VINS
Hock, Sherry, Champagne, Madère, Porto, Claret, Château Margaux.
Château Dickins.
Constance.
Tockay.
Vous comprendrez sans peine, chers lecteurs, qu'un pareil dîner nous conduisit jusqu'à dix heures du soir.
A dix heures, nous primes le chemin de fer qui nous ramena en vingt minutes à Londres, que nous trouvâmes illuminée à giorno.
Nous avons dit que c'était l'anniversaire ou la féte de la reine d'Angleterre.
J'ai été sur le point d'écrire, après celte dernière ligne, la suite au prochain numéro, mais je rellechis quïl vaut mieux en finir avec la journée du lundi 25 mai.
On verra ce que peut supporter un touriste bien organisé eu vingt-quatre heures.
Donc en abordant au pont de Londres, ou au pont de Waterloo, je ne sais plus bien lequel, et le déclare hautement pour que nul ne songe à me chercher une querelle topographie) ne, nous montâmes dans cinq ou six cabs.
— Plalt-il?
— Vous avez dit que le mot eab. s'appliquait n toutes sortes de voitures.
(2) El non mayonnalu ou magnonnaitt , l ummo «lisent !•-.< nn*i «icr< peu lelirés.
— Oui.
— Vous vous éles trompe.
— Bon, en quoi?
— Leniotcab ue s'applique qu'aux voitures à deux roues.
— Merci.
Ce dialogue vient d'avoir lieu entre mon ami Mackcnzie et moi, vous voyez que si j'échappe à l'un je n'échappe pa3 à l'autre.
Nous montâmes donc dans cinq ou six voilures, et nous nous fîmes descendre à la place de Trafalgar.
Nous reviendrons à cette place de Trafalgar, et nous dirons en passait un mot du héros de Trafalgar et d'Aboukir.
Nous descendîmes donc à la place de Trafalgar et nous nous acheminâmes vers Regcnt-Slreet.
Vous savez ce qu'est Paris les jours d'illuminations, n'estce pas ? figurez vous quelque chose de trois fois plus compacte que la foule de nos boulevards.
Une chose me frappa. ♦
C'est qu'au fur et à mesure que uous avancions vers Hèlent strect, des mots français nous frappaient plus rapprochés les uns des autres.
En arrivant à Leicester square, l'anglais et le français se contrebalançaient, à Haymarket l'anglais était complètement vaiucu.
C'est que Haymaiket est le Canada de tandres.
C'est à Haymarket et dans ses environs qu'émigieut tes demoiselles que Berauger a illustrées par une de ses plus verveuses chansons.
Faut tpilord WïVui— Ion ait tout pris.
Gu'ia plus d'argent ilirns c'gucux d'Parii.
Haymarket, inoins les robes en brocard, moins les plumes, les aigrettes, les oiseaux de paradis, les colliers et les Itnncles d'oreilles de stras», Haymarket est én 1857 ce qu'étaient les galeries Je bois en !8i?">.
Le dernier dénombrement qui a été fait de ces demoiselles tant anglaises qu'irlandaises , qu'écossaisses, qu'allemandes, que françaises est fantastique.
Un Français, employé à la police de Londres, m'a dit qu'il s'élevait à quatre-vingt mille, sur lesquelles on peut compter de cinq a six mille françaises.
Tout cela vivant à sa guise et sans être soumis à aucun règlement sanitaire.
La raison qu'en donne le puritanisme anglais est admirable.
— Il ne faut pas encourager le vice par l'espérance de l'impunité.
Au reste, c'est au jardin de Crcmorn que le vice s'étale dans toute sa splendeur.
Cremorn— c'est le Valentino, leMabile, le Château-des- Fleurs de Londres, — eu mesurant tout à un cran plus bas.
A la rigueur, une femme pourrait entrera Valentino, à Mabile, au Jardiu-des- Fleurs.
Une fille peut seule entrer à Cremorn.
Nous en sortîmes à minuit , profondément attristes par les danses funèbres des Bridtdis et des Pomarès de la Grande-Bretagne.
A une heure et demie, uous rentrions à London Collée House.
Depuis la veille à huit heures et demie du soir, c'est-àdire depuis vingt-neuf heures, minute pour minute, nous avions ete de Paris à Calais. Nous avions fait la traversée J de Calais à Douvres. Nous étions venus de Douvres à Lon dres. Nous avions termine uosemplelles. de porcelaine chez • Daniel. Nous avions visite le musée de M™* Tussaud. Nous ,
avions stationné à la promenade de Hyde-Park. Nous étions revenus à Coffee Ilouse. Nous avions été prendre le bateau à Blackfriars Bridge. Nous avions descendu la Tamise de Blackfriars Bridge à Blackwall. Nous avions dlce. et vous avez vu, chers lecteurs, que ce n'était point la moins laborieuse de uos opérations. Nous étions revenus à Londres parle chemin de fer, uous avions été en voiture du débarcadère du chemin de fer à la place de Trafalgar, à pied de la place de Trafalgar au bout de Régent Street, en omnibus de Piccadilly à Cremorn, et enfin uous étions revenus en voilure de Cremorn à I^ndon Coffee House.
Quand je vous disais que mon voyage ressemblait à mi cauchemar.
Mais vous n'êtes pas au bout, chers lecteurs, et nous al Ions vous en faire voir bien d'autres au prochain numéro.
Alex. Dumas.