‹ Le MonteCristoChapitre 119 sur 144 · MES LECTEURS · texte numérisé non relu

MES LECTEURS

les plus passionnées, qu'elle lit tout ce que j'écris, et que je suis pour elle le Dieu de la littérature.

Vous voyez, voilà qui débute bien. Je me passais déjà la langue sur les lèvres et je trouvais que M 1 '* ou M"* Marie avait un goût littéraire auquel il n'y avait rien a reprendre.

Aussi continuai-jo.

Le second paragraphe de la lettre parachevait assez bien le premier. C'était un éloge du roman le Monle-Crislo, c'était l'allentc anxieuse avec laquelle M"" ou M"' Marie avait, pendant treizo ans, regardé l'horizon pour voir reparaître le yacht disparu; c'était enfin la joie demi naïve correspondante en entendant dire que le susdit yacht venait d'aborder en France, rapportaul avec lui celte lin tant attendue.

Pour le reste, je laisse parler M™ ou M Ue Marie : « Je me suis empressée, dit-elle, d'aller chez mon li-

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LR MONTE-CRISTO.

braire, retenir DU place pour achever de lire ces grandes aventures.

• Mais quelle horrible déception : la taite n'est pas de vous, mais d'un nomme l^prince, qui, je crois, n'a pas t rouvè son nom ni son blason, s'il en a un, dans la hiérarchie de l'esprit. Son style est trop em-poulë, et, cher Dumas père, j'ai l'honneur de vous prévenir que je ne les aime que i ôli . ■

Oue n'aimez-vous que rôti, chère madame ou chère mademoiselle Marie? Si la construction de voire phrase ponvnit me le laisser deviner, je tacherais de vous envoyer la chose, alln que votre fruit ne fut pas comme votre lettre, tâché d'un non-sens.

Continuons de lire la lettre de M"" ou M»» Marie.

• Bref, M. leprince s'est mis, dans son héiOS, tout A fait en contradiction avec votre ouvrage, ce que Je ne peut loi pardonner.

• A l'avenir, cher auteur, avant que de ronfler la fin de vos romans â des confrères, choisissez-les bien, et sachez si leurs pensées et leurs mains sont assez habiles pour conduire celles d'un défunt.

• Car je ne suis pas comme votre lils, je lis vos ouvrages, moi ! et vous ?? •

Vous voyez que si cela pèche par l'orthographe, c'est au moiafc charmant d'esprit et délicat de formes.

Eh! tron, M*« oû M"' Marie, vous ne lisez pas tout ce que j'écris, et je le regrette, cette lecture d'abord eut pu corriger chez vous certaines tournures de phrase* dont on peut attaquer la correction.

Puis vous auriez vu, chère W* où chère M** Marie, car enfin, puisque je suis votre racr auteur et votre rAer Dumas père, vous pouvez bien m'ètre chère aussi à moi, — puis, vous auriez vu que dans ce même journal, où j'ai l'honneur de vous repondre, jj me plaignais amèrement de ce qu'un pirate nommé Leprince, embusqué dans la rade de Lisbonne, avait couru sus au yacht dont vous parlez, l'avait capturé et l'avait fait reparaître aous faux pavillon.

Il ne me manquait plus, après avoir été pille, dévalisé, conduit en esclavage par un foi ban. que d'entendre votre voix doucereuse me dire : que c« forban est de mes amis, et que vous me conseillez à l'avenir de mieux choisir mes amis.

Si vous n'avez que ce conseil à me donner, chère M"" où chère M»* Marie, convenez que vous eussiez aussi bien fait de me lire au lieu de lire M. Leprince.

Disons en passant que j'ai voulu faire saisir M. Leprince, mais que la justice s'y est obstinément refusée, en disant que c'était un pirate, c'est vrai, mais qu'il avait des lettres de marque.

Si la justice n'était pas une dame si sérieuse nous l'accuserions de s'être permis, à l'endroit de M. Leprince. un affreux calembour

Une des dix-sept lettres restant est de M. Lorin. Je ne me serais pas permis de répondre à M. Lorin par la voie da mou journal, si M. Lorin eût eu la bonté d'adjoindre son adresse à son nom.

M. Lorin se plaint, m'ayant adressé, le ?0 août dernier, quelques vers sur la peine de mort, de ne pas avoir reçu de réponse de moi, et do ne point avoir vu insérer ses ▼iirs dans le Monte-Cristo.

— Cette pièce, dit-il, n'en valait peut-être pas la peine ; mais c'est égal, vous êtes décourageant. — Il me semblait pourtant que, Beranger mort, vous deviez être l'héritier direct de Ba bienveillance toute paternelle à l'égard des derniers soldats de la phalange littéraire.

Répondons « ate^oi iquement aux deux premiers paragraphes de M. Lorin.

— D'abord. |ai répondu à M. Lorin. — Mais comme M. Lorin avait oublié de mettre son adresse, — j'ai répondu tout simplement à M. Lorin à Paris. — Ce n'est pas notre faute, mais celle de la poste, si notre lettre ne lui est pnint parvenue.

On il fasse un procès h la poste

Itons son s.'rond paragraphe, M. Lorin me dit, sous la forme d'un doux reproche, qne j'eusse du, Déranger mort, être f héritier \U sa bienveillance

— Eh ! monsieur Ijorin, je ne «pis pas combien Beranger recevait de (étires, moi je vtths de vous dire que j'en avais reçu dix huit ce matin. Mais, depuis 18.13, je crois, Rpranger ne publiait plus rien, et, pendant les vingt-quatie ans qui se Ttont écoules de 1833 à 1857, n'a er.ri' qu'un M.lume de dMDBOni I t deux volumes de uns moires. •

Je >ai- bien que ce volume de chansons et ces deux volumes de mémoires valent peut-être mieux que les mille volumes que j'ai écrits depuis cette époque. — Mais le temps est le temps, monsieur Lorin, les années n'ont que 36.1 jours, les journées n'ont que S?l heures, les heures que 60 minutes, les minutes que 60 secondes. — El, quand on travaille I? heures sur IM, et qu'il faut ajouter à ces |? heures de travail la lecture de dil-huit lettres et des vêts qu'elles contiennent, on J perd quelquefois la patiente, surtout quand les lettres sont dn style de celle de madame ou mademoiselle Marie, et que les vers sont mauvais.

Je ne dis point cela pour les vôtres, monsieur, Dieu m'en garde ! je ne me les rappelle pas ; et quand même je me les rappellerais, je ne me permettrais pas d'avoir sur eux une autre opinion que celle que vous en avez vousmême.

■ Je n'ai point de prétention, monsieur, nu diles-voua, — si je fais des vers ce n'est point pour de l'argent. — h poésie de commande me fait toujours l'effet d'uni; femme quelquefois belle, quelquefois reine, niais reine sans couronne et femme privée de cœur ; — ce n'est pas mm plus pour la gloire, mon ambition ne va pas jusque 14: — je ne saurais repoudre de l'avenir pour le moment, j'aime mieux regarder d'eu bas ceux qui tentent l'ascension du Parnasst que d'être pris du vertige sur ses escarpements. Un Ion? spectacle habitue, uu beau spectacle attire.

» Je fais des vers parce que ça me dit d'en faire, coila tout. •

Faites des vers si ça vous dit d'en faire, monsieur Lorin. mais ce n'est point en restant en bas da Parnasse que vou? trouverez à les publier. — Ne travaillez pas pour de Cêryent, — c'est bien, — et j'aime à vous voir cette phik*»phie, d'autant plus que si vous faisiez des vers pour «V l'argent, vous auriez une cruelle déception ; — mais laite: des vers pour la gloire, — ceux que vous suivez des )t\-i sur ces escarpements où vous craignez de voii3 aventurer s'appellent: Victor Hugo, tamarliue, de Musset, c'est joi : la gloire qu'ils sont montés là-haut ; quant nnx rert'it»* et aux èblouissements, les aigles ne connaissant Jkirt: cela.

Une des seize lettres restant vient de Milan, — ellee> toute gracieuse et toute bienveillante , et j'en rexneftr

M. Mauclcrc. son auteur.

La voici :

• Monsieur, — vous recevrez, eu même temps que «

billet, un fragment du Farfarello d'hier, 5 septembre, concernant ma réponse à l'Arle, journal de Florence, dont k

LE MONTE-GKISTu

rédacteur publiait dernièrement un article contre vous.

• Je pense que vous ne me saurez pas mauvais grè de ma réponse a ce cuistre (I).

. Je vous prie d'agréer, arec mes sentiment» de sympa-

thique admiration, l'expression de mes sentiments lu eux et dévoués.

M aL-clcac , Ariisio dramatique.

Voici la traduction du fragment du Farfarello joint a la lettre.

« A la louable direction du journal VArte.

• J'ai lu dans votre feuille un article intitulé : Cosa tia Alessandro Dumas; vousquisicourloisementaccusezde plagiat l'auteurdù Monte-Cristo et du Mousquetaire , peut-être devriez-vous indiquer la source ou vous puisez les gracieuses et brillantes idées dont vous fleurissez le susdit article, article qui n'est autre que l'inexacte tiaduction d'une brochure jaune publiée en France par M. Eugène de Mirecourt, sous le titre de: M emon Dumas et Compagnie.

• Je vous prie de faire au moins connaître à vos lectours cette protestation, qui réduit votre attaque à sa juste valeur, ai vous voulez que je croie ;l votre impartialité journalistique.

• Mai.clf.hc, artiste dramatique. >

Merci, M. Manclerc ; mais ne vous faites poiut de peine de ce que peut dire et penser de moi le journal VArte et son propriétaire responsable, M. Sala. — Si les brochures de M. Mirecourl vont jusqu'à Florence, le journal de Florence ne vient pas jusqu'à Paris.

Et y vtnl-il !

A propos de M. Mirecourl, — et croyez-bien qu'il faut qu'on m'en parle deux fois pour que j'en parle une, surtout dans ce moment ou le pauvre diable a des malheurs en police correctionnelle, — a propos de M. Eugène de Mirecourl. je lis dans un journal très-bien veillant pour moi, YImpartial du Nord, les lignes suivantes :

• La fameuse brochette d'Alexandre Dumas est encore à l'ordre du jour, grâce au Figaro ; il nous rapporte le bon mot du grand romancier, en réponse aux exclamations d'un monsieur jaloux, sur l'étrange cou tour d'un certain «ordon d'un ordre étranger. Il est de la couleur des raisins de la fable.

» Puisque j'en suis à cette brochette, laissons-en parler l'ex-possesseur Alex. Dumas lui-même.

, . Celui de nos confrères, dit-il dans un des premiers numéros de son Monte-Cristo, à qui l'on a écrit de Londres que j'avais été vu aux meetings de South -Wark et de Braunfurt, chamarré de toutes mes croix, a été mal informé.

• Depuis 18S9, nul n'a pu me voir avec une seule croix, et la raison eu est bien simple.

• En 1849, uneemiueute actrice, morte pauvre et crai-

(I) Nous ne conn««om aucunement le rédacteur do IMr*#, et ttous devons dtre que nous n> cnnnaw-ons |»i le joornal ïAr*, — nous binons donc â M. Mauckvc toute la opinion sur le journal H le rédacteur,

gnant d'être jetée dans la fosse commune, me laissa le soin de sa sépulture.

. Je vendis toutes mes croix pour la faire enleirer.

• Depuis cette époque, je ne me suis jamais trouvé assez riche pour les racheter. •

< Peut-être que. si Alexandre Dumas avait pris la peine de lire sa biographie par Eugène Jacqnot [de Mirecourti, il lui aurait donne un démenti aussi formel à propos de la croix du roi de Hollande. -

L'Impartial du .\ord peut me rendre un grand service.

Je ne lis pas M. de Mirecourl.

Je lui ai fait un procès dans le temps, c'est vrai ; je l'ai fait condamner à quinze jours de prison, c'est encore vrai; mais c'était m» ami qui m'avait apporté sa brochure, et c'était mon avocat qui s'était chargé de la triste besogue de la lire.

Je n'ai donc pas lu, comme i Impartial da Nord s'en doute bien, ma biographie par M. Eugène de Mireconrt, — et n'ai aucunement l'intention de la lire.

Mais ce que je lirais aver dégoût dans l'œuvre originale, —j'aurais un certain plaisirà le lire dans une feuille amie.

Que l'Impartial du Nord se donne donc la peine, maigre la répugnance qu'il y ressentira, de reproduire le paragraphe dans lequel M. Eugène de Mirecourl raconte comment j'ai eu la croix de Hollande. Moi, je raconterai, à mon tour, piècts\à f appui, comment elle m'a été donnée.

De celte façon, chers lecteurs, vous aurez une causerie de plus, amusante je vous en réponds * et ma conscience el mes mains seront nettes.

Je n'aurai pas répondu à M. de Mirecourt. auquel on ne répond pas. J'aurai répondu à l'Impartial du Nord.

Alkxad.nre Dumas

Nous comptions terminer notre étude d'Alfred de Musset par un récit sur l'homme; ce récit eût embrassé une dernière période de 1 8Ô0 à 1857, pendant laquelle le poète avait disparu en abandonnant l'homme; mais nous avons appris par l'ami même qui devait nous donner les détails promis, que ces détails seraient douloureux a une personne pour l'individualité et le talent de laquelle nous avons la plus grande estime. Nous prions en conséquence nos lecteurs de permettre que notre étude reste inacbe vèe, comme un mobument de noire respect pour les convenances de famille.

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