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-* Cependant, monseigneur, lui âi&-j€ avec une certaine hésitation. . .
-r- Vou* reculez ?
-- SQi$;u)te milita dan? un bateau plat*
— Vous reculez ?
^ fit le canal de Piombino à traverser, r- Vous xeculcjsl
— Ma foi, non, puisqoiB j'y risque liom vie avec la vôtre; je 9Ui3 biçin traaquillis. &i vous, voua noyers on ne me fera pas de reproches. Allons, va pour 1$ Duc de MeichUadi.
6t je s^utaj à mpn toiir ^ns la barque.
Pendant que nous débattions le prix avec un de$ deux r^meuriB^ l'autre. allait charcber à l'hOtel nos-nudleiB et no-' tre valet de chambre.
h ccQi9 <|ue le prix fut de huit paoli par jour : nemf francs à peu près.
On ne pouvs^t pa« aller au diable à n^eiUeur marché.
Au reste, 1^ matelots livouroaàs na doutent de rien ; lorsque nous leur demandâmes ^'ils pouvaient n^^us conduire à rfle d'Ëlbe dan» leur coquille 4e noix :
rr^ En Afrique, si c'est Ip bon plaisir de hw^ ^«aellences, répondirent-ils.
Il n'en bit paus de même du valet de chambre, bon et honnête Allemand ; tant que nous fûmes dans le poii, il ne fit aucuio/ç objection, il croyait que nous allions rejoindre quelque bâtiment à l-ancre.
Mais une fois quç nous eûmes dépassé le fort, qu'il n'aperçut rien 0. l'horiioin, qu'il vit nos doux matelots abattre leur tente en toile à matelas pour dresser un petit mât et à ce pâUt mal; htflser une voile, le brave Teuton commença de s'inquiéter.
Cependant, comme il ne pouvait croire à notre témérité, il attendit encofre quelques instants ; mais au bout d'un quart-d'heore, foknme il n'y eut pli^s de doute pour lui, comme il reconnut que notie équipage mettait le cap sur, rile d'Elbe, il commença, en langue germanique, avec le prince, un dialogtie dont je n'entendis pas une parole, mais que, grâce à Téloquence de la pantomime, j'eusse pu traduire mot à mot.
Il était évident qu'il faisait au prince de respectueux reproches sur son imprudonoe, e( que le prince essayait de le rassurer.
Pendant ce temps-là je tirais des oiseaux de mer.
Le prince, qui trouvait cela plus amusant que de rassurer son valet de chambre, se (hit de la partie.
Notre embarcation avait cela de commode, que- lorsque nous avions tué une mouette ou un goëlaud, nous n'avions qu'à diriger en ramant la barque vers l'oiseau mort, éten* dre la main et le prendre.
Nous trouvâmes tant de plaisir à cette chasse que nous ne fîmes aucune attention à un gros nuage venant de la Corse, lequel, furieux sans doute de notre distraction, signala tout à coup, sa présence par des éclairs magnifiques et par un majestueux roulement de tonnerre.
— Mon cher Dumas, dit le prince, je crois qu'il ne manquera rien à la barque de César, pas même la tempête.
— Et nous axujons sur lui un avantage, monseigneur, c'est que nous sommes sur la mer, et que lui n'était que sur un fleuve.
Dix minutes après notre voile était abattue, notre mât cc/bché au fond de la barque, et nous dansions comme un IxNichon de liège sur des vagues de quinze pieds de hauteur.
Le prince avait un grand avantage sur moi, il fnmi^ff et avait le mal d^ mçr j deui^ préogcupatipps secpij4^ires qui- le distrayaient d« la principale.
, Moi qui n'ai point le mal de mer et qui ne fume pa^, j'étais tout entier à la situation.
. Nou* fûmes en danger pendant près de trois heures.
Au bout de trois heures, le ciel s'écl^rc^, le vent topaba^ lancer Cujicahnée.
Nous étions trempés jusqu'aiu 09.
Des pieds aux genoux par l'eau de la merquenoi^a avions embarquée.
' De la pointe des cheveu:^ aux genoux par Teai^ du ciel que l'orage, savait versée sur nous avec une prodigalité qui prouvç que lorsque le ciel donne, il donne de tout cœur.
La tempête -nous avait rapprochés de la terre, rien ne i](Ous était plus facile gue d'y aborder, mai§ cçite terre c'étaient les Marepiraes.
Il ne s agissait pointi ^près avoir failli mourir ix)mme Léandre, d'aller mourir comme Pia dei Tolomçi.
Nos matelots demjaidèreiit nos ordres.
— Cela regarde son alteçse, répondis-je.
— A Porto-Ferrajo, dit le prince, comme il aurait dit à un cocher de place :
— Aux Cascines.
Le lendemain â cinq heure's pous ^bordiou^ à Porto- Ferrajo .
Quand j'en bqv^ U de mes mémoire^ ou idç mJ93 Y9J^r ges, je raconterai quelle ovation on fit au nevçu ^e ï^ïfir pereur, et je dirai quel souvenir les Elbois ont g^rdé de ce règne de dix mois ; mai^ jp n'écris pas mes .mémoires, je ne raconte pas me^ voyages, je fais une préface au Con^f^ de Monte-Cristo.
Mais, me direz-vous, cb/er? l^çteurp, jusqu'4 présent le Canote de Monte-Cristo n'a pas grand cho^e à faire avec ce que vous nous racontez ?
— Patience, cber3 lecteurs, nous y arrivons.
Après avoir parcouru l'ile d'Elbe en tout sens, nous jésolumes d'aller fair.e lane partie de cb^se à la Pianosa.
La Pianosa est une île plate, s'éjevant à peinç de àj^ pisds au-dessus du niveau du la mer.
L'Empereur en avait f^ ^n haras.
Elle abonde en lapins et en perdrix rougjBs.
Malheureusement, nous ^avions oublié d'emmçner un chien.
Il est vrai que tout chien, un caniche excepté, se f fusé à nous suivre sur un pareil bateau.
Un bonhomme, heureux possesseur d'un roquet blanc et noir, s'offrit à porter notre carnet, moyennant deux paoli et à, nous prêter son chien par-dessus le marché.
Le chien nous fit tuer une douzaine do perdrix, que le maître* porta consciencieusement.
A chaque perdrix que le bonhomme fourrait dans sa sacoche, il disait, en poussant un soupir et en jetant un coup-d'mil sur un magnifique rocher en pam de sucre qui s'élevait à deux ou trois cents mètres au-dessus de là mer.
—Oh excellences I c'e^t si vous alliez ij^-bas, que vous &• riez une belle chasse I
— 0^'y a-t-il donc là-bas? lui demandai-Je enfin.
— Des chèvres sauvages par bandes ; Tile en est pleine.
— Et comment s'appelle cette lie bienheureuse?
— Elle s'appelle TIle de Monte-Cristo.
Ce fut la première fois et dans cette circonstance que le nom de Monte-Cristo résonna à mion oreille.
— Eh bien, diç-je ^ prince, si nows alliions A Tile de Monle-Cristp, n^^&eigneur ?
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— Va pour rUe de Monte-Cristo, dit le prince.
Le lendemain nous partîmes pour Tile de Monte-Cristo.
Le temps était magnifique cette fois ; nous avions juste ce qu'il fallait de vent pour aller à la voile, et cette voile, secondée par les rames de nos deux matelots, nous faisait faire trois lieues à l'heure .
A mesure que nous avancions, Monte-Cristo semblait sortir du sein de la mer et grandissait comme le géant Adamastor.
Je n'ai jamais vu plus beau manteau d'azur que celu; que le soleil levant lui jeta sur les épaules.
A onze heures du matin nous n'avions plus que trois ou quatre coups de rames à donner pour aborder au centre d'un petit port.
' Nous tenions déjà nos fusils à la main, prêts à sauter à terre— quand un des deux rameurs nous dit :
— Leure excellences savent que Tlle de Monte-Cristo est en contumace.
— En contumace demaudai-je, que veut dire ceci?
— Cela veut dire que comme l'île est déserte et que tous les bâtiments y abordent sans patente — à quelque port que nous rentrions après avoir abordé à Monlé-Gristo nous serons forcé de faire cinq ou six jours de quarantaine.
— Eh ! monseigneur, que dites-vous de cela ?
— Je dis que ce garçon a bien fait de nous prévenir avant que nous n'abordions, mais qu'il eût mieux fait encore de nous prévenir avant que nous ne partions.
— Monseigneur ne pense pas que cinq ou six chèvres que nous ne tuerons peut être pas, vaillent cinq ou six jours de quarantaine que ndus ferons sûrement.
— Et vous? ' ^
— Moi, je n'aime pas les chèvres de passion, et j'ai la quarantaine en horreur, de sorte que si monseigneur veut...
— Quoi.
— Nous ferons tout simplement le tour de Tîle.
— Dans quel but?
— Pour relever sa position géographique, monseigneur, après quoi nous retournerons à la Piandsa.
— Relevons la position géographique de l'île de Monte- Cristo, soit -, mais à quoi cela nous servira-t-il?
— A donner en mémoire de ce voyage que j'ai l'honneur d'accomplir avec vous, le titre de Nie de Monte- Crislo à quelque roman que j'écrirai plus tard.
— Faisons le tour de l'ilo de Monte-Cristo, dit le prince, et envoyez moi le premier exemplaire de votre roman.
Le lendemain nous étions de retour à la Pianosa, huit jours après nous rentrions à Florence.
Vers 1843, rentré en France, je passai un traité avec MM. Bèthune et Pion pour leur faire huit volumes intitulés : IMPRB88IONS DE VOYAGE DAKS PARIS.
J'avais d'abord cru faire la chose tout simplement en commençant par la barrière du Trône et en finissant par la barrière de l'Etoile, eu touchant de la main droite la barrière Clichy et de h main gauche la barrière du Maine, lorsqu'un matin Béthune vint me dire en son nom et au nom de son associe, — qu'il entendait avoir toute autre chose qu'une promenade historique et archéologique à travers la Lulèce de César et le Paris de Philippe Auguste—qu'il entendait avoir un roman— dont le fond serait ce que je voudrais, pourvu que le fond fût intéressant, et dont les impressions de voyage dans Paris ne se- ^»ieD t que les détaild.
Il avait la tète montée par le succès d'Eugène Sue.
Comme il m'était aussi égal de faire \m roman que des impressions de voyage, je me mis à chercher une espèce d'intrigue pour le livre de MM. Béthune et Pion.
J'avais depuis lontemps fait une corne, dans la Police dévoilée de Peuchet, à une anecdote d*une vingtaine de pages intitulée : le Diamant et la Vengeance.
Tel que cela était, c'était tout simplement idiot ; si Ton en doute, on peut le lire.
Il n'en est pas moins vrai , qu'au fond de cette huître il y avait une perle.
Perle informe, perle brute, perle sans valeur aucune, et qui attendait son lapidaire.
Je résolus d'appliquer aux Impressions de Voyage dans Paris l'intrigue que je tirerais de cette anecdote
Je me mis, en conséquence, à ce travail de tête, qui précède toujours chez moi le travail matériel et définitif.
La première intrigue était celle-ci :
Un seigneur, très-riche, habitant Rome, et se nommant le comte de Monte-Cristo, rendrait un grand service à on jeune voyageur français, et, en échange de ce service, le prierait de lui servir de guide quand, à son tour, U visiterait Paris.
Cette visite à Paris, ou plutôt dans Paris, aurait, pour apparence, la curiosité ; pour réalité, la vengeance.
Dans ses courses à travers Paris, le comte de Monte- Cristo devait découvrir ses ennemis cachés, qui l'avaient condamné dans sa jeunesse à une captivité de dix ans.
Sa fortune devait lui fournir ses moyens de vengeance.
Je commençai l'ouvrage sur cette base, et j'en lis ainsi un volume et demi à peu près.
Dans ce volume et demi étaient comprises toutes les aventures à Rome d'Albert de Morcerf et de Frantz d'Epinay jusqu'à l'arrivée du comte de Monte-Cristo à Paris.
J'en étais là de mon travail lorsque j'en parlai à Maquet, avec lequel j'avais déjà travaillé en coliabOTation.
Je lui racontai ce qu'il y avait déjà de fait et ce qui restait à faire.
— Je crois, me dit- il, que vous passez par dessus la période la plus intéressante de la vie de votre héros, c'està-dire, par-dessus ses amours avec la Catalane, par-dessuâ la trahison do Danglars et de Fernand, et par-dessus les dix années de prison avec Fabbé Faria.
— Je raconterai tout cela, lui dis-je.
— Vous ne pourrez pas raconter quatre ou cinq volumes, et il y a quatre ou cinq volumes là-dedans.
— Vous avez peut-être raj^on, revenez donc diner avec moi demain, nous recauserons de cela.
Pendant la soirée, la nuit et la matinée, j'avais pense à son observation, et elle m'avait paru tellement juste, quelle avait prévalu sur mon idée première.
Aussi, lorsque Maquet vint le lendemain, trouva-t-il l'ouvrage coupé en trois parties bien distinctes.
— Mareeille, Rome, Paris.
Le même soir, nous fîmes ensemble le plan des cinq premiers volumes ; de ces cinq volumes, un devait être consacré à l'exposition, trois à la captivité, et les deux derniers à l'évasion et à la récompense de la famille Morrel.
Le reste, sans être fini complètement, était à peu près débrouillé.
Maquet croyait m'avoir rendu simplement un service d'ami. Je tins à ce qu'il eût fait œuvre de collaborateur.
Voilà comment le Comte de Monte-Cristo commencé par moi en impressions de voyage, tourna peu à peu au roman, et se trouva uni en collaboration par Maquet et moi.
Et maintenant, libre à chacun de chercher au Vonitt^ ^
LEÛNTE-GBISTO.
mmm
Monte-Cristo xme autre source que celle que j'indique ici, mais bien malin celui qui la trouvera.
10 septembre 1857.
Al£x. Dumas.
lE COMTE DE MONTE-CRISTO.