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CHAPITRE VII

• l'interrogatoire.

A peine de Villefort fut-il hors de la salle à manger,

Îu'il quitta son masque joyeux pour prendre l'air grave 'un homme appelé à cette suprême fonction de prononcer sur la vie de son semblable. Or, malgré la mobilité de sa physionomie, mobilité que le substitut avait, comme doit faire un habile acteur, plus d'une fois étudiée devant sa glace, ce fut cette fois un travail pour lui que de froncer ses sourcils et d'assombrir ses traits. En enet, à part le souvenir de cette ligne politique suivie par son père, et qui pouvait, s'il ne s'en éloignait complètement, faire dévier son avenir, Gérard de Villefort était en ce moment aussi heureux qu'il est donné à uu homme de le devenir: dejîV riche par lui-même, il occupait à vingt-sept ans une

Elace élevée dans la magistrature, il épousait une jeune et elle personne qu'il aimait non pas passionnément, mais avec raison, comme un substitut du procureur du roi peut oj plutôt doit aimer ; ajoutez à ceci qu'outre sa beauté, qui était remarquable, Mii«aeSdint-Meran, sa fiancée, appartenait à une des familles les mieux en cour de Tepoque, et qu'à part l'influence de son père et de sa mère, qui, n'ayant point d'autre enlant, pouvaient consacrer celte inlluence tout entière à leur gendre, elle apportait encore à son mari une dot de cinquante mille écus, laquelle grâce aux espérances, — ce mot atroce inventé par les (entremetteurs de mariage — pouvait s augmenter un jour d'un héritage d'un demi • million *, tous ces éléments réunis composaient donc pour Villefort un total de félicite éblouissant, à ce point qu'il lui semb'ait voir des taches au soleil quand il avait longtemps regarde sa vie intérieure avec la vue de l'âme.

A la porte il trouva le commissaire de police qui l'attendait. La vue de l'homme noir le fit aussitôt retomber des hauteurs du troisième ciel sur la terre matérielle où nous

marchons ; il composa son visage comme nous l'avons dît, et s'approchant de Tofficier de justice :

— Me voici, monsieur, lui dit-il, j'ai lu la lettre, et vous avez bien fait d'arrêter cet homme ; maintenant, donnezmoi sur lui et sur la conspiration tous les détails que vous avez recueillis.

— De la conspiration, monsieur, nous ne savons rien encore ; tous les papiers saisis sur lui ont été enfermés en une seule liasse, et déposés cachetés sur votre bureau. Ouaut au prévenu, vous l'avez vu par la lettre même qui le dénonce, c'est un nomme Edmond Dantès, second abord du trois-mâts le Pharaon^ faisant le commerce de colon avec Alexandrie et Smyrne, et appartenant à la maison Morrel et fils, de Marseille.

— Avant de servir dans la marine marchande, avaitjl servi dans la marine militaire ?

— Oh 1 non, monsieur, c'est un tout jeune homme.

— Qnel âge?

— Dix-neuf ou vingt ans au plus.

En ce moment, et comme Villefort, en suivant la Grande-Rue, était arrivé au coin de la rué des Consuls, un homme, qui semblait l'attendre au passage, Taborda: c'était M. Morrel.

— Ah ! monsieur de Villefort, s'écria le brave, homme en apercevant le substitut, je suis bien heureux de vous rencontrer. Imaginez-vous qu'on vient de commettre la méprise la plus étrange, la plus inouïe : on vient d'arrêter le second de mon bâtiment, Edmond Dantès.

— Je le sais, monsieur, dit Villefort, et je viens pour l'interroger. *

— Oh ! monsieur, continua M. Morrel emporté par son amitié pour le jeune homme, vous ne connaissez pas celui qu'on accuse, et je le comiais, moi. Imaginez-vous l'homme le plus doux, l'homme le plus probe, et j'oserai presque dire l'homme qui sait le mieux son état de toute la marine marchande. Oh ! monsieur de Villefort,'je vous le recommande bien sincèrement et de tout mon cœur.

Villefort, comme ou a pu le voir, appartenait au parti noble de la ville, et Morrel au parti plébéien ; le premier était royaliste ultra, le second.etait soupçonné de sourd bonapartisme. Villefoil regarda dédaigneusement Morrel, et lui repondit avec froideur.

— Vous savez, monsieur, qu'on peut être doux dans la vie privée, probe dans ses relations commerciales, savant dans son état, et n'en être pas moins un grand coupable, politiquement parlant ; vous le savez, n'est-ce pas, monsieur?

Et le magistrat appuva sur ces derniers mots, comme s'il ea voulait faire 1 application â l'armateur lui-même; tandis que son regard scinitateur semblait vouloir pénétrer jusqu'au fond du cœur de cet homme a^sez nanli d'intercéder pour un autre quand 11 devait savoir que luimême avait besoin d'indulgence.

Morrel rougit, car il ne se sentait pas la conscience bien nette à 1 endroit des opinions politiques ; et d'ailleurs, la confidence que lui avait faite Dantès, à l'endroit de son entrevue avec le grand maréchal et des quelques mots que lui avait adressés Tempereur, lui troublait quelque peu Tesprit. Il ajouta toutefois, avec l'accent du plus profond intérêt :

— Je vous en supplie, monsieur de Villefort, soyez juste comme vous devez l'être, bon comme vous l'êtes toujojirs, et rendez-nous bien vite ce pauvre Dantès.

Le rendez-nous sonna révolutionnairement à l'oreille du substitut du procureur du roi.

— Eh ! eh ! se dit-il tout bas, rendez-nous... ce Dantès serait -il affilié à quelque secte de carbonari, pour que son protecteur emploie ainsi sans y songer la formule collective ? On l'a arrêté dans un cabaret, m'a dit, je crois, le commissaire ; en noipbreuse compagnie, a-t-il ajouté ,* ce sera quelque vente.

Puis tout haut :

— Monsieur, répondit-il, vous pouvez être parfaitement tranquille^ et vous n'aurez pas fait im appel inutile à ma justice si !e prévenu est innocent ; mais si, au contraire, il est coupable, nous* vivons dans une époque difficile, monsieur, où l'impunité serait d'un fatal exemple : je se-

rai donc forcé de faire mon devoir.

Et sur ce, comme il était arrivé à la porte de sa maison adossée au Palais-de-Justice, il entra majestueusement, après avoir salué avec une politesse de glace le malheureux armateur, qui resta comme pétrifié à la place où l'avait quitté Villefort .

L'antichambre était pleine de gendarmes et d'agents de

Solice ; au milieu d'eux, gardé à vue, enveloppé de regards amboyants de haine, se tenait debout, calme et immobile, le prisonnier.

Villefort traversa l'antichambre, jeta un regard oblique sur Droites , et après avoir pris une liasse que lui remit un agent, disparut en disant : .

— Qu'on amène le prisonnier.

Si rapide qu'eût été ce regard, il avait suffi à Villefort pour se faire une idée de l'homme qu'il allait avoir à interroger : il avait reconnu Imtelligence dans ce front large et ouvert, le courage dans cet œil fixe et ce sourcil froncé, et la franchise dans ces lèvres épaisses et à demi ouvertes, qui laissaient voir une double rangée do dents blanches conmie l'ivoire.

La première impression avait été favorable à Dantès ; mais Villefort ayant entendu dire si souvent, comme uu mot de profonde politique, qu'il fallait se défier de son premier mouvement attendu que c'était le bon, qu'il appliqua la maxime à l'impression, sans tenir compte de la dilSerence qu'il y a entre les deux mots.

Il étouffa donc les bons instincts qui voulaient envahir son cœur pour livrer de là assaut à son esprit, arrangea devant la glace sa figure des grand jours et s assit, sombre et menaçant, devant son bureau.

Un instant après lui Dantès entra.

Le jeune homme était toujours pâle, mais calme et souriant ; il salua son juge avec une politesse aisée, puis chercha des yeux im siège, comme s'il eût été dans le sadon de l'armateur Morel. %

Ce fut alors seulement c[u'il rencontra ce regard terne de Villefort, ce regard particulier aux hommes de palais, oui ne veulent pas qu'on lise dans leur pensée, ex qui font de leur œil un verre dépoli. Ce regard lui apprit qu il était devant la justice, figure aux sombres façons.

— Oni étes-vous et comment vous nommez-vous? demandîa Villefort en feuilletant les notes que l'agent lui avait remises en entrant, et qui depuis une heure étaient déjà devenues volumineuses, tant la corruption des espionna-

!^es s'attache vite à ces corps malheureux qu'on ^omme es prévenus.

— Je m'appelle Edmond Dantès, monsieur, répondit le ieune homme d'une voix calme et sonore, je suis second à bord du Pharaon^ qui appartient à MM Morrel et fils.

— Votre âge? continua Villefort.

— Dix-neuf ans, répondit Dantès.

— Que fdisiez-vous au moment où vous avez été arrêté ?

— J'assistais au repas de mes propres fiançailles, monsieur, dit Dantès d'une voix légèrement émue, tant le contraste était douloureux de ces moments de joie avec la lugubre cérémonie qui s'accomplissait, tant le visage sombra de M . de Villefort faisait briller de toute sa lumière la rayonnante fi^re de Mercedes..

— Vous assistiez au repas de vos fiançailles ? dit le substitut en tressaillant ma^rè lui.

— Oui, monsieur, je suis sur le point d'épouser une femme que j'aime depuis trois ans.

Villefort, tout impassible qu'il était d'ordinaire, fut ce-

Eendant frappé de cette coïncidence, et cette voix émue de antès, surpris au milieu de son bonheur, alla éveiller une fibre sympaUiique au fond de son âme ; lui aussi se mariait, lui aussi était heureux, et on venait troubler son bonheur pom* qu'il contiibuât à détruire la joie d'un homme qui, comme lui, touchait déjà au bonheur.

— Ce rapprochement philosophique, pensa-t-il, fera gi*and effet a mon retour dans le salon de xM. de Saint- Meran ; et il arrangea d'avance dans son esprit, et pendant que Dantès attendait de nouvelles questions, les mots antithétiques à l'aide desquels les orateurs construisent ces phrases, ambitieuses d'applaudissements, qui parfois font croire à ime véritable éloquence.

Lorsque son petit speech intérieur fat arrangé, Villefort sourit à son effet, et revenant à Dantès :

— Continuez, monsieur^ dit-il.

— One voulez-vous que je continue ?

— D'éclairer la justice.

— Que la justice me dise sur quel point elle veut êtrp éclairée, et je lui dirai tout ce que je sais ; seulement, ajouta-t-il avec un sourire, je la préviens que je ne sais pas grand'chose.

— Avez-vous servi sous l'usurpateur ?

— J'allais être incorporé dans la marine militaire lorsqu'il est tombé.

— On dit vos opiniofas politiques exagérées, dit Villefort, à qui l'on n'avait pas soufilé un mot de cela, mais qui n'était pas fâché de poser la demande conmie on pose une accusation.

— Mes opmions politiques, à moi, monsieur I hélas ! c^est presque honteux à dire, làais je n'ai jamais eu ce qu'on appelle une opinion : j'ai dix-neuf ans à peine, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire ; je ne sais rien, je ne suis destiné à jouer aucun rôle ; le peu que je suis et que je serai, si l'on m'accorde la place que j'ambitionne, c'est à M. Morrel que je le devrai. Aussi toutes mes opinions, je ne dirai pas politiques, mais privées, se bornentelles à ces trois sentiments : j'aime mon père, je respecte M. Morrel et^'adore Mercedes. Voilà, inonsieur, tout ce que je puis dire a la justice ; vous voyez que c^est peu intéressant pour elle.

A mesure que Dantès parlait, Villefort regardait son vi sage à la fois si doux et si ouvert, et se sentait revenir à la mémoire les paroles de Renée, qui, sans le connaître, lui avait demandé son indulgence pour le prévenu. Avec l'habitude qu*avait déjà le substitut du crime et des criminels, il voyait, à chaque parole de Dantès, surgir la preuve de son innocence. £n effet, ce jeune homme, on pourrait presque dire cet enfant, simple, naturel, éloquent de cette éloquence du cœur qu'on ne trouve jamais quand on la cherche, plein d'affection pour tous, parce qu'il était heureux et que le bonheur rend bons les méchants euxmêmes, versait jusque sur sou juge la douce affabilité qui débordait de sou cœur. Edmond n'avait dans le regard, dans la voix, dans le geste, tout rude et tout sévère qu'avait été Villefort envers lui, que caresse et bonté pour ce lui qui l'interrogeait.

— Pardieu, se dit Villefort, voici un charmant garçon, et je n'aurai pas grand'peine, je l'espère, à me faire nien venir de Renée en accomplissant la première recommandation qu'elle m'a faite ; cela me vaudra un bon serrement de main devant tout le monde et un charmant baiser dans un coin.

• Et à cette douce espérance la figure de Villefort s'épa • nouit, de sorte que, lorsqu'il rQporta ses regards de sa pensée à Dantès, Dantès, qui avait suivi tous les mouvements de physionomie de son juge, souriait comme sa pensée.

— Monsieur, dit Villefort, vous connaissez vous quelques ennemis?

— Des ennemis à moi 1 dit Dantès : j'ai le bonheur d'être tro]^ peu de chose pour que ma position m'en ait fait. Quant a mon caractère un peu vif peut-être, j'ai toujours essayé de l'adoucir envers mes subordonnés. J'ai dix ou douze matelots sous mes ordres, qu'on les interroge, monsieur, et ils vous diront qu'ils m'aiment et me respectent, non pas comme uu père, je suis trop jeune pour cela, mais comme un frèro aine.

— Mais, à défaut d'ennemis, peut-être avez vous des jaloux : vous allez être nommé capitaine à dix-neuf ans, ce qui est un poste élevé dans votre état ; vous allez épouser une jolie femme qui vou8*aime, ce qui est un bonheur rare dans tous les états de la terre ; ces deux préférences du destin ont pu vous faire des envieux.

— Oui, vous avez raison. Vous devez mieux connaître les hommes que moi, et c'est possible ; mais si ces envieux devaient être parmi mes amis, je vous avoue que j'aime mieux ne pas tes connaître pour ne point être forcé de les haïr.

— Vous avez tort, monsieur. Il faut toujours autant que

LE MONTB-GRISTO.

possible voir clair autour de soi; et, en vérité, vous me ftUUtlÉtfe 1» A digne joussm booEÉcnOi que j(e vai» la'èûaf ter pour vous des régies osdinairaBi de la justice et voua aidar a faire jaillir la lumière en vous ooiBmuDiijiuuit la dénoadation qui vous aâiène âevmnt moi : voici le papitT accusateur; reconnaissez- vous récriture?

fit ViHefeH ûtà la l0ltro de sa podbè et la présenta à Dwirtè% Danlàft rcg^urda- eit liILlIii nuâgf passa tor «oo fMHit,^tildil9

' — Non, monsieur, je ne connais pas cette écriture \ elle est déguisée , et cerptadanfc elle est Aune forme ast^ez frâocliei K& loo» iwif o'eai mite main habile qui Ta tracée. Je suis bien heureux, ajoula-t-il en regardadt avec recoor nàîaéaiioe Vltti^tori, d*avoi^ afEûre à un homm« tel que •TOiiB* ear en effet moa enVlem est un têri table ennemi.

I^t à réobdf qui pttsta dans les yeux du jeune homme en prononçant ces paroles, Villefort put dislinguef iont ee qnMl 7 «nul dtf viMantè râergie cachée soua celte pre-

midre donoetti**

«-M Bt HUéntinaal, voyons, dit le s«kbstiiutt rèpoAde»-

moi franchement, mcmaîeuirt non pas comme un prévenu

à aon jugSf mais connne on homme dans une fausse po*

. aittea i^èmid à an anâre homtne qui s'ihtéresâe i lui :

qu'y t^t^iida mfti dans celle aodisâtion tocmy me ?

1» VilMort îeta avee dégaût atir la barelOL la lettre cfue Dmtéff venait m hsâ rendre.

^ Te«t ot pîen^ monsleut^ et vdiei la vérité pure, sulr mim hotto^ttr de marin, sur moa amotur pour Hercédés, sur la vie de mon peie.

-^ Pattait monsieur^ dit tôdt bant Villefort.

Poia loal baa il ajouta :

-^ 8i Renée pouvait me voir, f esBére qu'elle serait conteste de moiy et qu'elle ne m'i^peUerait plus un coupeur de titea»

^ Bb l^fl t en <{uittant Naplea, le capitaine Leclère tomba malade d^une fièvre cérébrale; comme nous n'avions paa de mé dedn À bord et qu'il ne voulut relâcher eor anonn point de la cdte^ pressé qu'il était de se rendre 4rile d'EttM, ta maladie empira au point que vers la fin do troiaidmé Jouff sentaht qu'il allait moarii, il m'appela

préédelni^

« Mon ohei^ Dtmtds^ me dit-il, jurez-moi sur votre bonnear dé fUve ee^ne je vaia vous dire ; il y vadea plus hants

intdfMB.

» — Je vous le jure, capitaine, réponûis-je.

9 «-^ ni bim) eomoM après mamort le commandement dit navire v«UM{)parttent en qualité de second, vous pren dtM ce oomnMlndeniettt^ vous mettrez le cap 9ux Yïle é*Elbet vonsdébarqtierei à Pono-Ferrajo, vous demandel^s le grand marèebaly vous hn remettrez cette lettre ; peut-être alors vous remettra -t-on une antre letwe et vous eb«^gêt»4«eD ià mieique mission. Cette mission qui m'é^ tait réservée^ SMtes, voiis ràocomplirez à ma place et tout rb^MeOT en-sei'a poui^ vous*

« .^ le le fevai, capitaine, mais peut-être n'atrive-t-on pas si facilement que vous le pensez prés du grandHOsaré*^

ehM.

» — Voici une bague que vous lui^ferez parvenir, dil le certaine ei qlii lèvera toiiies lés difficultés, f

Ëiéées mots il me remit une bagne.

II était temps : den béons aprésle délire le prit ; le len^demttin il était movu

^ Bl qué fltes^votis alors?

i-^ Gé ^tie je devais faire^ mimsienr, ce que tout antre eAt fait à âia place : en tons cas, les prières d un courant sont sacrées ; mais chez les marina, les prières d'un stipérieur sont des ordres que Ton doit accomplir. Je fis donc voile v^rs Tile d'Elbe^ où j^arrivais le lendement ; je consignai tottt ie monde à bmrd et je descendis seul à téri^. Oemme je l'avais nrèvu^ ou fit quelques difficultés pour mlntroduire prés du grand-maréchal ; mais je lui envoyai la bague qui devait me servir de signe de recon* naissance, et toutes les portes s'ouvrirent devant moi. il me recnt^ m'interrogea sur les dernières oireonstanceb de lit mort du malhaareux Leclère, et, comme eelui««i l'avait ptèvn, il me remit une lettre qu'il me ataurgea de po^ ter en personne à Paris. Je lui promis, car c'était acoem-

Slir les dernières volontés de mon capitaine. Je descendis terre, je réglai rapidemeiàt toutes mes a£Ëair^ de bord, puis je courus voir ma fianoèe^ que je retrouvai pïus belle et plus aimante que jamais. Grâce à If. MovreU noua pasr a&mes par-dessns toutes les difflcultés ecclésiastiques; enfin, monsieur* .i'aasis^iSf comme je voua Val dit, au repas de mes fiançailles, j'allais me^ marier dffiis mie heure, et je comptais partir demain pour Paris^ lorsque^ sut cette dénonciation que vous parusses niamtenant mépriser autant que moi, je fus arrêté.

— Oui, oui, murmura Villefort, tout orin ne paidtt 4109 Ui vérité^ et si vous êtesosiipabtii^ o'âsl d^hnptfuiMMë ; encore^ ceitte imprudence était^elle lègiliroéë par bas erdns de votre capitaine. Rendez-i-iloias cette krttm c|u'ett v«asa remise à l'Ile d'Elbe, doniiet*ffloi votre parais de vkiu» représenter à la première rdquisilioit, ëk attfiBi repeindre vos atnis.

-^ Jlinsi je suis lâM, mnmd^iir^ s'éerià Dmifès m^ aaa^ Me de la jeSf#<

-- Oui, sefilement dcnnsMUoi ealte lettre^.

«^ ffile doit être dennit vmst noasisnr ; oar aKilieïa prise avec mes autres papiers, et j'en recoanais ^iMlqBssuns dans cette liasse.

— Attendes, dit le sobstitM à Damès^ ({ni piMaii ses gants et &ëù i^hapeau^ attendez ; à qm dtaivelle adtesnès ?

— ' A Môngimr Pfmriiérr fW Cnq-Hibrm^ à Parit.

La foudre tonibèe sur Villefort ne Veut point teppé d^un coup plus rapide et pins hAprèvn } il rétomhn snr son fhntedil, d^oti il s était levé àdeîai noor atteindre la liasse de papiers saisis sur DanlèSy et la renittelant prèoi^tamment, il en tira la lettre fatale, sor laqnella il jeta aa regard emnreint d'une indicible terreur.

— M. Noirtier, rue Goq-Hérott^n^ 13, Bnitmon-t^il en pftfissant de plus en plus.

^ Oui, monsieur, tépcmâit OMntèsètomié; U connaisfces**vous.

— Non, répondit vivement Villefort, un fidèle servitenr dn roi ne connaît pas les conspii atenrs^

-^ Il s'agit donc d'une conspiration, demanda Bantàs, qtti commençait, après s'être cru Ubre^ à reprendre une terreur plus grande que la première ; en tous cas, tasmsieur, je vous l'ai dit^ j'ignorais complètement le eontettu de la aé{^éche dont j'étais portenr.

^^ Oui, reprit Villefort aune voix aouarde^ HlaîivOiisiav^z le nom de celui à qui elle était adressèct*

-^ Pour la lui r^nettre à lui^^mémef mntienr, il £aHait Men ene je lé snise.

— Et vous n'avez montré cette lettre à pesaonne Y dit ViHeroTt tomenlisinleieii pàlissaiii à mosnra ^^il lisait.

^ A personne, monsieur, sor fbeiinewri

— Tout le monde inore que vous étIesporteKr d'une lettre venant de l'Ile d'BIbe et adressée à M. Notrtier?

-^ Tout le monde, monstour^ eaoepté eèîal fni me l'a remise.

-^ C'est trop, tf est encore trop 1 murmura Villefort.

Le fhmt de Villefort s'obêcurcissait de pins en plus à inestire (|u'H avançait vers la fto ; ses lèvres Manches, ses maihs tremblantes', ses veut ardents faisaient passer dans l'esprit de Dantés les plus douloureuses apprébeasions.

Après cette lecture, Villefort laissa tomber sa tête dans ses mains et demeura un instant accablé.

— 0 mon Dieu ! qu'y a-t-il donc, monsieur ? demanda timidement Dantès.

Villefort ne répondit pas ; mais au bout de quelques instants il releva sa tête p^e et décomposée, et reltlt une seconde fois la lettre.

— Et vous dites que vous ne savez pat ce^que contient cette lettre ? reprit Villefort.

— Sur l'honneur, je vous le répète, monsieur, dit Dantès, je l'ignore ; mais qu'avez-vous vous-thême^mon Dieu? Vous allez vous trouver mal,. vlïulcz- vous que je sonne? voulez-vous que j'appelle ?

— Non, monsieur, dit Villefort en se levant vivement, ne bouges nasy m dites pas un mot ; c'est à moi de donner les ordres icii et non pas i vqus.

Ll MOMXK-GRISTO.

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bfeb^MUMÉl^

^ÈUk

— MonsieuTi dit Dantès blessé, c'était pour vous secouril», tdld total.

-* ie H^i besoin éiB riëË ; uii éblooliBcmeait ipassager^ toilà Jotit i dootip«z^voii0 de Toas et nûh ÛA moi i rèpoo'* dez.

Dantés attendit Tinterro^aMie qu'annonçait cette demande, maia inutilement ; Villefort retomba sut son fauteuil, passa une main glaééé sUf âon Iront ruisselant de Itieur, et pour la ti*bisiéme fois se mît à reKre la tottm. .

— Ûh ! n'il sait të que eonttefii eett^ lettre^ mormuta^^ n,^t qif il ApfMfliiè iiMAais cpie Noirtier est le pdre de Villefort, je suis perdu, perdu i tout jamais ! ^

£t de \&Bàpè en temps il re^rdait Edmond, comme si son regard eût pu briser cette narriére invisible (|Ui enfermé dans lé cœur les secrets due gaf de là bonôhe.

— Oh I n'en doutons plus, s écria-t- il toul A eotip.

— Mais, au nom du ciel< itKmsieuri s'éoria la mUlhëureux jeune homme, si vous doutes die moi, si voQs me soupçonnez, interrogez-moi, et je suis prêt avoua répondre. *

VtUffort fit sur lui-même un effort violent, et d*Un ton qu*îl voulait rendre assuré :

— Monsieur, ditril, les charges les plus graves rôeuttMt pour vous de votre interrbgatoifd ; je M iula donc pa» le maître, cèmiM Je Tàvais eqpèvè d'abord, de nmd Hnàse à nastantindaitui liberté ; le doiSi avant de prendre une

Ereillo mesure, eonsulter le iuge d'instruction : en aUenntf vous ^ves vu de quelle façon j en ai agi envers vous .

— Oh F oui, monsieur, s'écria Daatès, et je vous re* rtierclé, car vous aves été pour-mi^ bien pmlM an ami

qu*nn Juge.

'^ Bfa bieni monsieur^ je vois voua retenir quelque temps encore prisonnier « le mqinslongtemps quejepouri^i ; la principale charge qui existe, contre vous, c'est cette lettre et vous voyez...

Villefort s'approcha de la cheminée, 1k jeta dans le feu, et demeura jusqu'à ce qu'elle fût réduite en eendMk •

— Et Vous toyez, eontiniia-Hl) je TanèanUs*

— Oh I s'écria Dantés, monsieur, vous êtes plus que la justice, vous êtes la bonté.

— Mais, écoutez-moi, poursuivit Villefort, après un pareil acte, vous comprenez que vous pouveai avoir confiance eu moi, n est-ce pas ?

— Oh I monsieur 1 ordonnez, et ie suivrai vos ordi^ea^

— Non, dit Villefort en s'approchant du jeune homme, non, ce ne sont pas des ordres que je veux donneri vous le comprenez, ce sont des conseils.

-^ Biteâ» et je m'y conformerai comme à des ordres.

^ Je vais vous garder jusqu'au soit ici, au Palais de Justice : peut-être qu'un autre que moi viendra vous interroger : dites tout ce que vous m'avez dil, maia jlaa un motae cette lettre.

^ levons le pyornets, monsieur.

C'était Villefort qui semblait su^lier, c'était le prévenu qui rassurait le juge. . •

-t Voua comprenez, dit-il en ietant un regard sur les cendres qui conservaient encore la forme du papier, et qui voltigeaient au-dessus des flamtËes , maintenant cette lettre est anéantie, vous «t moi savons seuls qu'elle a existé, on ne vous la représentera point : niez -la donc si l'on vous en parle, niez-U hardiment^ et vous êtes sauvé.

Je nierai, monsieur, soyez tranquille, dit uanlès.

— Bien, bien I dit Villefort en portant la main au cordon d'une sonnette; puis s'arrétant au moment de sonner :

— C'était la seule lettre que vous eussiez? dit il. ^ La seule.

. r Faites-en serment.

Dantés ét^^idit la main.

— Je le jure, dit-il.

Le copimissaire de police entra.

Villefort s'aprocha de Fofflcier publie et lui dit quelques mots à loreille, le comninsaire répondit par un simple signe de télé.

— Suivez monsieur, dif Villefort à Dantés.

BaaUèa sHncUna, jeta un dernier regard d6 fecennalftsance à Villefoil et sô^til^

À peine la porte ful-eïïè refermée dêfftdre lui qwlBB forces manquèrent à Villefort, et qu'il tOoibft pv^^qy^) èïa-^ lioUiGftiriiAflHleUil. /

Pu^^ tu bout d'un mstant >

— 0 mon Dieu i murmUra-t it, à ddot tf ehuent hl tte et la fortune 1 ... Si le prôcUféur du t^t eAt é(ê â MAMUtof si le juge d'instruction eût été appelé M lieu* dklMiirj^c^s

Erdu; et te patrier, ee papier tnaudh ma prioqélall dans bime. Ah ! mon père ! mon père ! sereiKveai doiie^^« iduis Bd obstacle à mon bonheur en ce monde, et dois-je lutter éternellement avec votre passé 1

Puis tout à coup une lueur iuatlendué pâfUt passef piit son esprit et Ulumina son Visage, un sMrite se dessina sur sa bouche encore crispée^ ses yeux hàgurds deviui^nt fixes et parurent s'atréter sur ni^e pensée.

«^ G^est eela^ dit-il, eui, eeltë lettre qUi datait ipe pe9^ dre fera peut-être ma fortune : allons', Villefort, à rouvre I

ààà4 sof ttt à

fiancée.

AMI; WUàB.

HISTOIRE D'UN CHIEN ET 9S ONZK POULÊÂ.

J'éUiis confondu de la science de Michel ; Michel safvait par cœur le DicUênnaire d'hiiknrt naturelle.

Un jour^ je Ikisais^ avec ou de mes amis, des oottrseaen cabriolet.

Cètail du tempe des vitox eàbrioletSi dana lesquels on se li*oUvait côte à e6té avec le cocher.

Je ne sais comment il se fit que j'ena Tocea^wm de- dire à cet ami ^ue j'étaia da dèparlemânl de l'Aiaae. . .

*-^ Ah I vous dCea dn départameni de rAlme? fLl le cocher.

-^ Oui. Y a-t^il quelqiM; dhoae lAHtedans qui voua dè«^ bSge?

— «^ Non, monsieur, tout au contraire.

ta qudstiott du coohe^ et sa répeiiÉa étaient également obseures peut* tAtA.

Pourquoi ee cochet s'étail-'il èevié en appveniM^que j'étais du département de l'Aisne ? et pourquoi lui était-il plus agréable, ^ aon twt m eontraite sie portait à le croire, — pourquoi Itfi ètait^llphia agréable que je fosse ^eee dëpartemeaMA que de l'iio des quatre-viogt^nq autres ? . ^

Cétftiënt M des questions que je lui dusse hïeu certainement fidles ai j'eusae été seul avec lui ; ma)S| préoccupé de ee que me disait tnon voiaint jo Udisai mB curiosité partir au galopa et> oomme notee cheval ne marchait que le pas, elle prit de telll» avaaees aur noua, que je ne la rejoignis point.

Huit jours après, je repritf on cabriolet à la même ata-

tiod.

^ Ah I ah ! fit le cocher, c^est monsieur qui est 4^ département de l'Aisne.

— Juatemeall et c'est voua qiai m'aves conduit il y à huit joura ?

— En personne. Où faut-il vous mener aujouhd*hui, notre bourgeois ?

— A l'Observatoire.

— Chut 1 monsieur, ne parîta pas si hai|t.

Ut MONTB-GRl&TO.

— Pourquoi cela ?

— Simon cheval vous entendait I... Hue! Bijou I Ah! monsieur, en voilà un qui, s'il a jamais dix mille livres de rente, n'achètera pas de cabriolet.

Je regardai l'homme.

-— Pourquoi m'avez-vous demandé si j'étais du département de l'Aisne ?

— Parce que, si monsieur avait été seul et en train de causer, nous aurions causé du département de T Aisne.

— Vous le connaissez donc ?

— Ah 1 je crois bien ! un ûer département ! Le département du général Foy, de M. Méchin, de M. Lherbette et de M. Dumoustier, l'auteur des Lettres à Emilie sur la mythologie.

Comme vous le voyez, chers lecteurs, j'étais complètement oublié dans la nomenclature des hommes illustres de ce département.

Cela me disposa assez mal en faveur du cocher.

— Que connaissez-vous dans ce département de l'Aisne?

— Je connais tout.

•— Gomment, vous connaissez tout?

— Tout.

— Connaissez -vous Laos ?

Je prononçais Lan..

— Laon, vcus voulez dire ?

Et il prononçait La-on.

— Laon ou Lan, c'est la même chose ; seulement, on écrit Laon etl'on^dit Lan. ^

— Dame, je prononce comme on écrit.

— Vous êtes pour l'orthographe de H. Marie ?

— Je ne connais pas l'orthographe de M. Marie ; mais je connais Laon, — le Bibrax des anciens et le Laudanum du moyen âge... Eh bien, qu'est-ce que vous avez à me regarder comme cela?

— Je ne vous i^egarde pas : je vous admire !

— Oh I gouaillez tant que vous voudrez : vous n'empêcherez pas que je connaisse Laon et tout le département de l'Aisne, avec sa préfecture. A preuve qu'il y a une tour bâtie par Louis d'Outre-Mer, et qu'on y fait un immense commerce d'artichauts.

— Je n'ai rien à dire contre cela, c'est la vérité du bon Dieu, mon ami. Et Soissons? connaissez vous-Soissons ?

-^ Soissons, — Noviodunum — si je connais Noviodunum, je le crois bien !

— Je vous en fais mon compliment; je connaissais Soissons, mais je ne connaissais pas Noviodunum.

; — liais c'est la même chose, — verjus vert. — C'est là qu'il y a la cathédrale de Saint-Médard-grand-Pissard. Vous savez, notre bourgeois, que, quand il pleut le jour de laSaint-Médard, il pleut quarante jours: Ça devrait être le ' patron des cochers de cabriolet. Si je connais Soissons... bon, bon, bon, vous demandez si je connais Soissons, patrie de Louis d'Héricourt, deGollotd'Herbois,deQuinette; où devis a vaincu Siagrius, où Charles-Martel a battu • Chilpéric, où le roi Robert est mort ; chef-lieu d'arrondissement -, six cantons : Braisne-sur-Vesle, Oulchy-le-Château, Soissons, Vailly-sur- Aisne, Vic-sur-Aisne, Villers-Cotterets...

— Ah I et Yillers-Colterets, le connaissez-vous ! m'écriai-je espérant le prendre sans veit à l'endroit de mon pays natal.

— YiUerii ad Cotiam reiiœ. — Sije connais cela, Villers- Colterets, ou Coste de Retz, gros bourg.

— Oh 1 petite ville, réclamai-jé,

— Gros bourg, je le répète.

Et, en effet, non homme le répétait avec tant d'assurance, que je vis que je ne gagnerais rien à essayer de lutter contre lui. D'ailleurs, j'avais la conscience que je pouvais bien avoir tort.

— Gros bourg, soit, repris-je.

— Oh ! il n'y a pas de soit y ça est. Si je connais Villers- Cotterets : forêt de 25,000 hectares ; 2,692 habitants ; vieux château du temps de François i«r, aujourd'hui dépôt de mendicité; patrie de Charles- Albert Demoustier, auteur i^ Lettres à Emilie sur la mythologie:..

— Et d'Alexandre Dumas, ajoutai-je timidement.

— D'Alexandi'e Dumas, l'auteur de Monte-Cristo ^ des Mousquetaires ?

Je fis un signe d'assentiment.

— Non, fit le cocher.

— Comment, non?

— Je dis non.

— Vous dites qu'Alexandre Dumas n'est pas né à Yillers- Cotterets ?

— Je dis qu'il n'y est pas né;

— Ah I par exemple, voilà qui est un peu fort 1

— Tant que vous voudrez. Alexandre Dumas n'est pas ' de Villers-Cotterets ; d'ailleurs, il est nègre.

J'avoue que je restai abruti. Cet homme me paraissait si fort sur tout le département de l'Aisne, que j'eus peur de me tromper. Puisqu'il affirmait si positivement la chose, cet homme qui connaissait le département sur le bout de son doigt, il était possible, à tout prendre, que je fusse nègre et né au Congo ou au Sénégal.

— Mais, lui dis-je, vous y êtes donc né, vous, dans le département de l'Aisne?

.— Moi, je suis deNanterre.

— Vous l'avez donc habité, le département de l'Aisne ?

— Jamais.

— Vous y avez été au moins ?

— Jamais, au grand jamais.

— Alors, comment diable connaissez-vous le département de l'Aisne ?

— La belle malice 1 tenez.

Il me présenta un livre en lambeaux.

— Qu'est-ce que ce livre-là?

— C'est toute ma bibliothèque du grenier à la cave.

— Diable I il parait que vous la consultez souvent ?

— Je ne lis .que cela depuis vingt ans.

— Mais vous le Usez beaucoup à ce qu'il parait ?

— Que voulez-vous que l'on fasse quand on ne marche pas ? et les temps sont si durs qu'on est la moitié du temps à la station.

J'ouvris le livre, curieux de savoir quel titre pouvait porter un volume qui avait eu le privilège de suffire pendant vingt ans à la distraction d'un homme.

Et je lus :

Statistique du département de l* Aisne.

Michel était comme mon cocher ; seulement, il avait choisi une lecture sinon plus instructive, du moins plus amusante.

— Michel, lui dis-je, vous voyez : il faut faire faire chez Laurent un bâton au macrocercus ararauna et une cage chez Trouille, à la cercopithecus sabosâ.

f— Monsieur, dit Michel, pour le bâton, je ne dis pas, mais pour la cage, c'est inutile.

— Comment, c'est inutile ? mais la pauvre bête ne restera jamais dans celle-ci ; c*est une cage do chardonneret

ou de bouvreuil. Elle serait morte d'une crampe au bout de huit jours.

•* En Tabsence de monsieur, il est arrivé un malheur.

— Bon I quel malheur?

— Une belette a étranglé le faisan ; monsieur le mangera à son dîner.

Je laissai échapper une exclamation qui n'était ni un refus, ni un assentiment, raime fort à manger le gibier tué par moi, mais je suis moins ardent au gibier étranglé par un animal quelconque qui n*est pas un chien de chasse.

— Alors, dis-je, laçage est libre ?

— Depuis ce matin.

— Emménageons-y la guenon, alors.

Nous portâmes la petite cage prés de la grande cage; nous mimes les deux portes ouvertes en face l'une de Tauire. La guenon se précipita dans son nouveau logement, bondit de bâton en bâton et finit par s'accrocher aux barreaux en me grinçant des dents, en jetant des cris plaintifs et en me montrant la langue.

— Monsieur, dit Michel, voilà une béte qui veut un mâle. - •

— Vous croyez, Michel?

— J'en suis sûr.

— Vous t>ensez donc que les singes se reproduisent comme les perroquets ? .

— Il y en a au jardin des Plantes qui y sont nés. — T Si nous lui donnions le perroquet?

— Monsieur, il y a un petit Auvergnat qui vient ici avec son singe demander de temps en temps un sou. A la place de monsieur, je lui achèterais son singe.

— Pourquoi plutôt celui-là, qu'im autre ?

— ' Parce qu'il est doux comme un agneau et qu*il a reçu une excellente éducation. Il a une toque avec une plume, et il salue quand on lui donne une noix ou un morceau de sucre.

-— Sait-il faire encore autre chose ?

— 11 se bat en duel.

— Est-ce tout ?

— Non, il cherche les poux à son maître.

— Et vous croyez, Michel, que ce jeune AUobroge se défera d'un animal qui lui est si utile ?

•-* Dame, vous comprenez, c'est à lui demander.

— Eh bien, Michel, nous lui demanderons, et, s'il est raisonnable, nous ferons deux heureux.

— Monsieur ? dit Michel.

^ Eh bien ?

— > Le voilà justement.

-Oui?

— L'Auvergnat au singe.

Effectivement, la porte de la cour s'entr*ouvrait et une grosse figure, douce et placide, se montrait par l'ouverture.

— Entra ! entra I dit Michel, qui, on le sait, avait quelques notions de la langue auvergnate.

Le bonhomme ne se le fit pas dire à deux fois. U entra en tendant sa casquette.

Son singe, posé sur une boite que Tenfant portait sur son dos, se crut obligé de saluer comme son maître et prit à la main sa to^e de troubadour.

C'était un singe de la même famille que la macaque, mais de la plus petite espèce.

Autant qu*on en pouvait juger sous son costume de fantaisie, il avait une charmante figure d'une douceur et d'une finesse parfaites I

— Oh ! dis-je à Michel, comme il ressem ble à. . . Je prononça^ le nom d'un célèbre traductenr.

— Eh bien, dit îiichel, voilà le nom tout trouvé.

— Oui ; seulement, Michel, nous en ferons l'anagramme.

— L'anagramme ?

— C'est à-dire, lui expliquai-je, qu'avec les mêmes lettres, nous lui composerons un autre nom. Prenons gapde aux procès en diffamation, Michel.

Michel me regarda.

— Oh ! monsieur peut appeler son singe comme il veut.

— Je puis appeler mon singe comme je veux ? — • Monsieur en a le droit,

— Je ne crois pas, Michel.

— Monsieur en a le droit. .

— Eh bien, en apposant que j'aie le bonheur de devenir propriétaire de ce charmant animal, nous rappellerons Potich.

— Appelons-le Potich.

— Nous ne l'avons pas encore, Michel.

— Que monsieur me donne carte blanche. -

— Vous avez mes pleins pouvoirs, mon ami,

— Jusqu'à quelle somme puis-je aller ?

— Jusqu'à quarante francs .

— Que monsieur me laisse ^vec le gamin, j'en fais mon affaire, dit-Michel.

Je laissais Michel avec le gamin, et rentrai à la villa Médicis, d'où j'étais absent depuis quatre jours.

Ce que je trouve d^admirable dans les voyages longs ou courts, c'est quHl y a toujours deux plaisirs certains : le plaisir du départ et le plaisir du retour.

Je ne parle pas de celui du voyage : c'est le moins certain des ti ois.

Je rentrais donc le visage souriant, laissant errer mon regard bienveillant et satisfait d'un meuble à Tautre. '

Il y a toujours dans les meubles qui vous entourent quelque chose de vous-même.

D'abord, il y a votre caractère, votre goût, votre intimité.

Les meubles en acajou, s'ils pouvaient parler, ne raconteraient certes pas la même histoire que les meubles sculptés ; les meubles en palissandre, les mêmes anecdotes que les meubles en bois de rose ; les meubles dé boule, que les meubles en noyer.

Je laissais donc, comme je disais, aller mon regardbienveillant et satisfoit d*un meuble à l'autre.

Tout à coup, j'aperçais, sur une causeuse placée en retour de la cheminée, quelque chose comme im manchon blanc et noir qui n'était pas de ma connaissance.

Je m'approchai.

Le manchon ronronnait de la façon la plus sensuelle.

C'était un jeune chat qui dormait.

— Madame Lamarque ! criai-je ; madame Lamarque ! Madame Lamarque était la cuisinière.

— Je savais bien que monsieur était arrivé, dit M"« Lamarque, et, si j'ai tardé à présenter mes devoirs à mion* sieur, c'est que je faisais une sauce blanche, et monsieur, qui est cuisinier, sait avec quelle facilité ça tourne, ces damnées blanquettes.

— Oui, je sais cela, madame Lamarque ; mais ce que je ne sais pas, c'est d'où me vient ce nouvel hôte.

Et je montrai le chat.

— Aonsieur, dit M»« Lamarque d'un ton sentimental, c'est un Antony.

•^ Comment 1 un Antony, madame Lamarque?

Ut MmSMSÛfftQ.

mm

•*^ AntiemdBi dit xm enlint inralrô, iMiiiimtr«

— Ah ! ah I pauvre bête !

4» Bloù i'âires trottrèt tnadaoïe {^mdiqwf

— Dans la cave, mon^Btir.

— Dans la cave ?

^ Oîii. f enteQdalf c * Mliimi 'm^Ott, iiiiMU« « je me suis dit ; « Cane peut être qu'on «hat. •

— Vraiment, vous vous ête$ dit oria ?

—> Et je suis descendue, moâsteor, el, dai^riér» te« fagots, j'ai trouvé le pauvre animal. JUon î^ me suif Ifl^olà que mnÉiWir avait lUtiiné fpia : « llaâMie Ifim^ilQ, iliauém- flMnr un diaè. <

— Tai dit cela, moi I je crois que vous vous irq^paj^, M«« Lamarque ?

— Monsieur .l'a dit pnwt «ûTi Alora, jH me mte Jdi : « Puisque momtmt dëslM va ahat, nf^U iàPiiwidMcaqui nous envéte cefauHci« v

— Vous voul étés dit oria, eUve mlabine {remarque ?

— Oui, et je Tai recueilli,.eoiliflleoioill^rVmt.

M- 8i vaaé appeauvû ic lieediA île partager votus lasse de café avec un convive, vous êtes parfnltmient Ubi^

• *^ 1kM9êatnu oeaiq»09i 4'appellw9PM>Q¥Hi m»mia^r ?

— Nous TaffallBawa Mf^^ouHE, si viyw voiileii Inen,

— Comment, si je veux? Monsieur est le maître.

— Seulement, M»« Lamarque, vous ferez attention qu'il ne mange pas mes becs dé eerail, mes cous-coupés, mes calfats, mes veuves et mes bengalis.

^ Mhl m munumkr a ^ear, 4il UkffM en entraAtf il y ÉUB uHiyvu*

— Un moyen de quoi, Mtehdt 7

^ Vu iific^ea â'emféciuèv lei cbaia do xmoger iQ» oiseaux.

, rr- VoTiQM lejMjen^ cher ajoi^

— HoDffiaur, Yow BxeM^ jmqmw i^ns une cage, vous

le c^bex de trojâ c64é», vw^ Mte^ yQugir un gril, yous

mettez le gril du côté de la cage qui o^est paa cache, tous ,

IMi&z le chatf et vous sprte^ de la çhaml^rç, I«e ohat nrend ses mesures, il s'accroupit, et, à'un bond, il tetombe les .^tire jpxi^ et le ne;^ sur le gril. Plus le gril est roug^)

laieuyuéstguèrî.

— Sériel Kiçhel,, . Et le IrouWdoilr 1

— AU î Ç^t vrai I moi qui oubîiuls que je votiaîs î)otir cela. !Kh bien, monsieur, c^est fait : il donne fûAch pottr qiMiaote frW09 ; seulement, il demande eo tetôut 4^iix souris lilancnes, pi un coch/)n ^'tnde«

— Mais Michel, où Voulez ttms mié je îiïe prtcute Jeiix soUf^s Uàntiièâ et xm cochon tl^IndeT

— ^ ttlonsièût veut ffîe obai^ de t^, Je éais {>ft tl y en a, moi.

— Comment, si je veux vous en charge, tùiSk t^'ênH^à-

dlré que vous me tendrez te pia^ gfaod t^Mtè en ¥<Mie en

chiirgeant.

•^ Ateîà, donn^^-moi iijûannte hànes.

— ypici çuaranté îmncà, Michel.

Hicliél :tortit avec tes njuatante îtitit»,

— ifeanè indiscrétion, dit te ttière tàmurtîué, jevôndtaîs AèthanAôr 4 monslenï ce que veux dire îly$ôttff.

-^)ifàid, nia ÙLé^ nmdamô Latnâtg[ue, IfjrsouffVènt dire MvsoufT.

-* (Tésl idonc un nnm de tstet, Myéonttt

— Sans doute, pnlrsque llydoutt s't^çladt .eesiiàitté <$Mb,

— toel Mysouff ?

— fyôonfffrr. Aîhl t^Wà, voù», nMadàitté Ltaharque, vous n'i^vez pas connu ifysouff .

it je tàMMfi itensitttte 1(1 tni^Oè i^erlè, tine Madame

Lamarque eut la discrétion d'attendre à un autre mon^éiit pqUf savpû: c^ ijufi clèWt gue. Mysouff, premier du nom..

xvm.

Vous êtes entré plus ou moins souvent (laas un magasin de brio-à-brac. >

' LA, smréê ai<eir adminé un alippo hirilandais, mi Mbut de la itenaisBanoa, 1100 viaUle ||^otM»be 4u^p^;^préi aveiy \mé 4 19 liauteur ^ v^ra o^l ua verra die Venil^pu un viederlmn allemand ; après avoir ri »u nez d'un niagpt

chinois qui dodelinait la tête et qui titrait la languç, vous êtes resté tout à coup dans un coin, les pieds fichés en terre et Tœil rivé sur un petit tableau & meiné eadié diefla Timbre. . • .'•

i» ndistt da cetta ômbva resplea^MMH l'aiirâeUi 4'aBe i(i4(>Q9 #1^ w ^Ca^ {é^ua sw le^ 8«i^u^

La Ma4oae voua xappel^it «uçl^ue )K)u venir d'enfapcey ^ vous senties; tput à çQup votre cceur Inondé crune donc^ ïn^l^ncoUe.

Alora, vous i«flestehdiec pas A psi éi i Mcalomea vous-même ; vous oubliiez ceux qm èlâentiA, ^Vendrait on imm étiez, e6 iiua voiéI Mej, vesua fetfe j l-aile ^ aouvenir vous emportait, vous franchiBsiez Tespace comme 9i vous aviez le manteau enchanta 4^ iféphigtppJttélés^at vous vous retrouviez enfant, plein d'espoir et aavénlir. enlace de ce r^ve du.passé que la yue de la Madone sàifiie venait d'éveiller dans votre mémeitè.

Ëh bien, en ce moment, il en était ainsi de asoi; aa-naift de Myseiiff m'avail remmé A qulnsawia m arjriéra,

Ma mère, vivait» JWafa encore dans ce temp^là. le iMobear d'être grondé de temps en tempf par une mère.

Ma mère vivait et j*avais, chez M, le duc (TQrléâns, une place de qninze cents francs.

Cette place m'occupait de dtx henrcia dteaiKâtt A fàa^ heures de raprèa^midi.

HouÉ d^emeaviiMui ma 4e l'Oi»eet« A «ow fviaw qn chat 9iùi a'appelaU Myaouff*

Ce chat ^V4it manqué sa vocation, tl mm\ CA naUr e

chien.

Tous les matins, le partais à neuf heures et denalfe^ «il me fallait une eeml4ieuy6 ponv aiter^ de la tua de rOuest, à mon bureau, situé rue Saîmt^HaooM, ft^^lfir — tous les matins, je partais à neuf heures et 4emiav ^i b)us les soirs je revemis, à cipcr heure» eX demie* > Toua le^matins^ Hv^Quff m attendait me de Taugirârd.

C'étaient là ses limites, son cerclé de Pôpllbis. ï?ne me rappelle pas le iui avoir jamais va f ranehlK

Et ce qu*il y avait de curieux, e'aac qus^ lee Jolira où» }iar %asaM^ 11B0 efareonslaiîoé fiûalçdiH^ m'KVBH diafcrait de mon devoir de ftie, et ot^ja ne 4avaia pa» captiw pour dtner, on avait beau ouvrir la pofte A My3onu : Kysoufi*, dans l'attitude du serpent qui se mord la queuBt seule 'explication ou plutôt seul symbole qu'on au ptidomier de réternité, ne bougeait pas de soft eo^nsill^

Tandis qu'au contraire, les jours où le devaiàttak, si on oubhait d^ouvrir la porte àNyitoiil^ Myaouff grattait la parta da eet grtAia |u«^'â^ au'^ la lui oiprxU.

AvmU ma mdra adoraiHsUelfysgun ; èUe Rappelait aon

baromètre.

— Mysoufl* marque, mes, beetu et mes mauvais jbtxt^, tnè fisattelle, 1 adorable feMme : les )mil% M tu viens, c'est mon beau fixa ^ las Jouas où tu ae viana pa% a'ast mon témpè Ile phlia.

Pauvre mère I Et quand on pensa 4)ua ce n'art qaç le ^ur où Ton a perdu ces trésop d^amour an^on s aperçoit combien 6n tes appréciait m$i quand on lés possédât; nue c est quand on be peut plus voir les ètties bten^sânès ^e Ton se souvient que Ten Mfalt ^ las v^ davaMaga^ at 9t*oii ee rapeal da ne )^ Isa atair tui a«nli L..

Je retrouvais donc MysouS au milîa«4e)ii vue 4e ) Waati 4 i'aodPCHt où alla conflae À la rua 4^ Vau»md« ateia sur aon derrière^ les yeux &xé9 au plu^ proloaA 4è )a me d'Asââs.

Du plus loin qu'il m'apercevait, fl fM(Mi lé ^Ifé éè éa queue ; p«Lk> A mmiQM qua j'^pfoéilala^ « ae WM^ ae promenait imaÊtmêdlÊûkm bw tftqla la tt^atéa ta tM de

xiC MÛNTA^CEISTO.

rOaest, la queui eo Tair ^t faisant 1^ gjg^ flos» .

Au mQtnent où je meljaU le pied tos la tue Ûe l'Ouest, il me sautsdt aiix genoux comme eût fait un chiea ; puis, en gaqibadant et en se retournant de dix en .dix pa9, il reprenait te cfaemin de la mrison.

- A vingt p&i de la maison, il se retournait nue de rniére fois et' rentrait au galop. Deux secondes «{nréa, ja voyais Étecraitm ma nër« à ia porte.

bienheureuse apparition, qui adispara pour toajours, et oui, je Tesçére cependant, m* attend, à nm autr^ porte.

Voilà à quoi je pensais, chers Recteurs, voiU tous les souvenirs que ce nom de Mysouif faisait rentrer dans ma mémoire. • ..

Vews voyéE bien quHl ina'éiait permis de ne pas téponém à la mère Laiiiar<{iie.

Une fois baptisé, Mysouff II jouit, dans la maison^ de tpxis les privilèges de Myssouff l^.

Le iKmanche «ai^tnÂ, <m était nèuni dans le jardin, 6iraud, Maquet, Alexandre et deux ou trois habitués de la maison, lorsqu'on m'annonça un seoooâ ÂiafwgMi et un second singe.

— Faites entrer, dis-je à ii{ieM4,

Cinq minutes a^^rto, YJkxxywBBàl fit doa appt^iUoiL U savait sur son épaule une figure iaatasl^ue, toni enrubannée, portant un thapeau de saân vert sur l'oreille, et une houlette à la main.

-^ Naie^pa ichi que Vfm adietales chinges I ûemanda-

tril.

— Hein ? flmes-nouê.

— Il demande si ce n'est pas ici que l'on «icbète las linges, dit Michel.

— Mon l^onhomme, dis-je. tu t'as trompé déporte; tu vas reppendre Je chemiq de jeri gaper leT}oulev»r4, suivre toujours tout droit jusque la colonne de la Bastille. Là, tu prendras à droite ou à gauche, i ton choix, tu Iraveirseras le pont d'Austerlitz, tu 46 );KMiv«rss en face d'uM grille et tu demanderas le {ijalais dos singes de M. l%iera* Voilà iMMSiilltPttgponrlfaifa Vtnroijwe.

«-^l'alt q<ie clw dâdia fu dcm cbinges daaa vue caofaa, iiMJBln i'ÂtiTargtiai, etqm le fiia à iituoi^Piarra tn^mvaît dit qu'il avait fendu son chinge à M. Doumache. Alon., eh«i oK : « Si mmÊBÊom DoaniBcha ^imitanssi «noncàttiga, j^ lui fendrai tout de même, et pas plus cher qm ie ffis de Ôban- Pierre ne lui a fendu la dneo^ <•

— Mon cher ami, je te remets da la fféfèreiioa.; ¥oilà «H 'Insic fomr Ja prâfirmice ; qmm ^'%l aaSK de denx^uaûrmÈÊÈmm, Si j'ai «hiis davasiagat d steiaadrait ua éo- Iqaibqaa nao i|aa poar eux.

— Monsieur, dit Michel, il y a Soulouque qui ne ¥«at m» Mwh Monsiew yaurrait te «aatire à te iâta dea singes?

Ceci m'ouvrit de nouyelles paf^eotives 4 Teadroit de Soulouque»

Alexis, dit àoûlouq«a^ éteU ^n ianne aégra da treize à quatoiif ansit du plus baaa noir, ^t^iu dewi v^mr ocigi- MifieaMiU du $é»iga( ^daConga.

il était déjà à la maison depuis cinq ou six ans»

Âarval. im jour qu'aUe venait dinar avac-iaoii me ï!avait apporté dans un grand |^ier«.

— Tiens, avait-elte dû ea ^ètoummèX te panier^ voilà fMhlua aliosa fiMja 4e doane.

J'avais enlevé toute uaé jonchée d^ fteuia « et j^avate vu aa aflèt <|i|elqiia cbaaa de Aaif avac deux «gros yeux htencs, 4Mi groaiUaii au fond da paoier*

^«<- ^ Uni avate-je dit^ ^W-oa qm c'est ^ua cela ?

^^ N'ate paè paar, ça^ia mord pas.

— Mais, enfin, qu*est-ce que e'astt — C'est un aigr^.

— tiens, un nègre I

Et j*avais plongé mes deift tniitts éftiàs le panlei^, J^vais

sur ses jlimbes.

Là,flïtte regafdaH avec im fa6n »ou»ire étoile, outre is&B dem jeux, de tnmta-d^DZ ttama blanches cosmi*; la neige.

— D'où diable cela vient-U? ie^nanAfti-ije à Borvu).

— Des Antilles, mon cher ; \^u d^ zpêsamis» qui an arrive, me Ta rapporté. Depuis un aii, il çst à la maison, »

— Je ne r^aii jamais vu.

— Je crois bien , tu ne viens jamais, pourquoi donc ne te voit on plus l Viens donc déjeuner ou diiier.

— Oh 1 ma foi non, tu t'es enlourèe d'un tas de parasites qui te mangent toute vivante.

— Tu as bien raison ; seulement, cela ne diireraplus longtemps. A celte heure, mon pauvfa «mi, ils en aont aux Os.

r- Panvfe créature du htm DisH que tu fais, val

— De sorte que je me suis dit, en regardant Àtexis » ^ Va, mon garom, je vai^ te conduire à un endroit où tu ne seras peut-être pas payé plus régulièrementqnlcl, mais 0)1 tu mangeras tous les jours, au aiinns. •

— Mais que Teui^ta qoie je Ijpaie de oa gaîfiaidplAr

•^ Il esi trés-intoUigent, ja i'aastire, ai la prsuva, c'est que, ies jours t>ù te dloer est ooari, las joars ^ te rdti tnanqna, jaistecoiiuBaiiiadaflie4ica£P^n ie ccoite 4as bteloires. £fa biaii, je laa yataun» «ne^iij^teia da aw «M^ al je le vois pleurer ou rire, selon que l'histotea aaitei^^ii gaie. Alors j'aUonce l'histoi^a, ila croient oue c*estpour eux, pas du tout, c^e9i po^r Ale;ii3' Je me dis; « Pauvre enfant, ils te mangent ton dlnei*, n^ls Qs ne peuvent pas te manger top histoire. • ^'est-K^e pas. AlexisT Alexis ûi de la %Ae W) signe aArtnalit -

«-* Tu as hian te meUienr ocaor^ue ja •oenauaae. Ta;

-*«- Après loi, tHoftcmndaluM, Aio^î^ lufaaadf Mexis?

— Je prends Alexis.

Je ma retournai vers mon nouveau commensal..

— Ainsi, lui dîs-je, lu viens delà Havane ? . " "

— Oui, monsieur.

— Et quelle langue ptfrte-J^^m A la llkn»e, ihèn gai^faaf?

— On parle créole.

— Ah ! Et comment dit-on, en créole .: • Ba^jaUTi» HRon-

— On dit : Bonjour, moumwr*

— Et : « Bonjour, madame? »

— On dit : Bonjour , madame,

^ Alors cela va ^ont seul, xâroa garoon^ bMS ;^lcsons créole. Michel ! Michel ! ' - -

ilidial anU».

^Taoes» Itficbal, voUà au citoyen i^ faU pirUa da la maison ; je vous te recomniande.

Michel le regarda.

— Qui est-ce qui t'a blanchi, mon garçîm f îtii déttianda-t-il.

— Plait-il ? fit Alexis.

^ leis daduaida te nom da 4a btenahiasaasa^ aflii da lui réclamer la mon<i|âa da te pteoa« Sa yMà usa ^ X'm vate. Allons, viens, Soulouque.

Et Michel ^emmena Alexis | qui fut Atexls pout tout le monde, mais qui, potrr %icn$, demeura étetticmfment Soulouque.

Alexis, à partir de ce moment-là, fit éàbt fttMiè tte la maison.

J'ai bien envie, conles aBmiiMLbiladè,davaM Itfr^out daaaite l'htetoise d'Aleria.

Alexte resta à mon s^rvtea juaqu'd te jiévolatioii de février.

Le lendemain de la proctemaUoo da te tlépulflufue, il entra dans mon cabine! et Se piaut^ en iscë ae ttxon bu-* mu.

Ma page finie, te teletnaî te tète.

Alexis avait la Bgure épanouie.

— Eh bien, Alexis, lui demandîBdJjfe, ^^ ^fc^S^

Nous avions, dans nos dialogues, ^MMMié 4te parier créole.

^ Mmstear aait t^'il a*y a pkis 4a dwMtifaaai dit Alexis.

. — ^oa, je ne savais pfscete.

— Èh bien, inonsiëur, je vous l^apprètads.

— Ah ! mon Dieu, mon garçon ! mate ilnè MèAK ift

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