LE SUBSTITUT DU PROCUREUR DU ROI
Rue du Orand-Cours, en face de la fontaine des Méduses, dans une de ces vieilles maisons à l'architecture aristocratique bâties par Pûget, on célébrait le même jour, à la même heure, un repas de fiançailles.
Seulement, au lieu que les acteurs de cette autre scène fussent des gens du peuple, des matelots et des soldats, ils appartenaient à la tête de la société marseillaise. C'étaient d'anciens magistrats qui avaient donné la démission de leur charge sous l'usurpateur; de vieux officiers qui avaient déserté nos rangs pour passer dans ceux de 'armée de Condé; des jeunes gens élevés par leur famille,
encore mal rassurés sur leur existence, malgré les quatre ou cinq remplaçants qu'elle avait payés, dans la haine de cet homme dont cinq ans d'exil devaient faire un martyr et quinze ans de restauration un dieu.
On était à table, et la conversation roulait brûlante de toutes les passions de l'époque, passions d autant plus terribles, vivantes et acharnées dans le Midi, que depuis cinq cents ans, les haines religieuses viennent en aide aux haines politiques:
L'empereur, roi de Tlle d'Elbe, après avoir été souverain d^e partie du monde, régnait sur une popiûation de cinq à six mille âmes après ^voir entendu crier : « Vive Napoléon 1 » par cent vingt millions de sujets et en dix langues différentes, était traité là comme un homme perdu a tout jamais pour la France et pour le trône. Les magistrats relevaient les bévues politiques, les militaires parlaient de Moscou et de Leipsick; les femmes de son divorce avec Joséphine. Il semlnait à ce monde royaliste, tout joyeux et tout triomphant, non pas de la chute de l'homme, mais de l'anéantissement au principe, que la vie recommençait pour lui, et qu'il sortait d*un rêve pénible. * . .
' Un vieillard décoré de la croix de Saint^Louis se leva et proposa la santé de Louis XVIII à ses convives; c'était le marquis de Saint-Méran.
A ce toast, qui rappelait à la fois l'exilé de Hartwell et le roi pacificateur de la France, la rumeur fut grande, les verres se levèrent à la manière anglaise, les femmes détachèrent leurs bouquets et en jonchèrent la nappe. Ce fut un enthousiasme pifesque poétique.
— Ils en conviendraient s'ils étaient là, dit la marquise de Saint-Méran, femme à l'œil sec, aux lèvres minces, à U tournure aristocratique encore élégante malgré ses cinquante ans, tous ces rèvolutionuaires qui nous ont chassés et que nous laissons à notre tour bien tranquillement conspirer dans nos vieux châteaux qulis ont achetés pour un morceau.de pain, sous la Terreur! ils en conviendraient, que le véritable dévouement était de notre côté puisque nous nous attachions à la monarchie croulante, tandis qu'eux, au contraire, saluaient le soleil levant et Msaient leur fortune pendant que nous, nous perdions la nôtre; ils en conviendraient, que notre roi, à nous, était bien véritablement Louis le Bien-Aimé, tandis que leur usurpateur, à eux^ n'a jamais été que Napoléon le maudit, n'estce pas, Villefort ?
— Vous dites, madame la marquise ?. . . Pardonnez-moi, je n'étais pas à la conversation.
— Éh ! laissez ces enfants, marquise, reprit le vieillard qui avait porté le toast; ces enfants vont s'épouser, et tout naturellement ils ont à parler d'autre chose que de po« litique.
— Je vous demande pardon, ma mère, dit une jeune et belle personne aux blonds cheveux, à l'œil de velours nageant dans un fluide nacré ; je vous rends monsieur de Villefort, que j'avais accaparé pour un instant. Monsieur de Villefort, ma mère vous parle.
— Je me tiens prêt à répondre à madame, si elle veut bien renouveler sa question que j'ai mal entendue, dit M. de Villefort.
— On vous pardonne, Renée, dit la marquise avec un sourire de tendresse qu'on était étonné de.voir fleurir sur cette sèche figure ; mais le cœur de la femme est ainsi
maternel. — On vous pardonne... Maintenant, je disais, Villefort, que les bonapartistes n'avaient ni notre convie* tion, ni notre enthousiasme, ni notre dévouement.
— Oh ! madame, ils ont du moins quelque chose qui remplace tout cela : c'est le fanatisme. Napoléon est le Mahomet de l'Occident ; c'est pour tous ces hommes vul* gaires, mais aux ambitions suprêmes, non-seulement un législateur et un maître, mais encore c'est un type, le type de l'égalité.
— De l'égalité I s écria la marquise. Napoléon, le type de l'égalité I £t que ferez-vous donc de M. de Robespierre? Il me semble que vous lui volez sa place pour la donner
LB MOMnaiRKTO
an Cùi^û ; e'eftt tepénûMi biëlt aâëet d^niie iiBurpaUoii« ce me semble.
"^ Non, miHlanie, dit Yilleforl, je laigee chacun mr son piédestal: Robeapterre, place Loutft XV, sur aon échaénd ; Napoléoii, placé Vendôme, auf aa ccdanne ; aeulement Tun a fait de règalîtè qui abaîMe, ei Tautre
Direau de dtttrAne.
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dent ne soient pas dltifllmes rèvolutienMirea, ei que le 9 * fhetmidor et lé 4 avHl 1 81 4 ne soient pas deux jours heureux ^onr la Fmn^ie, et dignes d*étre Clément fêtés par les amis de Tordre et de la monarchie ; mais cela explique aussi comment tout tombé qu'il est pour ne ae t^demar Jamais^ je Tespère, Napoléon a conservé pea aèides. Que lroule2-Tous, marqoise? Gromwell, qui n'était que ta moitié de tout ce qu'a été Napoléon, avait bien lea siens 1
-=- Save2-vous que Ce que tous dites li, ViUefoi't, sent la révolution d'une lieue ? Mais je vous patdonne : on ne peut pas être, fils d'un Girondin et- ne {«a conserver un goût de terroir.
Une vive potigeur passa sur le front de Villefort.
-^ Mon père était Girondin, madame, dit^il, c'est vrai ; mais mon père ii*a paa voté là mort du roi ; mon père a été proscrit pai: cette même Terreur qui vous proscrivait, et peu s*en est fallu qu'il ne portât aa tête sur le même écbàfaud qui avait vu tomber la tête de votre père.
^ Oui, dit la marquise, sans que ce Bourenir sanglant ainenât la moindre altération sur ses traits ; seulement c'était pour des principes diamétralement opposés qu*ilay fussent montés tous deux» et la preuve c'est que toute ma famille est restée attachée aux princes exilés, tandis que votre père a eu hAte de se rallier au nouveau gouvernement^ et qii*aprésque le citoryen Noirtier avait'été Girondin, le comte Nôirtier est devenu sénateur.
— Ma mère, ma mère, dit Renée, vous saves qu'il était convenu qu'on ne parlerait plus de tous ce» mauvais soufenîrs.
-^ Madame, répondit Villefort, je me joindrai à mademoiselle de 8aint-Méran pour vous demander bien humblement Toubli du passé. A quoi bon récriminer sur des choses devant lesquelles la volonté de Dieu même est impuissante r Dieu peut changer l'avenir -, il ije peut pas même modifier le passé. Ge que nous pouvons, nous autres hommes, c'est, sinon le renier, du moins jeter un voile dessus. Eh bien ! moi, je me suie séparé non-seulement de l'opinion, mais encore du nom de mon père. Mon père a été ou est même peulrêtre encore bonapartiste, et s'appelle Noirtier; moi je suis royaliste et m'appelle de Villefort. laissez mourir dans le vieux tronc un reste de sève révolutionnaire, et ne voyez, madame, que le rejeton qui s'écarte de ce tronc sans pouvoir, et jie dirai presque sans vouloir s'en détacher tout à fait*
— Bmvo, Villefort, dit lô marquis, bravo, bien répondue Moi aussi j'ai toujours prêché à la marquise l'oubli du passé, sans jamais avoir pu l'obtenir d'jelle ; vous serez plus heureux, je Fespére.
— Oui, c'est bien, dit la marquise, oublions le passé, je ne demande pas mieux, et c'est convenu -; mais qu'au Hioins Villefort soit inflexible pour l'avenir. N'oubliez pas, Villefort, que nous avons répondu de vous à »Sa Majesté que Sa Majesté, elle aussi, a bien voulu oublierànotre recommandation (elle lui tendit la main), comme j'oublie à votre prière. Seulement, s'il vous tombe quelque conspi- Ititeur *^ntre les mains, songez qu'on a d'autant plus les yeux sur vous que l'on sait que vous êtes d'une famille qui peut-être est en l'apport avec ce^ conspirateurs.
— Helas I madame, dit de Viflefort, ma profession et surtout le temps dans lequel nous vivons m'ordonnent d'être sévère. Je léserai. J'ai déjà eu quelques accusations politiques à soutenir, et, sous ce rapport, j'ai fait mes preuves. Malheureusement^ nous ne sommes pas au
— Vous croyez? dit la marquise. "
--^ J'en ai peur. Napoléon à Tile d'Elbe, ^„
de la France ; sa présence, presque en vue de nos côtes, lentment l espérance de ses partisans. Marseille est plein
est l^ien prés
d'oflQciers à demi-solde, fui, tptis les jours, sous un pré- Mite &*iv^le, chei^nt querellé auï l^yâlidte^ ; Oe là dés duels parmi les genâ dé classes élevées, dé U des ÈissasmnéU4 dans le peuple.
— Oui, dit le comte de SaMeux, vieil ami de M. de Çaint-Méran, et chambellan dé M. le comte d' Artois ; oui, mais vous savez que la Saintè«Âltiance le déltae f
^ C'est vrai, il était questioti de cela lors dé notre èé" part de t^aris, dit M. de Saint-Méran. Et où i'ettvoie^t'on ?
<>- A Sainte-Hélène.
-- A Sainte*Hélène 1 Qii'est-ce que cdat demanda h marquise.
-- tlne lie située à deux hillle Ueiiea d'ici, au-delà A l^èquateur, répondit le comte.
•-* A la bonne heure 1 Comme lé dit VllléfoH, c'éat une grande folie que d^avoir laissé Un pareil homme entM la Corse, où il est né. entre Napled où fégtie etit^fë Mi beâtu frére, et en face de cetlâ Italie dont il voulait Mre un royaume à son fils.
— Malheureusement, dit Villefbrt, llous àvom lea tlmtés de 1814, et Ton ne peut toucher ft Nàpoléod sans mmquer à ces traités.
^ Eh bien ! on y manquera, dit M. de Salvieme. T M4 regarde de si prés, lui', lors^ult s'esit agi et Mfe fusiller le malheureux duc d'Ënghien ?
— Oui^ dit la maaruise, c'est convenu, la flaihté^Mliance débarrasse 1 Europe de Napoléon , et Villefort dèharraase Marseille de ses partisans. Le roi tèene od ne régne pas : s'il régne, son gouvernement doit être lbrt< et ses agents inflexibles ; o'est le seul moyen de prévoir le mal.
-^ Malheureusement, madame, dit en souriant ViHefott, un substitut du procureur du xoi arrive toujours quand le mal est fait.
— Alors, c*est à lui de le réparer.
*— ie pourrais vous dire encore, madame, que Houa ne réparons pas le mal, mais nous le vengeons, voilà tout.
— Oh I monsieur de Villefort, dit une jeune et îolie nersonne, fille du comte de Salvleux et amie de »*• de Sami- Méranj tâchez donc d'avoir un beau procès tandis que nous serons à Marseille. Je n'ai jamais vu une cour d'assises, et Ton dit que c'est fort curieut.
— Fort curieux, en effet, mademoiselle, dit le substitut; car au lieu d*une tragédie factice, 'c'est un drame véntfrble ; au lieu de douleurs jouées, ce sont des douleurs véritables. Cet homme qu*on voit 1&, au lieu, la toile baissée, de rentrer chez lui, de sot^^ei* en famille et de se coucher tranquillement pour recommencer le lendemain, rentre dans la prison, où il trouve le bourrèàii. Vous voyez bien que pour les personnes nerveuses qui clierchent les émotions, il n'y a pas de spectacle qui vaille eélui-là. Soyez tranquille, mademoiselle, si la circonstance se présente, je vous Iq proourerai.
— Il nous fait frissonner... et il rit ! dit Renée toute pâlissante.
— Que voulez-vous... c'est un duel... J'ai déjà requis cinq ou six fois la peine de mort contre des accuses politiques ou autres... en bien l qui sait combien de poignards a cette heure s'aiguisent dans l'ombre ou sont déjà dirigés contre moi.
— Oh 1 mon Dieu I dit Renée, s'assombrlssant de plus en plus, parlez- vous donc sérieusement, monsieur de Villefort ?
— On ne peut plus sérieusement, mademoiselle, reprit le jeune magistrat le sourire sur les lèvres. Et avec ces beaux procès que désire mademoiselle pour satisfaire sa curiosité, et que je désire, met, pour satisfaire mon am • bition, la situation ne fera que s^aggraver. Tous ces soldats de Napoléon, habitués à aller en aveuffles i l'ennemi, croyez-vous qu'ils réfléchissent en Brûlant une cartouche ou en marchant à la baïonnette? £h bienl réfléchi ront-ils davantage pour tuer un houune qu'ils croient leur ennemi personnel, que^ pour tuer un Russe, un Autnchien ou un Hongrois qu ils n'ont jamais vu ? D'ailleurs il faut cela, voyez-vous; sana cela, notre métier n'aurait point d'excuse. Moi-même, quand je vois luire dana l'oail de l'accusé l'éclair lumineux de là rage,
LE MONTK-GRISTO.
yr
JQ IIW ffMS ttWit racoufdgé, }6 nrtxahe ; C5ff rfest phnr im jiQG໫ fi^i ua Gomlul ; je laUe coaUre laU il ripû«jt0» je redouble, et le combat fiuH, cornais loa» Iej3 câiùD^ ûar UM. victoiFe ou une défaite. Vailà ce que c'est que w plaider I c^esl U daager qui fait réloqueuce. lia accusé ^ xoe sourirait aprés^ ma réplique me ferait crcûire que j ai parlé mal, que ce que j ai dit est pile, sans vigueur» îusuffiaant Souseï «ionc à la ^usalioa d'orgueil qu^éprquvé uii Drocureur au roi convaiiica de la culpabilité de raccuaé, lorsqu'il voit blêmir ei s'incliner son coupable sôUs le
Sidft des preuves et sous les foudres dé sou éloquence I Ite tâte se baisse ; ce n'est poini assez, elle tombera* Benée jeta un légier cri.
-^ Voilà qui est parler I dit ùa des convives.
— Voilà 1 homme qu'il faut âsms des tempâ comizie là nâir^g ! dît un second. ^
— Aussi, dit un troisième,^ dana votre dermâre afibire voua avas été superbe, mon cher Villefort. Vous le savez, cet homme qui aVait assassiné son père, eh bien l Ûttéralement, vous l'aviez tua avant que le houtreau f tôuobiU
7— Oh Ipour lesnarricides, dît fienée, otif peu mlji»povtef û n y a paa oe supplice assea grand pour de pareils nommes; mais p<nir les maliieureux accusée potiliquès». .
— Mais c'est encore pis^ Remej reprit le substitut^ car )e soi est le (ère de la uatiou, et vouloir renverser ou tuer le TfAy c'est vouloir tuer le père de trente-deux miltions d'hommes.
— Oh I c'est égal, monsieur de VHIefort, ditR^e, vous me prooiettez d'avoir de f indulgence pour ceux que Je voils recommandei^i.
— Soyez truuquiUet dit YiUefort avec son plus charmait sourire, nous ferons ensemble hos réquisitoires.
-^ Ma dière, dit la marqilise, mélez-votis de Vos coUbrift» de vos éf^gneuis et de vos chifiTons. et laiseez votfe futur époux faire son état. Aujourdliui les armes se reposent et la'robe est en crédit ; il y a là-dessus un mol lathi d'une jKrande profondeur.
— Cédant wma togœ^ dit en s'inclioant Villefort.
— ^ Je n'osais point parler latin, répondit la marquise.
— Je crois que j'aimerais mieux que tous fussiez médecin, reprit Benée \ Tange exlerminateut , tout ange qu'il est, m'a toujours fort épouvantée.
Bonne Renée l murmura Villefort en couvant la jeune £klle d un regard d'amour.
*— Ha ÛUe, dit le marquis, M. de Villefort sera le médecin moral et politique de cette province ; croyez*moi, c est un beau ràle à jouer.
— Et ce sera un moyen de faire oublier celui qu'a joué son père, reprit Tincorrigible marquise.
p<^ntir, et moi je né le suis qu'avec passion.
Et aptes cette phrase arrondie, Villefof t, pont Jnget a0 reflet de sa faconde, tegatda Icd convives, comme, aptèë unenhrase équivalente, il antalt, au patqiiet, tôgardë Fauditoire.
— Eh bien, mon cher Villefort, reprit le comte de ftil*
vieux, c'est justement ce qu'aux Tuileries je rèpôûdâié
avatit-hier au ministre de la mafeon du toi, qui mé de^
mandait un peu compte de cette sîngniiéte alliance entré
le fils d'un Girondin et la fille d*un ofRcier de l'armée de
Condé, et le riiinlstre a très-blëh comptis. Ce système
de fusion est celui de Louis XVIII. Aussi le roi, qui, sane
que nous nous en doutions, écoutait notre conversation,
nous a-t-il interrompus en disant : - Villefort (remarquée
que le roi n'a'pas prononcé le nom de Noirtier, et au con
traire a appuyé sur celui de Villefort), Villefort, à donc
dit le roi, fera un bon chemin ; c'est unjeune homme déjà
mûr, et qui est de mon monde. J'ai vu avec plaisir que le
marquis et la marquise de Saint-Méran le (itiSsetit pour
(gendre, et je leur eusse (Conseillé cette alliance s'ils n'è-
tatentvenuslee premiers me demander la perililêslon de
là contracter. >
^ «* LeroT a dit eehi, eomle?^ »'éma ViUefept ravi.
— Je voua rapporte sea propres, paroles^ et si le. marquis veut être frand,. il atrouérà que (fe qw le wttç tâpporte à cette héitfê ôiwjcoMip parfaftemettt mê: éêr qae lé roi a dit lui-mémè qtiaud fl hit a parte, Û y u, ^t «îobi; d'ua prqjet de maxiage entre sa ftUe et vous.
-^ Fésl trai, dît lé fflà/ôttt5.
— Qà I mâiâje lui demi ddnc tout t Ce âi$p$ prtliqBr r Aussi qua ne ferài-|e pas pottf le isétfvir f
— A là boîinë heûfô, dit la marmii^, iK>flà eoâhM J8 vous aime \ vienne un conspirateur dans ce moment, An sera le bienyéniL
— Et moi, ma mère, dit Itetiée, j<r ttié Dietr mrïl m vous écouté point, et (fflt fi*éfltoîé â M. de l^lMtm (fié ée petits voleurs > de f^iô? tesntquéroutféts et â» thnim escrocs ; moyénhâht cetà, tt dorhtital ttattMiHé;
— C'est comme si, dit éh rt&fif Villefort, vM^iiqtlktittez au médecin aes ttiigraffië»^ àèA ttaï^oléf et étaarpîOûLles de guêpes ; toutes cho9e9 ^ Ae comprdiftéftetft mê rôpiderme. a Vous VôUleï ffl€ Voît prdéUfetti^ étt rtH, au contraire, souhaitez-ilioi dé 668 terribles tnakdié^ dimf ht Qure fait honneur au médecin.
En ce moment, et cotnfflô ta lé hasard tfkfnti mendu que l'émission du souhait de VlltelbH ]^t M» ée ijotdûdt fût exaucé, un valet dé cllftâÛM^ énttst ei Im Ai ^rheloues inots à foreîlte. Vlllefbrt c(uttta aJûr» U labié eu é'exeur sant, et revint quelqties Itustâut^ dptéii, le irlsagé ottVett et les lèvres souriantes.
Renée té regarda âVëe àtûatït \ car, vti atitsi ttet m
Jeux bleus, son teint mat et âé^ fàrotift hoitfr qm encaraienf sôù visage, Cétdit tréritablemeirt tm eHsgkat et beau jeune hottithe ; attôôt I^éftprK tont entlet'de kl jeîiËe fille sembla-t-il ^spendu i fies. lèvres, en aitéttAmCmi*}! expliquât la cause de sa disparftlott montentAnétf.
— Éh bleu, dit Villétert, Vdiia amWtitjfnùif*» tortt à l'heure, madeJiolselle, d'sivolr pour màti nh médéchi. J'ai au moins avec les disdpîes a^BsouIape (on pàriilit en« core ainsi en 1815) cette reddemblanée, oue jamais rheure présente n'est à moi, et qu'on vient me aértoger, même i cétè de vôud» même ÀU restas 6e mes flançadilea.
— Et pour quelle cause totis dérange^t-on, monsieur t demanda la belle jeune fille avec une légère inquiétude.
— Hélas 1 pour un tuaUidli qui açrait, s'il faut en croire ce que Ton nra dit, à toute extrémité ; cette fois, c'est un cas grave, et la malidîe frise l'é^bafaud. •
— Oh l mon Dieu ! s'écria Renée en pâlirfsant. ^ En vérité f dn totlt d'une t<Àt rassemblée. -^ Il patatt qu'on vient knil simptemeiit da âèeouvm
un petit cômplm bonâbatiMd.
-^ Est-il poseibleT dit la marqnise*
— Voici k lettre de dénôtmiiMétt :
BtVîllcfottltit:
V Monsie^tt le procureur du iroi eat pj^eim, par un ami du trOne et de la religion^ fiie le fiimiiè Unmd Dantés, second du navire le PAéintOfif arrh^é 6a matin deSmyme, après avoir loui^hèèNaplàaetiParUHFerrato, a été ôhargé par Hiurat â'4d« latlra ponr l'asnimleur, et plr rusur^alëtir d'eue Wttra pour le eoihiié 00napartisfe de Paris.
• 6n aura la preuve de eeti erifloe on l'anltaiiti oar on trouvera cette lettre ou ^ot M^ àa chea son pére^ ou
- it&as sa cabine à boM âii PkûrMfU i
^ Mais, dît Renée, cette lettfei qui là'eat qu'une lettre ànouyme d^ailleUrs, est adressée â M. le ptooureur da tei, et non à vous.
j^ Oui, mats le procureur du roi est absout ; en son absence répltre est parvenue à mtï secrétaire^ qui avwt mission d'ouvrir les lettres ; il a dmic ouvert caUe-ci^ n'a lait chercher , et, ue me trouvant pas^ a donné dee onbes pour l'arrestation .
— Ainsi le coupable est arrêté ? dit la marquiae.
— C'est-à-dire l'accusé, reprit Resièe.
— Oui, madame, dit Villefort, et eomme j'avais l'honneur dé le dire totit à Phehre ft MA* Reaée, ai Toq trouve la lettre en questioh, le malade esi btea ÊnalaAe.
^ Et où|est ce malheureux ? dedMUida Rende. ^ li est cbea hUri.
mimm
— Allez, mon ami, dit le marquis, ne manquez pas à vos devoirs pour demeurer avec nous, quand le service du roi vous attend ailleurs: allez donc où le service du roi TOUS attend.
— Oh ! monsieur de Villefort, dit Renée on joignant les mains, soyez indul^^ent, c'est le jour de vos fiançailles !
Villefort fit le touF de la table, et, s'approchant de^ la chaise de la jeune fille, sur le dossier de laquelle il s*ap-
puya;
— Pour vous épargner une inquiétude, dit-il, je ferai
tout ce que ie pourrai, chère Renée ; mais, si les indices sont sûrs, si Vaccusation est vraie, il faudra bien couper cette mauvaise herbe bonapartiste. '
Renée frissonna de ce mot couper, car cette herbe qu'il s'agissait de couper avait une tête.
^ Bah I bah 1 dit la marquise, n'écoutez pas cette petite fille, Villefort, elle s'y fera. •.
Et la marquise tendit à Villefort une main sèche, qu'il baisa, tout en regardant. Renée et en lui disant des
yeux:
— C'est votre main que je baise, ou du moins que je voudrais baiser en ce moment.
— Tristes auspices ! murmura Renée.
— £n vérité, mademoiselle, dit la marquise, vous êtes d'un enfantillage désespérant : je vous demande uu peu ce que .e destin de l'Etat peut^voir à faire avec vos fantaisies de sentiment et vos sensibleries de cœur.
— Ma mère 1 murmura Renée.
— Grâce pour la mauvaise royaliste, madame la 'marquise, ditVulefort, je vous promets de faire mon métier de substitut du procureur du roi en couccience, c'est-àdire d'être horiiblement sévère.
Mais, en même temps que le magistrat adressait ces paroles à la marquise, le fiancé jetait à la dérobée un regard à sa fiancée, et ce regard disait ;
— Soyez tranquille, Renée , en faveur/ie votre amour, je serai indulgent.
Renée repondit à ce regard par son plus doux sourire, et Villefort sortit avec le paradis dans le cœur.