‹ Le Monte-CristoChapitre 13 sur 135 · JEUDI -7 MAI · texte numérisé non relu

JEUDI -7 MAI

« IradMeUAP «t rcprodactittn aaiil Inlcrdltra.

JODRNAl HEBDOIADAIEE DE ROIUNS, CnSTOIRE, DK VOYAGES ET DE POÉSIE,

rCB[.IB HT BEDIOlE

PAR ALEXANDRE DUMAS, SEUL

KDUADZ DI VEHTE ET D'il A PARIS, HUE NOTBE-OAME-DEB-VICTOIRES, N" 11.

In Ittiru non affratichiti MronJ nfuiéti.

iFilZ Il'AMOEXIRT :

PARIS : DftPABTEMKNTS ; Un an Bfr. .. [ Un an 10 fr. n SU IPOIB 4 eo I Sis moi 5 û

Pour l'Etrnuger, le pnrt en su).

», rue Notre-Dome-des-VictoireB, 11, avec un» ïni^ur «nr Puri', ou un manrfi

CAUSERIE AVEC MES LECTEURS

Cbers lecteurs.

Je vous ai dit, il y a huit jours, que, âa.is ma première causerie , je vous parlerais de l'Angleterre.

Oh ! ne craignez rien, — il ne sera aucunement question de politique.

Mais de cinq choses qui m'ont fi-appé,

Ces cinq choses qui m'ont frappé sont : '

Une couleuvrine sous un hangar;

Un Ecossais sur un théâtre ;

Un juge dans un café ;

Un marchand dans un magasin

Un coq aous une cage.

Je commence.

Nous arrivâmes à Douvres à six heures du malin — b chemin de fer venait de partir. Nous avions une heure ;l perdre en attendant le premier convoi.

n n'y a pas grand'chose à voir à six heures du matin à Douvres.

— Bon, me dïrez-vous, il y a la mer, et l'on ne se lasse pas de voir la mer!

— Vous avez raison, pour tout autre pays que Douvres mais à Douvres on ne voit pas la mer, on ne voit que le brouillard.

Je ne sais pour combien de parties d'azote, d'oxygéue ou d'eau, le brouillard entre dans l'air respirable des Anglais ; mais ce que je sais, c'est que les Anglais ne peuvent pas se passer de hronillarrl.

Les Anglais ont généralement le spleen au mois de novembre.

Vous croyez qu'ils ont le spleen à cause du brouillard qui commence en novembre pour ne finir qu'en mai ?

Point du tout.

Ils ont le spleen, parce que, pendant quatre mois, ils ont été privés de brouillards.

Le brouillard leur manque !

C'est si vrai, que, dans les pays où il n'y a pas de brouillard, ils en font un, du moment où ils sô sont décidés à l'habiter.

Voir Gibraltar et Malte.

Le brouillard était inconnu à Gibraltar avant 1704, et à Malte avant 1800. Mais les Anglais ont pris Malte aux Fran^ çais et Gibraltar aux Espagnols : — Gibraltar et Malte ont aujourd'hui du brouillard, comme Douvres et Soulhampton.

Vous me demanderez avec quoi les Anglais font leur brouillard?

Avec du charbon de terre, — je présume»

Mais il ne s'agit pas de cela. — Tai constaté, en passant, que ce n'était pas le bon Dieu qui faisait le brouillard, mais les Anglais ; c'est tout ce qu'il me faut»

Je disais donc, qu'à cinq heures du matin ^ il n'y avait pas grand*chose à voir à Douvres.

Ce qui ne m'empêcha point de demander à une espèce de cicérone parlant moitié anglais, moitié français :

— Oii'avez-voas à me montrer ?

Il fut d'abord assez embarrassé, chercha un instant, et me dit :

— Voulez-vous voir la couleuvrine de la reine Anne ?

— Va pour la couleuvrine de la reine Anne. Nous nous mîmes en route.

Chemin faisant, mon cicérone voulut m'expliquer ce que c'était que la reine Anne.

—Oh I mon ami, lui dis-je, je connais la reine aussi bien que vous, et peut-être mieux. C'était une grosse reino fort couperosée ayant eu douze ou quatorze enfants, dont elle eut le malheur de ne pas conserver un seul pour lui succéder, aimant fort le vin de France dont Louis XIV se chargeait de lui faire sa provision, s'inquiétant peu de la religion, qui s'en alla tant soit peu au diable sous son règne, et à laquelle le statuaire chargé de conserver sa ressemblance, en mémoire de ces deux détails sans doute, a fait la mauvaise plaisanterie de couler à la porte de Saint- Paul une mauvaise statue de bronze qui tourne le dos à l'église et regarde le marchand de vin. Vous voyez bien que je connais la reine Anne presque aussi bien que mon confrère M. Scribe qui, sans doute pour être désagréable à son ombre, a fait le Verre d'Eau^ à telles enseignes que la pièce commence par cette phrase :

« Monsieur le marquis, cette lettre parviendra à la reine ; » fen trouverai les moyens, je vous le jure, et elle sera re- » eue avec les égards dus à Venvoyé d'un grand roi. »

— Je vois que vous connaissez la reine Anne, que vous connaissez M. Scribe.

— Je le sais par cœur, comme vous voyez, mon ami, puisque, à distance, je puis vous citer ime phrase qui, à mon avis, est im modèle de langue.

— Mais vous ne connaissez pas la coulevrine.

— Cela, je l'avoue.

— Allons donc voir la coulevrine.

La coulevrine de la reine Anne est une coulevrine conune toutes les couleuvrines, un peu plus longue peutêtre, voilà tout.

Ce qui fait le charme de la couleuvrine de la reine Anne, c'est son inscription.

Cette inscription indique le degré d'affection que se portent les deux peuples— anglais et français.

Voici rinscription de la coulevrine de la reine Anne : « Tenez-moi propre, chargez-moi convenablement, et » j'enverrai un boulet de Douvres à Calais. »

Merci, voisins.— Les petits cadeaux entretiennent l'amitié.

Un quart d'heure après, le chemin de fer nous appelait en toussant de toutes ses forces.

Nous partîmes. — Il me sembla que nous passions entre une falaise gigantesque et la mer, — je dis il me sembla, mais je n*osemis pas en répondre.

Il faut que la vapeur ait une rude force pour couper un pareil brouillard.

Trois heures après, je crus m'apercevoîr que nous passions sur des toits.

Nous entrions à Londres»

Il était arrêté d'avance que nous irions loger A Leicester-square, c'est à-4ire dans ce que l'on appelle le quartier français. Nous n'eûmes donc que nos sacs de nuit à tirer d'entre nos jambes, qu'à appeler an cab, et lui crier : SablonnUre-Hétel.

Une des considérationsqiii m'avaient déterminé A loger à Leicester->Square, c'est que Leicester-Square était dans le voisinage de Coventry-street, et qu'à Goventry-street Gordon Cumming faisait son exhibition.

Maintenant, qu'est-ce que Gordon Cumming?

Je vais vous dire cela, chers lecteurs.

11 faut vous avouer que je suis grand amateur de voyages, non seulement des voyages que je fais, mais de ceux que je lis. — On ne peut pas aller partout de sa personne^ comme disent les généraux en chef dans leurs bulletins, mais le Uvre à la main on peut suivre le capitaine Cook en Océanie , Levaillant en Afrique, le Père Hue en Chine.

Tout enfant, j'ai été bercé par des voyages.

Avouons encore une faiblesse, — c'est qu'étant chasseur, les voyages qui m'amxisent le plus, sont ceux qui contiennent des récits de chasse.

Or, il y a deux mois à peu près, à la suite d'une expérience à Montfaucon, dont vous a entretenu dans son journal, la Science contre le Préjugé^ mou savant ami, le docteur Meynard, — expérience qui, à la grande satisfaction de Devisme, av^it parfaitement réussi (1 ) , nous dînâmes en compagnie de médecins, de savants, de chasseurs et d'artistes.

Jules Gérard assistait à ce dîner. Jules Gérard, le tueur de lions, vous savez, et qui en est à son vingt-sixième lion.

Il y avait encore là un autre ami à moi, un Anglais, pardon, je me trompe, un Ecossais, grand chasseur, grand voyageur, arrivant de l'Inde, où il est resté neuf ans et où il a chassé le tigre comme tout Anglais ou Ecossais qui a été dans l'Inde.

On parla des lapins de Bondy, des chevreuils de Villers- Coterets, des daims de Compiègne, des cerfs de Fontainebleau, des sangliers de Montargis, et, en montant toujours, on en arriva aux tigres du Pendjab et aux lions de l'Atlas.

— Connaissez -vous Gordon Cumming? demanda mon Ecossais à Gérard.

— De nom seulement.

— C'est après vous l'homme qui a tué le plus de lions.

— Oui, il en a tué vingt-deux.

— Sans compter cinquante éléphants, soixante rhinocéros. Et cinq ou six cents antilopes de toutes espèces.

— Je sais cela, dit Jules Gérard, et je compte aller à Londres tout exprès pour lui faire une visite de confrère.

J'étais profondément humilié ; il y avait à Londres un homme qui avait tué vingt-deux lions, cinquante éléphants, soixante rhinocéros et cinq ou six cents antilopes de tou-

(l) 11 s'agit, dans la pêche de la baleine, de substituer au harpon une balle conique et explosible.

tes espèces, et je ne connaissais pas cet homme.

— Quand allez-vous à Londres? demandai-je à Gérard.

— Oh I je ne sais précisément, répondit-il.

— Moi, j'y vais dans quelques jours; le premier de nous deux qui fera le voyage annoncera à l'autre où demeure Gordon Gumming? demandai-je à Mackenxie.

— Où il demeure? je n'en sais rien. Mais son théâtre est

situé Coveniry-Slreeh

— Gomment, son théâtre, il est directeur de théâtre?

— J'aurais dû dire son exhibition !

— Cher ami, qu'est-ce que son théâtre? qu'est-ce que son exhibition? Je suis profondément ignorant. Renseignez-moi.

— G'est-à-dire que dans une grande galerie tapissée de peaux de lions, de peaux de tigres, de peaux de serpents hérissés, de cornes de springsboks, de gemsboks, de hartbeests, de wildebeests, de défenses d'éléphants et de cornes de rhinocéros, il raconte lui-même ses chasses, faisant passer sous les yeux de ses auditeurs, et au fur à mesure qu'il raconte, les diJBTérents tableaux représentant les scènes les plus émouvantes de ses travaux herculéens.

— 'Nous irons voir cela, Mackenzie.

— Quand vous voudrez.

Quand vous voudrez était bien facile à dire. Moi aussi, comme Gérard, j'avais des empêchements pour aller directement à Londres ; d'ailleurs, pour aller à Londres, je m'étais donné un prétexte, et ce prétexte me fixait une époque.

J'avais prétendu, vis-à-vis de moi même, que j'avais besoin de voir les élections anglaises.

Vous comprenez bien que ce n'était pas vrai, et qu'à moins d'être atteint de dépravation politique, on n'éprouve pas de pareils besoins.

Mais quand je désire une chose, l'argent me manque parfois, les prétextes jamais.

Il en résultait que tous les jours je parlais à Mackenzie de Gordon Gumming, lui faisant question sur question.

— Ecoutez, me dit-il un jour, il y a une chose bien simple à faire en attendant que vous le voyiez, lui.

— Laquelle?

— Jjire son voyage.

— Il Ta donc écrit.

— Oui ; c'est fort intéressant. Je vous apporterai cela demain.

— Vous l'avez?

— Non, je l'achèterai.

^ — Où cela ?

— Chez Stassin et Xavier, rue de la Banque. J'appelai un de mes secrétaires.

— Vite chez Stassin et Xavier, rue de la Banque, les voyages de Gordon Gumming.

— Cinq ans de chasses dans rintérieur de V Afrique^ dit Mackenzie, voilà le véritable titre.

— Tu entends, Fontaine?

— Parfaitement.

— Dans un quart d'heure, mon livre.

— Je ne peux pas aller à pied rue de la Banque et être revenu dans un quart d'heure.

— Prends une voiture.

Pour mon biographe, il y aura tout im monde de réflexions philosophiques, physiologiques et morales, dans ces mots — prends une voiture.

Que de fois, pour ime chose qui valait vingt sous, mais que je voulais avoir tout de suite, ai-je fait prendre u;ae voiture qui en coûtait quarante.

Je ne sais si Fontaine prit ou ne prit pas la voiture, mais un quart-d'heure après, il rentrait triomphalement, son Gordon Gumming à la main.

Je me jetai sur le livre, et, comme fait \m enfant, je courus aux gravures. ^

Les gravures étaient dignes du sujet.

C'étaient des éléphants faisant sauter, arbre par arbre,de8 forêts en l'air ; c'étaient des rhinocéros donnant la chasse au chasseur, au lieu de la recevoir de lui ; c'étaient des myriades de chiens sauvages, la gueule ouverte etlaquene raide, entourant le narrateur dans l'intention bien visible de le dévorer ; c'était Gordon Gumming, aidé de son petit Boschisman, tirant par la queue un boa de vingt-cinq pied de long, ou assassinant, à coups de couteau, un hippopotame dans une mare ; c'étaient, enfin, fixés sur le papier, les rêves les plus fantastiques que puisse faire un chasseur, soit pour son compte, soit pour le compte des autres.

En deux nuits et une journée, le volume compacte de Gordon Gumming, contenant à peu près cinq ou six de nos volumes ordinaires, fut dévoré.

Je n'en fus que plus avide de voir Gordon Gumming et de causer avec lui.

Voilà pourquoi je vous disais, chers lecteurs, que Je m'étais tout particulièrement logé à Leicester-square, pour être dans le voisinage de l'exhibition de Gordon Gumming.

J'y étais.

Je courus aux affiches.

Tous les jours, Gordon Gumming avait séance de sept heures à dix heures du soir.

Les samedis seulement la séance était de jour, de trois à six heures de l'après-midi.

Nous étions justement arrivés un samedi.

J'allai d'abord voir mon élection à Southwark, — mais les élections n'étaient devenues qu'une chose secondaire.

G'était Gordon Gumming que je voulais voir.

Par bonheur les meetings étaient finis à deux heures , de sorte qu'à trois heures précises j'étais à l'ouverture du théâtre ; j'entrai un des premiers et allai me placer sur une des banquettes les plus rapprochées de l'avantscène. •

De là je regardai tout autour de moi.

Les souvenirs de Mackenzie lui avaient été fidèles ; la salle était bien telle qu'il me l'avait décrite : ce n'était le long des murailles que peaux de lions , peaux de tigres , peaux de panthères.

Il y avait la fameuse peau du boa de vingt-quatre pieds de long, que j'avais, dans la gravure, vu Gumming et son Hottentot tirant par la queue.

Il y avait des cornes de toutes les espèces — par milliers — les cornes on ne les comptait plus.

Il y en avait de courbes, de droites, de tordues , d'embranchées, de pointues, d'obtues, de fourchues, de mates, de luisantes, de rugueuses.

G'était , comme eût dit un gamin de Paris, ou MoUère, s'il eût vécu de nos jours, c'était le désarmement complet de la garde nationale.

L'abord du théâtre était défendu par une haie de cornes de rhinocéros et de défenses d'éléphants pesant de cinquante à trois cents livres.

L'avant-scène était pavé d'écaillés de tortues grandes comme des capotes de cabriolet.

Le spectacle était dans la salle avant d'être sur le théâtre.

Un piano placé à ma droite S3 fit entendre.

Au miUeu de toute cette décoration cornue, ce piano, jouant des polkas, faisait le plus drôle d'effet qui se pût

voir.

Le piano annonçait l'apparition de Gordon Gumming.

Gordon Cumming, leste et vigoureux Ecossais de cinq pieds six pouces, âgé de quarante-cinq ans à peu près, et vêtu de son costume national , se glissa entre le rideau et Tencadrement et parut sur le Proscenium.

Il fut salué par de nombreux bravos ; il était évident que les spectateurs étaient en partie des gens qui venaient , mais surtout des gens qui revenaient.

J'applaudis, comme les autres, et même plus fort que les autres. Cumming me remarqua, et, sans savoir qui j'étais, me fit un salut particulier.

Puis il commença son speech.

^Ceci c'était autre" chose. Je comprends parfaitement l'anglais lorsque je le lis , pourvu que ce ne soient pas des vers de Byron ou de Burns ; mais je n'entends pas un mot de l'anglais quand on le parle.

A plus forte raison, quand celui qui parle anglais est un

Ecossais.

Par bonheur, •je savais mon Gordon Cumming par

cœur.

Ce qu'il disait, au reste, n était qu'une espèce de discours préparatoire sur son enfance vagabonde au milieu des lacs, des torrents, des rochers et des précipices.

I^a toile se leva, et Ton vit en peinture, bien entendu, un enfant de quinze ans suspendu à une longue corde et essayant d'effaroucher deux énormes oiseaux.

C'était Gordon Cumming dénichant des aigles.

A partir de ce moment, toute la vie de l'Ecossais passa BOUS les yeux du lecteur : chasse au spriugsbook, chasse au gemsbook, chasse au hartlebeest, chasse au wildebeest,— chasse à la girafe, chasse au rhinocéros, chasse à l'éléphant, chasse au lion.

A partir de ce moment, je compris parfaitement, — et je pris, je l'avoue, un énorme intérêt aux aventures de ce voyageur, racontées et expliquées par lui-même.

Nous n'avons aucune idée de cette sorte de spectacle en

France.

Chez les Anglais, peuple pratique, ils sont familiers. Si vous allez à Londres, chers lecteurs, allez voir Gordon

Cumming.

Il va sans dire que je lui fis passer mon nom, que je restai après les autres et que les autres partis, je causai une heure avec lui.

Gordon Cumming parle assez facilement le français.

Ce fut une seconde représentation ; mais, cette fois, pour moi seul.

Nous sortîmes à sept heures.

Nous pouvions, le même soir, aller voir un autre spectacle, que l'on m'avait recommandé comme fort curieux :

— Le juge Nich oison.

Si vous allez à Londres, et que vous égariez votre œil sur les murs, vous ne pourrez manquer de voir, parmi les autres affiches, une affiche représentant une grosse figure rouge coiflfée d'une énorme perruque, et, au bas de cette face joviale, ces mots :

— Juge Nicholson.

Vous demandez alors ce que c'est que le juge Nicholson.

Celui à qui vous vous adressez regarde d'un air étonné

et passe sans vous répondre.

Un Anglais étonné fait quelquefois : Ho I S'il est trèsétonné, il fait : Ho ! ho I Mais, si étonné qu'il soit, il ne répond jamais.

Vous me demandez de quoi est étonné l'Anglais à qui vous demandez ce que c'est que le juge Nicholson.

Il est étonné que vous ne connaissiez pas le juge Nicholson, voilà tout.

En effet, tout Londres connaît le juge Nicholson.

Je vous dirais bien ce que c'est que le juge Nicholson, mais la façon dont l'Anglais manifeste son étonnemenl, sans songer à répondre à la question qu'on lui fait, quand cette question Tétonne, est cause que je ne connais du juge Nicholson que ce que j'en ai vu.

Mais soyez tranquilles, chers lecteurs, ce que j'ai vu, je vais vous le dire.

Pardon, chers lecteurs, maison entre dans mon cabinet ; je suis à vous à l'instant même.

Savez- vous qui entre dans mon cabinet?

C'est mon imprimeur.

Devinez ce que vient me dire mon imprimeur.

Il vient me dire que non-seulement le journal est fait, mais regorge de copie.

Que, si je ne m'interromps pas ici, il ne pourra pas mettre ma Causerie.

Qu'elle a déjà dix pages de mon écriture, et que la manière dont j'y vais, elle menace d'en avoir vingt.

Que le Monle-Crislo n'en contient en tout que cinquante.

Que, si je ne veux parler ni de Montanelli, ni de M™* Ristori, ni de Gozlan, ni de la Famille Lambert, ni de Lafont, ni de M»« Fargueil, ni de Lagrange, ni de Mii« Bellecourt, on peut mettre ma Causerie,

Mais que, si je veux parler de tout cela, il faut que le reste de ma Causerie soit remis au prochain numéro.

Au prochain numéro donc, chers lecteurs, les trois choses dont il me reste à vous parler.

C'est-à-dire :

Un juge dans un café,

Un marchand dans un magasin.

Un coq sous une cage.

Donc, chers lecteurs, i jeudi prochain, — et en attendant

Yale et me ama, A. Dumas.

iP. S. Pardon, monsieur l'imprimeur, mais voici une petite lettre qui réclame sa place dans le post-scriptum. Je la décacheté à l'instant, Et je lis :

Samedi Z,^ Monte-Cristo restant.

Maître, t J'ai vu jouer son drame en espagnol à Mio- Janeiro, * dites-vous, ou plutôt dit Berthaut-Monte-Hauban. Pourquoi pas en portugais ?

Est-ce un lapsœ lingus, comme dit le capitaine Berthaud, ou une Ristx)ri castillane était-elle allée jouer au Brésil ?

Après tout, on dit bien j'ai vu Médée traduite en italien à Paris.

Quand les Mohicans paraîtront en volume, je saurai bien si M. de Monte-Hauban s'est trompé.

A jeudi et à toujours.

Pourquoi la semaine des quatre jeudis n'estr-elle pas une vérité pour le Monte-Cristo, Tout à vous.

Vicomte de Courtenay, si vous le permettez,

Un des premiers abonnés du Monte-Cristo, eiq}ii, selon l'Evangile, sera aussi un des derniers.

Vous avez parfaitement raison, Vicomte; seulement ce n'est point un lapsœ lingus, c'est un lapsus plumœ,

A partir d'aujourd'hui, le drame de Jean-Robert est traduit non-seulement en espagnol, mais en portugais.

Mille merci de la réforme que vous désirez introduire dans la semaine.

At.fa'. Di:ma5.

Page 1