‹ Le Monte-CristoChapitre 14 sur 135 · MONTANELLI · texte numérisé non relu

MONTANELLI

Je vous ai promis, chers lecteurs, et cela, à propos de Camma^ de revenir à Montanelli.

J'y reviens.

Montanelli, dont le nom a été prononcé deux fois littérairement chez nous à la suite de deux succès, du succès de Médée^ dont il n'était que le traducteur , et du succès de Camma, dont il était l'auteur, Montanelli est un des hommes les plus populaires de Tltalie.

Je le rencontrai en 1843, à la promenade des Gascines à Florence. C'était alors un tout jeune homme, mais déjà professeur de droit commercial à l'Université de Pise.

On me le présenta.

Il me rappela qu'il m'avait déjà vu en 1835, à Florence toujours, dans le cabinet littéraire de Vieussieux.

Quiconque a traversé la capitale de la Toscane, ne s'y fût-il arrêté qu'une heure, sait ce que c'est, ou plutôt ce que c'était que le cabinet littéraire de Vieussieux.

C'était le rendez- vous des savants, des poètes et des tragédiens florentins. J'y ai connu Nicolini, Gino Capponi, BartoUni, Salvagnoli ; tous noms célèbres là-bas, et presque célèbres ni-ême ici, où les célébrités étrangères ont tant de peine à obtenir des lettres de naturalisation.

En 1835, Montanelli était encore un enfant ou- à peu prés, un jeune homme à peine, né qu'il était en 1813.

Son père, organiste-chanteur, jouait également bien de cet admirable instrument qu'on appelle l'orgue; de cet instrument subhme qu'on appelle la voix.

C'était une imagination vive, presque folle, une véritable imagination italienne chatdETee au feu des volcans, que celle du jeune Montanelli.

D'abord, il voulut se faire chanteur, compositeur, exécutant comme son père, et apprit la musique dans laquelle il fit de rapides progrès.

Son père le voyait déjà maître de chapelle du grand-duc dans les Etats duquel il était né ; quand tout à coup arrive 1830 et les prenuères bouffées du saint-simonisme.

Voilà Montanelli saint-simonien fou, disciple enragé des Enfantins, des Bazard, des Rodrigue et des Pereire, et qui fonde à dix-huit ans l'église saint-simonienne de Pise.

!Mais la police italienne ne plaisante pas avec ces sortes de fondations. Un jom-, Toncte de Montanelli lui annonce que des vagabonds ont eu l'idée de fonder une église saintsimonienne, et que la police cherche le fondateur pour le mettre en prison.

. La nouvelle nécessitait un voyage hors des frontières toscanes ; — Montanelli partit en véritable étudiant, le bâton à la main, une centaine de francesionis dans la poche.

Eu route, un livre lui tombe sous main.

C'est une traduction de Kant.

Le jeune homme dévore Kant, dévore Descartes, dévore Leibnitz, dévore Klopstock, et découvre que sa vocation n'est ni la musique, ni l'économie sociale, mais la philosophie.

Le voilà dans la plxilosophie jusqu'au cou.

Sa tète seule surnageait au-dessus do labime du doute, ou il se soutenait, appuyé sur les deux vessies gonflées de vent qui portent pour étiquette PEUT-ÊTaE et que sais-

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