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JOURNAL HEBDOMADAIRE DE ROMANS, D'HISTOIRE, DE VOYAGES ET DE POÉSIE
PUBLIA ET aioioi
PAR ALEXANDRE DUMAS, SEUL
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4ai, fronça, à M. DaliTisr, ou burcan dn jooriMl, avM une valeor tut Parii on un mandat lur la poile.
îiUSERIE AVEC HES LECTEURS.
Cher» lecteurs, Vous êtes- vous débrouiliès dans mes courses d'Epsom ? Avez-vouspu y voir quelque chose à travers la poussière? Avez-Toua embrassé ce gigantesque ensemble avec ses mille détails?
— A peu près.
— Tant mieux, c'est plus que je n'espérais.
Nous allons remonter au chemin de fer de London Bridge, et aller au Palais de Cristal.
Là, nous respirerons, ce que nous n'avons guère fait depuis mon arrivée à Londres.
Et encore ce sera en courant. — Nous partons à huit heures, et nous devons être de retour à une heure, pour avoir le tefaips de voir Westminster.
Il faut que demain malin nous soyons à quatre-vingts lieues de Londres, à Manchester, où .nous attendent les Titien, les Rembrand, les Vèlasquez, les Murilloet les Van- Dick.
Au reste, il ne nous faut que vingt minutes pour être au Palais de Cristal.
Le Palais de Cristal est à Londres ce que l'Arc-Ûe-Triomphe est à Paris.
De quelque côté que l'on se tourne on le voit toujours.
Sans compter que lorsqu'on en approche il vous écrase par sa masse, et qu'alors on ne voit plus que lui.
Le Palais de Cristal de Londres m&rite complètement son litre : il n'a pas, comme le nuire, des prelcrilions à rarchiteclure. Son fronton n'est point sculpté ; son por-
Ij; MONTE-CRISTO.
che ne repose pas sur les colonnes d'Ionie ou de Coiûntlie. i
Cest un bâtiment en vitres et en fer, vme gigantesque cage de verre, et pas autre chose.
Mais une cage de verre d'un quart de lieue de long et de cent cinquante pieds de haut.
Tout ce qu'il y a de parties opaques est peint en bleu clair.
Il n'y a rien d'artistique dans tout cela ; mais Tindustrie, portée à ce degré, est la sœur de Tart.
Puis, une fois entré dedans, Tart vous attend derrière la porte, il va vous prendre, vous envelopper, vous étreindre.
Je ne parle pas des machines, des porcelaines, des verreries, des voitures, des coutelleries, des châles, des percales", des madapolams, des popelines, toutes choses fort intéressantes pour certaines organisations, mais fort fastidieuses pour moi.
Tout cela c'est de l'industrie, et non pas de l'art.
Mai« ce qui est de Tart, et du plus beau, du plus pur, du plus élevé, —ce sont les difTérents Musées à travers lesquels on passe.
Un des caractères des spéculations du peuple anglais,— c'est Futilité ; — ajoutons qu il est essentiellement classificateur.
En France, nous eussions tout mis dans le même Musée,—en séparant peut-être le tout en salles, — égyptiennes, grecques, romaines, etc., etc.
Là on a tout fait revivre, excepté les hommes. —
Et encore, à leur défaut, y troave-t-on leurs statues.
Nous ne craignons pas de dire que le Palais de Cristal est le musée le plus complet qui existe.
On y entre trois mille ans avant le Christ, on en sort en même temps que nos contemporains.
La première chambre est égyptienne. L'Isis égyptienne est la mère des nations ; — au-delà de son voile, tout est ténèbres.
L'Angleterre, qui est la maîtresse de l'Inde, n'a rien ose nous donner des antiquités de l'Inde.
Elle commence au modèle du temple d'Aboo,— près de Thèbes,— aux statues d'Amenopliis, — aux flgures^gigantesques de Rhamsès-le-Grand.
Ces colonnes, peintes d'hier, ce sont celles du temple de Karnak rendues à leur lustre primitif.
Les deux autres colonnes, cannelées sans fi\l ni chapiteau, soutiennent le tombeau de Béni-Hassan.
Ces bas- reliefs sont tirés du grand temple de Rhamsès HT.
De la chambre égyptienne on passe dans la chambre grecque.
Là est le Parthénon restauré tout entier, — avec la frise de Phidias peinte et dorée.
Quand les mutilations de lord Elgin n'auraient servi qu'à cela, on les lui pardonnerait.
Cette chambre est peuplée d'un monde de statues, — tout ce que Tart merveilleux de la Grèce nous a légué pendant une période de trois cents ans — bustes, statues, groupes, tout est là.
J*y ai retrouvé toute cette grande et douloureuse famille de Niobé que je n'avais vue qu'à Florence.
Entre la Vénus Victrix, qui porte le premier numéro, et le buste de Magnus Decentius qui porte le dernier, sont enfermés deux ^nt quinze chefs-d'œuvre.
De la chambre grecque on passe dans la chambre romaine.
C'est une exhumation complète ; c'est une maison de Pompée remeubléetj — la maison de Diomède ou la maison du poète.
Depuis le chien en mosaïque qui garde la porte jusqu'au lararum où sont les dieux du foyer • *
Atrium, cubiculura, impluvium, xistus triclinium, bal* neum, vestiarium, culina, tout y est.
A chaque draperie qui se soulève, il semble qu'on va voir apparaître la matrone romaine avec sa longue stole, ouïe sénateur avec sa toge ou son laliclave.
— Restez une heure dans la salle Romaine, et vous saurez la vie antique comme si vous étiez contemporain de Pline.
Là vous trouvez l'art romain déjà si loin de l'art grec ; Athènes donne le Parthénon, Rome le Colysée.
Le génie des deux peuples est là tout entier. . DeNaples on passeà Grenade, de Pompeî, à TAlhambra, de rimpluvium du poète m, la Cour des Lions.
Entrez, chers lecteurs, les rois viennent d'en sortir, la dernière arme d'Abou-Abd-.\llah-Mohamed, dont nous avons fait Boabdil, est encore sur le seuil de marbre do la salle des Deux-Sœurs.
C'est tout bonnement une merveille que cette restauration avec ses fenêtres en verres de couleur, ses arabesques bleues, rouge et or, ses soubassements de porcelaine et son pavé de mosaïque.
Rien que cette cour des Lions et cette chambre des Deux-Sœura vaut le voyage, je ne dirai pas de Londres à Sydenham, mais de Paris à Londres.
Nous avons tout cela nous aussi, moulé sur nature, et rapporté par Taylor et Dauzats.
- Mais où cela ? me demanderez- vous, chers lecteurs.
— Parbleu ! dans les caves du Louvre, ou M. Fontaine a fait jeter les Kons creux en déclarant que tant qu'il vivait, la France n en reviendrait pas comme architecture aux siècles de barbarie.
J ai bien envie de dire tout bas au directeur du Louvre que M. Fontaine est mort, et que Louis-Philippe n'est plus sur le trône.
Maintenant, clicrs lecteurs, il faut sortir par la porte de Ninivc, traverser im jardin tout planté de palmiers, de bananiers, de lataniers, et passer de l'autre côté du palais de cristal, dans la chambre Byzantine.
Après la chute de Rome, c'est là que l'art expirant s'est réfugié: Vous, allez le retrouver 'sortant de terre avec la nouvelle ConstaDtinople que Justinien fait bâtir des ruines de lancienne, renversée par un tremblement de terre, et vous le suivez dans toutes ses phases, jusqu'à ce que les maîtres Mosaïstes aillent bâtir le palais des doges à Venise, et le cloître de Montréal à Palerme. ^
C'est pendant la même période que grandit Varchitecture arabe que nous venons de quitter ; elle tombe presque en même temps. Mahomed II entre à Gonstantinople en 1 453, Ferdinand entre à Grenade en 1492.
Il y a cette différence dans ces deux événements, que la prise de Constantinople par les Turcs nous donne la renai;*sauce architecturale et littéraire, et que la prise de Grenade par les chrétiens exile la littérature et la scicnrc de
l'Europe.
0 Dona Chimène, que tu avais bien raison d'en vouloir au roi Don Alphonse d'occuper ton mari avec tant d'obstination à chasser les Maures de l'Espagne (1).
Cette renaissance que nous donne la prise de Constantinople par Mahomed II, vous pourrez la suivre à travers le moyen-âge dans les salles Florentines, ou rêve le Pense roso de Michel- Ange.
Quelle a pu être l'intention de Michel-Ange, cet homme
(1) Celle boutade nous a fail relire la letlre si naïve de Dona Chimène au roi Don Alphonse ; nous n'avons pas pu résister à w mettre en vers. Nos lecteurs la trouveront à la suite de noire causerie. Que l'on nous pardonne celle débauche poétique; ^^ ^^^ n'est pas coutume.
LE MONTE-^CniSTO.
qui mettait une intention partout, quand il a fait un chefd'œuvre de pensée et de rêverie, de la tête de ce misérable Laurent II, quin*est connu que pour avoir laissé une empoisonneuse à la France et un tyran à la Toscane.
Cherchez au milieu de tout cela, cher lecteur, si vous faites le même voyage que moi, le David de Donatello, et son petit saint Jean*- deux merveilles — la dernière déjà populaire, du reste à Paris.
Je suis retourné trois fois au Palais de Cristal, et chaque fois j'ai refait avec une vénération nouvelle ce voyage à travers les siècles.
On dit que Munich a quelque chose de pareil.
J'irai à Munich.
Maintenant, au lieu des minces et maigres parterres, dont est flanqué notre Palais-de rindustrie, le Palais de Cristal domine un immense jardin avec des bassins découpés et des statues fondues sur les modèles de Versailles.
Une machine hydraulique, destinée à faire monter l'eau, occupe une des deux tours.
Il en résulte des jets d'eau de cinquante ou soixante pieds.
Ce jardin est à coup sûr le paradis des fleurs. Je n'ai vu que le Pré Catelan où elles soient jetés avec une pareille profusion.
Une portion de ce jardin trop aride pour être soumise aux exigences du jardinage, a été laissée en désert avec ses flaques d'eau verdàtre et ses immenses rochers.
Seulement, comme les Anglais savent tirer parti de tout, ils en ont fait un spécimen de géologie.
De même que Ton a pu suivre l'art à travers les civilisations successives de TEgypte, de la Grèce, de Rome, de l'Espagne, de Constantinople et de Florence, de même on pont suivre les créations successives des animaux antédiluviens à travers les différentes couches terrestres.
Là, Cuvieret Brongniard àlamain, on peutsuivre un cours coniplet de géologie.
Ces animaux disparus, dont le gouvernement a fait tant de bruit chez nous, qui devaient être donnés à exécuter à Barye, comme une récompense accordée à ce grand génie si longtemps, je ne dirai pas méconnu — mais oublié — et qui sont encore en projet dans le cabinet de M. le ministre de Vintérieur ou de M. le maire de Paris, une société particulière les a commandés à M. James Campbell, qui les a exécutés sur les modèles du professeur Ansted.
En Angleterre, ce n'est pas plus difficile que cela.
Il est vrai qu'on y a déjà dépensé trente-cinq à trentesix millions — qu'on y dépensera bien encore trente-cinq à trente-six autres millions — mais enfin la chose s'achèvera.
En France, on n'aurait pas même l'idée de la commencer.
Hélas I — l'Angleterre a bien raison de s'appeler la grande nation— surtout si la grande nation veut dire la forte nation,
A l'heure dite nous étions de retour à Londres, ce qui fait, chers lecteurs, que da^s notre prochain numéro nous irons visiter ensemble Westminster.
Alexandre DrMA8.
COMMENT nONA CHIMÈNE ÉCRIVIT AU ROI HOy FERDINAND.
Aii^nianoîr de Burgos doua Chimènc pleure, De son Rodrigue, en vain, demandant lo retour ; Et si près d'accoucher, qu'elle n'attend que Thouro De metlre son enfant au jour.
Son Rodrigue est parti, c'orl-h dire son ûine, El depuis ce départ, Chimène est dans les pleurs; Car son cœur sans Rodrigue est un foyer fans flamme, Un printemps sans soleil, un mois de mai sans fleurs.
De cette longue attente, un dimanche, lassée, Chimène prend la plume et, Tamour Tentralnant, Sp décide à la fin à dire sa pensée Au noble roi don Ferdinand.
— A vous, don Ferdinand, le grand, le bon, le sago. Le conquérant, l'heureux, le puissant, le vainqueur. Votre servante indigne adresse ce message, Car elle a résolu de vous ouvrir son cœur.
Souvenez-vous de moi, je suis dona Chimène ; Vous m'avez mariée au Cid Campeador, Mais pour si peu, seigneur, que ce n'était la peine De me mettre au doigt l'anneau d'or.
Il faut me pardonner si, rebelle h l'épreuve, De vous-même, seijîneur, je viens me plaindre à vous ; Mais du moment où Dieu ne Ta point faite veuve, C'est péché que de prendre à l'épouse, l'époux.
Quand, par Tordre du roi, Rodrigue me délaisse. Si faible que je sois, j'entre en rébellion, El je vous dis: Seigneur, on mel les chiens en laisse, Mais on n'y met pas les li^ ns I
Or, mon Cid bien aimé, seigneur, est h la chaîne, Toujours accomplissant vos ordres absolus^, Si bien que, par hasard, s'il revoit sa Chimène, C'est une fois par an, c'est pour une heure au plus.
Encor lorsqu'il revient ainsi par aventure, Et que j'accours au seuil, prêle à le recevoir. C'est si rouge de sang, cavalier et monture, Qu'il en est effrayant à voir !
Lors, tout brisé qu'il est des luttes meurtrières, Il soupe, et de mon lit réclamant la moitié, Se couche à mes côtés sans dire sa prière, , Et si vile s'endort, hélas I que c'est piiié I
Si c'était tout encor I Mais l'aube à p.'ine joue A la cime des monts, que pressant son départ, Vfn messager parti de Coimbce ou de Cordoue, Le vient quérir de votre part.
Ne permettez-vous point qu'il quille un temps ses armes, F(, lisant ce papier, n'aurcz-vous point remonl Do condamner Chimène h verser plus do larmes Sur un époux vivant, qu'on ne fait pour un mort.
Si c'est pour l'honorer, un tel honneur outrage; Celui-là qui cueillit des lauriers par faisceaux. Et qui, n'ayant encor point de barbe au visage, A déjk cinq rois pour vassaux.
Enfin, ayez égard, seigneur, à ma grossesse, Et songez que le fils d'une mère aux abois Peut souiTiir de ces pleurs que jo verso sanj» cess\ Etant entrée hier dans mon neuvième mois.
Et comme j'ai tout dit en servante loyale, Je baise vos genoux, vous suppliant, seigneur, De me répondre un mot de votre main royale, Quo que indigne d'un tel honneur.
Et maintenant, brûlez cette lettre, de grâce.
De peur qu'elle ne vienne un jour ii s'égarer
Aux mains des gens do cour, froide et moqueuso ra:e
Q\\\ se raille do< pleurs, ne sachant pas pleuror.
Alex. Dumas.
LE MONTE-CÎIÎSTO.
LES MOHICANS DE PARTS