Ponr nous t
— Pour vous un peu, beaucoup pour moi.
Ils se retirèrent en hochant la tète
Et moi, je. me remis à mua travail en murmurant.
-Je crois Jjien qu'il se det-angara ; il m dérangeait bien,' ce cher ami, pour venir me faire, des feux d'artifice à Bruxelles, et m'illmtùner le bonlavard do Waterloo et la forêt de Boisfort. Je «•ois bien qu'il se dérangera!
Tout * coup je me mis a rire tout seul. — Cela m 'arrive; quelquefois, plus souvent même que lorsque je suis en compagnie.
Je me rappelais comment, dans la forêt de Boisfort, non] seulement l'artifice, niai* encore l'artificier, avaieut pris feu, et combien peu il s'en était fallu, que Ruggieri ne s'évanouit en flamme et cm fumée comme sa marchandise.
Vous comprenez bien, chers lecteurs, que le bruit se-; tait rapidement répandu que M. Alexandre Dumas avaiti écrit à M. Rugaieri, et que M. Ruggieri devait venir.
Il se manifestait dans tous les environs un mouvement inaccoutumé.
De* paris s'étaient ouverts ;
Ruggieri vienara-t-il ?
Ruggieri no viendra-t-il pas?
On venait me demander:
— Est-il bien vrai que M. Ruggieri viendra?
— Pourqooi cela ?
— Parce que j'écrirais A mon cousin a Attichy, — à mon frère à ViHers-Cotercts,— à mon oncle à Vie -sur- Aisne. j
— Ecrivei à votre oncle à Vic-sur-Aisne, à votre frère à Villers-Coterete, a votre cousin a AUichy,
— Et il viendra, nous pouvons y croire ?
— Aussi ccr ujinuimnjl que a'il était arrivé. Et chacun partait en criant :
— J'èoris qu'i l viendra. Mais, me deinandorce-voira, cliers lecteurs, commeul
pouviez-vons répondre avec une pareille certitude ''.
— Est-ce que je ne connais pas mon artiste t Voui
croyez que Ruggieri fait des feux d'artilice parce qu'il est artificier?
C'est tout le contraire.
Il est artificier parce qu'il fait des feux d'artifice. Ce n'est pas uu état qu'il fait, c'est un plaisir qu'il se donne.
I-es ruines de Pierrefonds à illuminer, et Ruggieri ne viendrait pas l Allons donc! vous ne connaissez pas Ruggieri. Dimanche, à midi précis, op frappa à ma porte. — Entrez, Ruggieri ! criai-je.
Et Ruggieri entra.
D y a entre nous autres une frauc-maçonnerie d'art qui ftnt que nous pouvons répondre les uns des autres.
Une heure après, on savait à trois lieues à la ronde que Ruggieri était arrivé, qu'il y aurait feu d'artilice snr la pelouse et illumination des ruines.
A. sept heures du, soii , dix, mille personnes attendaient au bord du lac.
A lnut heure? et de*ttie, le canon du brick donpa le signal.
C'était une véritable nuit de feux d'artifices, noire, somjbre, sans étoiles, a ne pas voir le bout de son nez.
Toul-à-coup, à bord d'une barque invisible jusque-là, un feu ronge s'alluma.
La barque glissa sur le lac éclairant ses rameurs, eu se reflétant dans l'eau.
Les première cris de joie commencèrent.
Ce premier feu èteiut, uue autre barque lui succéda à tuf autre endroit avec un feu vert.
Puis une troisième avec uu feu blanc,
puis ce troisième feu s'éteignit comme les deux autres, et cette fois tout rentra daus l'obscurité.
Tout-à-coup, les dix u:Ule spectateurs poussèrent un grand cri.
Les ruines, comme un spectre gigantesque, semblaient sortir de la montagne et se dresser dans la nuit.
La pâle apparition dura dix minutes.
Après le premier cri poussé, chacun s'était tu.
L'apparition évanouie, les bravos éclatèrent.
Trois fois le fantastique mirage se renouvela, et chaque fois avec une teiutc di déroute.
Pour mou compte, je n'ai rien vu de plus merveilleux.
Sougez-y donc : un lac, des ruines et Ruggieri.
Le feu d'artifice tiré, la dernière fnsée éteinte, la dernière boite à feu brûlée, on fil imij^ioa dans le parc de M. de Flubc.
C'était à qui remercierait le grand artiate auquel on devait cette magnifique soirée.
Je le trouvai soucieux an milieu de son triomphe.
— Qu'avez vous donc? lui demandai-je.
— Je ue cou nais pas bien les mines, de sorte que je n'en n'ai pes tiré tout le parti possible, repondit Rugçicri.
Mais, ajouta-il, je reviendrai.
S'il revient et que je sois encore à Pierrefonds, chers lecteurs, jt> voua promots de vous ea faire part a temps, pour que voua paiasie* venir.
Al.HXASNHI Ul)JU«
LE MONTE-TJUSTO.