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CHAPITRE VIII

ROMK.

Nos lecteui-s voudront bien — du moins telle est notre espérance — ajourner pour quelques instants l'explication

a ni va avoir lieu entre Pétrus et Regina, afin de suivre ans son pèlerinage- un des héros de cette histoire, héros abandonné depuis longtemps et auquel il nous apanr qu'ils voulaient bien prendre quelaue intérêt.

Comme il nous est impossible de le suivre dans sa longiir course à travers les Alpes, le long des Apennins, nous supposerons que six semaines se sont écoulées depuis qu(! frère Dominique a pris congé de Salvator sur la route de Fontainebleau -, qu'il est arrivé depuis huit jours à Rome ; que, soit hasard, soit précaution prise d'avance, il a fait d'inutiles efforts pour parvenir jusqu'au pape Léon XH, et qu'en desespoir de cause, il est résolu à recourir à la lettre que lui a remise à cet effet Salvator.

Le lecteur entrera donc avec nous dans la cour du palais Colonna, situé via dei SanliAposloli; il montera alpiaiw nobtle, c'est-à-dire au premier étage ; il se glissera, grâciî au privilège que le romancier a de pénétrer partout, par les deux battants d'une porte enlre-bAillêe, et il se trouvera dans le cabinet de l'ambassadeur de France.

Le cabinet est simple, tendu de papier vert, avec des rideaux de damas et des meubles de même couleur. Le seul ornement qu'il y ait dans ce cabinet, autrefois

Il ne faut pas encourager le vice par l'espérance de ^^„ i.e seui ornemeiu qu u y au uana et: can '.A r r ^ l'un des plus riches en tableaux de Rome, est un portrait

du roi de France Charles X.

Autour de l'apDarlement, appuyés aux murailles, sont des tronçons mutilés de colonnes, un bras de femme, un torse d'homme, arrachés à la terre par des fouilles récentes ; près d'eux un énorme bloc de marbre, et, en face du bureau, un modèle de tombeau.

Ce tombeau, d'une forme très-simple, est surmonte d'un buste du Poussin.

Le bas-relief représente les Bergers d\ircadie.

Au dessous du nas-relief, on lit cette imcription :

F.-R. DE Ch.

A Nicolas Poussin

l'OtU LA GLOIRE DES ARTS ET l'uONNEUR

DE LA Frange.

Au bureau, un homme est assis et écrit une dépêche d'une écriture longue et lisible.

Cet homnie est âgé de soixante ans à peu près; son front large et proéminent est ombragé sur les tempes dv quelques cheveux gris ; ses sourcils noirs abritent un œil qui jette des regards pareils à des éclairs ; le nez est

mince et long, la bouche est mince et fine, lo menton est bien dessiné ; les joues, brunies par le soleil des voyages, sont légèrement marquées par la petite vérole ; Vensemble de la physionomie est fier et doux à la fus; tout indique riiomme de haute intelligence, aux aperçus lumineux et aux décisions rapides; poète ou soldat, il appartient à la vieille race française, à la race militante.

En effet, cet homme, c'est le poète qui a écrit Bené^ Alaia, les Mnrlyrs ; c'est l'homme d'Etat qui a. publié le paniphlcl intitulé: tionaparle et Ls Bourbons^ et qui a critiqué la célèbre ordonnance duo-septembre dans la brochure De in monarchie srlon la Charte : c'est le ministre qui, en 1823, a déclaré la guerre d'Espagne, le diplomate qui a successivement représenté la France à Berlin et à Londres ; c'est le vicomte François-René de Chateaubriand, ambassadeur à Rome.

Sa noblesse est vieille comme la France.

Jusqu'au XIII« siècle, ses ancêtres ont eu pour armes un semis de plumes de paon au naturel ; mais, depuis la bataille de Mansourah, Geoffroy, quatrième du nom, qui portait devant saint Louis le drapeau de la France, s'étant enveloppé dans son drapeau plutôt que de le re.ndre aux Sarrasins, et ayant reçu plusieurs blessures qui déchirèrent à la fois Tétendardet'la chair, saint Louis lui accorda le privilège de s'armer de gueules aux fleurs de lis d'or sans nombre, avec cette devise :

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