‹ Le Monte-CristoChapitre 50 sur 135 · DU PORT ET ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

DU PORT ET ROBESPIERRE

Sans doute pressentaient-ils le cruel abus qu^eux-mémea devaient faire de cette peine.

Les deux orateurs motivèrent ainsi leur opinion.

1» La société n'a pas le droit de mettre à mort un de ses membres, quoique coupable et dangereux.

2° La peine de mort n'est pas la plus dure de toutes le» peines.

Mais Robespierre et Duport eurent beau faire, — le parti Guillotin l'emporta.

La peine de mort fut adoptée.

C'était la seconde fois que le nom du célèbre docteur revenait avec bruit 4 la surface agitée de l'assemblée.

La première fois, ce fut lorsque, chassé par M. de Brèze de la salle d es séances, il proposa le jeu de paume comme le local que devait adopter l'assemblée.

On y prononça le serment qui devait tuer la royauté.

Xa seconde fois, il proposait la guillotine.

C'était l'instmment qui devait tuer le roi.

Et remarquez bien que M. Guillotin, savant distingué, au reste, était médecin par quartier de la cour.

Il y a des hommes prédestinés.

Mais vous comprenez bien que rAssemblée nationale n'avait pas adopté à l'aveuglée l'instrument de M. Guillotin.

Elle, qui avait rédigé cet article, auquel sa niaiserie apparente n'ôte pas, après les supplices de Ravaillac et de Damiens, son côté sublime !

La peine de mort consistera dans la simple privation de la vie.

En effet, avant cet article, la peine de mort n'était pas la simple privation de la vie ; c'était, avec un art infernal, la prolongation de Tagonie.

C*était sur l'échafaûd la suite de la torture.

C'était la roue, Pécartellement, le plomb fondu dans les membres, le bûcher, l'huile bouillante, où l'on trempait le condamné, comme une mère attentive trempe pour sou enfant une croûte de pain dans le pot-au-feu.

Elle devait donc être séduite, surtout par l'invention d'un instrument qui ôterait la vie sans douleur.

On décida qu'il serait fait un essai de l'instrument.

Chers lecteurs, suivez-nous, et nous allons vous faire assister à cet essai.

Vous comprenez que, si partisan qu'il fût de son inven- • tion, si confiant qu'il fût dans la douceur de son supplice, le philantrhope docteur ne pouvait essayer sa machine sur lui-même.

Il fallait donc des sujets.

Y êtes-vous, chers lecteurs ? Oui ; moi aussi, venez. *

Vous me demandez où nous sommes? C'est votre ^Ut>it.

Nous sommes dans une des cours de Bicêtre.

Ce que nous allons raconter se passait le 17 avril

Il était six heures du matin.

Une petite pluie tombait fine comme un crêpe, tandis que cinq ou six ouvriers charpentiers, sous la direction

coups

d'un maître, s'occupaient à dresser dans cette cour une machine d'une forme inconnue et étrange.

C'était une plate forme en bois, surmontée de deux panneaux de dix i douze pieds de hauteup.

Ces deux poteaux, à une dizaine de pouces Vun de Vautre, étaient ornés d'une rainure dans laquelle glissait, au moyen d'un ressort qui, ea s'ouvrant, lui donnait taule facilité de se précipiter avec la force de son propre poid§ multipliée par un poids étranger, une espèce de couperet en forme de croissant.

Une petite ouverture était pratiquée entre ces deux poteaux ; les deux battants de cette ouverture, à travers laquelle un homme pouvait passer sa tête, se rejoignaient de façon à li^i prendre^ le cou compie dans un collier.

Une bascule, en rapport avec cette lucarne,^ était étalée de façon à §e redresser tout à coup et à se présenter horizontalement à la hauteur de cette lucarne.

En jetant les yeux sur les ouvertures grillée?, pratiquées dans les quatre n^ur^ailles qui fermaient cetlè cour, on pouvait voir quelques têtes pâles et inquiètes, véritables têtes de spectres aux yeux fiévreux, dont les regards plongeaient SU" la mî^chiiie qui alljiit s'élevant toujours.

Celaient les têtes des prisonniers réveillés par les de martça.u ; on a le sonimejl léger en prison.

Ces prisonniers regardaient quel événement inattendu allait se passer dans la cour,

Quelques personne^ entraient les unes après le$ autres, et maigre la pluie qui continuait de tomber, elles examinaient cette machine avec curiosité.

Ce furent d'abord le docteur Philippe Pinel, puis le célèbre Cabanis, dans les bras duquel Mirabeau venait de de mourir, il y avait quinze jours a peine.

Ces personnes demandaient des explications au maître cbarpQiHier qui se nommait Quidou.

Vous voyez, messieurs les critiques , que nous sommes au courant.

£m pressons-nous de iivù que ma^itr^ Guidon donnait ces explications avec la plus grande eoraplaisance.

Mallre Guidoq détaillait donc de son mieux les vertus de la machine pour laquelle il paraissait avoir une prédilection toute particulière, et qu'il appelait en riant la defn^fiselle^ attendu, ajoutait-il, qu'elle était vierge.

Dans un coin de ia cour se tenait un autre groupe de quatre personne^,

Ces quatre pef*sonne3, vôtue$ (^t siniplemeut, portaient des cheveux non poudi^s.

Le chei de cei quatre Honiimes pouvait c^voir de cinquantecinq à cinquante-huit ana^ il était de taille haute, avait le sourire bienveillant, la physionomie ouverte.

Cet homme s'appelait Charles-Louis Sanson, Il était né le 15 février 1738, et exerçait depuis vingt ans, sous la direction de son père^ les fonctions de bourreau de Paris.

Les trois autres hommes étaient :

D'abord son fils aîné— Cl^avles-Henri^ jeti^e homme de vingt-trois ans, destiné c^lui succéder.

Les deux autres étaient de simples aides.

La présence de Monsieur de Paris , comme on appelait alois l'exécuteur des hautes œuvres du département de la Seine, donnait une terriblq éloquence à la machiuQ en question, qui dés lors parlait toute seule. . ' Vera sept heures et demie, deux hommes apparurent 4 la grille, qui s'quvrit devant eux. •

L'un^ âgé de soixante-dix ans, pdlr^, çoufTrant delà maladie dont bientôt il devait mourir, était le docteur Louis« médecin par quartier du roi.

L'autre ^lait l'inventeur delà fameuse machiûe, le citeyen Jeseph-Ignacc GivUotin en personne.

Tous deux s'approchèrent, le docteur Louis lentement, Giiillotin avec cette vivacité qui faisait le côté rejaapquable de sa personne.

Ce dernier parut enchanté de la manière dont maître Guidon avait matérialisé sa pensée, aussi lui demanda-t-il combien Tinstrument pouvait coûter.

— Foi d'homme, dit Guidon, dont c'était le sermPiit habituel, je ne puis livrer la chose à moins de e4nq mille cinq cents francs.

— Oh ! oh I fit Guillotin hq peu étourdi du chiffpe , cela me paraît bien cher.

— Oh ! répondit Guidon, c'est que ce n'est point de l'ouvrage comme les autres ouvrages celui-là.

— Quelle différence y a-t-il donc entre cet ouvrage et un autre ?

rr- Il y a que les ouvrier» répugoent à exéatttep Q§i f^v* tes de travaux, foi d'homme I

rr- Ah bah, dit an s'approcbant du doçtmif LQI|i«. uq des assistants, il y a un ouvrier qui avg|t YU }$ ined^je du citoyen Guillotin et qui m'a offert, il y a buitJQui^i de de me confectionner la même maabinft pour aU oeato francs.

La guillotine était au rabais : un homme avait irauTâ une guillotine à quatie mille neuf cepts* francs de moins que maitra Guidon^-^ee n'était pas la peine de s'en priver.

Cet honime, c'était le citoyen Giraut, architecte de la ville de Paris.

Une discussion très-vive s'éleva, on comprend bien, entre maitre Guidon et le citoyen Giraut.

Pondant cette discussion on fi*appa à la grille, et une petite voiture tirée à bras fut introduite dans la cour.

— Ah voilà ce que nous attendons, s'écria le decteur Guillotin tout joyeux.

Celte voiture contenait trois sacs, et chaque sac un cadavre, envoyé par la direction ies hospices.

Le docteur Guillotin eût bien quelque regret que ces cadavres fussent morts, mais on n'avait pas pu trouver mieux.

Les deux valets s'emparèrent d*un des deux cadavres et le couchèrent sur la bascule.

On fit jouer le ressort, le ressort se détendit, le couperet se précipita avec la rapidité de la foudre et la tète du ca» davre séparée du corps roula sur le pavé de la cour.

L'expérimentateur poussa un cri de satisfaction.

Quant à la gaillotine, elle pouvait être appelée madame.

Elle venait de perdre sa virginité.

Un second essai fut tenté avec un succès égal.

Mais au troisième, le couperet glissa mal et tomba à faux — la tête ne fut tranchée qu'aux trois quarts — et il fallut achever de la détacher avec un couteau.

Ce petit accident ne nuisit heureusement ni à l'inventeur, ni à sa machine. Cabanis fit son rapport — louant l'instrument, la rapidité avec laquelle il pracédait, et a£Srmant qu'en effet la mort devait être si insantanée, que le condamné trépasserait sans la moindre souffrance.

Cabanis était Vhomme à la mode — Mirabeau venait de plus l'illustrer par sa mort, que dix autres ne l'eussent illustré par leur résurrection : la machine fut adoptQC par l'assemblée.

Cependant on sentait qu'il y avait une amélioratiofi à introduire dans l'instrument.

Le fer taillé en croissant n'avait fait, on l'a vu, au troi^ sième essai, que les trois-quarts de la besogne.

Qui devait trouver cette amélioration?

Ecoutez et frémissez !

Le roi Louis XVI, excellçnt serrurier et mécanicien passable, conune on sait, avait entendu parler do rexpérience

qui avait été faite dans la cour de Bicêtre.

' Seulement, on n'avait pu lui cacher le pelil dèaagrènaeni qu'avait éprouvé le docteur Guillotin.

* La première fois qu-il eut occasion de se iFOUvei^ avec le docteur Louis, il se lit expliquer par lui le mécanisme de la machine ; il en admira la simplicité, mais il critiqua la forme du couperet.

—Le défaut est là, dit-il \ au lieu d'Atre façonna m, oroiftr sant, le couperet doit être de towae trianguiaira, at oauper

en biais.

Et Lonla XVI, p;i*enaqt upô plume, deçsina & sou toup Vinstrument comme il le comprenait.

Moins d un an apFés, \% tâtç da malUeureui^ m totaliait epus llpeirumeiii que lui-xnéma avait deeup^ l

CçUe jaaélioration introduite par Jç docteur Louis, fut cause que pendant quelque temps, on appela la guillotine Iq peiiU Isouiseile.

Cep Widîint, celte assertion du docteur Suillolin, que le condamné né sentirait qu'nne légère fçaîcheur sur le CQu, -rr? et pette affirmation dç Cabanis, qiie la mort serait, instantanée, trouvèrent des contradicteur.

Deux hommes ramassèrent le gant et soulevèrent la

question 1

Ces deux hommes étaient le docteur Sue,— père du célèbre écrivain fugène ^ue, — et Teicpérimentateur Ledru, oncle du célèbre tribun Ledru-RolUn.

Deux événements leur servirent de point de départ :

Un assassinat à Montrouge ^

Le supplice de Charlotte de Corday sur la place de la

Révoli}tion.

Yaift çg qy^ »'p^aU fi^^ ^. Montrougô, racontait- on.

Un ouvrieç ^ v»f caméref avait pris la résolution de tuer sa femme.

Un matin il lui dit :— jq n'irai pa^ travailler aujourd'hui, j^ai? jouer aux bpules avçc des camarades — que le dînef eoit prêt ^ \iiXH heure.

^ La femme voulut faire des pî)senaUon3, ipaîs le mari

)ui io^poaa silencp.

Elle sortit pour a^ler chercher le pot au feu.

Lui, pendant ce temps, prit une longue épée à deux mains, qu'il avait yepassèe sur un grès^ et qui coupait commQ un rasoir.

Puis \l deçcepdit à la cave çt se cacha derrière des tonneaux.

Il s'était fait cette réflexion, qu'elle descendrait à la cave pour tirer du vin — pendant qu'elle çierait à genoux et inclinée sur le robinet, il lui abattrait l^ tête.

Il attendit pemiant trois heures

La femme descendit ; elle tenait la chandelle d'une main, un litre de l'autre..

On eût dit qu'elle pressentait ce qui allait se passer, elle avait peur et regardait d^ tçus côtés.

Elle ne vit rien.

Elle s'agenouilla, approcha la bouteille, tourna le robinet.

L'honame se levs^. Le bruit ^ue faisait le vin en tombant dans la bouteille empêchait qu'on entendu celui de sçs

Il lev% Vépée — un éclair passa dans l'obscurité, la tête

tomba.

Son plan était fait d'avance.

Il avait un sac de plâtre tout prêt pour cacher le ^ng-, il empoigna la tête pour la poser sur son sac de plitre.

Tout à coup il jeta un cri.

lia iôte lui avait pria le pouce avec s^s dents, et dans les

convulsions de l'agonie, le mordait jusqu'à l'os.

L'homme devint preque fou de douleur et d'effroi ; il posa la tête Riir le sac à plâtre ; le plâtre en se collant à la plaie vive avrôta le sang ; les yeu^ se rouvrirept, les dents* se desserrèrent, et il sembla que, camme un dernier souffle, comme un soupir suprême, la tête lui jetait ce mot:

— Malheureux !

L'-hëmme bondit hors de la eave, eourut ôhei le commissaire de police, se dénonça lui«même, racuntapt l'evéne-? ment dans tous ses détails.

Voilà le premier fait.

Le second avait rapport, comme nous rtvons dit, à Charlotte de Gofday, et de celuiTlà en ne pouvait pas nier rauthenticité.

On sait quel enthousiasme avait eenduil Chariotte de Corday à Paris, quel ciimo elle y acconiplit, et comment elle fut condamnée à mopt en expiation de oe eiime.

Charlotte de Oorday fut conduite à leobafaud.

C'était par jme ohaude journée de juillet, une journée d'orage.

Au moment où elle parut sur la plase de }a Bèvolutien, la ft>ule poussa un cri-

Le spectacle, en efl^t, était splendide.

Figurez- vous une jeune fille de vingt-sept an{», avec des yeux magnifiques, un nez d'un dessin pariait, des lé/res d*une régularité suprême, se tenant debout dans la chap^ rette, la tête levée, moins pour paraître dominer la foule, peut-être, que parce que ses mains liées derrière le dos la forçaient de tenir la tête ainsi.

La pluie avait cessé, mais comme pendant tout le ehemin elle avait supporté .la pluie, l'eau qui avait eoulé sur ell§ collait ses vêlements à son eorps, dont ils dessinaient le| contours charmants.

On eût dit une Diane sortant du bain.

La chemise rouge dont Tavait revêtu le bourreau don» naît un aspect étrange, une splendeur sinistre à cette tête si fière et si énergique .

En apercevant Téchafaud, elle pâlit, et cette pâleur fut sensible, surtout à cause de la chemise rouge qui montait jusqu'^ ses épaules; mais presque aussitôt elle û\ un effort, se tourna vers Téchafaud et le regarda eu souriant.

La charrette s'arrêta. Charlotte de Corday aaula à tepre, sans permettre qu on l'aidât à descendre, puis elle monta les Qiarches de Téchafaud, rendues glissantes pav la pluie qui venait de tomber.

Pour le reste, laissons parier le biographe. Si je terpii* naii^ le récit, peut-être croirait-on que j'y ajoute quelque chose.

« Le calme de ses traits ne se démentit qu'au moment où l'exécuteur, — cet infâme" avait nom Legros, — lui arracha le fichu qui couvrait son sein : la pudeur outragée se trahit chez la jeune fille par un mouvement do colère bientôt réprimé; quand la tête de 01i.irlotte Corday fut tombée sous le fatal couteau, Texécuteur la montrant au peuple, osa lui appliquer deux soufflets. Les joues se couvrirent d'une rougeur qui frappa tous les regarda (1).

C*est cette rougeur après la section de la tête, quand tète et tronc, selon le docteur Quillotin et le docteur Cabanis, devaient être morts, c'est cette rougeur qui ioi^m matière à la discussion.

Ajoutez-ceci :

M. Ledru avait assisté à l'exèeutioa, il avait vu cette rougeur, et il avait poussé, comme la plupart de^ specta-

(1) DiiG(jlonnçir$ Je la CQnv$r$aUon, Charlotte Corda;.— Charte} du Rukoir.

teurs, un cri d'indignation à cet acte brutal de Texécuteur.

C'était un philosophe que M. Ledru. Il voulut savoir, de Texécuteur lui-même, ce qui avait pu le pousser à ime pareille action.

Il alla le voir en prison.

Le misérable avait été condamné à trois mois de prison pour outrage envers un condamné.

Nous avoijs vu que, sur ce point, le texte de la loi était précis.

L'article 11 disait :

La peine de mort consistera dans la simple privation- de la vie, sans qu'il puisse jamais être exercé aucune torture envers les condamnés.

Oi* c'était une torture que ces deux soufflets, torture posthume, c'est vrai, mais torture I

M. Ledru descendit dans le cachot de Thomme.

11 demanda à Legros ce qui avait pu le porter à l'action infâme.

— Tiens, répondit celui-ci, la belle question ; je suis maratiste, moi ; je venais de la punir pour le compte de la loi, j'ai voulu la punir pour mon compte.

Mais, répliqua M. Ledru, vous n'avez donc pas compris, malheureux, qu'il y a un crime dans cette violation du respect dû à la mort !

— Bon, dit Legros, vous croyez donc qu'ils sont morts parce qu'on les a guillotinés, ces chiens d^aristocrates.

— &ins doute !

— On voit bien que vous ne regardez pas dans le panier quand ils y sont tous ensemble, que vous ne leur voyez pas tordre les yeux et grincer des dents, cinq minutes encore après l'exécution. Abt/^ sommes forcés de changer de panier tous les mois^ tant ils en saccagent le fond avec leur s dent s. ^C est un tas de têtes d'aristocrates, voyez-vous, qui ne veulent pas se décider à mourir, et je ne serais pas étonné qu'un beau jour quelqu'une d'entr elles se mit à crier vive le Roi.

Dès lors, pour M. Ledru comme pour M. le docteur Sue,^ il n'y eut plus de doute, il y avait persistance delà vie audelà du suppUce.

Pendant combien de temps.

La question n'était pas là : du moment où la mort n'était pas instantanée, la douleur ne durât-elle que cinq secondes, n'était plus dans la loi.

La loi avait dit, toujours article II ;

La peine de mort consistera dans la simple privation de la vie, sans qu'il puisse être exercé aucune torture envers le condamné.

Ces cinq secondes de douleur étaient une torture, et une torture insupportable. *

La douleur ne se mesure pas à sa durée, on le sait — mais à son intensité.

Cabanis et Quilbtin nièrent que cette douleur existât.

M. Ledru et le docteur Sue allèrent chercher leurs preuves dans les animaux d'abord.

Chez l'homme ensuite.

Enlevez la tête à une mouche, elle s'envole, se pose au premier endroit venu, se frotte les deux pattes de devant et de ces deux pattes cherche sa tête.

Enlevez la tête d'un hanneton, et posez le hanneton sur une table ronde, le hanneton se mettra en route et marchera jusqu'à ce qu'arrivé aux limites de la table, il sente le vide avec sa patte, alors il reviendra sur ses pas, craignant de tomber.

Enlevez la tête d'un cerf-volant, mettez-là dans une tolte, vingt-quatre heures après exposez votre doigt à la

pression des cornes de cette tête, et elles vous serreront les doigts jusqu'au sang.

Oui, mais ces animaux n'ont point de colonne vertébrale.

Passons aux animaux à colonne vertébrale.

Tranchez la tête d'une vipère à deux pas de son trou, la vipère tournera instinctivement sur elle même et cherchera son trou pour y rentrer.

Tranchez la tête d'un canard à vingt pas de sa mare. Il s'envolera du côté de sa mare, et, s'il y tombe, se mettra à nager sans tête.

Tranchez la tête d'un veau, et posez-là sur un vase rempli de plâtre. Les yeux resteront ouverts, et chaque fois que vous menacerez les yeux de vos deux doigts, le veau clignera les paupières.

Passons à l'homme.

Haller dans ses Eléments de Phijsique^ tome IV, page 35, dit:

« Une tête coupée rouvrit les yeux et me regarda, parce que, du bout du doigt, j'avais touché sa moelle épinière.»

Weyeard, Arls philosophique^ page, 221, dît :

« J'ai vu se mouvoir les lèvres d'un honmie dont la tête était abattue. »

En&n, Sommering dit :

« Plusieurs docteurs, mes confrères, m'ont assuré avoir vu une tête séparée du corps grincer les dents de douleur. Et moi, je suis convaincu que si l'air circulait encore par les organes de la voix, les têtes parleraient. »

Laissons ceci, et passons à un autre ordre d'idées.

Plusieurs historiens avaient raconté qu'au moment de monter à l'échafaud, Louis XVI s'était débattu entre les mains des aides.

Cela me semblait tellement en opposition avec la couleur générale de sa mort, avec la résignation de son testament, que ne m'en rapportant point à la lettre écrite le surlendemain de l'exécution, par le père Sanson, à l'Assemblée nationale, je résolus vers 1832 ou 1833, de me présenter chez l'exécuteur sous un prétexte quelconque, et de le questionner moi-même.

Le prétexte fut bientôt trouvé. — Les exécuteurs ont toujours certains remèdes contre certaines maladies, sans compter le remède souverain qu'ils ont contre la vie. ^ Aussi, en Allemagne, appelle-t^on les bourreaux généralement docteurs.

Il est vrai qu'en France, on appelle assez généralement aussi les médecins, bourreaux.

Sanson vendait de la pommade pour les rhumatismes. Cette pommade, selon la légende populaire, se fait avec de la graisse de morts.

Je me présentai chez M. Sanson à huit heiu*es du soir. 11 demeurait rue des Marais, n*» 71 .

Je demandai à parler à M. Sanson ; — on me conduisit à lui.

Je savais que lui n'avait jamais exécuté ; seulement il était présent , se tenait au pied de l'échafaud , tandis qu'un de ses quatre aides faisait la besogne.

Depuis 1 820, son fils Clément-Henri exécutait. La première exécution qu'il avait faite, c'était à Beauvais, chez son beau-frèrcr Charles-Constant Desmorets , mort aujourd'hui depuis plusieurs années , et qui avait dans sa vie ce terrible souvenir d'avoir exécuté Georges Cadoudal et ses onze complices.

J'appris de lui-même un détail assez ignoré , c'est que leurs cadavres ont été enterrés au cimetière Sainte-Cathe-

riue, BÎXué rue des Fossés-Saint-Michel, et qiii fut fermé en 1815, à la rentrée des Bourbons.

J'avoue que j'étais assez embarrassé d'entamer la négociation.

Le père Sanson, homme de soixante-trois ans à peu prés, à figure douce, mélancolique et vénérable, me recevait debout et le sourire sur les lèvres.

Ce sourire voulait dire : — Vous êtes un curieux, je le vois bien , que puis-je faire pour satisfaire votre curiosité?

Je pris mon prétexte :

— Monsieur, lui dis-je, un de mes parents est atteint de i-liumatismes, et j'ai recours à vous. On lui a recommandé votre pommade comme étant souveraine ; je viens vous en demander un pot.

Sanson ouvrit une armoire, — en tira un pot et me le donna.

— Ck)mbien ? demandai-je.

— C'est selon : votre parent est-il pauvre ou riche ?

— Pourquoi cela ?

— S'il est pauvre, ce n'est rien ; s'il est riche, c'est ce que vous voudrez.

Je lui donnai dix francs.

— Est-ce tout ce que vous désirez ? me demanda-t-il. A mon tour, je le regardai en souriant.

— Non, lui dis-je, je désirerais encore autre chose; mais, cette autre chose, je n'ose pas voiis la demander.

— Parlez.

— Franchement, vous me le permettez , n'est-ce pas? Puis, je ne suis pas tout le monde .

— Je ne vous demande pas qui vous êtes, mais si v(»us voulez me dire votre nom...

— Je suis Fauteur àUfenri III^ de Christine et d'Atitony.

— Ah ! monsieur Dumas. Quel dommage que mon fils ne soit pas là ; c'est un rude claqueur, allez ! il se ferait plutôt écharper que de manquer une de vos premières. — Au reste, il' est peut-être rentré; attendez.

Il ouvrit la porte et cria :

— Henri ! Henri !

Une voix répondit :

— n n'est pas rentré.

— Ah I par exemple, ce sera un désespoir. — Enfin. — Eh bien , vous disiez que vous désiriez quelque chose, monsieur Dumas?

— Vous savez combien les auteurs dramatiques ont besoin de renseignements précis, monsieur Sanson. W se peut qu'il arrive un moment où j'aie à mettre Louis XVI en scène. — Qu'y a-t-il de vrai dans la lutte qui s'engagea entre lui et les aides de votre père, au pied de l'échafaud?

— Oh ! je puis vous le dire, monsieur, j'y étais.

— Je le sais, et c'est pour cela que je m'adresse à vous.

— Eh bien, voici : le roi, vous le savez , avait été conduit à l'échafaud dans son propre carrosse et avait les mains libres. Au pied de l'échafaud , on pensa qu'il fallait lui lier les mains ; moins parce qu'on craignait qu'il ne se défendit que parce que, dans un mouvement involontaire il pouvait entraver son supplice ou le rendre plus douloureux. Un des aides attendait donc avec une corde, tandis qu'un autre lui disait :

— Il est nécessaire de vous Uer les mains.

A cette proposition inattendue, à la vue inopinée de cette corde, Louis XVI eut un mouvement de répulsion involontaire. •

— Jamais! s'écria-tril, jamais !

Et il repoussa Thomme qui tenait la corde. Les trois autres aides, croyant à une lutte, s'élancèrent vivement.

De là, le moment dé confusion interprété à leur manière par les historiens.

Alors, mon père s'approcha, et , du ton le plus respectueux :

— Avec un mouchoir, sire, dit-il.

A ce mot • sire , » qu'il n'avait pas entendu depuis si longtemps, Louis XVI tressaillit; et comme au même moment son confesseur lui adressait quelques mots du carrosse :

— Eh bien, soit, — encore cela, mon Dieu ! dit-il. Et il tendit les mains.

— Est-ce que l'échafaud est toujours le même ? demandai-je à Sanson.

— Non, me dit-il, il a été renouvelé; mais la guillotine, TaDcienne, celle qui a servi à Louis XVI, à Marie-Antoinette, à Madame Elisabeth et à la princesse de Lamballe est dans notre musée. •

— Vous avez donc un musée, demandai-je?

— Oui. — Voulezrvous le voir?

— Je crois bien !

— Venez, alors.

Il prit une bougie et marcha devant moi.

Autant que je puis me le rappeler, après vingt-cinq ans, nous montâmes quelques marches et entrâmes , à droite, dans une espèce de galerie.

Là, en effet, était le musée terrible.

Au premier rang , appuyés contre la muraille, les deux portans rouges, et, entre eux, le couperet rouillé.

Au pied des portans, là bascule démontée et les deux paniers : celui destiné à recevoir la tête, celui destiné à recevoir le corps.

Après cette sombre relique venait , comme importance, l'épée qui avait décapité Lally Tollendal.

M. Sanson , voyant ma curiosité, la prit et me la mit entre les mains.

C'était une longue rapière dont la lame avait près de quatre pieds de long ; sa fonne était espagnole ; — sans doute la lame faisait partie de ces fers précieux que Ton trempait dans le Tage ; — la garde, toute en fer, comme la poignée, était composée de quatre tiges de fer recourbées de manière à couvrir la main, tandis que la sousgarde, faite en manière d'écumoire, était perforée de pe* tites étoiles dans la concavité desquelles s'engageait Tépee de l'adversaire.

Puis il y avait tout un arsenal de haches, de doloires, de tiluiches-tétes de toutes façons.

Je vis un pe\^ tout cela, comme dans un songe, à la loenr d'une bougie dont la flamme tremblante faisait trembler les objets qu'elle éclairait.

M. Sanson avait mis une complaisance parfaite à me montrer tous ces objets, de sorte que je n'hésitai point à hasarder la plus indiscrète de mes questions.

Après l'avoir fait précéder de toutes sortes d'excuses.

— Monsieur, lui demandai-je, est-il vrai que vous pouvez avoir une voiture, mais seulement à la condition que votre nom sera sur cette voiture ?

— Ceci, me dit-il, ce n'est pas une loi, c'est pis : une loi se rapporte ; c'est une coutume, et une coutume ne s'abolit pas. Au reste, si vous voulez voir comment on élude une question, venez avec moi, et je vous ferai voir ma voiture.

J'étais en train de tout voir, la voiture devait y passer comme le reste.

Nous descendioies dnne une cour, et, ^ou» uoe remise, je vis une espèce de landau asseï massif.

M. Sanson approcha la bougie de son panneau*

Ce panneau était orné d'un blasen.

— Ce sont des armes parlantes, me dit-il;

L'écusson élait de gueulosj avee une cloche d*ftrgenl. .

Seulement la cloche était. fêlée, et, au-dessous de la eloche, élait écrite cette légende :

S mis 9on,

Monsieur de Paris s'en était tiré au moyen d'un ca ien>beur.

Maintenant, comment cette guinôtînê qné j'ai vite démontée, en 1833 dâhS le tnuàéë Sanàon, à WKà, comment cette guillotine se trouve- t-elle remontée, eâ 185t, flans lé musée Tussaitd, à Lbndfës?

Je vais vous le dire.

Ah ! vous né m'écrîreè plus, quand tous ferrez où cela vous mène.

Comme mè l'avait dit feon pore, Clèmènt-Sènri Sanson était un grand coureur dé spectacles et 3e bàl§.

Il était à toutes les premières représentations ; il ne manquait pas im bal.

Vous croyez qull en avait le droit.

Point. M. dé Paris n*apas de droite; il n'a que des devoirs.

Nous avon* dit que le père éânsotî i*af ait jamais exécuté et que le fils eiécutàit dèpuià I82(j.

Pendant la nuit du mardi gi-as de l'âii làSë, une exécution fiit décidée.

C'était celle de fiéëcKi.

Lbrsqii'une exécution est décidée pour je lendemain, — q'\e le pourvoi en cassation et le pourvoi en grâce sont rejetéë, -*- le lîiîîiJâtèrè de la justice envoie au procureur général Tordre d'èxêcutîôh : lé parquet alors fait prévenir l'exécntetir ëri lui eûvoyanl , par un garçon de J3ureau, Tordre d'exécution, et un autre ordre pour que le directeur dé Id pfisOtl lui remette iè condamné. ^

Le pârqtiet pfévieril également l^aunioiiiér de là prisoil, là gendartneriè et la jîollce.

Il à^aif dohc été dèéidô, dans la soirée dii Ihai-dî-gras, fiië Flèschi serait fexécutô îé lendemain.

A îninilît, îé gafçoti de bureau èonnait à là ïfôrtè dô la rtlèdëé*îaraîâ<nrf'/i.

Le Péfe Sàrtèèfl était fl îà Câmfràgiiè.

Lé fils n'était pas chez lui.

Uordre était Itt^grut j lé Wfîdêiflâin ft i^i liétifH du matin, Fieschi, Pépin et Môî'et Q«tftl«ût af&îf èêéSél Se vivre.

Pas d'etècutôurâ.

Les domestiques troublés, disaient ^l'iW htf ct(rf aî^t pas que leur maître renlrAè le lendemaîn avant sept ou huH heures du matin.

Lé garçon de by^eau couru I àlajjoHce;

On prévint M. Kanlair que M, Sansoti ne se Ifoutait

Il s^àgiasàit, quelque part qu'il fût, de retrouver M. San- . son.

Kanlair se rendit à la maison de ia me des Marais , interrogea les domestiques, mais n'en tii'a rien.

II eut une illumination.

^Jl connaissait un bal où. ... où, selon lui, M. Sanson devait être.

C'était un bal masqué, — un bal — rien que de Turcs. On Se rendit au bal , — on garda les issues, on entra dans la salle, on fit démasquer tous les danseurs.

Kanlair ne s'était pas trompé.

M. de Pari.s fut prévenu à temp?, ^'iescnij ^epin et Moret furent exécutés à 1 heure dite; mais î\ n*y eh eût pas moins un mauvais rapport fait sur M. de Paris.

Dc^ux ou trpis laits du m«me genre salant siiccédè, Clément-Henri Samson fut forcé de donner sa dinilssioneB février 18 'i7.

Il n'avait d'aulré (oriunè que si placé, les meumès de sa maison et les curiosités de âon ihùsee.

Les ppées, celle qui avait tranché , la tête de Lally, Tollendal surtout , les haches, les coutelas se veîidirent facilement. Mais la guillotiné n'était {>as d^un jiiacëmeni commode ; on la fit offrir au musée d*àrlillëHe, mais le directeur la refusa.

Enfin, Sanson 1 a fit offrir à M"« Tussâtid, qui fie fit pas la petite bouché, sauta dessus, et ia i*achetà \e )^v\iL mie le grand père Sanson Tavait rachetée lui-même après f'èxétion de Marie Antoinette.

Cinq mille èinq cents ftancs.

C'est que le grand père Sanson était ftt^llstë de cœur : après Texécution dii rbi, il bmba lîiàlàdé; â^rès celle dé la reine, il mourut.

Il ne survécut que six mois à c'ëUë dettiièrè.

Voilà, chers lecteurs, Thi^tbii-e de là guillotiôë feh général, et en partièuliér Thifctoitè de la guiilbtlhè de M"« Tussaûd.

THÉÂTRES

ftEPRÉSENTATION A BENEFICE DB M«« RIST«II.

M"fe ftistori à fail.sameûi demleil seà âdleûx à Pàriâ dânî Marie Stuarf, la séène du somhàtfabulîSme de Maebeth , et les Jaloux heureux, — f Gelosi fortnnUi\ An emite èiraud.

La salle était comble.

Tout le inonde co-înaft Marie Stuari et i Gemi\ mais aucun des dix-huit cents spectateurs, peut-être, n'avait vu M«n« RisroTî danô là écéne de feoiîinambuiiSme dé lady Macbeth.

Shakspeare, qui a tout deviné avec (fet iMtihBt flH génie, à qui Tavenir appartient aubsi bira que te fasse ; Shakspeare.avait inventé le somnambulisme denz eeniâ ans ayant Mesmer..

^ Celte scène de lady Macbeth, la femme âù caKir de Bt'Onze, thuette dans sa veilte, maïs feissaûl pendant soq Sbtnmeil filtrer gbutté â goutlë #on secret i trkVérs lei veines de son cœur, comme des larmes coulent à traders des paupières fermées^ lady Macbeth est te g ëûi^ dl Tart dr^atique moderne.

Eri Angleteite, on âilend pi^nrlànl ^nilrè actes celte scène, comme à TOpéra on attendait pendant quatre actéà te Suibn-mBi de euHImme Telt.

Toutes les grandes aetrices anglaises oàt éon^Dcî^ cette scène par le triomphe qu'elles y ont obtenu.. . Si les couronnes qui leur ont été jetées étaient firaoacclées les unes sûr les àuti'fes^ elles produiraient cette ïanlaslîqilê niontâgnè dont parle Hamlet, et prés de laquelle le mont Ossà neparaffrnit pas plus tjros fjH'une tenue.

C'était donc cette ècéne que Ton attendait, Suhôut daili la représentation à bénéfice de salîiedl dôraler.

Aussi, lorsque la toile s'est levée sur le palais du roi d'Ecosse, s'est-îl fait un profond silence ; ce silence tèrriBlc fliil indique â Tartiste que deux mille regards sont fiîtês sur lui, que deux mille respirations sont suspendues }^Ofit ne pas perdre un mot de ce qu'il va dire.

Voici la scène.

Iè7

Entre lady Stacbclhy tenant un flambeau qu'elle pose sur

une talle.

LA FEMME DE CHAMBRE. — Tenez, la voîlA qui vient, — c'est bien sa manière et, sur ma vie, elle dort profondément.

LE MÉDECIN.— Comment s'est-elle procuré ce flambeau?

La femme de cHAMBné. — Elle lavait prés d'elle ; elle a 16 ujours de la lumière, t'est son ordre exprés.

le médecin. — Voyez, ses yeux sont ouverts?

LA FBOMB Dâ GHAMfiBE. ^ Ou), tnais là vue n'y est pas.

LÉ MÉDECIN.— Que falt-ellé maintenant? Oh! voyez donc comme elle se frotte les mains.

LA FEMME DE CHAMBRE. — G'est Une hahilude qu'elle a d'irniter Taciion d'une persohne qui se lave les mains ; je lalui ai vu faire pendant un qnart-d'heure de suite.

LADY MACBETH.— QvLOï] — toujours cetle tache?

LE MÉDECIN. — ftcoutez, elle parle. -^ J'écris, moi, pour mieux fixer mes sentiments. • ''

LADY MACBETH. — Va-l-en, tache, maudite. — Va-t-efi, te dis-je I une, deux.— i- Il est temps, il fait noir en enfer, — il donc, moii époux , fl donc !. Un guerrier avoir peur, — que notis importe qu'on le sache, guand nous serons tout puissants, et que personne ne pourra nous demander des comptes. Oh! qui aurait pu croire quily avait tant de sang dans ce vieliard.

LE MÉDECIN.— Entendez-vous cela?

LADY MACBETH.— Lc Thanc de Fife.avaitune femme, où êst-elle maintenant. Ne pounai-je donc jamais nettoyer ces mains? —En voilà assez, seigneur, en vçilà assez, vous gâtez tout avec vos terreurs.

LK MÉDECIN. — Allous , allous, elle en sait plus qu^elle ne devrait en savoir.

LA f EMUiE DE CHAMBRE. — Elle à dit cc qu'elle ti'aurait pas dû dire, j'en suis sûre ; quant à ce qu elle sait, c'est le secrel du Giel.

LADY MACBETH. — TouJouTS i'odcur du saug. Oh! si petite que èôit cette main, lous'es parfums de l'Arabie ne pourront pas la desinfecter. — (Gémissant) oh 1 oh ! oh I

LE If É0BCIN.— Quel soupir f an poidd cruel pèse sur ce cœur.

LA f EMlttE De cHAMBRE.^e ne Vomdrais pns pour toutes les grandeurs de sa royale personne avoir dans mon sein tm tcBnt comme celui-là.

LE MÉbÊciN. — Cette maladie est au-dessus dés ressources de mon art. Cependant, j'ai connu des somnambules qui sont morts saintement éii leur vie.

LADY MACBETH. Lave tës main5?j mets ta robo Ûé Chambre; BB sois pas si pàlp. le le le rèpélei Bsln(|uo est en terre, il ne peut sortir de sa temoej

l6 médecin t Eh qtt(A f

l'Afi* UAcbEtiî. Au lit, au lit t On Mjppe ^ la porte, ^lêns, vieus, viens, viens... Donnë-fnoî làmstih; ce qui est fait lie péùi être défait. Au li(, au lit I

(Elle reprend son flambeau et sort.)

Vous le savez, chers leéleiirs, c'était une face Éénê laquelle n'avait point encore apparu M™« Ristorl.

On attendait donc.

On a vu entrer une statue de marbre à Tœil ÔMe^ au vi* sage impassible, aux lèvres à peine mouvantes ; le pied était iralnaM et Umrd comme s'il n'eût pas pu se détacher de la terre.

On sentait que la volonté n'était pas là, que Tâme n'était pas là, que le corps n'était qu'une machine automatique, pas autre chose.

Le premier mot nrononcé par la grande artiste a fait tressaillir toute la salle.

Ce n'était point une voix humaine qui parlait.

C'était une parole blanche comme un lant6me, sans ca-

déniée, sans accentuation, un gémissement» un râle. Les mains étaient raides et lordueâ, les doigts s'enroulaient les uns aux autres comnie des serpents.

Le troisième : viens, viéns^ tiens l a fait éclater les applaudissements contenus jusque-là. Il y avait dans cet arditi le suprême commandement et la supi'ême douleur-.

Le désespoir de l'impuissance s'est fait sentir dons la phrase : Oti! s{ pelHe que scit celte nUrin, tous les parfums de l'Arabie ne sufiiraient pas à la desiufectel*.

Enfin, elle est sortie en disant les mots : au lif^ nu lit / au milieu d'un cri fiousse par toute l.i feallê. C'était la inspiration qui reveriait à deux mille personnes.

Non seulement M»»» Ristorl a ete rappelée, mais, dû milieu des cris d'enthousiasme, obligée de redire lascèn^.

Elle a été plus belle à la seconde fois qu'à la première.

Quelques voix criaient— assez, assez, vous la tuez.

Qu'importe, tuez les artistes ainsi— tuez lesjeunes- c'est

la mort sublime.

AiEt. DivASi

CORRESPONDANCE

Le Havre, samedi 6 juin 1857.

Mon cher maître,

Le problème a été résolu ce matin samedi sur la jetée du sud ; désormais on n'attaquera plus la baleine avec le har- • pon, on ne les tuera plus avec la laijce. — La nouvelle ballô de Devisme, ou plutôt sa cartouche foudroyante., la fera passer de vie à trépas aussi lestement qu'un grain de pl^mb* abat une bécassine. . :

— Voici la mise en scérte de cette ctlrieusé expérience e

- Un gâteau de suif était placé à Torince duuë eaisslarge et haute d'un mètre sur deux de profondeur, et rén fermant quatre sacs remplis de paille mouillée, po^ès l'un devant l'autre-, et ayant chacun trente centimètres d'épaisseur. . .

Devisme a tiré sur ce gâteau de suif, dont l'épaisseur et la consistance sont à peu prés égales à celles du gras de la baleine; le projectile a traversé le suif, pénétré dans la caisse et n'a éclaté qCie dans le fond du second sac qui fut incendié... C'est vraiment merveilleux 1 1 1

Croyez-vous maintenant qu'une baleine qui aura subi dans la poitrine ou dans l'abdomen TexploBion de ce projectile de cuivre et de plomb, long de quatorze centimètres, d\m diamètre iiltérieur de trois centimètres trente millimètres, et chargé de soixante gramme de poudre^ puisse vivre assez longtemps pour se venger en écrasant d'un coup de queue Ou de nageoires les audacieux py^mées qui ne craignent pas de lutter corps à corps avec elle? *^Ce n'est pas probable, c'est même impossible.. i

Je me hâte dé vous annoncer sommairement 06tte bonne nouvelle ; à une autre fois les détails.

Recevez, mon cher maître, rassurante de mes redj^oets ei de mou dévouement.

Le docteur îfèlix MATifAfuf.

«r ^ méén

iAih.

NOUVELLES DIVERSES

Nos voisins les Suisses trouvent rfu'il n'ftrrl^S pas assez d'accidents avec la marche ordinaires dé& çiiîmms de fer, ils en inventent aùxquelà lei éhê^ttiins deierne pensaient pas.

Jeudi, entre dix et onze heures du soir— l'heure eilt aussi excentrique que Tamusement, une vinglainede jeunes gens se sont adressés à des iravailleurs de nuit, et ont à force d'instancoâ ôbtêru de monter sur un waQ;on. Il s'agissait de s'amuser; dans ce but, le wagon a été lancé surime pente qui s'étend du Cret à la ville de Locle. La chose a ete à merveille pendant trois toui-s, mais au quatiiéme, on ou*

Wiade mettre le frein ; il en résulta que tout-à-coup les voyageurs s'aperçurent qu'ils étaient en train de faire douze ou quinze* lieues à Theure, et que le train de plaisir tournait au convoi funèbre. En songeant aux wagons de traverse contre lesquels ils ne pouvaient manquer d'aller se briser, la terreur prit à ces malheureux et le cri de sauve qui peut se fit entendre ; dés lors toutes les têtes furent perdues— et ce fut à qui se jetterait dans la mort en essayant de la fuir. Les uns sautèrent et eurent les jambes brisées en sautant, les autres furent accrochés et traînés sur les rails, d'autres se sont cramponnés èL leurs places, et dans le choc ont été écrasés — tous ont été blessés plus ou moins— et ont été eu la tête fendue, les jambes coupées ou les hanches moulues.

Deux sont morts.

Nous n'avons pas encore eu le temps d'aller voirla DaUla d'Octave Feuillet au Vaudeville. Mais nous savons déjà que Lafontaine et Fargueil y ont eu un grand succès.

Lafontaine est un exemple de ce que nous disions l'autre jour, à propos de la Comédie française, c'est-à-dire qu'elle ne prenait les gens de talent que pour les annihiler.

Lafontaine est resté plus d'un an au théâtre Français, il y a eu une chute et un demi- succès.

Il sortait du Gymnase — ou il avait créé trois ou quatre rôles avec un véritable talent: Flaminio, le Fils de Famille^ le mari dans Diane de Lys.

Il rentre au Vaudeville, par un énorme succès , est-ce :à dire que le public du Gymnase et du Vaudeville est ïuoins intelligent que celui du Théâtre-Français, ou le puiblic du Théâtre-Français plus difficile que celui du Vaudeville ou du Gymnase ?

Non, le public est le même partout.

Seulement au Théâtre-Français, lartiste, original ou pittoresque, doit perdre son individualité pour rentrer dans la couleur générale, c'est-à-dire dans le terne et dans le gris.

Mettez un homme de Delacroix au milieu des statues de M. Ingres, et Tbomme de Delacroix aura l'air d*un fou.

Il ^^vra, voilà tout,— les autres sont morts.

CûM- Maza, qui cache probablement, et je ne sais pourquoi, son nom sous un pseudonyme, m'écrit une lettre dans laquelle il se plaint que ]*ai fait trois fautes dans quatre vers d'Hugo.

— Oh ! cher monsieur Maza, je m'en plains bien autrement que vous, moi, — mais vous avez vu par mon dernier erratum que ce n'est pas seulement dans les vers •d'Hugo qu'on en fait, — on m'a assez proprement estropié les miens.

Tout cela s'est passé pendant mon voyage d'Angleterre, — comme , dans le Légataire universel, tout se passe pendant la léthargie de M. Géronte.

Ne m'en veuillez pas, cher monsieur Maza, si ce n'est pas Géronte que s'appelle le vieillard du Légataire univer-sel^ — il est onze heures du soir et je n'ai point de Regnard dans ma bibliothèque.

Rétablissons les vers, je ne demande pas mieux , cher monsieur Maza^ — et croyee bien que j'admire trop les vers d'Hugo pour le corriger, comme vous m'accusez de le faire.

Voici les quatre vers non pas tels qu'on les a lus dans le Monte-Cristo^ mais tels que je les dis à mon magistrat :

Ce siècle avait deux ans, — Rome remplaçait Sparte ,

Déjà Napoléon perçait sous Bonapurte ,

Et du premier Consul déjà par maint endroit

Le front de TEmpereur brisait le masque étroit.

Maudit voyage de Londres ! Heureusement qu'Hugo, qui reçoit le journal là-bàs, ne s'y sera pas trompé, lui, et aura "mis les corrections sur le compte de qui de droit.

M. Brifiaut est mort. — Qu'est-ce que M. Briffaul? demandera le lecteur.— M. Briffant était un académicien connu, ou plutôt inconnu, par sa tragédie de Ninus IL

Sous les Bourbons de la branche cadette, M. Briffant enmulait, — il était noc-seulement académicien, mais censeur.

Lorsque mon drame de Christine à Fontainebleau fut arrêté par la censure, ce fut à lui particulièrement que j'eys affaire.

Je dois dire qu'homme du monde s'il en fut, H. Briffant mettait du sien dans nos relations* tout ce qu*il en pouvait mettre.

11 était désespéré, disait-il, d'arrêter un jeune homme au commencement de sa carrière, et il mettait son imagination à la torture pour inventer quelque chose qui rendît CAri*/in^ jouable.

Enfin, un jour il trouva un moyen.

— L'obstacle, me dit-il , vient de ce que Christine est une femme, et que la délicatesse française ne peut pas permettre qu'une femme commette un pareil crime. Faites de Christine un homme, et la chose ira toute seule.

Je crus que l'honorable académicien plaisantait, et je lui avouai que je connaissais des plaisanterie plus drôles quo celle-là.

— Point du tout, me dit-il, je parle sérieusement, et je vais vous donner im exemple qui vous convaincra , je Tespère. Vous connaissez mon Niutts 111 •

— De nom, j'ai cet honneur.

— Eh bien ! savez-vous comment il s'appelait primitivement ?

— Sémiramis ?

— Non-, il «^appelait Pelage ; la pièce se passait en E*pagne;et avait pour sujet raffranchisseroenl des Espa gnols. Par malheur, je l'achevais au moment où l'Empereur Napoléon déclarait la guerre aux Espagnols. On lui parla avec grand éloge de ma pièce ; il demanda à la lire : mais, après l'avoir lue :

-^ La pièce est un chef-d'œuvre, dit-il, seulement elle ne sera pas jouée.

-^ Pourquoi cela, lui demanda la personne qui me patronait pi es de lui.

— Parce que je ne veux pas qu'on exalte un peuple au moment où je lui fais la guerre.

Deux ou trois tentatives nouvelles près de lui furent inutiles.

Enfin, on lui demanda une audience pour moi.

— Volontiers, dit*il, je le verrai avec grand plaisir.

— En effet, l'Empereur me reçut à merveille.

— Eh I mon Dieu, jeune homnje, me dit-il, c'est à votre pièce que j'en veux et non à vous, et, la preuve, c'est que si l'action se passait chez les Parthes, chez les Perses ou chez les Assyriens, au lieu de se passer chez les Espagnols je l'autoriserais demain.

— Est-ce vrai? lui demandai -je.

— Comment! si c'est vra-, certainement.

— Sire, je vous demande huit jours.

Au bout de huit jours, monsieur Dumas, ma pièce, au Jieu de s'appeler Pelage, s'appelait Ninus II, et, au lieu de se passer à Cavadonga, se passait à Babylone. 11 y a bien eu par-ci par là quelques rimes à changer, mais pour un poète ce n'est pas une affaire.

— Mais cependant, monsieur Briffant, la couleur locale?

M. Briffant sourit de ce charmant sourire moitié protecteur, moitié dédaigneux, qui n'appartient qu'à des lèvres académiques.

— Monsieur, dit-il, de notre temps, à nous autres, la couleur locale n'était pas inventée,

Alex. DUMAS.

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