‹ Le MonteCristoChapitre 23 sur 144 · CORRESPONDANCE ET NOUVELLES DIVERSES · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE ET NOUVELLES DIVERSES

Mon cher père, Je t'ai promis un article sur Alfred de Musset, je te l'ai

[iromislong et consciencieux, c'est te dire que je n'ai pu e faire en huit jours. Ne compte dessus que pour le numéro prochain. Il faut bien quinze jourj pour apprécier un des plus grands talents, ou, pour être plus vrai, un des plus grands génies de ce siècle.

Je t'embrasse.

Alexandre Dumas fils.

Pour accomplir la pronjpsse que n.ius arions faite a n is lecteurs, nous avons ete lundi dembr à l'OJeort pour entendre la pièce de notre confrère Victor Séjour. *

Dès aujourd'hui nous pouvons dire de Frederick, non

pas qu'il y a ete aussi b ?a i qu* dans le Joueur, Richard d'Arlinglon. Keanou Ruy-Mar, mais qu'il a ete aussi beau qu'il pouvait l'être dans l -s cmi liti uis du rôle.

Entre le troisième et le quatrième actes, nous sommes sorti pour acheter la brochure ; non-» ne comprenions pas bien la piéje, et nous craignions de faire supj>orter :i l'auteur les inconvénients d'un défaut d'acoustique; mais la pië;:e n'était pas encore imprimée.

Nous attendrons de pouvoir la lire pour en donner notre opinion ; ca- d'y retourner nous n'en avons ni le temps, ni surtout la force.- Allez voir Frederick dan* André Gémi me disait un de mes amis, — il a une très bello agonie.

C'est vrai, -mais l'agonie est un peu longue,-*lle dure cinq actes.

Frederick, artiste dans un autre genre de la taille et de la valeur de Talnu et de M'» Mars, n'a pas le même bonheur qu'eux à la lin d-.> sa carrière.

Eux ont Uni par les œuvres les plus fortes qu'ils aient jouées.

Talma par Sylla, par lu Démence de Charles Vf, par Jane Short. r •

M' 1 - Mars , par la duchesse de Guise , Dona Sol , M"« de helle-kle.

Frederick estobligè desedchatlre dans des q-uvres comme le Ytrux Caporal . la Bonne Aventure et André Gérard. — Frédéric en est arrive à regretter, non plus ses grandes créations romantiques qui, développant les diirerentes faces de son génie, en avaient fait l'artiste emifirnl que vous savez; Frederick en est arrive a regretter Paillasse et le Chiffonnier.

Il v a quelque chose de profondement attristant dans la vue du génie aux prises avec celte mort lente, avec cette agonie sans fin que lui font subir des ujuvres médiocres retombant éternellement , et l'une après l'autre, sur lui, pareille» au rocher de Sisyphe. Frederick, comme Porlhos, enseveli sous les débris de la grotte de Relie lsle, finira par y Succomber en disant comme porlhos : — trop lourd !

Ce sera son dernier soupir, et alors seulement on appréciera le géant que les directeurs de Paris auront tue à coups de massue.

Lesautcurs.nousnonscntcndons. reuxdu ViruxCaporal, de la Bonne Aventure et i'AHdri Gérard, n'auront ete que leurs complices.

Mais sans attendre plus longtemps, nous pouvons parler des deux décorations qui sont charmantes ; celte fois c'est non-seulement de la décoration, mais de la peinture ferme, solide, admirablement éclairée.

La première représente l'atelier du graveur, avec sa fenêtre au nord etson jour froid, destine a ménager la vue de l'artiste -, elle est plantée d'une façon pittoresque et permet de voir de tous les points de (a salle les artistes dans tous les coins et recoins où les besoins du drame les forcent do se réfugier.

La seconde est un «alon, les tons roses brochés d'argent du premier plan font valoir les tons acres et vifs d'une s?rre nui en fait lè lointain et dans laquelle pousse entremêlée de (leurs la végétation luxuriante des tropiques. On aimeraità habiter ce salon ; on serait heureux de vivre éternellement dans cette serre.

Ces décorations nous avaient tellement frappé que nous sortîmes exi> rès pour chercher sur l'affiche le nom du peintre qui les avait faites.

Le nom était absent.

Nous nous informâmes, et nous apprîmes alors qu'elles étaient de Moynet.

Cela nous expliqua celte grandeur d'ensemble et cette perfection de détails qui nous avaient frappe.

Mais pourquoi ne pas mettre le nom de M. Moynet sur l'affiche ; — pourquoi ne pas maintenir celte fraternité qui existe quand Vart est porte à ce degre-là entre le poète, le comédien et le peintre?

Ce serait un tort & des directeurs de croire qu'ils sont quittes envers le peintre quand ils lui ont paye de pareilles

dont nous de

décorations le prix convenu.

J'en appelle a Fechler, artiste lui-même, et avons reconnu la main habile dans la mise en l'ouvrage.

Le Figaro, dans son dernier numéro, raconte une charmante anecdote que nous reproduisons ici, nou pas peutêtre dans les mêmes termes, nous n'avons pas le numéro tous les yeux, mais, nous en sommes certain, dans le même sentiment :

Une petite fille de douze ou quatorze ans s'approche de la bouquetière du pont des Arts, et jetant une pièce de deux sous dan* sa corbeille :

— Donnez-moi un bouquet de violettes, madame, et rendez-moi un sou, dit-elle.

— Mademoiselle, repond la marchande, les violettes sont renchéries depuis l'année dernière : elles coûtent deux sous.

L'enfant réfléchit, et secouant 6a tête à demi- tournée du côté d'un pauvre qui étendait la main vers elle :

— Deux sous, dit-elle, c'est trop cher pour moi.

Et retirant sa pièce de deux sous de la corbeille de la fleuriste, elle la donna au pauvre.

Un pendant à ce que raconte h Figaro est difficile A trouver, et cependant nous croyons l'avoir découvert, moins gracieux sans doute, mais tout aussi louchant.

Il existe dans la rue de Vaugirai d un de ces petits restaurants au plat et même au demi-plat, ou l'on peut i la rigueur, sinon dluer, du moins se rassassier pour dix sous.

Tous les jours, un vieux curé qui a trente sous à mettre à son repas, y vient dîner avec deux |»auvres, rencontres par lui ou auxquels il a donne rendez -vous. Ce qui met le repas de chacun de ses convives ainsi que le sien à dix sous. "

Moyennant ces dix sous, chacun a une soupe, un morceau de pain et un plat.

Il y a cinq ou six jours, il arrive avec ses deux pauvres, les fait asseoir et se place au milieu d'eux.

Au moment ou il porte a sa bouche sa première cuillerée de potage, la porte s'ouvre, et un troisième pauvre, auquel il avait donné rendez-vous, mais qu'il avait oublie, parait.

Le prêtre lui fait signe d'entrer et le force de s'asseoir A

sa place.

— Mais vous, mon père, lui dit un voisin.

— Moi, je dînerai demain, répond le prêtre ; je puis attendre, j'ai dîne hier.

L'anecdote nous a été racontée par un artiste de l'Odéon, — Noaillea d'Aunay, — qui mange parfois dans le même restaurant que le bon prêtre cl ses pauvres.

Il vient de paraître à Paris, en espagnol, un charmant journal de modes intitule la Caprichota, rédigé par M* Serrano de Wilsou. 11 est particulièrement destine à faire briller à Madrid un reflet des modes françaises aussitôt leur apparition à Paris. — Chaque numéro contient, outre un article spécial sur cet imponant sujet, des nouvelles, des poésies et de la musique. — Comme le rédacteur est femme et a vingt ans, ses compatriotes de Madrid, de Seville, de Cordoue et de Cadix peuvent être sûres qu'elle ne se trompera point en leur indiquant ce qu'il y aura de plus graciéux et de plus seyant dans les modes françaises.

On s'abonne, moyeunanldixL-ancsparan, rue Tailbout, n» 73.

Aukx. Dumas.

propi

Alrx. DUMAS.

et Mul rWactour du ifunl» Crùi».

Pari*. — Imprimerie de K. Briere e* C*, rue 5«iale-ADne, 63.

El Telle dais les bureaux de ItCHO DIS FEUILLETONS, quai Malaqnais. 21. * Paris.

Page 1