot pas se passer tout à fait ainsi.

— Pom^quoi cela? deiy^anda la mèr^.

— Il y a une condition, pour que tu restes p^rmi nous, -r- Latquelle ?

— Nous autres taupes, nous sommes aveugles , comme tu vois

-^ Sh bien ? demasda la pauvre Madel^ne en frissonnant

— Eh bien, il faut que tu deviennes aveugle comme nous.

— Oh c'est bien épouvantable, dit la pauvre mère^ car si je deviens aveugle je ne pourrai plus voir mon enfant.

— En effet., répondit le roi des taupes, tu ne le pourras plus voir, mais tu resteras près de lui, il t'aimera, va h toucheras et tu entendras sa voix.

— Hélas! hélas t dit la mère, je voudrais cependant bien le voir, songez qu'il y a un an que je ne le vois plus, laissez-moi mes yeux, je vous en prie, je ne l'egarderaî que lui, et si je regarde aiutre chose, je consens à perdre la

VUQr

— Non, dit le roi, accepte ou reCuse, il n'y a pas de mi- Ueu, ou l'on va te crever les yeux à l'instant même, ou 4 l'instant même tu vas retourner sur la terre et tu ne verras plus ton fils.

— Non! non! s'écria la bonne /temme, non je ne puis pas, non, je ne* veux pas me së)»arerde lui. Crevest-moi donc les yeux et laissez-moi près de mou Joseph, seutement, tandis qu'on me les crèvera, je demande à lui te&ir les mains, afin qu'on ne me le vole pas une .seconde fois.

— C'est bien, dit le roî, ta demande t'est accordée. ^ Joseph vint s'agenouiller devant sa mère et lui prit les

deux mains sur lesquelles il appuya ses lèvres.

De grosses larmes coulaient de ses yeux.

Lorsque Madeleine vit cl^la, elle essuya vite les sienaea et lui. dit :

— Ne pleure pas, Joseph, je suis bien heureuse, va.

Et en effet, elle se mit à rire biniyamment pour lui faire croire qu'elle était gaie.

Pendant ce temps, deux taupes faisaient roagir à un réchaud deux aiguilles, tandis que deux autres soufflaient le feu pour redoubler Vintensiié du foyer. .

La pauvre femme tourna la vue de ce côté et frissonna, mais détournant les veux et les arrêtant sur sou fils avec une telle passion qu on eût dit qu'elle voulait graver le portrait de son Joseph dans son cœur.

— Si vous êtes prêt, dit-elle, je le suis. Alors le roi lui dit une dernière fois :

— Femme, es- tu bien décidée à ce que ta vas fiure, réfléchis, tu es encore libre de te dédire ; q'est une grande souffrance que tu vas éprouver quand ces aiguilles rougies pénétreront dans le globe de ton œil.

— Ne me tentez pas et faites ce qui est convenu, dit la mère;* que je souffre, que je net. voie plus, que je reste aveugle pour toujours, mais que je ne quitte pas mon enfant.

Et ayant regardé une dernière fois Joseph avec une tendresse inouïe :

— Maintenant, dit-elle, faites ce que voiiiES'ToudreK.

Et dte embrasaa soa ftla qu'^U^ tout eia pli^ttranA dans ses bras.

— . 0 ma naC*ï;e I ma mère ! B'éci?ia,cçlui-ci, Dieu récompensera un pareil ampur.

Les deux taupes s'approchèrent alors chacune avec une aiguille rouge à la patte, et, se tlressant sur leurs pieds de derrière, elles approcheront leatement TaigulUe des yeux de Madeleine.

Mais au moment où les aiguises allaient toucher la rétine, un grand coup de tonnerre retentit et la terr^ trembla tellement que le palais des taupes s*écrouia.

Madeleine ne savait ce qui lui arrivait, tant elle était abasourdie par cet effroyable tremble^nent de terre ; mai» bientôt elte reprit ses sens ; elle était couchée aux bras de son Sis; elle ouvrit les yeux avec terreur ^ çftv elle le sentait encore ; elle tremblait de ne plus le voir, mais elle le vit.

Non-seulement lui, mais à côlé de lui un homme d'une belle figure et d'une haute taille, avec un manteau de pourpre et une couronne à\>r sur la tête.

Aux c6t6s de cet homme était la belle princesse, fiancée de son ftb« telle qu'elle lui était) apparue sur la terre; elle ne pouvait pas embellir, ôtaiU déjà peque l!on. pouvait rêver de pJuA beau.

Beaucoup de seigneurs et de dames richement vêtus, étaient.à leurs côtési — le palais de terre avait disparu, il était remplacé par un palais de marbre, et Ton n'étah non pas au fond d'un souterrain, mais dans une belle ville éclairée par les rayons du soleil, et tout autx>up d'ew régcail le plus grwd luxe, le plus grao(| mouivemeut et la plus grande JQie.

-T- Que signifie tout cela? demanda Madeleine, qui prenait tout ce qu'elle voyait pour un beau rêve.

Alors, rhomme au manteau de pourpre prit la parole et lui4it:

— Je suis le roi des taupes, un méchant magioiw m'a^ vaii par vengeance métamorphosé en tai^Q^e, Inoi et mes sujets, de sorte que nous. devions vivre sous t^rre et sous une forme hideuse, jusqu'à ce qu'un être humain se fût décidé, par amour, à se laisser crever les yeux, pour l'evenir parmi nous. Depuis deux mille ans nous aspirons à notre délivrance. Nous avons attiré parmi nous beaucoup de créatures terrestres, mais aucune n'avait un amour assez grand pour se dévouer. Tu noue as délivrés, femniei et ta Vécompense sera égale au service rendu. Ton fils aime nia fille, je la lui donne pour femme, et un, jour il me succédera comme roi. Le méchant magicien ne peut désormais nous nuire, car c'est lui qui reprend ma place, et qui habite sous terre, à cette heure, avec ses enfents, aussi méchants que lui.

Quant à toi^ femme, tu vas vivre dans ce palais avec nous et nous né cesserons de te témoigner notre reconnaissance.

Mais Madeleine secouant la tête.

— Sire roi, dit-elle, je ne suis point habituée à toute cette splendeur et à tout ce hixe-, je vous remercie donc de vos bonnes intentions, mais voules^-vous me rendre heureuse, laissez-moi vivre tout simpl^n^ient daije le voisinage de mon fils Qn me donnant à proximité 4^ palais une petite chaumière avec un petit jardin ; que je voie tous les jours mon Joseph, que je me réjouisse de son bonheur, et je serai grandement récompensée.

Quant à ce que j'ai fait, je l'ai fait par amour pour mon fils, et si vous avez attendu si longtemps pour être déli* vrés, c'est que vous n'avez pas songé à vous adresser à une mère.

Joseph épousa la belle princesse:, vécut heureux avec elle, succéda au rot son père, et fit pendant toute sa vie le bonheur' de ses sujets.

Sa mère mourut à quatre*vingl& ans dans la chaumière que le roi des taupes lui avait fait bâtir, et elle ferma les yeux eu lui disant :

« Je puis bien heureuse, car je* vais t'attendre dans le

monde où les mères ne deviennent jamais aveugles, et ont pour récompense lai joie de y^çi»? éterneUb^oiiieat It^w^ enfants! »

Alex. Dutu^,

RECAUSERIE..

Ghers lecteurs,

Je vous ai parlé du désir que j'avais de vous donner ^fl manièi^e, nom pas de causeries^ mais de recaA^series,.*— rhistoirç on, ne peut pli^ tragique de ojxze Pouj^ks bt d'un Chii^n.

Quelques chapitres de cette histoire, que j'ai achevée depuis, ont été dans le Momquetaire,

Mais, hélas l le Mousquetaire est mort ejL a été eia,iei^é si vitQ, que l'on n'a pas même pu constatei: s'il étaili bien, mort de mort naturelle.

Plusieurs lecteurs avaient pris goût, je ne sais po.^quoi, à ces premiers chapitres, de sorte que voilà quatre ou cinq lettres que je reçois dans lesquelles on me i^ nace d'écrire à M. Crémieux que ie ue tiens p?is mes engagements.

Ces lettres me soijLt très sensibles.

Mais ici se prés^te un embarrs.

J'ai eu à constater une chose : -^ C'est que les lecteurs du Monte-Cristo n'étaient point les mêmes que ceiijf. dii Mmsq^laire^ — et cela s'explique facilem^ent : le M^otUfi- Cristo se tire à quinze mille exemplaires, et le MouMr quptaire se tirait seulement à trois mille.

Il en résulte que si je cpmmence mon histoire par le cinquième ou sixième chapitre, mes lecteurs du Monte- Cristo qui n'étaient pas les lecteurs du Mou^quetqife diront :

— Mais nous ne connaissons pas les quatfç ou cinq. pi:emiers, et nous ne pouvons pas. nous intéresser à djes héros, ^- ces héros fussent-ils des chiens et des poujijça, ^ dQUt nous ne connaissons pas les antécédents.

Que répondre à cette objection pleine de justesse? Rien, sinon ceci :

— Comn^ l'histoire ^ecoiçpose d'une cinquantaine de chapitres, et quç le. nombre des chapiti*es inédits l'en^poiFte de beaucoup sur le noinbre dep chapitres connus, <— les lecteurs du Monte-Cristo^ qui ne connaisspnt riçn de l'histoire, commenceront rhistpire au premier chapitre, tandis que les lecteuis du Mousquetaire^ qui connaissent les cinq premiers chapitres, éommenceront au sixième.

Si cela vous arrange ainsi, ohers lecteurs, — - c'est chose convenfue.

Lisez donc, lecteurs du Monte-Cristo.

Passez donc^ lecteurs du Mou^uetaire.

Alex. Dumas.

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