‹ Le MonteCristoChapitre 3 sur 144 · LB VISITEUR NORMAND. I.E ROI SAXON . LA PROPHETES DAN0I8E · texte numérisé non relu

LB VISITEUR NORMAND. I.E ROI SAXON . LA PROPHETES DAN0I8E

C'était un joyeux mois de mai que celui de l'année 1052. Il y avait peu de jeunes gens et déjeunes filles qui ne se fussent pas éveillés avant l'heure accoutumée, pendant cette nuit du 30 avril, qui inaugure le printemps dans le monde. Aussi, longtemps avant l'aurore, la foule s'elaitelle rendue dans les bois, pour y couper des mais, et dans les près, pour y tresser des guirlandes de fleurs.

C est qu'à cette époque, les près étaient beaux et verts au delà du village de Charing (1), et derrière l'Ile de Thorney (2), au milieu des buissons et des ronces de laquelle grandissaient rapidement et magnifiquement le palais et l'abbaye de Westminster. Plus d'un bois alors dessinait, à la clarté des étoiles, sa noire silhouette le long du terrain eleve dont le Strand faisait le point culminant, et qui, à partir de là, s'étendait en pentes douces ave-î ses digues et ses canaux nombreux. Plus d'un bois aussi s'élevait de chaque côté de la route qui conduisait au comté de Kent, et sous ces dômes verdoyants, près et loin, les (lûtes et les cors résonnaient à travers la campagne fleurie, et leur son se mêlait aux clameurs et aux rire» de de toute cette folle jeunesse, ainsi qu'au bruit que faisaient en tombant les branches briséos.

Comme cette teinte grisâtre qui précède l'aurore commençait de monter peu à peu à l'Ouest, des figures fraîches et riantes se penchaient pour se baigner dans la rosée du mois de mai : les bœufs patients qui attendaient en sommeillant le long des haies embaumées, que les ioyoux spoliateurs de verdure sortissent de la foret avec leurs nuits printaniers, suivis des jeunes filles, dont les tabliers étaient pleins de fleurs qu'elles avaient cueillies encore endormies, virent alors s'avancer vers eux la bruyante phalange et sentirent que l'on suspendait des guirlandes à leurs cornes inofl'ensives. Aussitôt on se mit en marche, et vers le lever du jour les processions rentrèrent dans lit ville par toutes les portes : les garçons allant en avant avec leurs baguettes de saule pleureur entortillées de primevères, tandis qu'au milieu du bruit des cors et des flûtes, à travers une forêt mouvante de branches, des voix chaulaient en chœur les strophes d'une poésie primitive qui précédaient cette chanson plus moderne.

• Nous avons ramené l'été. •

Souvent, dans les bons vieux jours, avant que le moineroi (3) montât sur le trône, des princes et des aldermcn étaient allés ainsi se récréer au mois de mai. Mais ces jeux, si innocents qu'ils fussent, n'avaient point le bonheur de trouver grâce aux yeux de ce bon monarque.

Et cependant U chanson était aussi joyeuse et les branches étaient aussi vertes que si le roi et les aldennen eussent marché dans la procession.

C'était sur cette grande route de Kent que les prés les plus riches en primevères, que les bois les plus luxuriants

( 1 1 Cbaring était un village situé eatre la cité de Londres et Westminster, et dans une époque beaucoup plus rapprochée que celle désignée dans ce roman, les joges qui ce rendaient aux assises s'y arrêtaient pour déjeuner ; la même localité s'appelle aujourd'hui Charing Cross, parce que ce fût une des stations où s'arrêta lo cadavre de la reine Eléonor, femme d'Edouard I", dit aux longue* jambes.

[T\ Thorney n'est plus une Ile ; tout ce qui reste de la rivière ot des ruisseaux qui constituaient cette tic, so trouve aujourd'hui dans le pare de Saint-James, et forme la petite pièce d'eau où s'éballcnl les oiseaux aquatiques.

(Ji Edou.ir.t le Confesseur.

LE MOm-^niSTO.

en branches s'élevaient entourant un grand édifice, qui jadis avait appartenu à quelque Romain voluptueux, mais qui maintenant, tout délabre, tombait en ruines. D'habitude, les jeunes part ons et les jeunes filles fuyaient celle massivo construction qui semblait leur inspirer une superstitieuse terreur ; et même en ce jour joyeux, forces qu'ils étaient en suivant la grande roule de passer prés de ce domaine, leur salle s'évanouissait à la vue de ces mitrailles en ruines, et près de ces murailles à celle des sombres pierres druidiques qui parlaient d'un siècle antérieur encore à l'euvahisseursaxonon romain. Léchant se taisait donc, les plus jeunes d'entre eux faisaient des signes de croix, et les plus vieux disaient gravement et à voix basse, qu'il serait prudemment et saintement fait de remplacer la chanson profane par le psaume sacre ; car dans le vieux làtimenldemeurait Hilda; — Hilda de prande et ténébreuse réputation, — Hilda enfin, que, malsrè lois et edits, on voyait eneoie pratiquer la terrible science de Vieca et de Morthwyrtha, la sorcière et l'adoratrice des morts. Mais une rois bore de la vue de l'affreux château, le psaume fut oublie et le citant joyeux éclala de nouveau bruyant, clair et argentin.

C'était ainsi que la troupe juvénile entrait à Londres au lever du soleil, portes et fenêtres étant richement ornées de guirlandes, et chaque village des fauhourgsayanl son nuit do mai, qui une fois planté devait rester en place pendant toute l'année. Dans ce jour heureux on se reposait du travail, et serfs cl vassaux avaient coupe de leurs maîtres et permission de danser, sauter et gambader tout a leur aise autour des mars enguirlandés de fleurs.

C'est ainsi que le premier mai la jeunesse, la joie et la musique ramenaient l'été dans le pays.

Et le lendemain, on pouvait encore à ses traces suivre la bande joyeuse; partout où elle avait passé, on voyait sur le sol des jonchées de fleurs et de feuilles, et les ornières profondes, creusées par les roues des chariots qui avaient voitures les mats, et qui quelquefois étaient traînes par des attelages de vingt bo-ufs ; enfin, du haut de toutes les éminences, fréquentes dans le pays, rien n'était plus facile que de compter au milieu de la pelouse de chaque hameau, les mâts couronnes de (leurs, tout en respirant un air sature des parfums mourants qui s'en échappaient.

C'est pendant le second jour de mai de l'année lO.r? que commence notre histoire dans la demeure de Hilda la Morthwvrtha. Cette demeure se trouvait, comme nous l'avons 'dit. au sommet d'une colline au milieu de bois verdoyant, et même à travers la mutilation barbare que de barbares mains lui avaient fait subir, il en restait encore assez pour offrir un contraste frappant avec l-s demeures des Saxons.

Ce n'est point que les restes de l'ail romain ne fussent nombreux eu Angleterre. Mais il arrivait rarement que le Saxon choisit sa demeure au milieu des villas de ces nobles et antiques conquérants. Nos premiers ancêtres étaient bien plus disposés à détruire qu'à adapter ( \).

Par quel hasard cet édifice etait-il devenu une exception à la règle ordinaire. Il serait aujourd'hui impossible de le deviner, mais il y avait un fait constant, c'est que de temps immémorial, il avait .successivement abrite plusieurs races de seigneurs Teutons.

I<es changements faits dans l'édifice, étaient à la fois tristes et grotesques. Ce qui était maintenant la crnnde salle avait ete évidemment l'atrium. Le bouclier rond avec sa bosse pointue, la lance, l'epee et leSœx recourbe du teuton primitif étaient suspendus à des colonnes autour desquelles on avait autrefois roule des guirlandes de fleurs. Au centre du parquet où l'on pouvait reconnailrc encore des fragments de vieille mosaïque a navets des couches d'argile et de chaux, ce qui était maintenant le foyer avait ete Yimplucium, et la fumée s'échappait par ]'onverturo qui dans les anciens temps avait ete pratiquée au toit pour recevoir la pluie du ciel.

(l'r Sous tenons énormément 5 conserverie génie de l'auteur dan? sa pureté ; tpie nos teneurs ne s'étonnent donc p^s de trouver des termes inusités, des mois qui leur paraîtront étranges et des lournures de phrase qui leur sembleront insolites. — Tout en rendant notre traduction anssi cUiro que possiJile, nous ne voulons pas qu'oa oublie que c'est une traduction.

Autour de la grande salle on avait laissé snbsister les anciens Cubiculn ou dortoirs, petils, élevés et ne recevant le jour que par la porte. Ils servaient à cette heure de chambre à coucher aux hotes de basse condition et aux domestiques de la maison, tandis qu'au bout le plus éloigne de la salle, le grand espace ménage entre les colonnes qui autrefois laissaient la vue s étendre par les ouvertures des tendeleis gracieux sur le Tiililininm et lo Viridai tHtn, était rempli de décombres et de brique romaine, ne laissant qu'une porte basse, cintrée envoûte, qui conduisait cncoie dans le Tubliniutn. Mais le Tablinittm, autrefois la plus agréable salie du seigneur romain, était maintenant encombrée de vieux meubles de plusieurs espèces, do monceaux de fagots et d'ustensiles aratoires. De chaque vùte de ce sanctuaire profane s'étendait à droite le vieux liiiiiriiim, dépouille île ses anciennes images d'ancêtres et de dieux, et à la gaucho ce qui avait ete le tiyHtt'Cenm, , c'est-à-dire l'appartement des femmes.

Un cote de 1 ancien et vaste péristyle était maintenant transforme en écurie pour les chevaux et en etabie pour les iMpnfs et les cochons. De l'autre cote, une chapelle chrétienne était construite en planches de chêne non rabotées, reliées ensemble par des plaques ; quant au toit, il fiait forme de roseaux.

Les colonnes et la muraille a l'extrémité du péristyle étaient un monceau de ruines, à travers les fentes desquelles on voyait une petite colline herbeuse dont les pentes étaient en partie couvertes de bruyère. Sur cette hauteur étaient les débris mutiles d'un ancien Crommel, au centre duquel, auprès d'un tumulits ou llarrow funéraire, on avait saerilegement bati un autel à Thor, comme on pouvait le voir non- seulement par la forme, mais encore par une rude sculpture en relief et à moitié eflar.ee, enlouree de quelques lettres nitriques, qui représentaient le «lien avec son marteau levé. An milieu «lu temple du breton, le Saxon avait eleve le temple de son «lieu triomphant de la guerre. Kufln, parmi les ruines les plus cloigne«s «lu péristyle s'ouvrant du cote de la colline dont nous avons déjà parle, on voyait encore, d'abord une fontaine antique, qui maintenant servait d'abreuvoir aux animaux domestiques, plus un petit S'icrtlnm, on temple consacre à iJacrhus, comme l'indiquait le bas-relier et la frise que le temps et la main des hommes, bien autrement destructive, avaient épargnes par hasard.

Ainsi, d'un seul « onp dVeil, on \-oynit les lieux saeivs de quatre croyances : la druidique, sombre et symbolique, la romaine, sensuelle, m iis humaine; la tentonique impitoyable et destructive; enfin la dernière venue, qui devait survivre à tout«>s, quoique ju^qu à nresenlelle ti'ailque faiblement étendu son influence sur les actions des hommes , la chapelle chrétienne, demeure de la paix et de la foi.

Thcovves (l | et porchers allaient et venaient sons le péristyle : dans Vain uni se trouvaient de* hommes d'une classe plus élevée, à moitié armes, dont quelipies-nns buvaient et jouaient aux «les, tandis que d'autres s'amusaient avec de grands chiens de chasse aux bonds légers, ou bien caressaient les l'aurons, qui se tenaient sur leur perchoir d'un air grave et solennel.

Traversons péristyle et atrium, laissons derrière irons le Iarnnum désert, et entrons dans le gynec;eitm, qui, comme du temps des Romains, était encore l'appartement favori de la portion féminine de la maison, <-t qui continuait à porter le même nom qu'aux jours antiques. C'est au groupe réuni, dans cette partie «le l'édifice, décrit si minutieusement par nous, que nous avons allaire.

L'ameublement de la chambre correspondait au rang et à la richesse du propriétaire. A celte époque, le lo.ve domestique des seienenrs était infiniment plus grand qu'on ne l'a généralement suppose. - L'industrie îles femmes ornait les [limailles et les meubles d'nuvragos à l'aiguille et de tapisserie, et connue un thegn i.t?'; perdait son rang en perdant ses terres, de même les plus hautes classes d'une

(I) Scrfv

. iî Le mot est tellement saxon qu'il n'a pas son équivalent en français. Sliak^pc-arc et Waticr Scott l'emploient l'un dan* Maebtth, et l'autre dans lianhoe, pour désigner un seigneur saxon, seulement ils l'écrivent Mdn».

aristocratie, qui était bien plus d'argent que de naissance, avaient ordinairement une certaine portion de richesses superflues, qui s'écoulaient vers les bazars d'Orient et vers les marches plus rapproches de la Flandre et de l'Espagne sarrasinc. Dans celte chambre, tn effet, les murailles étaient couvertes do tapisseries richement brodées do soie. L'unique fenêtre était close par une \itre de couleur grisâtre. Sur un buffet étaient rangées des cornes garnies d'argent, et quelques pièces de vaisselle d'or pur, une petite table circulaire, placée au centre, était soutenue par des monstres symboliques sculptes avec un certain art. D'un cote de la muraille, assises sur un long bauc, une douzaine de servantes étaient occipees à Hier. Enfin, a quelque distance d'elles et prés de la fenêtre, étaient assises une femme d'un âge déjà avance, de figure et de maintien singulièrement majestueux. Sur un petit trépied, qui s'élevait devant elle, «'tait ouvert un manuscrit ionique, près du manuscrit était uu encrier de forme elegautc cl un graphium (I) d'argent.

Nous avons dit une femme, mais nous eussions dû dire deux femmes, car aux pieds de la vénérable matrone reposait une jeune fille d'environ seize ans.— Ses longs cheveux blonds, divises au haut de la tète, tombaient bien au-dessous de sa ceinture. Son vêtement était uue espèce de tunique de dessous, en toile, à longues manches, montant jusqu'à son col, sans aucune de nos étreintes modernes. — Une simple ceiulure nouée a la taille suffisait pour faire valoir les proportions sveltes et les contours gracieux de celle qui portait ce vêlement du blanc le plus pur, et dont les exlremitcs seules étaient ornées d'une riche broderie.

La beauté de cette jeune fille avait quelque chose de merveilleux, dans un pays ou la beauté des femmes est devenue un proverbe. — Kilo lui avait valu le nom de The /flj'r, la belle.— Dans celte béante se fondait une double expression de noblesse et de douceur, — expressions si rarement reunies sur un même visage. — Néanmoins, dans lout l'aspect de cette belle enfant, il y avait évidemment une Inlte intérieure : l'intelligence n était point encore complète. Les yeux bleus de la jeune fille, rendus

f>lus fonces par l'ombre de leurs longs cils, étaient fixes sur e visage sévère et anxieux qui était penche sur le sien, mais penche avec ce regard abstrait, qui montre que l'àmo n'est pour rien dans le regard.

Ainsi était assise Hiida, ainsi reposait sa pelite fille Edith, car la vierge chrétienne habitait la maison de la prophetesse païenne.

— Grand mère, dit la jeune fille à voix basse, après une longue pause, et sa voix si douce et si voilée qu'elle fût fit tellement tressaillir les servantes, que chaque quenouille s'arrêta un moment pour reprendre bientôt son rr-uvre avec une activité redoublée. — Grand mère, quelle chose vous trouble, ne pensez- vous point au grand comte et à ses beaux tils qui sont maintenant hors la loi et bannig par delà les larges mers ?

Au moment ou l'enfant parla, Hilda tressaillit légèrement comme quelqu'un qui s'éveille d'un rêve, et lorsque Edilh eut fini sa question, elle se leva lentement, — droite maigre son âge, montrant une taille bien au-dessus de la taillé ordinaire d'un homme, et arrêtant son regard sur le groupe de servantes silencieuses, dont chacune, comme si elle eût senti peser sur elle le regard de la sombre prophetessc, faisait rapidement son ouvrage.

— Oh ! repondit elle, — son œil froid et hautain brillant tandis qu'elle parlait, — oui, hier ils ont ramené l'ete dans le pays ; aujourd'hui vous aidez à y ramener l'hiver. Tissez, tissez bien, soignez bien la chaîne et la trame, Sknlda (3) est au milieu de vous, et ses doigts piles dirigent le tissu.

Les servantes ne levèrent point les yeux, quoique leurs joues pâlirent aux paroles de la maîtresse, les fuseaux tournaient, le fil dardait (4) et le silence devint plus glacial qu'auparavant. •

(l'i Espèce de plume crayon. .

\1\ <;<*lw n. qu'on appelait le grand comlc. on te comte par excellence. Ses beaux (1 g étaient To-lijr. Harolil, rt autres. (V Skulla. ta Norna ou pirque, qui présidai! à l'avenir.* (4) Encore une de ces cxprc*«lot>*d<mt nous pallions toutil'henr 6 que nous n'iront roula ai changer ni tinublir.

— Demandes-tu pas, dit enfin Hilda revenant à l'enfant, comme si la question, depuis longtemps adressée, parvenait seulement à son esprit, demandes-tu pas si je pense au grand comte et à ses beaux fils? — Oui, j'entendais le forgeron qui forge les armes sur l'enclume, j'entendais les marteaux des charpentiers des navires qui cambraient de fortes côtes pour les chevaux de la mer t Avant que le moissonneur ait lie ses gerbes, le comte Godwiu épouvantera les Normnudsdans les salles du moine roi, comme le faucon effraie les pigeons dans le colombier. Tissez bien, tissez bien la chainc et la trame, filles diligentes, que le lissu soit fort, car le ver du cercueil mord bien.

— Que tissent-elles donc? bonne grand'mére. demanda la jeune fille avec un cttmnoment mêle de craintes, double sentiment qui s'exprimait dans ses grands et doux yeux.

— \a! linceuil des grands, répondit Hilda.

Et ses lèvres se fermèrent, mais ses yeux, plus brillants qu'auparavant, plongeaient dans l'espace, taudis que sa main semblait tracer des lettres runiques dans l'air.

Alors elle se tourna lentement el regarda à travers l'obscure fenêtre.

— Donnez-moi mon couvre chef et mon bâton, dit-elle vivement.

Chacune des servantes, heureuse de trouver une excuse pour interrompre une tâche récemment commencée, et qui ne lui elail certes pas devenue plus sympathique depuis que la prnphétessc avait donne des explications sur l'usage auquel elle elail destinée, se leva avec empressement pour obéir.

Hilda prit le capuchon des mains de celle qui le lui présentait et l'abaissa de manière à couvrir une grande partie de sou front, et s'appuyant, mais légèrement, sur un bâton de bois noir, dont la pomme représentait un corbeau sculpte, elle sortit du gymvceum, traversa le tablinum profane, et gagna la cour formée par le péristyle en ruines.

I«à elle s'arrêta un moment, puis bientôt appela Edith.

En un instant, la jeune tille fut à ses côtes.

— Viens avec moi, dit-elle, il y a un visage que tu ne verras que deux fois dans la vie, aujourd'hui d'abord et. . .

Hilda fit une pause, car elle cherchait, et la beauté rigide cl presque colossalo de son visage s'adoucit.

— Et qnaud le verrai-je une seconde fois, grand'mére? demanda l'enfant.

— Mets ta main tiède dans la mienne, répondit la sombre prophelesse. — Oh! la vision s'efface. — Quand tu la verras pour la seconde fois, demandes-tu Edilh. Helas ! je n'en sais rien.

El tout en parlant ainsi, Hilda passait lentement à côté de la fontaine romaine et du temple payen ; puis elle moula sur la petite colline el s'assit sur le gazon, au côte oppose du sommet auquel était adosse le Crommel druididique et l'autel teuton.

Quelques marguerites et quelques primevères poussaient dans l'herbe aulour de ces deux monuments. Edith les cueillit et les entrelaça afin d'en faire une couronne, tout en chantant une chaiisou qui, par le sentiment el le dialecte, trahissait également son origine, puisée dans la ballade du Norse, laquelle avait dans sa composition mémo la moins soignée, uu caractère essentiellement distinct de la poésie artificielle des Saxons.

Ce chant peut être imparfaitement rendu ainsi :

Jovni'emenl chante la prive PVnduMl le Joyeux mois do mai.

Sa voix, que le soleil rat ivc, A mon oreille w ut arrive.

A tout chanl mon caur est ferme.

Avec le doux mois de Marie.

L'aurore des beaux jours a lui.

Far la foret, pur la prairie, Par la roule verte et fleurie, Ils ont raincuc mai ehez lui.

Mais le mai que nrnn rtenr préfère, ■ Ils l'ont Ijhiii. i. rois hors l-i lot ; Proscrit sur la terri - étrangère 1 I...

Chante, obeau, fleuris, primevère I Las 1 il n'est plus de mai pour moi.

Gomme elle arrivait au dernier vers, sa voix, si douce et Bi basse qu'elle fût, sembla éveiller un joyeux chant de trompettes, de cors et d'autres instruments à vent dont se composait la musique de cette époque.

Traduction d'Alex. Dumas.

[La suite au prochain numéro.)

LES GRANDS HOMMES EX ROBE DE CHAMBRE

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