‹ Le MonteCristoChapitre 109 sur 144 · KM NUMÉRO, 15 CENTIMES · texte numérisé non relu

KM NUMÉRO, 15 CENTIMES

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LE

JOURNAL HEBDOMADAIRE DE ROMANS, D'HISTOIRE, DE VOYAGES El DE POÉSIE,

rCDUE BT KKDIO*

PAR ALEXANDRE DUMAS, SEUL

Ou a'Hbonur A Parla, «u bu

FRANCK

Paria Un an. . 8lr. »»o.

— Six moi*. 4 80 Dottu-toraraU. ■ ■ Un an. . 10

— Six moi». 4 60

du Journal, ru* Kolrc.Daaic «Ira Vlrtolrea. a* II.

ETRANGER i

Angleterre. ... Ijn «n, 13 fr. ««o.

Belgique l'n an, 13 50

Etjxurn» Un an, Il 50

Naplea Uu an, 15 »•

Piémont Un an, 15 fr. -»e.

Portugal Un an, 11 50

Prnaaa Un an. 13 50

Ru*«i< Uu au, 13 00

1>M demande* d'alionnement» drivant ttre adreuve*, franco, à M. Delavier, uu bureau du journal, a»oc un* vaUnr tur l'ai il ou un luaudal tut la pu»te.

CAUSERIE AVEC MES LECTEURS

Ghers lecteurs ,

Je voua ai raconté comment, tout enfant, je rénal» de Villers-Coterets àPierrefonds i>our jouer deux heures dans ses ruines. *

A cette époque je ne savais pas ce que c'était que Louis d'Orléans qui les avait bâties , — ce que c'était que de Rieux qui les avait tenues au nom de la Ligue , — ce que c'était que le comte d'Auvergne qui les avait prises , — ce

que c'était enfin que le duc de Richelieu qui les avait faites.

Mais ces raines ne m'en paraissaient pas moins splendides.

Elles appartenaient alors à M. Radix de Sainte-Foix, qui les avait achetées quinte cents francs' a M. Canis, qui les avait achetées de M. Longuet, lequel les avait achetées do la Nation, Uquelle les avait confisquées à la maison d'Orléans.

Ce n'est qu'en 1813 qu'elle» firent retour â l'Etat, achetées par l'Empereur à M. Heu qui les tenait île M. Arnould, gendre et héritier de M. de Sainte -Foix.

L'eniffreur les paya deux mille sept cent cinquante francs. ^ .

A cette époque, elles étaient a peu près inconnues, et le chemin n "était pas meilleur pour y venir de Compiègnc que pour y aller de Villcrs-Cotercls.

Arrivé à Pierrefonds par un chemin à peu prés impraticable, il fallait monter aux mines pav un srnMeràpen prés impossible.

.A cette époque il n'y avait pas d'escalier pratique au sommet des tours, pas de harpe eulienne, vibrant au faite des donjons.

Les chemins n'en étaient pas ratisses, les mura èpoussetés, les cours esscrbèes.

C'était quelque chose de sauvage et rude, comme le spectre du moyen-âge.

Les premiers qui découvrirent Pierrefonds, — après moi bien entendu, — furent les paysagistes; — mon vieil ami Régnier, — Jadin, — Decamps, — Fiers.

On se montrait les uns aux autres les études faites , on se renseignait, on s'orientait, et, la Iraussole d'une main, la palette de l'autre, on arrivait à doubler le cap de Prélaville ou le promontoire de Rétheuil, et l'on so trouvait en face des ruines.

Il y avait alors A Pierrefonds une seule auberge : Ah Grand Saint Laurent. Le saint y était représenté sur son gril au moment où il prie qu'on le retourne sur le côié gauche, se trouvant mm» cuit sur le côte droit.

Ce qui était l'ambleai» du sort réserve aux voyageurs.

Un jour, vintnu artiste qui, trouvant sans doute un peu vif ce feu de l'hôtel, acheta un terrain et se Ut bâtir une maison.

A partir de ce moment, Pierrefonds fut un pays découvert.

Cet artiste, c'était M. de Flubé

Comme tous les artistes, il avait dit : je vais poser lâ ma tente pour un mois ou denx et y dépenser cinq cents francs.

Il y est depuis trente ans et y a dépense cinq cent mille francs.

Vers ce temps, un second hôtel s'établit, faisant concurrence à celui du grand saint Laurent, aujourd'hui disparu de telle façon que, moins heureux que l'ancien château, il n'a pas même sa ruine.

Ce second hôtel existe encore aujourd' hui -, aujourd'hui comme alors, il s'appelle Vhâtel des Ruines.

Il était signalé par un drapeau blanc, qui devint tricolore en 1830.

Le drapeau surmontait cette inscription :

Connétable-Terjus Montre les ruines Aux amateurs.

Vous le voyez, dés IH-8, la civilisation avait pénétré .1 Pierrefonds. — On montrait les ruines 1

Bienheureux temps où j'allais les voir, et ou personne n'était là pour me les montrer.

Peu à peu la lumière et la vie pénétrèrent à Pierrefonds. Pierrefonds était un village, il devint uu bourg.

Ce village avait un elang, cet étang devint un lac.

Bien plus, sur ce lac, M. de Flube lit construire un brick de cinq ou six tonneaux.

Ce brick s'appela f Artiste.

Alors s'éleva un troisième hôtel destine à faire concur- |

renceâ l'hôtel des Ruines comme l'hôtel des Ruines avait été desline à faire amcurToncc n l'hôtel du grand saint Lnurent.

Il fut inaugOTc sons la dénomination explosive de 17iJtcl des Etrangers. ■ JY X

Donc les étrangers commençaient à affluer à Pierrefonds puisqu'un spéculateur hardi n'hésitait pat. à écrire Hit li

fronton du nouvel édifice :

Hôtel des Etrangers.

Sur ces entrefaiUw, Ma de Flubé, ilaus lui «les voyages d'exploration qu'il fit aux environs de sa propriété, découvrit une source d'eau sulfureuse.

Dès lors Pierrefonds était complet :

Historique par ses ruines,

Pittoresque par sa position,

Sanitaire par sa source.

Plusieurs flacons bouchés avec soin furent envoyés au ministre de l'agriculture, dans le département duquel se trouvent les eaux minérales.

Ces eaux furent déromposées par M. 0. Henry, le fameux décompositeur d'eaux ; il déclara que la source de Pierrefonds, comme celles d'Enghien, d'Uriage, de Chamouni, etc., etc., devaient leur sulfuration à la réaction de matières organiques sur les sulfates, et devaient être rangées parmi les eaux hydrosulfatces-hydgreulfuriques calcaires.

Dés lors, elles eurent leurs brevets d'eaux sanitaires et furent rangées dans la catégorie d«s eaux aristocratiques et sentant mauvais.

Ce fut alors que M. de Flube, pour donner toute facilite aux malades de venir prendre le! :it bâtir des bains et convertir sa maison en un hôtel qui a pris le titre d'Hôtel âm Bai nu.

Vn autre hôtel vint, brochant sur le t - intitula

Grand Hôtel de Pinrrf»nds.

La route de Compiegne a Pletrafonda se macadai

Celle do Pierre fond- n \ illers-Coterets s* pa\ h

Le chemin de fer d'i Nord, qui avait d.-p établi des trains de plaisirs />c>«» Compiegne c'eut que cette petite adjonction à faire.

— Kl pour Pierrefonds.

Pierrefonds qui, il y a trente ans, était encore une solitude dans le genre de celle des Pampas mi des montagnes rocheuses, est donc aujourd'hui mie colonie d'artistes, de voyageurs, de touristes et de malade- située à l'extrémité d'un des htuhoui

Pierrefonds a une salle de spectacle ou viennent jouer les acteurs de Compiegne, une salle de concert uù viennent chanter les acteurs de Paris et ou se font entendre M">» Ida Bertrand et M. H. Louis.

Enfin, Pierrefonds, parvenu au dernier degré de la civilisation, vient d'avoir son feu d'artifice.

— Oui, direx-vous, un feu d'artifice . c'est-â-dirc quatre chandelles romaines et un soleil doué contre un arbre.

Non pas, cher lecteur, un véritable feu d'artifice avec des feux du Bengale en manière de prologue. — ses cinq actes et son épilogue.

Son épilogue était un magnifique bouquet, Le tout apporte, ordonne, lire par Rucgieii.

Racontons cornmcnt l'accomplit ce grand événement Après m ètre arrêté un jour a Compiégne, ehex mon ami Villemot, le meilleur cuisinier du département, dans la collaboration duquel je compte faire un jour le meilleur et plus savant livre de cuisine qui ail jamais été fait, jVta»

à l'hôtel de Pierrofqnds, on je ne pensais pas le moins du monde à un fou d'artifice, je vous le jure.

Deux jeunes gens se présentent che* moi avec une liste de souscription .

Il s'agissait d'illuminer les ruines avec des feux du Bengale.

Je donnai mon louis pour la contribution à l'œuvre pit-

lad .

Ils me remercièrent «il descendirent l'escalier. Us notaient pu encore au premier étage, qu'il m'était venu une idée.

Je les rappelai.

— Messienrs, lenr demandai-je, «ma indiscrétion, on allez- vous acheter vos artifices ?

— A Paris.

— Che»qui?

— Che*

— Attendez.

J'écrivis une lettre.

— Tenez, leor dis-^ remettez celtë lettre à mon ami Désiré.

— Qn'est-re que votre ami Désire?

— Ruggieri en personne. — Non-seulement je contribue, au, feu d'artifice, mais je fomni* l'artificier.

L#8 deux jeunes gens restèrent stupéfaits, ^ pomment, me demandèrent-ils, vous croyez que W.i ftvwneri «* dérangera %

— J'en suis srtr.

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